UNE PHILIPPIQUE… UN MOT MERCURE-MARS

(6.1 - Etymologie) par sylvietribut le 17-06-2017

Mercure dans la symbolique astrologique est lié à la communication, à l’échange, à la négociation, à la parole, au mot. Mercure est plutôt primesautier et amusant. Cependant, s’il s’allie à Mars dans un aspect difficile, ou bien si Mars occupe les Gémeaux ou même la Maison III, Maison en analogie avec ce troisième signe que sont les Gémeaux, Mercure se colore de l’agressivité de Mars et la parole devient agressive, la diplomatie et le sens de la négociation propre à Mercure disparaissent. On pourrait d’ailleurs parler de « mot qui tue ». En effet, Mars c’est la guerre, l’agressivité, l’arme. Aussi, la philippique est vraiment ce qui illustre parfaitement un aspect difficile Mercure/Mars.

Une philippique est un discours violemment satirique, généralement prononcé par un homme politique contre son adversaire, ou contre un pays dont il trouve qu’on ne se méfie pas assez. Les « Philippiques » de Démosthène sont considérées comme l’un des chefs d’œuvre de l’éloquence.

DEMOSTHENE HARANGE LES FLOTS DE LA MER - DELACROIX - BIBLIOTHEQUE ASSEMBLEE NATIONALE

Démosthène harangue les flots de la mer – Eugène Delacroix – Bibliothèque Assemblée Nationale – Paris

Démosthène naquit à Athènes en 384 avant Jésus-Christ. C’était un homme d’Etat athénien, grand adversaire de Philippe II de Macédoine, et l’un des plus grands orateurs attiques. Il avait de sérieux problèmes d’élocution qui lui valurent le surnom de « bègue », défaut qui, nous rapporte la légende, le contraignait à s’entraîner à parler avec des cailloux dans la bouche. On peut à juste titre penser que son thème comportait un sévère et difficile aspect Mercure/Mars.

Démosthène était né dans une famille athénienne, riche et commerçante, ce qui lui valut le mépris des vieilles familles aristocratique. Son père, Démosthène de Péanie, possédait une manufacture d’épées.  On baigne dans la symbolique Mercure, le commerce, et Mars, la manufacture d’épées. Par ailleurs, sa vie est un roman et un parfait exemple d’un complexe ou d’un aspect planétaire difficile surcompensé. En effet, à force de travail il devint, pour les Grecs, le plus grand de tous les orateurs. On l’appelait même tout simplement « l’Orateur » comme on disait « le Poète » pour Homère. Cicéron le considérait comme le premier des orateurs grecs, en faisant l’un des phares éclairant le travail de l’écrivain. Il faut dire qu’il avait eu pour professeur Platon lui-même.

Pour en revenir à la philippique, les « Philippiques » de Démosthène sont considérées comme l’un des chefs d’œuvre de l’éloquence. La première fut prononcée en 351 avant Jésus-Christ. Il s’agissait de réveiller les Athéniens, de leur faire prendre conscience de l’hypocrisie de Philippe de Macédoine et de les amener à lutter contre lui.

            « Allez-vous donc toujours tourner autour les uns des autres sur la place publique, vous questionnant, vous demandant : « Eh bien !                         Qu’y a-t-il de nouveau ? ». Et que peut-il y avoir de plus nouveau que de voir un Macédonien lutter contre Athènes et être maître                             de la Grèce ?… ».

Les autres « Philippiques » furent prononcées en 344 et 341 avant Jésus-Christ. Démosthène fut enfin écouté. Athènes consentit à un effort militaire exceptionnel et déclara  même la guerre à Philippe de Macédoine. Mais il était trop tard car celui-ci avait transformé son modeste royaume en une puissance invincible.

Les Athéniens l’apprirent à leurs dépens à Chéronée, en 338.

PETITS CAILLOUX

 

 

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LES RAISINS DE LA BALANCE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 12-10-2014

Le raisin symbolise l’abondance, le plaisir des sens, la jouissance et parfois aussi la luxure. Il est toujours lié à une notion de plaisir terrestre, d’exacerbation des sens, mais aussi au plaisir dionysiaque car l’ivresse des sens peut aussi mener à l’expérience spirituelle.

La fermentation du raisin donne le vin, enivrant comme le désir. Il symbolise aussi une certaine illusion.

L’histoire du vin est intimement liée à l’histoire des hommes et des civilisations. C’est en effet il y a environ 65 millions d’années que le raisin est apparu. Le vin naîtra plus tard, probablement en 9 000 avant Jésus-Christ. La culture de la vigne est contemporaine de la sédentarisation, comme celle du blé et du riz, contrairement aux épices et au sel qui, eux, seront les grands moteurs de voyages, de conquêtes et de découvertes.

C’est en Mésopotamie et dans le delta du Nil que la culture de la vigne atteindra le plus haut degré de sophistication. C’était il y a environ 3 000 ans avant notre ère. Grecs d’abord, Romains ensuite, furent de grands adeptes du vin. Ils permirent ensuite l’expansion de sa consommation à travers leurs empires.

RAISINS

Le raisin… gourmandise des dieux

Symbole suprême de la gourmandise des dieux, le raisin possède en lui quelque chose de divin. Dans ce panthéon voluptueux qu’est l’Olympe, les dieux liés aux plantes remportent la palme de la sensualité et parmi eux, Dionysos, maître de la fécondité animale et humaine. Avec le temps, il devint l’expression du défoulement et de l’exubérance et le dieu fut promu au rôle de libérateur des Enfers, initiateur aux mystères de la vie, conducteur des âmes.

Extase et ferveur mystique, esprit de fête, de sacrifice et de libération, tels sont les vertus du vin et les effets que l’homme cherche et obtient dans sa consommation. Mais l’abus du liquide divin provoque une dissolution de la personnalité et une régression dans les formes chaotiques du psychisme. C’est l’expression de l’ambivalence même de Dionysos, de la submersion de la conscience dans le magma de l’inconscient.

Le vin est associé à autant de dieux que de mythes. La déesse sumérienne Gesthin apparente le vin à la mère, source de vie. L’Arbre de vie et la vigne sont d’ailleurs étroitement liés. En Egypte, Osiris qui règne sur le royaume des morts est également le dieu du vin. Après la vie, le vin se lie étroitement à la mort : la vie, l’ivresse, la mort.

BASSIN DE BACCHUS - PARC DU CHATEAU DE VERSAILLES - Balthazar et Gaspard Marsy

Bassin de Bacchus – Parc du château de Versailles

Dionysos était un dieu grec, non seulement celui du raisin, de la vigne et du vin, mais il était également le dieu de l’inspiration poétique. La poésie sous la même coupole que celle de la grappe de raisin… peut-être parce que le vin et la poésie mènent à la même ivresse. Dionysos était également le dieu de la folie. Les Grecs apprendront à gérer ce vin folie vérité par des règles de savoir boire, ou comment concilier in vino veritas et les discussions philosophiques. Parallèlement par une étrange coïncidence on retrouve cette même image du vin dans l’Evangile lors des Noces de Cana. Dans la Bible aussi lorsque Noé nous montre que pour accéder à la vérité du vin, il faut avoir traversé le déluge, mais aussi intégré tous nos animaux intérieurs, images de nos pulsions et de nos émotions. Et puis, ce raisin est le fruit indispensable à toute corne d’abondance, éclatant de couleurs. Il est également lié à l’autre symbole de la sédentarisation et de la civilisation, le pain, issu lui-même du blé.

Il existe une légende d’un Saint Dionysos qui aurait trouvé sur son chemin un bout de bois, le ramassant, il l’abrita dans un os d’oiseau, qu’il introduisit ensuite dans un os de lion, pour enfin tout mettre dans un os d’âne. Arrivé dans l’île grecque de Naxos, il planta le tout et c’est ainsi que naquit la première vigne. Et c’est pourquoi, dit-on, les buveurs de vin commencent par pépier comme des oiseaux, puis deviennent forts comme des lions mais finissent bêtes comme des ânes.

Chez les Romains, Dionysos devint Bacchus, le dieu de la vigne, entre fêtes, débauche et orgies. Tous les symboles sont là : fécondité, mort, et entre deux, plaisir, vérité, philosophie, folie. Et depuis la nuit des temps, le vin nous réjouit, il est source de vie, il exalte les passions des hommes et adoucit ses peines. C’était le plus connu, notamment parce qu’il était le dieu de l’ivresse, de l’extase. Il organisait avec ses compagnons les premières bacchanales qui furent condamnées à Rome pour leur licence.

Où que Dionysos se trouve, tout n’est que délire, stupre et fornication. Dieu des excès, il est volage et indécis, aimant autant les hommes que les femmes, qu’il abandonne aussitôt. Le seul qui l’accompagne dans ses virées débridées, l’ami de toutes les débauches, c’est Ampélos qui, à sa mort, sera transformé en cep de vigne. Le dieu versera beaucoup de larmes à la mort de son fidèle compagnon et souvent il invitera des amis lors de certaines soirées à lui dédier un toast.

Les Romains appréciaient le vin plus peut-être encore que les Grecs mais ils recommandaient de le tempérer en le « mouillant » à l’eau. Les prêtres fixaient le jour du début des vendanges, celui où l’on goûtait le nouveau moût correspondant à la fête des Meditrinalia du mois d’octobre. L’ouverture des nouveaux vins était aussi un événement de caractère religieux. La taille de la vigne revêtait le caractère d’une obligation religieuse et une libation de vin tiré d’un cep non taillé correspondait à une offense aux dieux. En fait, c’est dans les traditions du sud-est de l’Europe que l’on retrouve cette notion de sacralité dans la taille des vignes dont Saint Tryphon est le patron.

Par la suite, le vin a inspiré de nombreux auteurs qui n’ont fait qu’illustrer toutes ces idées d’ivresse, de licence, mais aussi d’extase : Homère, Aristophane, Thasos, Athénée, puis quelques siècles plus tard : Ronsard, Rabelais et enfin Molière, Dumas, Baudelaire, illustreront eux aussi toutes les nuances du vin et de l’ivresse. Quant aux mystiques ils parleront de leur côté de la transe religieuse comme d’une ivresse sans boire.

MARCHAND DE VIN AU MOYEN AGE

Marchand de vin au Moyen Age avec une petite Balance pour peser le vin

Quoi qu’il en soit, il est évident que Grecs et Romains ont transmis la viticulture aux peuples avec lesquels ils sont entrés en contact, mais c’est la propagande du Christianisme qui est à l’origine d’un formidable essor de la production de vins de plus en plus raffinés et les vignobles se sont répandus d’abord au nord de la France et dans les contrées ensoleillées du sud de l’Allemagne, puis plus tard jusqu’à l’Europe centrale, en Slovaquie et en Hongrie. Là où le climat le permettait, chaque monastère, chaque paroisse, cultivait dans un enclos son vignoble pour y produire son vin de messe. Les moines se sont révélés d’excellents viticulteurs et ont sélectionnés les grands crus qui restent jusqu’à nos jours confinés dans la proximité des institutions religieuses. Et c’est ainsi qu’au XVIIIe siècle, Dom Pérignon inventa la technique de champagnisation.

L’aspect messianique de la vigne dans l’Ancien Testament fait d’elle une représentation du royaume de Dieu comme l’indique Matthieu dans la parabole des vignerons homicides. Selon le même symbolisme, Dieu est désigné comme un vigneron qui demande à son fils de visiter sa vendange. Le Christ à son tour sera identifié au vrai cep et son sang sera le vin de la Nouvelle Alliance. Dans la tradition chrétienne, le vin, breuvage d’immortalité, exprime la connaissance. La sève qui monte dans la vigne est la lumière de l’esprit. Le Christ, comme jadis Dionysos, offre, sous forme de vin, son sang à ses disciples juste avant de le répandre sur eux sur la Croix.

MONASTERE DES AUGUSTINS A TOULOUSE

Vigne – Cloître du Monastère des Augustins – Toulouse

Dans l’iconographie, la vigne figure souvent l’Arbre de Vie, peut-être sous l’influence de l’Apocalypse et les terribles vendanges qu’elle relate : « L’Ange préposé au feu… cria d’une voix puissante à celui qui tenait la faucille aiguisée : ‘Jette ta faucille aiguisée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs’. L’Ange alors jeta la faucille sur la terre, il en vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense ! Puis on la foula hors de la ville et il en coula du sang qui monta jusqu’aux mors des chevaux sur une distance de mille six cents stades… »

A ces « raisins de la colère » s’oppose l’image du pressoir mystique, propre à l’iconographie orthodoxe, représentation symbolique de la fête de la Croix du 14 septembre. Le Christ, vigneron primordial, est assis au pied de la Croix investie par les sarments de la vigne, lourds de magnifiques grappes mûres pour les vendanges. Il ramasse les raisins qui sont à portée de sa main et c’est lui-même qui les écrase dans un pressoir pour en faire son propre sang, symbole de la libération des péchés et du don de la vie éternelle. Il n’est donc pas étonnant que les fêtes profanes s’associent aux vendanges contemporaines qui rassemblent, outre les vignerons, toute la communauté rurale. Du vin découlent richesse, joie, bonheur par l’oubli ou la transmutation des peines. Mais les vraies fêtes des vignerons ont lieu en hiver, à la Saint Vincent, au temps de la taille des sarments desséchés.

SCENES DE VENDANGES AU MOYEN AGE

Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

L’Amour au jardin – Alain Baraton – Editions Grasset

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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