DANS LE BESTIAIRE DU SAGITTAIRE… LE CERF

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 14-12-2012

Dans la mythologie gréco-romaine, le cerf est associé à Artémis, qui dirige avec des rênes d’or des cerfs attelés à son char. Cependant, c’est dans l’univers celte que le cerf prend toute son importance ; Cernunnos, la divinité gauloise qui porte sur le crâne des bois de cerf, est souvent représenté comme maître des fauves, accompagné d’un serpent. Et pourtant, dans les traditions populaires le cerf est considéré comme un exterminateur des serpents. Les Gaulois employaient des talismans en bois de cerf tandis que les cerfs sont découverts ensevelis avec des chevaux en l’honneur des défunts illustres dans des fouilles faites en Suisse alémanique. Signalons aussi qu’en Bretagne, Saint Edern est représenté chevauchant un cerf.

 

Cernunnos – Divinité gauloise – Pilier des Nautes –  

Musée National du Moyen Age – Thermes de Cluny – Paris

En Irlande, le héros du cycle ossianique primitif s’appelle « faon », « petit cerf » (Oïssin), tandis que la chasse aux cerfs était l’occupation principale des Fenians, ces héros légendaires qui, du 1er mai au 1er novembre, accomplissaient des prouesses dans les forêts. L’autre semestre, de novembre à mai, ils s’établissaient dans les villes et défendaient l’île de ses ennemis.

La cérémonie de la Horn Dance, dans le Staffordshire, où paraissent dans une procession et une danse rituelle des hommes couronnés de bois de cerfs, est peut-être un ultime souvenir de cette importance symbolique de l’animal qui se lance avec agilité à la poursuite des âmes s’il ne représente l’âme fugitive lui-même.

Saint Patrick, évangélisateur de l’Irlande, et ses compagnons se métamorphosent en cerfs pour échapper à leurs persécuteurs païens.

Royal… le cerf

Par ses bois qui chaque année repoussent entièrement et s’accroissent d’un andouiller, le cerf, qui ainsi semble porter sur sa tête un arbre de vie, en est venu à symboliser les facultés de renaître et de croître. Il symbolise ainsi la fécondité, les rythmes de croissance et les renaissances. On retrouve ces valeurs aussi bien dans les ornements des baptistères chrétiens que dans les traditions musulmanes, altaïques, Maya, Pueblo…

Les Indiens d’Amérique manifestent dans des danses et dans leurs cosmogonies ce lien du cerf et l’arbre de vie. L’effigie sacrée du Dieu Soleil des Hopis, Pueblos de l’Arizona, est taillée dans une peau de daim. Au XVIe siècle, les Indiens de Floride, lors de la célébration de la fête du Soleil, au printemps, un poteau était érigé au sommet duquel on élevait la peau d’un cerf arrachée à un animal capturé en cérémonie ; auparavant, on l’emplissait de végétaux pour lui donner forme et on la décorait de fruits et de plantes suspendus. Cette image était orientée vers le Soleil levant et la danse se tenait autour d’elle accompagnée de prières pour une saison d’abondance. Une coutume analogue pour la fête du printemps existe chez les Timucua.

Le cerf est aussi l’annonciateur de la lumière, il guide vers la clarté du jour. Il existe un chant des Indiens Pawnees en l’honneur de la lumière du jour : « Nous appelons les enfants. Nous leur disons de s’éveiller… Nous disons aux enfants que tous les animaux sont éveillés. Ils sortent des gîtes où ils ont dormi. Le Cerf les conduit. Il vient du sous-bois où il demeure, menant ses petits vers la Lumière du Jour. Nos cœurs sont joyeux ».

En Europe, au Moyen Age, il était de coutume de coudre les corps des grands seigneurs morts dans la peau d’un cerf, ce qui fait de lui un animal psychopompe. Dans d’autres cultures, l’animal, investi d’une valeur cosmique devient médiateur entre la terre et le ciel, image du soleil nouveau. Messager divin, il évoque aussi le don mystique du Christ, représenté avec une croix entre ses bois.

Souvent associé à la licorne, le cerf est le symbole du Mercure philosophale tandis que le cerf ailé représente dans les traditions ésotériques un niveau élevé de spiritualité. Enfin, dans le Cantique des Cantiques biblique, le cerf et la gazelle représente les époux divins.

 

Dagobert 1er chassant le cerf – Miniature du Moyen Age

Toujours au Moyen Age, le cerf était un animal à la charge symbolique particulièrement forte. A l’égal de l’ours ou du lion, il faisait partie des royautés animales. Des auteurs tels Bède le Vénérable ou même Raban Maur en font l’image du chrétien, de l’homme innocent, pur et saint. La légende de l’invention des reliques de Saint Denis, trouvées par Dagobert sur les indications d’un cerf envoyé par la Providence renforce cette idée. Les hagiographes de Saint Hubert ou de Saint Eustache l’associent plus particulièrement au Christ, apparu en croix à ces deux saints entre les bois d’un cerf. Divers parallèles sont établis en ce sens par les lettrés du Moyen Age. Les livres de vénerie insistent ainsi sur le fait que le cerf est un animal destiné à être sacrifié au terme d’un rituel précis, comme le Christ a été rituellement sacrifié. De même, les bois du cerf, repoussant chaque année après être tombés, apparaissent comme des images de la résurrection. Le cerf à la robe d’un blanc immaculé devient un véritable symbole christique.

Cette association explique le succès de cet animal auprès des rois souhaitant démontrer leur piété. Richard II d’Angleterre choisit ainsi le cerf blanc couché sur une prairie que l’on voit au dos du diptyque Wilton comme emblème personnel. C’est néanmoins auprès des rois de France du XVe siècle que le cerf trouve les plus fidèles dévots. Si le cerf fait discrètement partie de vocabulaire traditionnel de la monarchie, c’est Charles VI qui, le premier, donne à cet animal une réelle importance dans le bestiaire royal, sous la forme d’un cerf ailé, parfois appelé « cerf volant » ou « cerf de justice ». Philippe de Mézières introduit ainsi ce thème dans « le Songe du Viel Pèlerin », décrivant le roi comme un « noble cerf ailé », image du Christ sur Terre. Cette comparaison aura un immense succès pendant tous le XVe siècle. Son fils, le contesté Charles VII, reprend cette symbolique pour affirmer sa légitimité et sa filiation, faisant souvent représenter ses armoiries tenues par deux cerfs blancs ailés portant une couronne autour du cou.

 

Le cerf blanc ailé

Louis XI, peu enclin à la pompe symbolique et à la célébration allégorique de son pouvoir, délaisse quelque peu les cerfs qui seront de nouveau à l’honneur sous Charles VIII et Louis XII. Celui-ci est le dernier à être chanté comme le cerf de France, François 1er et successeurs abandonnant totalement ce symbole. Pendant toute cette période, les cerfs ailés font partie du répertoire iconographique de la monarchie, abondant dans les tapisseries, les manuscrits et les décors monumentaux. Certains princes, comme Pierre II de Bourbon suivent la mode et adoptent également cet animal.

Enfin, certaines œuvres d’art, inspirées par le tempérament mélancolique attribué au cerf, présentent l’animal d’une façon émouvante au terme de la chasse : atteint d’une flèche, il tient encore dans sa bouche une herbe de laquelle il espérait en vain la guérison ; mais son mal est sans remède, ce que confirme souvent l’inscription « Malum immedicabile ». Est-ce de la compassion pour l’animal mourant ou le pressentiment de sa propre mort ?

Des écrivains et des artistes ont fait du cerf un symbole de prudence, parce qu’il fuit dans le sens du vent qui emporte son odeur et aussi parce qu’il reconnaît d’instinct les plantes médicinales. Symbole aussi d’ardeur sexuelle, il est présent près du couple d’Aphrodite/Vénus et d’Adonis, près de Suzanne au bain, épiée par les vieillards.

 

La lyre d’Erato – Filippino Lippi

Le cerf représente aussi, parmi les cinq sens, l’ouïe parce que, les oreilles dressées, il ne peut être approché sans qu’il entende le bruit. Il symbolise également la poésie lyrique parce qu’il se trouve auprès de la muse Erato qu’il aime, et puis encore de la musique au point de se coucher pour l’écouter et parce que ses bois sont en forme de lyre.

Dans l’art bouddhique, le cerf renvoie au Parc aux cerfs où Bouddha exposa son premier sermon, et symbolise l’humilité et la vivacité de l’élève idéal.

Le cerf ailé peut signifier la promptitude dans l’action. Mais si l’on interprète l’image en fonction de la symbolique de l’aile, c’est toute la symbolique du cerf qui se trouve alors élevée au niveau de la spiritualité : la prudence du saint, l’ardeur à s’unir à Dieu, l’attention à la parole et au souffle de l’Esprit, la sensibilité à la présence de Dieu.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,