LA SCORPIONESQUE ET MORTIFERE BELLADONE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 05-11-2009

Avec la Belladone, on est toujours dans la symbolique Scorpion de la vie et de la mort. Et, si l’on en croit les témoignages de chercheurs allemands du début du XXe siècle ayant expérimenté une pommade contenant des extraits de trois plantes mortifères, on peut, même de nos jours « vivre » les expériences des nuits de sabbats aux courses effrénées, aux plaisirs intenses, que les sorcières avouaient sous la torture. Ces scientifiques se sont livrés à leurs expériences insolites pour tester une recette d’onguent du XVIIe siècle, découverte fortuitement au cours d’une recherche sur la sorcellerie. Même si la recette est imaginaire, il n’en reste pas moins vrai que la combinaison des trois plantes dans une composition quelconque ne peut être que dangereuse.

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Plante curieuse et capricieuse que la Belladone aux fleurs livides, au contact visqueux, à l’odeur fétide : elle apparaît mystérieusement dans un endroit en massif de plusieurs pieds une année pour disparaître ensuite de façon radicale sans aucune raison apparente. Son nom, Atropa belladonna, évoque l’inflexible belle femme – mais aussi, Atropos, la Parque chargée de couper le fil de la vie, tant cette plante inquiétante est fatale par la toxicité de toutes ses parties. Parmi les divers alcaloïdes qu’elle contient, l’atropine, la scopolamine et la nicotine sont des poisons dangereux. Une vingtaine de ses fruits luisants, de la taille d’une cerise, d’un noir violacé, à la chair sucrée, suffisent pour tuer un homme. L’intoxication se manifeste par un sentiment d’étouffement progressif, et la mort, due à la paralysie des muscles respiratoires, survient rapidement.

atropos

 Atropos

 Quant à l’appellation séduisante de « bella donna » (belle femme), elle provient de l’usage que faisaient, à la Renaissance, les belles Italiennes d’un collyre à l’extrait d’atropine, pour dilater la pupille et rendre les yeux brillants. En effet, la dilatation des pupilles est une des manifestations de l’excitation sexuelle et de l’admiration désirante, manifestation inconsciemment perçue par les hommes et qui les stimule ; de plus, cela faisait légèrement loucher, c’était à cette époque caractéristique de la beauté, d’où l’expression « avoir une coquetterie dans l’œil ». Cette préparation est d’ailleurs toujours utilisée en ophtalmologie.

jusquiame-noireLa Jusquiame que l’on trouve dans les décombres et les terrains vagues est aussi une plante capricieuse qui apparaît et disparaît au gré des années. Les feuilles, grandes et molles, répandent une odeur repoussante. Les fleurs à l’aspect inquiétant, d’un jaune sale veiné de violet, réunies en bouquets au sommet des tiges, donnent naissance à des capsules contenant des graines en forme de rein ; toutes ces caractéristiques avaient excité l’imagination populaire et, si  les animaux ne la touchaient jamais à cause de son odeur, les hommes en tiraient un baume utilisé en frictions contre les rhumatismes.

Si par malchance les journaliers qui coupaient de l’herbe pour le fourrage n’étaient pas très attentifs, quelques feuilles de jusquiame mêlées aux plantes sèches suffisaient pour provoquer chez les animaux une agonie atroce : après de violentes convulsions et des ballonnements, ils mouraient paralysés. De tels effets ne pouvaient être dus qu’à des sorciers : accusés d’avoir infesté la nourriture des bêtes, ils devenaient des personnages haïs dans les sociétés rurales. En fait, l’hyosciannine, un des alcaloïdes de la Jusquiame, connue sous le nom classificatoire Hyoscyamus niger, est un poison puissant utilisé en pharmacologie, à petites doses, comme antinévralgique et narcotique.

 Le nom de Jusquiame vient du grec ancien « hyoskyamos » littéralement « fève de porc » : il s’agit d’une allusion à l’épisode de l’Odyssée lorsque la magicienne Circé transforme en pourceaux les compagnons d’Ulysse en leur faisant pour cela boire un philtre contenant de la jusquiame.

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Mais Ulysse était immunisé grâce à un antidote végétal dont Hermès lui avait fait présent. Certains interprètent cet épisode comme une métaphore opposant la bestialité, c’est-à-dire le pourceau, à la raison. Toutefois, les Solanacées vireuses, dont fait partie la jusquiame, sont fréquemment évoquées dans les histoires de métamorphoses d’homme en animal. Elles peuvent en effet générer des hallucinations particulièrement puissantes, y compris celle d’avoir pris la forme d’un animal, au point d’en adopter le comportement.

Enfin la Stramoine, aux larges feuilles velues et aux fleurs en forme d’entonnoir, était jadis cultivée dans les jardins et réputée éloigner les taupes. Elle contient elle aussi divers alcaloïdes extrêmement toxiques.  En réalité toute la famille des solanacées, dont fait partie aussi la pomme de terre, sont dangereuses. Heureusement pour nous ce sont les feuilles et non les tubercules qui se révèlent vénéneuses.

stramoine

 

Dans le domaine des belles empoisonneuses, ces trois-là ne sont pas seules au monde. Comme les littératures grecque et romaine, l’histoire moderne est riche en empoisonnements. Elle recèle une multitude de pratiques criminelles où les stratégies familiales, les questions d’honneur et la politique s’entremêlent et où la macération et la concoction de quelques herbes « choisies » s’offrent aux convenances, aux compromis et à la ruse. Nous sommes toujours dans le monde et la symbolique du Scorpion.

Enfin, deux auteurs du Ier siècle avant Jésus-Christ, Diodore de Sicile et Strabon, rapportent que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèches avec le suc de la stramoine datura, la description du fruit ne laissant aucun doute quant à l’identité de la plante. Beaucoup plus tard… Condorcet est mort en avalant du stramonium et de l’opium.

cigue1L’empoisonnement le plus fameux est certainement celui de Socrate, raconté par Platon dans le Phédon. A base de ciguë, ce poison provoquait l’arrêt progressif de la circulation et du cœur, qui se manifestait par un refroidissement des extrémités avant la mort. La sérénité de Socrate durant son agonie et l’absence des spasmes violents qui caractérisent l’intoxication par la ciguë semble indiquer la présence dans cette tisane léthale, de narcotiques tels que la jusquiame. Toutefois la formule, secret d’Etat athénien, fut perdue avec la fin de l’Antiquité.

La Rome antique et l’Italie de la Renaissance, ainsi que les cours européennes, gèrent les affaires politiques à coups d’empoisonnements. Chatons de bagues et médaillons creux, cachettes raffinées de poudres ou de philtres mortels, en sont la preuve. On les administre à ses ennemis ou à soi-même, en cas d’ultime nécessité. Jusqu’au XVIIIe siècle où commence la « carrière » de l’arsenic, les plantes maudites sont à l’origine de milliers de morts et de scandales dues au « mauvais café » ou au « vin de la trahison ».

La mort ne frappait pas seulement les victimes mais aussi les empoisonneuses présumées que l’on faisait brûler vives comme des personnes encombrantes. Car si les hommes sont impliqués dans les meurtres violents, les femmes, elles, ont toujours préféré les armes silencieuses et discrètes qui tuent sans effusion de sang.

Sorcières et empoisonneuses, les femmes le furent autant que guérisseuses. La connaissance des herbes sacrées, des herbes d’amour et d’autres sortilèges allait de pair avec celle des plantes de la mort. Mais surtout les femmes connaissaient les plantes « bonnes » pour les avortements, qui s’avéraient souvent dangereuses. Et ce ne sont pas seulement les sorcières qui jouaient avec la mort, car les empoisonnements dans les campagnes étaient beaucoup plus fréquents qu’on veut bien le laisser croire ; combien de témoignages de morts subites dans d’atroces douleurs, combien de personnes paralysées évoquées dans les seules Mémoires de Saint-Simon, par exemple.

On préparait encore le « bouillon d’onze heures » destiné aux parents encombrants, arrière-grand-tantes et oncles célibataires dont on convoitait l’héritage. Mais de jeunes enfants et des nourrissons s’inscrivaient eux aussi dans la clientèle potentielle des empoisonneuses comme le prouvent les procès-verbaux de la justice jusqu’au siècle dernier.

aconit1L’aconit, appelée aussi « casque de Jupiter », la digitale, les ciguës figurent traditionnellement au nombre des plantes les plus dangereuses. Mais on oublie souvent que le tubercule de notre charmant cyclamen est d’une efficacité sans égal. Utilisé pour les avortements, sa toxicité n’avait pas échappé aux braconniers qui broyaient quelques petites boulettes et jetaient la pâte dans les rivières : quelques minutes plus tard des poissons endormis venaient à la surface le ventre en l’air.

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Autre famille de plantes traîtresses : les liliacées. Ce sont des plantes à oignons : les bulbes des colchiques d’automne, les muguets ou les amaryllis peuvent être fatals. De même plusieurs variétés de renoncules ont des racines toxiques : les pivoines, les anémones, les boutons d’or pour ne mentionner que les plus communs.

Curieusement deux plantes connues depuis la plus haute Antiquité comme plantes de l’immortalité sont, elles aussi, dangereuses. Il s’agit de l’if, que l’on trouve souvent taillé dans les haies et dans les cimetières. La plante femelle est extrêmement toxique. Quelques grammes de son feuillage peuvent faire périr le cheval, particulièrement sensible à son poison, la taxine, qui attaque le système nerveux. Jadis l’if faisait partie des plantes que l’on cultivait dans les abords des châteaux féodaux car on utilisait ses branches extrêmement flexibles et solides pour la fabrication des arcs. Une autre plante, toujours verte elle aussi, mais extrêmement dangereuse est la sabine, originaire des Alpes de Provence et du Dauphiné. Consommés par les animaux, ses jeunes rameaux provoquent une mort rapide par occlusion du circuit intestinal. Jadis la sabine était une « arme » aux mains des sorcières pour provoquer des avortements.  

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Toutes ces plantes toxiques dont le catalogue n’est pas exhaustif ne trahissent cependant pas une forme de vengeance de la nature. Prudemment utilisées, elles étaient et restent des médicaments dont la pharmacopée tire des remèdes irremplaçables. Certes la nature n’est pas aussi paisible qu’elle peut paraître aux yeux des citadins ou des romantiques. Les plantes ne se répartissent pas en utiles ou nuisibles. C’est l’ignorance des lois qui régissent la vie du troisième règne qui engendre seule le danger. Dès lors qu’on en prend conscience, la nature devient intelligible et les poisons qui hantent tellement l’inconscient deviennent eux aussi des végétaux sinon domestiqués, du moins nécessaires et utiles. 

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Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe d’Yvonne de Sike

 

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NOISETTES ET NOIX : LES FRUITS DE LA VIERGE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 12-09-2009

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PETITE HISTOIRE DES NOISETTES

Dans tous les textes insulaires, le noisetier, le sorbier et le coudrier, qui ne sont pas toujours bien distingués les uns des autres dans la lexicographie, sont considérés comme des arbres à caractère magique. A ce titre, ils étaient fréquemment employés par les druides ou les poètes comme supports d’incantation. L’emploi le plus notable est la gravure sur les bois des ogam ou lettres magiques. Le noisetier voisine dans cet usage avec l’if et le bouleau, et la noisette est assez souvent considérée comme un fruit de science. Un des rois mythiques de l’Irlande est dit MacGuill, fils du coudrier. Le noisetier est un symbole de patience et de constance dans le développement de l’expérience mystique car ses fruits se font attendre.

noisette-et-noisetier1Originaire d’Asie mineure, le noisetier, ou coudrier, est un arbrisseau des régions au climat humide et tempéré. Son fruit, la noisette, qui signifie « petite noix », a conquis l’Europe dès l’Antiquité. Cependant, sa domestication remonte à la période préhistorique et serait vraisemblablement due aux Turcs. Les Romains introduiront les variétés cultivées de coudrier dans tout l’Empire, mais il faudra attendre les XVIIe et XVIIIe siècles avant qu’elles ne soient produites à grande échelle en Europe. Aujourd’hui, on la cultive notamment en Turquie, en Italie et en Espagne. En France, c’est la Corse, les Pyrénées Orientales et le sud-ouest qui en produisent le plus.

Le terme « coudre » est apparu dans la langue au XIIe siècle. Il dérive du latin « corylus », qui vient lui-même du grec « Korys » qui signifie « capuchon » ou « casque », en raison de la cupule qui coiffe le fruit. Le terme « noisette », qui est apparu en 1280, soit près d’un siècle plus tard, a graduellement remplacé « coudre ». Il dérive de « noix ».

Son nom latin « aveline » ou « Corylus avellana » est apparu en 1256. Il dérive du latin « nux abellana » qui signifie « noix d’Abella », une ville de Campanie en Italie, célèbre pour ses vergers de noisettes, qui se trouve près d’Avellino. Au 1er siècle après Jésus-Christ, Pline parlait déjà des « petites noix d’Abella ». En Provençal, les noisettes sont d’ailleurs appelées « avelines ».

irpiniaL’Irpinia province d’Avellino

Les noisetiers sont originaires de la zone tempérée de l’hémisphère nord, particulièrement des régions qui bénéficient d’un hiver relativement doux et d’un été frais. Ce climat est caractéristique des bords de mer. C’est d’ailleurs là que se trouvent les principales cultures de noisettes : Turquie (Mer Noire), Espagne et France (Océan Atlantique), Oregon aux Etats-Unis (Océan Pacifique).

L’île-aux-Coudres, au Québec, a été ainsi nommée par Jacques Cartier qui avait constaté qu’il y avait en cet endroit « … plusieurs couldres franches, que trouvâsmes fort chargez de noisilles ». L’aire de distribution du noisetier était toutefois très étendue. Son fruit constituait une ressource alimentaire de choix pour nombre de nations amérindiennes. On l’ajoutait à la soupe de maïs, aux galettes et aux poudings. Hachée, on la mélangeait avec de la viande ou de la graisse d’ours, des baies ou des racines. On servait son huile avec le pain, les pommes de terre, la citrouille, la courge…

Le noisetier est symbole de sagesse et de justice. Les Anciens lui attribuaient de nombreux pouvoirs magiques, dont celui de conférer la fertilité. Outre son utilisation par les druides pour leurs incantations, il était également utilisé par les sourciers et les chercheurs d’or. Toujours d’usage de nos jours, la coutume d’utiliser une branche de noisetier taillée en fourche pour détecter de l’eau souterraine remonte à l’époque des Celtes. Le noisetier serait une des rares espèces de l’ère tertiaire (- 70 millions d’années) à avoir survécu jusqu’à nos jours. D’autres espèces peuvent porter le nom de noisetier sans en être, comme par exemple le noisetier des sorcières.

Quant au sourcier c’est celui qui recherche de l’eau souterraine en utilisant des baguettes de coudrier en forme de Y, ou un pendule. Les sceptiques évoquent des expériences faites dans des conditions rigoureuses, dites en double aveugle, qui ont montré que les sourciers ne faisaient pas mieux qu’un choix au hasard. D’autres témoignent de résultats surprenants, permettant de détecter non seulement de l’eau souterraine mais toutes sortes d’objets ou de cavités présents dans le sous-sol. Il semblerait selon ces témoignages que le sourcier soit sensible aux variations de champ magnétique et non à l’eau proprement dite.

la-baguette-de-coudrier-de-jacquesaymarvernay

Dans l’Antiquité, la baguette de coudrier était utilisée comme moyen de divination pour interroger les dieux. En Allemagne, son usage pour trouver des métaux remonte au XVe siècle. Les alchimistes attribuent à cette pratique des vertus magiques et c’est ainsi qu’en 1517, Luther la condamne. Au XVIIe siècle, Martine de Bertereau et Jean du Châtelet, Baron de Beausoleil, utilisent des baguettes de sourcier pour trouver des mines en Europe, puis ils popularisent son usage pour trouver de l’eau souterraine. L’utilisation du pendule pour trouver des sources ou des mines date de la fin du XVIIe siècle.

Mais revenons à la noisette qui est un des oléagineux parmi les plus riches en oméga 9, c’est-à-dire contre le mauvais cholestérol. Elle est aussi riche en vitamine E (contre le vieillissement cellulaire), en fibres (contre le cancer du côlon), en cuivre (contre les rhumatismes et les maladies infectieuses), en fer (contre l’anémie), en magnésium (contre le stress) et en phosphore (contre la fatigue intellectuelle) et en vitamine B.

Les noisettes sont très énergétiques, et très recommandées pour les sportifs. La noisette est idéale à combiner avec les amandes, les noix et les raisins secs. Les noisettes ont très bonne réputation pour les minéraux, les oligo-éléments et son huile végétale.

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Enfin, sachez qu’une grande partie de la production mondiale est achetée par la seule société italienne Ferrero, afin de répondre à la demande de Nutella. De ce fait, la majeure partie des noisettes est consommée en association avec du cacao sous forme de pâte à tartiner.

noixPETITE HISTOIRE DES NOIX

Dans la tradition grecque, le noyer est lié au don de prophétie. Un culte était rendu à Artémis Caryatis, qui fut aimée de Dionysos, douée de clairvoyance et changée en noyer aux fruits féconds.

Quelques glossaires irlandais traduisent le nom d’Eithne, allégorie féminine de l’Irlande, par noix, assimilant l’anthroponyme au substantif eitne. L’étymologie est purement analogique, sans valeur linguistique, mais elle fait penser à une conception analogue à celle de l’œuf cosmique ; l’Irlande est en effet un macrocosme en réduction. En attendant, le noyer prend divers noms plus poétiques les uns que les autres : arbre au sommeil, calottier, gagnier, guanguier, gland divin, gland de Jupiter, gauger, noguier, noyer royal… peut-être parce qu’il fait partie de la famille des juglandacées.

Originaire de la Perse et acclimaté en Grèce, en Italie puis en France. Le Périgord est certainement un des berceaux de la noix, tout comme le Dauphiné. On a retrouvé la noix sur le site archéologique du Lac de Paladru en Isère, ainsi que la noix du Périgord dans les habitations de l’homme de Cro-Magnon et à l’époque azilienne dans le gisement de Peyrat à côté de Terrasson en Dordogne. Sa valeur était telle que, déjà au Xe siècle, les paysans acquittaient leurs dettes en setiers de noix. En Périgord, au XIIIe siècle, les baux étaient versés en huile de noix à l’abbaye cistercienne du Dalon. L’huile de noix était considérée comme un bien aussi précieux que l’or. C’est d’ailleurs l’huile de noix qui contribua tout d’abord à la fortune de la région. Son utilisation fut multiple. Elle permettait d’éclairer les humbles masures ou les plus majestueuses cathédrales. Elle faisait le bonheur des peintres ou celui des belles qui se savonnaient le corps au savon mou. En 1730, pour les trois-quarts des paysans de la France, à part au sud-est où poussaient les oliviers, il n’y avait que le noyer qui permettait d’obtenir de l’huile qu’ils utilisaient pour la cuisine : « l’huile de noix donne l’apparence de bouillon à l’eau chaude qui trempe la soupe » disait-on à l’époque. Depuis, l’huile de noix a acquis ses lettres de noblesse diététiques et gastronomiques, elle s’affiche à la carte des plus grands restaurants.

Dès le XVIIe siècle, le commerce le l’huile de noix se développe, via Bordeaux ou Grenoble, vers la Hollande, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Sur la Dordogne, le commerce est intense. Les gabariers transportent non seulement l’huile mais aussi les grumes de noyers et les noix, du port fluvial de Souillac jusqu’à Libourne, donnant ainsi son nom à l’un des quais « le port des noyers » : « Quinze jours de voyage dangereux sur la Rivière Espérance, puis lente remontée du courant, au pas des bœufs »…

Bien que le noyer connaisse une forte expansion dans toute la France, c’est surtout dans le sud-ouest et le Dauphiné que la noix faisait l’objet d’un vrai commerce. Le Sarladais se spécialise dans le cerneau avec une variété à coque tendre, la Grandjean ; alors que le Dauphiné exporte des noix en coques, ce qui permet de les conserver mieux et plus longtemps. Les exportations se font à destination de l’Angleterre et des Etats-Unis. En 1938, la noix de Grenoble obtient une AOC. En 1950, la filière Noix du Périgord se mobilise pour créer, sur des bases modernes, suivant l’exemple grenoblois, de nouvelles noyeraies à partir de variétés traditionnelles. La Franquette, originaire du Dauphiné, est introduite dans le bassin de production.

perigord-noir-commarque-cheminEn Périgord Noir

Le dénoisillage a toujours été au cœur de la tradition populaire. Près du Cantou, les longues veillées passées à casser les noix et extraire le cerneau, ponctuées de chants et proverbes, ont nourri la mémoire collective du Périgord. Dans le Dauphiné, ce sont les mondées qui sont à la fois une fête entre voisins et un travail nécessaire : « Rien n’est perdu dans la noix, sauf le bruit qu’elle fait en se cassant ». Cette activité instaura une économie à caractère familial : l’énoisage. C’est dans la région de Sarlat-la-Caneda qu’il prit son essor et devint une véritable source de revenus pour la famille.

Nostalgie des énoiseuses assises sur le pas de la porte de leur client, une pierre plate posée sur les genoux, la « tricotte » à la main : un coup sec du maillet pour briser la coquille puis l’extraction du cerneau, à la main, délicatement pour ne pas l’abîmer. En Périgord, on énoise toujours comme autrefois. Ce geste ancestral pour séparer cerneau et coquille a traversé les siècles. Il contribue à ce que la qualité du cerneau de noix reste le fleuron de la production.

Le Périgord noir assure plus de la moitié de la production de la Dordogne. Second département français producteur de noix derrière l’Isère, mais aussi de bois de noyer. Depuis 2002 et grâce à une constante quête de la qualité, la noix du Périgord a rejoint le cercle très fermé des produits de qualité en obtenant, 64 ans après la noix de Grenoble AOC, l’Appellation d’Origine Contrôlée.

La partie charnue autour de la coquille émet un jus qui tache, utilisé en teinturerie : le brou de noix. Aujourd’hui l’extrait de Cassel tend à remplacer le brou de noix du fait de son plus faible coût et de ses bonnes caractéristiques. L’extrait de Cassel est d’ailleurs souvent appelé brou de noix.

dauphine-col_du_barriozPaysage du Dauphiné

Les noix fraîches ou sèches peuvent se consommer directement comme fruits secs. On les casse à l’aide d’un casse-noix. Les cerneaux sont utilisés en cuisine pour la décoration des salades et en pâtisserie dans tartes et gâteaux. On peut également préparer de la confiture de noix. Les noix entrent également dans la composition de divers produits : pain aux noix, fromage aux noix, miel aux noix, confiserie, charcuterie, liqueur, apéritif…

On extrait aussi par pression de l’huile de noix. On table sur un rendement de 50 % pour un pressage à l’ancienne, c’est-à-dire que pour 40 kg de noix décortiquées, on obtient 20 litres d’huile. C’est une huile de qualité, au goût de noix très prononcé et aux propriétés nutritionnelles intéressantes : beaucoup d’acides gras oméga 3 pour un peu d’acide gras oméga 6. Cependant, c’est une huile onéreuse et qui se rancit assez rapidement à la lumière et/ou à la chaleur, du fait de la forte proportion d’acides gras insaturés la composant. C’est pourquoi l’huile de noix ne supporte pas d’être employée en guise d’huile de cuisson ou de friture. Il faut conserver l’huile de noix à la cave, donc à l’abri de la lumière, pour les bouteilles non ouvertes et au réfrigérateur ensuite, ainsi les qualités de l’huile seront conservées comme au premier jour. Trois grains de gros seul dans la bouteille permettraient une meilleure conservation.

Les tourteaux, résidus de la pression, peuvent servir de nourriture pour les animaux. On fait aussi du vin de noix. Quant aux coquilles, elles peuvent servir de combustible. Les feuilles et les chatons, c’est-à-dire les fleurs mâles, peuvent servir pour faire des alcools ou des décoctions, et l’on peut même faire des condiments avec la noix verte : c’est la noix-cornichon.

Quant au bois du noyer, c’est un bois d’excellente qualité pour la menuiserie et l’ébénisterie, notamment la ronce de noyer. Cependant, dans ce cas essentiellement, on utilise le Juglans regia. Des plantations de noyer à bois d’espèce Juglans nigra (noyer noir d’Amérique) ou d’espèce hybride Juglans-nigra au bois plus clair sont également utilisées.

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Les noix ont tendance à rancir rapidement. Il est donc inutile d’en faire une trop grande provision. Il est possible de les conserver un ou deux ans en cagette sur du papier journal, dans un endroit sec et aéré, à condition de les avoir ramassées dès leur chute de l’arbre et brassées régulièrement pendant la période de séchage.

Les Anciens ne mangeaient pas les noix fraîches car elles sont irritantes à cause de la peau fraîche, très riche en tanins. Ils ramassaient les noix avec précaution, les mettaient à sécher en couches minces dans une pièce sombre et bien ventilée, et attendaient leur maturation. Pour savoir si elles étaient bonnes au marché, ils les soupesaient : lourdes, elles n’étaient pas encore bonnes. Légères, elles étaient prêtes, et trop légères, elles étaient pourries.

Le cultivateur de noix s’appelle un nuciculteur. Un verger de noyers s’appelle une noyeraie.

Dans la symbolique, la noix et le noyer sont l’objet de nombreuses superstitions populaires. On considère qu’il est dangereux de dormir ou de se coucher sous un noyer.

« A la noix » est une expression qui a un sens péjoratif, pour quelque chose de peu de qualité ou de peu de valeur. Ceci se retrouve dans de nombreuses traditions populaires anciennes et dans plusieurs langues, comme en anglais où l’interjection « Nuts » a valeur de refus définitif. En Gascogne, lorsqu’un jeune homme demandait la main d’une jeune fille, il était invité à partager le repas familial. Si à la fin du repas on lui présentait des noix, cela signifiait que sa demande était rejetée.

En langage vulgaire on parle des noix pour les testicules, ce qui complète ainsi le gland divin ou gland de Jupiter.

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L’expression la « Coquille de noix » était initialement une annexe utilisée par les marins pour gagner un navire mouillé au large. Aujourd’hui, elle désigne un petit bateau.

On dit aussi « une noix » pour désigner une quantité de la taille d’une noix, exemple : une noix de beurre.

Sur le plan de la santé, le noyer a toujours joué un rôle important. Au cours des siècles, il était préconisé dans des troubles aussi divers que la petite vérole, les vapeurs hystériques, la colique venteuse, le ver solitaire. Il passait pour « redonner du lait aux nourrices » et « être utile à réparer les hommes qui se sont épuisés avec les femmes ». Finalement, on n’a gardé que les indications liées à ses propriétés essentielles : tonique, reconstituant, dépuratif, désinfectant. On peut combattre l’inflammation des muqueuses et baisser le taux de sucre dans le sang.

Le noyer a aussi des utilisations en phytothérapie vétérinaire. La décoction de feuilles de noyer, forte, est utilisée en lavages afin de protéger les animaux domestiques des mouches et taons, mais à utiliser seulement sans addition d’eau pour les animaux à poils foncés car cette décoction teinterait les animaux à poils clairs. Les feuilles de noyer ajoutées à la paille des niches, préservent les chiens de leurs ennemies, les puces.

Cette décoction peut également servir pour les cheveux bruns ou noirs, pour des rinçages tonifiants, mais cette décoction passée le matin et le soir sur les cils en active la croissance. Enfin, rien ne vaut un bain de feuilles de noyer pour rendre la peau douce, élastique, tout en calmant d’éventuelles rougeurs ou démangeaisons. Quant au brou de noix il serait efficace pour faire disparaître les verrues.

En résumé, le noyer est donc :

-       Tonique amer (dyspepsies, atonie digestive),

-       Stimulant hépatique (nausées d’origine hépatovésiculaire),

-       Stimulant pancréatique (antidiabétique),

-       Astringent (diarrhées, leucorrhées, inflammations de la gorge),

-       Antiseptique (bronchite chronique, affections dermatologiques, ulcères, affections prurigineuses, impétigo) en applications locales,

-       Hémostatique.

Attention : en traitement interne, les préparations trop concentrées sont irritantes pour les muqueuses.

Voici la recette du vin de noix, excellent apéritif tonique, dépuratif, digestif que nos grands-mères conservaient soigneusement dans leurs caves pour les grandes occasions : Faire macérer pendant 5 jours 200 grammes de noix fraîches hachées dans un litre de bon vin blanc. Filtrer, sucrer selon votre goût.

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Enfin en musique, tout le monde connaît le célèbre ballet « Casse-noisettes » de Tchaïkovski. L’histoire d’une petite fille à qui son oncle a donné un casse-noisettes et qui va ouvrir pour elle, alors qu’elle s’endort, la porte à un rêve fantastique où tous les jouets de sa chambre s’animent, les souris sortent du plancher et le casse-noisettes devient une sorte de héros partant en guerre contre le Roi méchant des souris… La musique continue de faire tour du monde à travers le cinéma et la télévision. Les airs le plus souvent repris étant « la Marche des Fleurs » ou « la Danse de la Fée Dragée ».

Quel est le rapport entre les noisettes et les noix avec la Vierge ?

C’est lorsque le Soleil entre dans le signe de la Vierge, fin août, que l’on commence à les récolter pour les faire sécher et les conserver en vue de l’hiver, comme les grains et céréales le sont aussi. La Vierge en bonne comptable provisionne, organise, gère.

Ensuite, rien de prestigieux dans ces petits fruits, mais en plus il faut un travail minutieux et répétitif pour en extraire le fruit, voilà ce qui cadre bien avec la Vierge, sixième signe en analogie avec la VIe Maison, qui place dans la servitude.

Noter encore les bienfaits de ces fruits sur certaines parties du corps, comme les intestins et ce qui a un rapport avec la digestion, l’assimilation, l’évacuation, organes et fonctions que régit la Vierge.

Les couleurs aussi de ces petits fruits sont bien les couleurs de la Vierge dans leur dégradé de brun, de terre, de beige…

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Nos grands-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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