SORT… SORTILEGE… SORCIERE…

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 30-10-2009

Carl Gustav Jung considérait que les sorcières étaient une projection de l’anima masculine, c’est-à-dire l’aspect féminin primitif qui subsiste dans l’inconscient de l’homme : les sorcières matérialiseraient cette ombre haineuse, dont elles ne pouvaient guère se délivrer, et se revêtaient en même temps d’une redoutable puissance.

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Pour les femmes, la sorcière est la version femelle du « bouc émissaire », sur lequel elles transfèrent les éléments obscurs de leurs pulsions. Mais cette projection est en réalité une participation secrète de la nature imaginaire des sorcières. Tant que ces forces sombres de l’inconscient ne sont pas assumées par la clarté de la connaissance, des sentiments et de l’action, la sorcière continue de vivre en nous. Fruit des refoulements, elle incarne les désirs, les craintes et les autres tendances de notre psyché qui sont incompatibles avec notre Moi, soit parce qu’ils sont trop infantiles, soit pour une toute autre raison. Jung a observé que l’Anima est souvent personnifiée par une sorcière ou une prêtresse, car les femmes ont plus de liens avec les forces obscures et les esprits. La sorcière est l’antithèse de l’image idéalisée de la femme.

Dans un autre sens, la sorcière a été considérée comme une dégradation voulue, sous l’influence de la prédication chrétienne, des prêtresses, des sibylles, des magiciennes druidiques. Elles furent déguisées de façon hideuse et diabolique, à l’encontre des initiées antiques qui reliaient le Visible à l’Invisible, l’humain et de divin ; mais l’inconscient suscita la fée, dont la sorcière, servante du diable, n’apparut plus que comme une caricature. Sorcière, fée, magicienne, créatures de l’inconscient, sont filles d’une longue histoire, enregistrée dans la psyché, et des transferts personnels d’une évolution entravée, que les légendes ont hypostasiées, habillées et animées en personnages hostiles.

La sorcière serait donc une prêtresse de l’église démoniaque, née en pays chrétien de la croyance en Satan, propagée par la doctrine pastorale. Aussi l’Eglise prit-elle au sérieux la sorcellerie comme une manifestation de Satan. La principale fonction de la sorcière, comme son nom l’indique, était de jeter des sorts sur les gens auxquels, pour une raison quelconque, elle voulait du mal. Elle appelait sur eux la malédiction de l’Enfer, comme le prêtre appelait la bénédiction du Ciel. Sur ce terrain, elle se trouvait en rivalité complète avec le monde ecclésiastique. Ou bien, par des pactes avec le diable, la sorcière procurait des biens matériels et des vengeances personnelles, en contradiction avec les lois de Dieu ; ou encore, elle s’adonnait à la divination par toutes sortes de procédés, à la recherche des secrets de la nature pour obtenir des pouvoirs magiques, et toujours en contradiction avec la loi chrétienne. La frontière entre la science et la magie passait surtout par la conscience morale, et nombre de saints, précurseurs de la recherche scientifique, furent pris selon les apparences pour des jeteurs de sorts.

LES SORCIERES A CHEVAL SUR UN RAYON DE LUNE

Les sorcières du Moyen Age se rencontraient à date fixe pour ce qu’elles appelaient des assemblées, ce que les non-initiés méprisaient sous le nom d’orgies. Ces rencontres furent ensuite appelées sabbats. Le terme « sabbat » pourrait venir de « sabbat », le samedi hébraïque, jour de repos des juifs. La tradition le fait aussi dériver de la reine de Saba, qui vécut vers le IXe siècle avant Jésus-Christ et eut des relations, d’affaires et d’amour, avec le roi Salomon d’Israël. Salomon était et reste pour les sorcières un modèle à suivre. Il se pourrait que cette dernière interprétation soit la meilleure car, comme le racontent les légendes et la Bible, la reine de Saba devint une apprentie sorcière auprès de Salomon avec pour objectif, à l’instar de tous les sorciers et sorcières pendant leurs réunions nocturnes, de rencontrer et de vénérer le Diable.

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 Piero Della Francesca – La Rencontre de Salomon et de la Reine de Saba        

     Eglise San Francesco – Arezzo – Toscane         

Un texte de la Bible veut que la Reine de Saba se soit rendue à la cour du Roi Salomon, apportant à Jérusalem de nombreux présents afin d’éprouver la sagesse de Salomon par des énigmes. Il trouva les réponses à toutes ses questions et l’impressionna beaucoup. Un récit raconte qu’il parvint à reconnaître l’unique fleur naturelle d’un bouquet de fleurs artificielles, remarquablement réalistes, en utilisant une abeille. Salomon la testa également, d’après le Coran, en la faisant entrer par une porte de son palais faite de verre et de marbre bleu. Le sol imitait si bien l’eau à cet endroit que la reine fut trompée et, pour passer l’eau factice, elle remonta sa robe, dévoilant ses jambes. Le Roi Salomon aurait ainsi voulu vérifier qu’elle n’avait pas, comme certains le prétendaient, des jambes de bouc ou d’âne.

Par ailleurs, l’Histoire abonde de documents sur ces rencontres qu’on appelait « sabbat ». Des peintres, des poètes, des écrivains y font référence, non seulement pour en avoir entendu parler, mais également, parfois, pour en avoir fait l’expérience. Les rencontres les plus célèbres se tenaient en Allemagne, dans la Forêt Noire, et sur le Blochksberg, et en France à Carnac.

Lorsqu’aujourd’hui nous lisons les comptes-rendus des sabbats, nous qui appartenons à une société qui nous a habitués à notre dose journalière de slogans et à toutes sortes de conditionnements, nous ne réunissons plus à nous émouvoir. Excepté les histoires fantastiques où les sorcières volent, à cheval sur des balais et des rayons de lune, nous ne trouvons dans ces récits que des personnes malheureuses, avides d’orgies et d’obscénités, ou des contestatrices carnavalesques qui adoraient des chèvres. Les participants du sabbat avaient en effet l’habitude d’adorer, voire de sacrifier, un bouc ; ils considéraient cet animal comme l’incarnation terrestre du diable.

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               Goya – Le Sabbat des Sorcières  – Museo Làzaro Galdiano – Madrid             

Le mot « sorcière » dérive du latin vulgaire « sortirius » qui signifie « diseur de sorts » et du latin classique « sors, sortis » qui désigne d’abord un procédé de divination, mais également « destinée » et « sort ». Le mot qui les désigne en allemand est « Hexe », dérivé du grec ancien « aix », la chèvre, une référence au monde pastoral. En espagnol, elle devient « Bruja », dérivé d’un terme ibère « bruixa », et même du galicien « bruxa ». Le mot anglais « witch » a des origines plus controversées mais paraît bien provenir de « wik » d’origine aussi bien celte que germanique. La sorcière était appelée en grec « stryx », en latin « striga » d’où dérive le vocable médiéval « stria », qui a donné en italien « strega ». Notez que le mot « strix » désignait en latin le hibou, un oiseau qui avait chez nos ancêtres la triste réputation de sucer le sang des bébés dans leur berceau. Ce mot correspond chez nous à l’effraie, oiseau de nuit, ainsi nommée à cause de son cri strident.

Les striges, les sorcières, sont très présentes dans la littérature antique. Elles figuraient déjà dans la littérature de l’empire Romain et semblaient se référer à une très ancienne croyance populaire, mais les auteurs restent très imprécis sur leur origine. Un poète, Stace, écrivait d’ailleurs ceci : « De sinistres créatures volent, des êtres maléfiques crient dans les nuées, les Striges nocturnes gémissent ».

les-stryges1Les Striges

Ensuite, c’est Ovide qui en parle au livre IV des Fastes et il écrit : « Il existe des oiseaux voraces, à la tête énorme, aux yeux fixes, au bec aiguisé pour la rapine : leurs plumes sont blanches et leurs serres crochues. On dit qu’ils déchirent les entrailles de ceux qui ne se sont encore nourris que de lait et qu’ils aiment à s’enivrer de leur sang. On les nomme stryges à cause du cri sinistre dont ils épouvantent la nuit ».

Les auteurs antiques sont nombreux à décrire ces striges et tous en parlent de façon similaire : il s’agirait d’un être chimérique ailé, mi-femme, mi-oiseau, avide de chair fraîche. Cette description des striges est très certainement influencée par les divers monstres de la mythologie grecque. Il est amusant de noter que le mot « strige » servi également d’injure chez les Romains. A ce propos, Pline l’Ancien mentionnait dans son Histoire Naturelle : « Strige est une injure déjà ancienne, mais je ne puis déterminer quel est cet oiseau ».

lamia-par-john-waterhouse                                                       Lamia par John William Waterhouse                                                                                                                                    

Les striges sont très souvent apparentées, voire confondues, avec d’autres divinités de la mythologie. Dans la mythologie grecque, parmi les nombreuses de Zeus, il y eut aussi Lamia qui lui donna beaucoup d’enfants. Héra, l’épouse en titre de Zeus, fit périr tous les enfants de Lamia. Par vengeance, Lamia se transforma en monstre se nourrissant de chair fraîche d’hommes et d’enfants. D’ailleurs, chez les Anciens, le personnage de Lamia servait de croque-mitaine pour effrayer les enfants.

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Empousa par Herbert Draper

Empousa, était la fille de la déesse Hécate. Elle effrayait les voyageurs par ses injures et se nourrissait, elle aussi, de chair humaine. Elle pouvait prendre diverses formes pour séduire les hommes la nuit et sucer leur sang, et notamment celle d’une belle jeune femme. Ensuite, elle pouvait se transformer en mulet, ou en bœuf, ou même en chien. Elle avait une jambe d’airain et l’autre était celle d’un âne.

On retrouve chez ces deux représentations de femmes, des similitudes avec la Strige. Comme la Strige, elles se nourrissent de sang et de chair humaine, en particulier celui des nourrissons. Toutefois à la différence de celles-ci, la Strige est souvent représentée comme une vieille femme alors que Lamia et Empousa, quand elles ont forme humaine, sont deux très belles femmes… comme les sirènes.

D’ailleurs, à l’origine, la sirène a deux représentations. Celle d’un être mi-femme mi poisson et celui d’un être mi-femme mi-oiseau, comme son amie la Strige. Ce n’est que vers le Moyen Age qu’elles prirent définitivement l’apparence qu’on leur connaît à présent. On peut voir dans le chant des sirènes qui attirent Ulysse pour le perdre, une relation avec le cri strident des Striges qui anéantit l’homme. Comme ses consœurs, la sirène est ange de la mort se délectant de la mort de l’homme.

La Strige boit le sang des nourrissons. Lamia goûte la chair du nourrisson et de l’homme. Empousa boit le sang des hommes et les sirènes consomment le corps des hommes.

Pourquoi la strige devient-elle sorcière ? Sans doute à cause de sa représentation physique. La Strige apparaît souvent comme une vieille femme. Doit-on faire un parallèle entre son goût du sang des nourrissons et sa décrépitude physique ? En effet, elle y verrait une source de jouvence pouvant lui redonner beauté et donc sexualité. Or, sous quelle forme sont représentées les sorcières en général ? Sous les traits d’une femme flétrie pouvant se transformer en femme désirable grâce à de nombreux sortilèges.

QUELQUES SORCIERES CELEBRES

      La Theuggia

C’est sans doute la plus connue des fées déchues. Il faut savoir que seuls les dieux et la reine des fées ont le droit de déchoir une fée afin de la bannir de la noble cour. Pour être déchue, il faut que cette fée ait commis de bien tristes vilénies considérées comme un crime, ou qu’elle se soit adonnée à quelques sorcelleries, ou bien encore qu’elle ait par amour révélé de grands secrets à l’homme, mettant ainsi en péril l’existence même des fées. Il faut bien comprendre les lois du royaume des fées. Ce qui peut sembler anodin à un simple mortel peut se révéler fatal chez les fées. Si couper une haie nous paraît naturel, pour les fées il s’agit d’un assassinat. Bien sûr si certaines créatures fantastiques n’ont pas mérité une telle punition, comme la petite sirène, la plupart du temps les fées déchues ont mérité leur sort. Ici bas comme dans l’autre monde, rien n’arrive par hasard.

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On reconnaît la Theuggia à son aspect physique. Son visage et son corps sont partagés en deux. Le côté droit est jeune et avenant, tandis que le gauche est décrépit et repoussant   . D’un côté son œil est en amande, sa bouche pulpeuse et ses cheveux noirs, tandis que de l’autre l’œil louche, la bouche est tordue et sa chevelure est devenue blanche. Le côté droit de son corps est ferme et sensuel, alors que le côté gauche est flasque et décharné. Il en va de même de sa tenue qui est scindée en deux : un côté en haillons, l’autre portant un costume d’apparat. Seul son esprit malfaisant est d’un seul tenant.

Aigrie et rongée par le vice, la Theuggia est assoiffée de vengeance tout en buvant plus que de raison. Bien que tous ses pouvoirs lui aient été retirés, elle a gardé une très grande force musculaire. De plus, elle se complaît dans sa déchéance.

Les fées déchues sont des créatures à la fois repoussées par les siens et chassées par les hommes.

La plus célèbre des Theuggia vivait en Val d’Aoste, embusquée au fond de sa caverne, entourée d’orchons. Les orchons, tout comme elle, étaient malfaisants. C’étaient des enfants velus et méchants. Bien que lubrique, la Theuggia ignore la provenance de ses orchons qu’elle chérit pourtant par-dessus tout. Cette Theuggia italienne fut vaincu grâce au stratagème d’une vieille femme qui suggéra de donner, aux orchons qui mendiaient, du pain et du fenouil. Comme chacun sait, le fenouil est une plante consacrée qui s’avère fatale aux êtres malfaisants. Empoisonnés par le fenouil, les orchons moururent. Restée seule, la Theuggia s’en alla pleurer auprès des autres Theuggia de la montagne et elles partirent toutes du jour au lendemain. Elles se cacheraient donc sous des dolmens, des menhirs, dans les grottes des montagnes, ainsi que dans les mines désaffectées et autres carrières.

      La Befana   

Autrefois, on l’appelait « Stria », c’est-à-dire mégère ou sorcière. Elle était attendue avec anxiété par les enfants qui, en ces temps-là, ne recevaient que de modestes cadeaux. Afin qu’elle restât le plus longtemps possible, on réchauffait la pièce où la vieille sorcière devait arriver en empruntant cheminée. Ensuite, on mettait sur la table différents mets, ainsi que des fruits et un peu de vin. On n’oubliait pas non plus de mettre du foin sur le seuil de la maison pour son âne. On s’empressait d’achever le ménage de crainte que la Vieille ne vienne tout déranger. Dans la cheminée, on pendait de vielles chaussettes où la Stria pouvait déposer ses présents. 

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La sorcière offrait la couronne, sorte de chapelet dont les grains étaient des châtaignes cuites, des pommes et des oranges. Ces fruits étaient enfilés sur une ficelle : les châtaignes, groupées par dix, étaient les « Ave Maria », les pommes les « Pater Noster ». Au fond on trouvait des bonbons et une orange finissait le rosaire.

Les garçons des villages allaient dans la forêt chercher du bois de rouvre, des « visoni », c’est-à-dire des flèches sèches de houblon, des souches qui brûlaient facilement et ils rangeaient tout ce bois en tas dans la cour, dans l’attente d’exécuter la vieille sorcière.

La nuit des Rois, la nuit de l’Epiphanie, parmi les chants, les cris et les pleurs des enfants, on brûlait la vieille sorcière, sorte de pantin de paille, vêtu de guenilles, lié à un poteau au-dessus du feu, dans la cour. On attendait alors, en mangeant et en plaisantant, que le feu vengeur finisse de brûler les cendres de la Vieille. Dans chaque hameau on pouvait voir de grands feux qui illuminaient vallées et montagnes, éclairaient le ciel qui, peu à peu s’obscurcissait au fur et à mesure que les feux s’éteignaient.

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En italien, « Befana » est à la fois le nom de la fête de l’Epiphanie et le nom de la sorcière. On dit qu’on peut toujours l’apercevoir sur son balais dans la nuit du 5 au 6 janvier, toute de noir vêtue, les souliers élimés et percés, portant un énorme sac sur le dos. Elle apporte des friandises aux enfants sages et… des morceaux de charbon aux autres.

urbania1URBANIA – MARCHE – ITALIA

Savez-vous qu’on peut encore en ce XXIe siècle rencontrer la Befana. En effet, elle habite une petite maison à Urbania, une délicieuse petite ville d’Italie centrale, dans la province d’Urbino-Pesaro de la Région des Marche. Ici, on la célèbre et on lui fait la fête chaque année entre le 2 et le 6 janvier, l’Epiphanie clôturant cette semaine des Sorcières.

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      La Baba-Yaga

Cette sorcière qui vit dans la forêt est un personnage de la mythologie slave. Elle apparaît dans de nombreux contes russes, bulgares et polonais.  C’est une sorcière qui se déplace dans un mortier, avançant à l’aide d’un pilon, effaçant ses traces à l’aide d’un balai. Elle habite dans une maison perchée sur des pattes de poulet au fin fond d’une forêt. Cette maison peut donc tourner. Une des jambes de la Baba-Yaga est entièrement en os. C’est une ogresse qui dévore les gens, surtout les enfants, en les mettant dans son four, à l’aide d’une pelle. La clôture autour de sa maison est faite d’ossements humains et les crânes servent d’éclairage. Le portail est fermé par des mains et une bouche pleine de dents acérées sert de cadenas. La Baba-Yaga a une mauvaise vue, mais elle est pourvue d’énormes seins qu’elle jette sur ses épaules de sorte qu’ils pendent dans son dos. Les animaux de la forêt obéissent à Baba-Yaga. 

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Baba-Yaga a du savoir vivre. Elle ne dévore pas les gens tout de suite. Si quelqu’un vient lui rendre visite, elle offre un repas et un bain et demande ce qui vous amène. Parfois, elle aide même certains en donnant des renseignements utiles ou un objet magique.

En Bulgarie, Baba Yaga est un personnage très utilisé par les adultes pour faire peur aux enfants qui ne sont pas sages.

Le mythe de Baba-Yaga est cité dans bien des œuvres et adapté pour s’insérer dans leur interprétation du surnaturel, comme la légende de Vassilissa dans l’œuvre de Clarissa Pinkola Estés « Femmes qui courent avec les loups ». Dans sa version plus traditionnelle, on peut lire le conte de la Baba Yaga de Afanassiev, dans l’ouvrage intitulé « Contes de sorcières et d’ogresses ». Cette histoire présente une fillette qui réussira à déjouer la Baba-Yaga et ses serviteurs à l’aide d’un ruban, d’un peu d’huile, d’un morceau de pain et d’un morceau de jambon…

Dans un poème musical pour piano « Tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgski, version orchestrée par Maurice Ravel, l’un des tableaux s’intitule « La Cabane sur les pattes de poules ».

Autre sorcière de la mythologie slave, la Jezibaba qui apparaît dans la Roussalka, l’opéra d’Antonin Dvoràk et dans les films de Hayao Miyazaki. C’est également une sorcière de la forêt.

      La Dame Cygne

On peut, dit-on, la rencontrer aussi bien sur un lac irlandais que sur les bords du Rhin ou du Danube. Elle serait de taille moyenne, très gracieuse et sa peau serait aussi blanche et parfumée que le lys. Elle s’habille de plumes immaculées et porte des chaînes d’argent ou d’or rouge, des colliers ou des couronnes. La Dame Cygne est plutôt frugale dans ses habitudes alimentaires puisqu’elle se contenterait de lentilles d’eau et de rupelles des pâturages, des étangs et des rivières. Elle aurait un caractère particulièrement doux. Elle serait sage et patiente, mais deviendrait particulièrement dangereuse si on la menace et son pouvoir magique serait immense. 

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Des légendes racontent que la Dame Cygne et ses compagnes auraient créé la voie lactée, les papillons blancs des marécages, les fleurs de nénuphars, la neige et les nuages. Elles pondraient même des pierres de lune, feraient chanter les alouettes des marais et protègeraient les albinos. En quelque sorte la Dame Cygne est une sorcière lunaire.

      La Dame Rouge

C’est une fée d’une irrésistible beauté, plutôt grande, les yeux brillants au regard velouté. Elle a une peau si blanche que le bleu de ses veines ressort. Afin de conserver intacte sa beauté, elle se réfugie, dit-on, dans une chambre glaciale d’un manoir inaccessible. Elle s’habille avec beaucoup d’élégance d’une longue robe de cour noir et rouge, avec une collerette en calice qui encadre parfaitement son visage.

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Le chemin de la Dame Rouge de Gaasbeek

Pourtant, la Dame Rouge est un monstre de perversité, une ogresse insatiable, dérobant les enfants pour les dévorer. De même, elle obligerait ses amants d’une nuit à se soumettre aux plus démoniaques débauches. Elle les capturerait en ouvrant son manteau écarlate, offrant ainsi à leur vue un corps que nulle autre fée n’aurait et ne pourrait égaler, non seulement à cause de sa beauté parfaite, mais par le sortilège érotique qui émane d’elle. La Dame Rouge redoute pourtant de se voir dans les miroirs et ne supporte la vue de son image que dans le reflet des eaux corrompues.

      La fée Carabosse

Elle était très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue, mais vraiment très bossue. Si son apparition est rare dans les contes, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse Aurore, héroïne de la Belle au Bois Dormant. La version la plus ancienne du conte qui nous soit parvenue est celle de « Le Soleil, la Lune et Thalie », extraite du « Pentamrone » de Giambattista Basile. Il n’y est cependant pas question de méchante marraine. Si le destin de Thalie est bien prophétisé, il ne résulte pas d’un sort qui lui est jeté. 

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Dans les deux versions postérieures du conte, qui restent les plus connues, la fée Carabosse n’apparaît pas en tant que telle :

. Dans sa version, Charles Perrault ajoute le personnage de la méchante marraine, mais elle est présentée comme une « vieille fée », sans précision sur son nom.

. Dans l’adaptation des Frères Grimm, elle devient la « treizième fée » par opposition aux onze premières qui offrent à la princesse des dons merveilleux et à la douzième qui intervient en dernier ressors pour atténuer la malédiction.

      La Sorcière d’Hansel et Gretel

Hansel et sa sœur Gretel sont les enfants d’un pauvre bûcheron. Craignant la famine, l’épouse du bûcheron, leur mère, convainc son mari de perdre les enfants dans la forêt. Ceux-ci entendent son plan et recueillant de petits cailloux blancs marquent le chemin depuis chez eux. Ainsi la tentative de les perdre échoue. Toutefois la mère pousse le père à recommencer et cette fois les enfants n’ont que des morceaux de pain à jeter derrière eux. Une fois abandonnés en pleine forêt, ils réalisent que le pain a été mangé par les oiseaux. Errant dans la forêt, ils trouvent une maison de pain d’épices avec des fenêtres en sucre qu’ils commencent à manger. 

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L’habitante de la maison, une vieille femme, les invite et prépare un festin. Cependant cette vieille femme est une sorcière qui a construit la maison pour attirer les enfants afin de les manger. Elle enferme Hansel dans une cage et fait de Gretel sa servante. Gretel doit cuisiner afin d’engraisser son frère Hansel et chaque jour la sorcière vérifie s’il est suffisamment gras pour être mangé. Comme elle est à moitié aveugle, elle demande à Hansel de lui donner son doigt et celui-ci à la place lui tend un os. La sorcière a ainsi l’impression qu’Hansel ne grossit pas et les enfants gagnent ainsi du temps. Mais un jour, folle de rage, elle n’a plus la patience d’attendre et décide de manger Hansel.

Alors qu’elle se prépare à cuire Hansel, la sorcière demande à Gretel de regarder dans le four pour voir s’il est prêt. Gretel prétexte qu’elle est trop petite et la sorcière doit vérifier par elle-même. Alors qu’elle se penche dans le four, Gretel la pousse et referme la porte derrière elle. La sorcière meurt carbonisée. Gretel délivre Hansel et s’emparant de tout ce que contient la maison de la sorcière, ils regagnent le domicile de leurs parents.

Ce conte des Frères Grimm était destiné aux lecteurs de la classe moyenne du XIXe siècle. L’original était pourtant une description de la dureté de la vie au Moyen Age. L’infanticide était alors, selon les idées historiographiques de l’époque, une pratique courante et en période de disette il était donc habituel d’abandonner les enfants dans les bois et de les laisser mourir.

      Diana

C’est une fée qui vit en Espagne, dans un jardin magnifique, au fond d’une grotte. Elle a des cheveux blonds, sa peau douce est parfumée. Elle se nourrit de mets fins et épicés au safran. Cependant, elle se transforme parfois en mégère hideuse, ou même en serpent, pour éprouver les gens à qui elle réclame un baiser « donné sans dégoût ». Elle aussi on l’accuse de voler les enfants. Pourtant, Diana serait une fée bienfaisante, bienveillante et généreuse envers les hommes dont elle s’efforcerait de racheter la faute originelle. Ainsi, elle s’active pour surveiller les berceaux, protéger la paix des foyers, les cultures et le cycle des saisons. Elle guérit aussi les malades, aide les pauvres, récompense les personnes de bien, se chargeant également de punir les autres. Lorsque les hommes meurent, on dit en Espagne, qu’elle les conduirait au tombeau et veillerait durant trois jours pour en chasser les démons avides de chair morte.

     La Caillac Bheur

Elle habite une grotte ouverte à tous les vents en Grande Bretagne. Elle serait très grande, 1 m 73 pour être précis, mais horriblement maigre, avec des os saillants et pointus. Son visage est décharné, bleu de froid. Il exprime un rictus d’épouvante impressionnant. Elle a les mains noueuses et griffues et boite, suite à une chute malencontreuse. Son habillement ne serait pas plus agréable que son physique car elle porte une longue robe noire en haillons, un châle gris sur la tête et un tablier déchiré dont la poche est pleine de grêlons.

La Caillac Bheur est cannibale et pour se reposer s’assied sur un tas d’os humains. Cependant son activité principale la fait protectrice de la faune de la montagne : cerfs, daims, boucs, chèvres sauvages et même les loups. Elle les rassemble et les mène paître pour les dérober à la vue des chasseurs.

      La Vouivre

Dans une très ancienne légende de Franche-Comté, la Vouivre apparaît sous les traits d’une superbe sauvageonne portant sur la tête un diadème avec un énorme rubis, objet de convoitise dans toute la région. Cependant, la Vouivre est toujours accompagnée d’une armée de serpents invisibles qui surgissent au moment où on s’avise de dérober le bijou et qui mettent le voleur en pièces. 

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Arsène Muselier la découvre au moment où il fauche un de ses prés. La Vouivre se baigne toute nue, laissant ses bijoux et vêtements sur le bord de la rivière. Arsène voit le rubis, mais il est davantage tenté par la baigneuse, ce qui séduit la Vouivre, plus habituée à être poursuivie pour ses richesses que pour sa beauté. Du coup, la Vouivre pourchasse Arsène partout où elle peut. Au marché de Dole, il la retrouve habillée en citadine élégante, et elle vient le provoquer jusque dans ses travaux des champs. Cependant, Arsène est un paysan prudent, à la fois réaliste et tendre, il est déjà amoureux d’une fille du pays, Juliette. Contrairement au fils Beuillat, un bon rien revenu de la ville sans gloire et sans argent, il ne cherche jamais à s’approprier le rubis. Il affrontera pourtant l’armée de serpents pour tenter de sauver une gamine du pays, la petite Belete, au moment où Eugène Beuillat déclenche un tourbillon de reptiles par sa maladresse.

En Franche-Comté, la Vouivre est un animal fabuleux, sorte de grand serpent aux ailes de chauve-souris, qui a la particularité, lorsqu’elle se baigne, de déposer sur le rivage la pierre précieuse qu’elle porte habituellement au front.

Cette histoire réelle et fantastique est un célèbre roman de Marcel Aymé : « ouvrage bucolique où la fusion s’accomplit du féérique avec le réalisme. L’histoire de cette fée aux serpents, éternellement jeune, désirable et stérile, c’est le Jura de Marcel Aymé », écrivit Roger Nimier.

      La Fausserole

Elle fut chassée du monde des fées pour sa perversité. Elle était pourtant bien plus intelligente que la plupart de ses consœurs. Sous une apparence douce, vêtue de blanc et de jupons, elle arrive un jour dans un village, y loue une maison qu’elle astique avec entrain. Elle rend service aux personnes âgées, invite les femmes les plus distinguées pour prendre le thé et passe ainsi aux yeux de tous pour la plus gentille et la plus charmante des voisines.

Une jeune femme si douce devait, selon les villageois, trouver un mari honnête et travailleur. Ils lui en trouvèrent un qui ne fit malheureusement pas long feu. Elle le tua. La Fausserole tue les époux. Puis, en veuve éplorée, elle quitte le village afin de fuir les lieux de son malheur et part pour un autre village. Pourtant, elle finit par être démasquée. Elle avait trouvé pour mari un homme grand et fort, mais analphabète. Sur le registre de mariage, lorsqu’il dut signer, à la place de son nom, il traça une croix rouge. A la vue de la Sainte Croix, la Fausserole poussa des hurlements terribles et disparut par la fenêtre.

      La Valkyrie

Elle vivrait dans le Walhalla, c’est-à-dire dans le domaine d’Odin, dieu scandinave de la guerre, séjour des héros morts au combat. Elle serait une fée éternellement belle et jeune, gracieuse comme un cygne, dont elle emprunterait l’apparence parfois.

Elle est d’une taille et d’une stature impressionnantes qui se révèleraient au combat. Le plus souvent, elle s’habille de voiles courts et transparents maintenus par une ceinture d’or, mettant en valeur ses charmes certains. Cependant, quand elle part en guerre, elle revêt une cuirasse d’airain, une jupette en mailles d’acier, des jambières et des épaulières finement ciselées. Sur ses cheveux blonds nattés, elle porte un casque. On dit qu’elle aime manger du ragout d’ours, du sanglier rôti arrosé de cervoise et d’hydromel. En fait, elle serait douce, sensible, aimante, aussi douée pour le chant que pour l’art du combat.

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Dans l’art moderne les Valkyries sont parfois décrites comme étant de belles vierges montant des Pégases, ornées de casques et armées de lances. Cependant, le cheval de la Valkyrie était un kenning de loup, donc contrairement aux stéréotypes, elles ne montaient pas de Pégase. Leurs montures étaient plutôt des hordes de loups qui traînaient au milieu des corps de guerriers morts. Ces loups étaient de macabres combattants. Tandis que le loup est la monture de la Valkyrie, celle-ci semble être apparentée au corbeau, animal apparaissant fréquemment dans la mythologie nordique, notamment Hugin et Munin, deux corbeaux perchés sur les épaules d’Odin, volant au-dessus des champs de batailles et choisissant des corps. Les hordes de loups et de corbeaux ayant ainsi nettoyé les lendemains de batailles pourraient avoir été là pour servir de plus grandes causes. L’origine des Valkyries en général n’est pas rapportée comme existante, mais plusieurs Valkyries connues semblent avoir des parents mortels.

DEUX VILLAGES DE SORCIERES EN FRANCE

      Saint –Pée-sur-Nivelle

 

C’est un charmant village situé à côté de Bayonne qui fut, dans les temps anciens, surnommé « la terreur des sorcières ».

En 1609, le château de Saint-Pée-sur-Nivelle fut le théâtre sanglant des agissements sordides du bien nommé Pierre de Lancre, chasseur de sorcières. Pierre de Lancre était né à Bordeaux en 1553. Après des études de droit et de théologie en France, puis en Bohème et à Turin, il devint le 3 août 1582, Conseiller au Parlement de Bordeaux. En 1588, il épousait la petite-nièce de Montaigne. Et c’est en 1609 que le conseiller de Lancre intervint au Pays Basque, à la tête de la commission d’enquête demandée par Henri IV.

 

 

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Château des Sorcières à Saint-Pée-sur-Nivelle – Pays Basque

 

 

Cette commission devait purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons, des guérisseuses et des cartomanciennes. Vaste programme pour un homme peu compatissant. Il ne faut pas oublier que la région basque vivait beaucoup à l’époque de la pêche. Et donc cette région était peuplée de marins et surtout de leurs femmes réputées pour leurs soi-disant mœurs légères. C’était donc un vivier de femmes seules censées courir le sabbat afin d’assouvir leurs pulsions. C’est donc dans le château de Saint-Pée-sur-Nivelle que ce triste sire introduisit plus de 600 procès pour sorcellerie. Des femmes, mais aussi des enfants et des prêtres furent torturés puis brûlés. Pour cette besogne, il fût aidé par une toute jeune fille de 17 ans qui était experte à trouver « la marque du diable ».

De retour de mer, les marins prirent fait et cause pour les malheureuses accusées encore vivantes. Aussi, craignant une insurrection, le parlement de Bordeaux rappela Pierre de Lancre.

        Mâlain ,  petite ville de Bourgogne, haut lieu de la sorcellerie

Mâlain porte bien son nom puisque ce village fut considéré comme un ancien lieu de la pratique de sorcellerie noire en France. En effet, on y raconte l’histoire d’une jeune femme qui, un soir, aurait été emmenée par un homme en rouge, jusqu’à une crevasse réputée pour avoir été appelée « La crevasse du Diable » et qui mènerait jusqu’aux enfers. Aussi, le château de Mâlain, aujourd’hui en ruine, est-il lui-même considéré comme maudit car construit au-dessus de cette « crevasse du Diable ».

Loin des fables ancestrales, si Mâlain fête de nos jours ses sorcières, c’est qu’en 1644 le procès que firent les villageois à quelques femmes et hommes, est de triste mémoire. A Mâlain, tout commence déjà par une légende qu’on raconte depuis la nuit des temps.

Cérès, déesse antique de la fertilité, cherchait désespérément sa fille disparue depuis des lunes et des lunes. Au hasard de ses pérégrinations, son chemin croisa celui d’Aloîs, un enfant du pays, à la grâce et au charme troublant. Celui-ci, connaissant la région comme personne, entraîna Cérès jusqu’à l’entrée d’une cavité située sous la colline de Mâlain.

                   « Voici l’entrée de l’enfer, où Pluton a enfermé ta fille » avoua-t-il à Cérès.

C’est ce que la mémoire populaire retint de cette légende antique. L’antre du démon était situé sous la colline de Mâlain, là où se trouve le château maintenant. De nos jours encore, on nomme cette cavité « le trou du diable ».

chateau-de-malain-bourgogne     Château de Mâlain – Côte-d’Or – Bourgogne

Cependant, au Moyen Age curieusement, cette légende ne semble pas effrayer les bergers qui font de cette cavité une bergerie aménagée. L’année 1640 est particulièrement ardue pour les habitants de Mâlain. Pluies, gelées et grêles viennent à bout des potagers et vergers, et donc des fruits et légumes des paysans. La disette menace et en ces temps obscurs, il est facile d’attribuer cette malchance météorologique à des preuves d’existence du diable et de ses condisciples. On cherche alors des coupables et on s’en prend à quelques femmes et hommes sous des prétextes fallacieux.

Comme souvent à cette époque, les villageois décident de faire justice eux-mêmes. En fait de justice, il s’agirait plutôt d’une pantomime parodiant celle-ci. On garrotte les supposés sorciers et sorcières, on les emmène au bord de l’Ouche à hauteur du Pont-de-Pany. Les pouces attachés aux gros orteils, ils sont jetés à l’eau.

Ceux qui s’enfoncèrent dans l’eau furent reconnus innocents mais décédèrent dans d’atroces souffrances. Ceux qui surnagèrent malgré les coups de fourche furent jugés coupables. Ultime ignorance, une femme qui plaignit chrétiennement le supplice de ces pauvres gens fut lapidée par la foule et, dit-on, enterrée sous une pierre. La justice des lieux jugea une dizaine de ces pauvres gens. Et ceux qui réussirent à surnager furent condamnés à être pendus puis leurs corps brûlés. Cette peine fut heureusement levée par le Tribunal de Dijon qui gracia ces pauvres hères. Mais le mal était fait et la suspicion demeura envers ces personnes pendant de longues décennies, et leurs descendants eurent toutes les peines du monde à s’intégrer.

Voilà pourquoi de nos jours, on peut assister une fois tous les deux ans à la Fête des Sorcières à Mâlain. Les villageois expient ainsi leurs fautes en fêtant celles qui furent jugées coupables il y a maintenant fort longtemps.

LES SORCIERES ONT AUSSI LEUR MUSEE

Ce Musée se trouve en Espagne, dans un village de Navarre, Zugarramurdi, tout près de la frontière franco-espagnole. Il a ouvert très officiellement le 20 juillet 2007 et on peut y découvrir la véritable histoire qui a donné au village sa réputation de sorcellerie. Le Musée résulte de la rénovation de l’ancien hôpital et pas moins de 1,5 millions d’euros ont été investis pour une muséographie résolument moderne. C’est d’autant plus important que ce village compte environ 200 habitants. Il semblerait que la Municipalité ait eu envie de remettre de l’ordre dans tout le folklore qui s’était développé autour de la sorcellerie, folklore qui était fort éloigné de la réalité historique. Zugarramurdi était déjà connu dans le monde entier comme le « village des sorcières », mais aussi pour ses grottes qui étaient, il y a encore peu de temps, le théâtre de la très célèbre « fête des sorcières », chaque année à la fin juin.

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     Les grottes de Zugarramurdi

Avec ce musée, rien à voir avec l’évocation de la sorcière classique avec son balai, ses chaudrons et toute la panoplie d’Halloween. Ce musée est avant tout un hommage à celles et ceux qui eurent à subir entre 1609 et 1614 une terrible « chasse aux sorcières » qui toucha particulièrement la région de Zugarramurdi et se déroula dans toutes l’Europe. En rappelant les faits précis qui se passèrent dans le village, en évoquant les modes de vie, les mythes et les croyances de l’époque, la visite permet de comprendre les mécanismes qui ont entraîné le développement du mythe de la sorcellerie. Voilà qui permet de percevoir que les ressorts sur lesquels reposaient « la chasse aux Sorcières » en 1610 sont les mêmes que ceux qui ont donné lieu à tant d’autres persécutions au cours de l’Histoire : ignorance, peur de l’autre, peur de la différence…

La visite est facile à suivre et n’est jamais ennuyeuse. On dispose de fascicules, présentés en espagnol et en basque, mais traduits en français. L’entrée est libre et la visite dure environ 1 h 30. Elle constitue un complément indispensable à la visite des Grottes de Zugarramurdi toutes proches. Une excellente occasion de sortir des idées reçues à propos de la sorcellerie. 

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter 

Les Pouvoirs de la Lune – E. Lukas – De Vecchi Poche                                                                                      

La Grande Encyclopédie des Fées                                                                                                             

Guide de la France mystérieuse

 

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FEE… FATA… FATUM… FATALITE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-09-2009

De la Fée Bleue à la Fée Carabosse 

 

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Maîtresse de la magie, la fée symbolise les pouvoirs paranormaux de l’esprit ou les capacités prestigieuses de l’imagination. Elle opère les extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l’homme de construire en imagination les projets qu’il n’a pas pu réaliser. 

La fée irlandaise est par essence la « banshee », dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l’Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d’un oiseau, d’un cygne de préférence. Mais cette qualité n’a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l’élu de son cœur. La « banshee » est par définition un être doué de magie. Elle n’est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu’elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu’elle appelle et, quand elle s’éloigne provisoirement, l’élu tombe en langueur.

la-bansheeLa Banshee 

Shakespeare a merveilleusement montré avec la Reine Mab, l’ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière : 

« Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C’est l’accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu’une pierre d’agate

A l’index d’un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes…

… C’est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C’est la sorcière… »

 En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s’évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d’une illusion. Ils se situent dans l’évolution psychique parmi les processus de l’adaptation au réel et de l’acceptation de soi, avec ses limites personnelles. Ou on recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme. Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l’origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même « Fata », les Destinées, le prouve. D’après P. Grimal :

 « Les trois Parques étaient représentées sur le forum par trois statues.  Que l’on appelait couramment les trois fées, les tria fata ».

Elles portent encore aujourd’hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l’imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.  

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Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l’enroulent sur le rouet et le coupent, l’heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l’origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l’astrologie fera : évolution, culmination, involution.

Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d’un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendues propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants mort-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, au-delà des Parques et des Moires, remonter aux Kéres, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s’emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l’issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telles que nous venons de l’indiquer montre qu’elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l’histoire, selon un mécanisme ascensionnel, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d’une grotte, d’un abîme, d’une cheminée des fées, ou encore près d’un fleuve mugissant ou au bord d’une source ou d’une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu’elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s’épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l’hiver, temps de silence, de mort.

 

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Si l’on examine de très près légendes et contes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n’a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C’est le temps de rupture, où l’épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, parce que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu’en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu’elle n’apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. 

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Les Parques ou les Moires : C’étaient trois fileuses qui travaillaient jour et nuit. On les a représentées, parfois, comme d’affreuses vieilles, ailleurs elles sont belles et implacables. Leur nom venait du verbe latin « parcere », qui signifie « épargner ». Ce nom était ironique car elles n’épargnaient jamais personne ; ce qu’elles filaient ainsi sans trêve, c’était le fil de la vie humaine… Clotho tenait la quenouille, Lachésis le fuseau et la dernière, Atropos, donnait le coup de ciseau final… Par une extension facile à comprendre, la Parque signifie : la Destinée.

La symbolique du fuseau est d’ailleurs intéressante. Pour Platon, « le fuseau de la nécessité » représente la nécessité qui règne au cœur de l’univers. Le fuseau tourne d’un mouvement uniforme et entraîne la rotation de l’ensemble cosmique. Il indique une sorte d’automatisme dans le système planétaire : la loi de l’éternel retour. On peut à ce titre le rapprocher du symbolisme lunaire. Les filles de la Nécessité, les Moires, chantent avec les Sirènes, en faisant tourner les fuseaux : Lachésis pour le passé, Clotho est le présent, Atropos représente l’avenir. Elles règlent la vie de chaque être vivant à l’aide d’un fil que l’une file, que l’autre enroule, que la troisième coupe.

fuseau 

Ce symbolisme indique le caractère irréductible du destin : sans pitié, les Parques filent et défilent le temps de la vie. Le double aspect de la vie se manifeste : la nécessité du mouvement, de la naissance à la mort, révèle la contingence des êtres. La nécessité de la mort réside dans la non-nécessité de la vie. Le fuseau, instrument et attribut des Parques, symbolisera la mort.

melusina1La fée Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C’est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montrent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu’elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait d’ailleurs en dire autant des manifestations de l’inconscient. 

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Mélusine est une fée bâtisseuse qui a laissé son empreinte dans maints et maints édifices religieux et civils du Poitou. Ayant infligé une punition à son père Mélusine est condamnée par sa mère à devenir serpent dès le nombril tous les samedis. Alors qu’elle erre dans la forêt non loin de Coulombiers, elle rencontre Raymondin. Elle consent à l’épouser, à la seule condition qu’il la laisse seule chaque samedi, sans chercher à connaître son occupation. Dix garçons, dont certains portent la marque de leur origine féérique, naissent de cette union. Mais, un samedi, rongé par la curiosité, Raymondin trahit son serment et découvre le secret de sa femme. C’est ainsi que Mélusine disparaît après avoir tournoyé dans le ciel de Lusignan. A l’image de leur mère légendaire, les seigneurs de Lusignan, rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, originaires du Poitou, se sont avérés être au Moyen Age des constructeurs notables de châteaux : une vingtaine de sites aurait été édifiée, fortifiée ou embellie par cette famille.

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Selon la légende, le château de Lusignan fut construit par Mélusine. La Fée bâtisseuse, transportant les pierres dans sa dorne et les assemblant de trois goulées d’air en trois nuits, aurait été aidée par des ouvriers tirés du néant pour la circonstance. Aujourd’hui, les vestiges de cette forteresse : la Tour de Mélusine et la Poterne, s’inscrivent au cœur d’un jardin à la française aménagé au XVIIIe siècle par l’Intendant du Poitou, Blossac. A l’intérieur d’une des anciennes parties du château, une exposition présente l’épopée tumultueuse du château et de ses seigneurs, au travers de leur mère légendaire.

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Les étranges métamorphoses de cette fée ne sont pas sans évoquer le Scorpion, alors que le secret qu’elle garde jalousement ainsi que cette vie double, comme son corps de sirène, font penser à la symbolique du signe des Poissons.

Avec Roussalka la sirène on reste dans l’univers aquatique. Dans le monde païen, la Roussalka avait le statut de déesse de la rivière, propriétaire de trésors et magicienne. Depuis la christianisation de la Russie, elle passe pour être plutôt mélancolique ainsi que  peu favorable aux humains. Suivant une croyance populaire, les Roussalki sont des nouveau-nés de sexe féminin, morts sans baptême ou encore des femmes noyées. Elles possèdent jeunesse et beauté éternelles. Le samedi précédant la Trinité, elles courent en tous sens dans les champs de seigle. A partir du jeudi suivant, la fête du Semik, elles résident dans les bois où leurs appels répétés égarent les voyageurs en chemin. Pendant la Roussalnaïa, huitième semaine après Pâques, et également la veille de la Saint-Jean, elles se montrent dangereuses et il est alors fort imprudent de se baigner.  

la-roussalkaDans une variante populaire du conte, la Roussalka est la nymphe des eaux, la fille favorite des esprits du lac. Toute sa vie, elle se désole de sa condition et, éprise d’un jeune prince, elle souhaite devenir femme pour pouvoir communiquer chaleur et amour humain. Elle confesse ce désir à son père qui se désespère, convaincu que cette métamorphose lui portera malheur. Mais, constatant son impuissance à la persuader de renoncer à ce désir, il lui conseille d’aller consulter la Jézi-Baba. Cette sorcière promet à la Roussalka de l’aider à prendre forme humaine, mais à deux conditions : ne jamais pouvoir parler à son prince, et, au cas où il la tromperait, être damnée. A son retour, son prince, qu’une mystérieuse force a fait venir à sa rencontre, la prend dans ses bras et la conduit au palais où sont réunis pour la noce un grand nombre d’invités. Bouleversé par la beauté silencieuse de la Roussalka, le jeune prince porte son regard sur une autre belle femme venue assister au mariage. Depuis, la Roussalka gémit sur son sort, et guette les hommes qui voyagent dans la forêt.

Cette belle légende fait penser à l’histoire de Lorelei ainsi qu’à celle de la petite sirène, mais ni l’une ni l’autre n’étaient des fées. La petite sirène a toutefois recourt à une sorcière car comme la Roussalka elle veut devenir une vraie femme pour conquérir le jeune prince qu’elle a sauvé de la noyade. Elle y perdra sa voix en perdant sa queue de sirène pour des jambes et une silhouette de rêve. La Roussalka inspira Antonin Dvorak qui l’immortalisa dans un opéra.

merlin-et-la-fee-viviane

La fée Viviane appartient à la célèbre légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, un ensemble de récits datant du Moyen Age. C’était la fille d’un seigneur de Bretagne, du château de Comper, au nord de la forêt de Brocéliande qui n’est autre que le nom mythique de l’actuelle forêt de Paimpont, au sud-ouest de Rennes, dans le Morbihan. C’est dans cette forêt que le roi Arthur somma aux chevaliers de trouver le Graal. Merlin l’Enchanteur, ami et conseiller du jeune roi, fût l’hôte privilégié de Brocéliande. Et c’est à la fontaine de Barenton qu’il rencontra Viviane pour la première fois… Qui de la fée ou du magicien enchanta l’autre ? A découvrir ou à redécouvrir… Mais avec Viviane apparaît là une autre fée des Eaux, on l’appelait d’ailleurs la Dame du Lac. Son histoire évoque assez le signe des Poissons.

La fée Morgane est une magicienne faisant elle aussi partie de la Légende du Roi Arthur. Elle est souvent représentée comme une adversaire du Roi, de sa femme Guenièvre, ainsi que des Chevaliers de la Table Ronde. C’est une disciple de la fée Viviane et Merlin est son maître.

la-fee-morgane1La fée Morgane peintre par John William Waterhouse

Elle est présentée comme une séductrice maléfique, mais aussi parfois comme un personnage positif incarnant un pouvoir féminin désapprouvé par la société médiévale. Le personnage de Morgane pourrait avoir une de ses sources dans la déesse Modron, inspirée de la Dea Matrona gauloise, telle qu’elle apparait dans la littérature galloise médiévale. Le nom de Morgane la lie peut-être aux morgan/morgen, fées des eaux, séductrices et dangereuses, du folklore britannique. La transcription de son nom en « morgue » la lie parfois à la Mort. Son histoire évoque le Scorpion et surtout Vénus en Scorpion, à moins que ce ne soit Lilith, la Lune Noire.

la-fee-clochette1La fée clochette est un personnage créé par J.M. Barrie dans son roman Peter Pan. Clochette est amoureuse de Peter Pan. Elle ne supporte pas que celui-ci porte son regard sur un sujet féminin, et encore moins qu’il s’y intéresse. Or Peter Pan, qui est un séducteur, passe son temps à essayer d’épater Wendy, ce qui énerve très profondément Clochette. James Barrie indique que comme toutes les fées, Clochette est parfois gentille, parfois méchante et elle est tellement petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. Cependant, Clochette est apte à jouer des tours. Elle est fragile et sensible, se déplace très rapidement et, grâce à sa poudre, elle permet à Peter, aux enfants Darling et aux Garçons Perdus de voler. Par son côté espiègle et sa manière de voler, elle n’est pas sans rappeler Mercure aux pieds ailés. C’est certainement une fée Gémeaux.

La fée bleue est un être magique. Ravissante jeune femme blonde capable d’apparaître par enchantement depuis une étoile, c’est elle qui donne vie au pantin de bois Pinocchio, après le souhait de Geppetto le menuisier qui a construit la marionnette d’avoir un vrai petit garçon. Elle confie au grillon Jiminy Cricket  le soin d’être la conscience de Pinocchio et de le guider vers le droit chemin. Pinocchio doit en échange prouver qu’il est toujours brave, loyal, franc et obéissant. Cette belle et bonne fée n’est pas sans évoquer la douce et belle Vénus. Alors que Jiminy Cricket s’apparenterait à Saturne.

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Toutefois, avant d’être le célèbre film de Disney, Pinocchio est un personnage de fiction, héros d’un conte de fées moderne, chef-d’œuvre universel de la littérature enfantine :  » Le aventure di Pinocchio ». Storia di un burattino » (Les aventures de Pinocchio, Histoire d’un pantin), d’un certain Carlo Collodi. En fait, Collodi est un village de Toscane, entre Pistoia et Lucca, qui servit de pseudonyme à un journaliste et écrivain italien qui s’appelait en fait Carlo Lorenzini. Ce bourg tout en longueur se termine par la grande villa Garzoni, reconstruite en 1600 sur les ruines d’un château médiéval. Dans le parc, tout en terrasse, on peut voir un monument représentant Pinocchio et la Fée Bleue. La villa Garzoni et son jardin dominent toute la vallée. La mère de Carlo Lorenzini travaillait là. C’était la fille du fermier de la villa et l’on dit que c’est dans la cuisine que Carlo Lorenzini, dit Collodi, commença le récit des aventures du fameux pantin. Carlo Collodi vécut entre 1826 et 1890.

villa-garzoniVilla Garzoni – Collodi – Italie

C’est le conte de fées par excellence, immortel et universel, duquel ont été tirées une multitude de versions : littéraires, théâtrales, chorégraphiques, télévisées, cinématographiques et bandes dessinées, sans compter les centaines de traductions, de versions illustrées ainsi que les mises en musique et en chanson. Il faut revoir le très vieux film en noir et blanc « Les aventures de Pinocchio » de Luigi Comencini, avec le génial Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et la belle Gina Lollobrigida dans celui de la Fée Bleue.

On reconnait aux « Aventures de Pinocchio » une prérogative qui n’appartient qu’aux grands chefs-d’œuvre, celle d’être hors du temps. Pour les 100 ans de Pinocchio, en 1981, Italo Calvino écrivait ainsi : « Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio ». Les « Aventures de Pinocchio » a été le deuxième livre le plus vendu en Italie au XXe siècle avec le tirage de 9 à 10 millions d’exemplaires, juste derrière la Divine Comédie de Dante Alighieri  (11 à 12 millions d’exemplaires).

cendrillon-et-sa-marraine La fée marraine de Cendrillon est un personnage récurrent des contes : il s’agit d’une fée qui met ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou de sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle protecteur ou de mentor, comme on peut l’attendre d’une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l’esprit pour Riquet à la houppe, on pense tout de suite à Mercure ; grâce et beauté pour la Belle au Bois dormant… voici Vénus ; ou encore elle assiste et protège à l’adolescence d’un père abusif dans Peau d’Ane, ou d’une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles dans Cendrillon, ou d’un sort lancé par une méchante fée dans la Belle au bois dormant. On songe alors à quelques fées jupitériennes, bienveillantes et protectrices à l’image de Jupiter, d’autant qu’elles ont déjà un certain âge et représentent la maturité et la sagesse.

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La Belle au Bois Dormant dans ce conte, elles sont sept fées à être conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée : « On donna pour marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pût trouver dans le Pays. Il s’en trouva sept. Ainsi chacune d’elle lui faisant un don, comme c’était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu’elle serait la plus belle du monde, celle d’après qu’elle aurait de l’esprit comme un Ange, la troisième qu’elle aurait une grâce admirable à tout ce qu’elle ferait, la quatrième qu’elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu’elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu’elle jouerait de toutes sortes d’instruments à la perfection ».

Les Frères Grimm dans leur adaptation du conte porteront à treize le nombre de fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

L’astrologue a tendance à penser que ces chiffres sont en rapport avec le zodiaque : les trois fées représentant les trois phases visibles de la Lune et les trois déesses lunaires : Artémis ou Diane, la jeune fille qui représente la Lune croissante, Séléné est la femme mûre ainsi que la Pleine Lune. Enfin, Hécate est la vieille femme, la Lune décroissante.

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Le chiffre 7 représente les sept astres visibles et que tout le monde connaissait jusqu’à au XVIIe siècle : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Saturne et Jupiter. Seulement ensuite apparaîtront Uranus, Neptune et Pluton. 

Quant au nombre 13, plusieurs hypothèses se profilent :

. La phobie du 13 qui pourrait provenir de l’Antiquité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Philippe II de Macédoine eût l’idée d’ajouter sa statue à celle des douze dieux. Malheureusement pour lui, il fut assassiné peu de temps après.

. Le 13 suit le nombre 12, nombre symbolisant accomplissement et cycle achevé et très symbolique dans la mythologie chrétienne où c’est un nombre « saint » et dans la tradition astrologique puisqu’il y a douze mois dans l’année, 12 heures le jour et 12 heures la nuit, douze signes du zodiaque, douze dieux dans l’Olympe, douze travaux d’Hercule, douze tribus d’Israël et douze apôtres accompagnant Jésus. Et puis, 12 ans c’est le cycle de Jupiter, le temps qu’il lui faut pour parcourir le zodiaque. Le nombre est divisible par 2, 3, 4 ou 6 alors que 13 n’est divisible que par 1 ou par lui-même seulement. Treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort, vers l’achèvement d’une puissance et d’un accomplissement.

. L’origine de la superstition du Vendredi 13 aurait pour origine une légende nordique. Vendredi était le nom de Frigga, la déesse de l’amour et de la fertilité. Lorsque les tribus nordiques et germaniques se convertirent au Christianisme, Frigga fut bannie et envoyée au sommet d’une montagne et considérée comme une sorcière. Depuis, chaque vendredi, la déesse pleine de rancune convoquerait onze sorcières et le diable, ce qui fait 13 en la comptant, pour comploter de mauvais tours à jouer au cours de la semaine suivante. Reste que, dans l’Antiquité, le vendredi était un jour consacré à la déesse de l’amour, qu’elle s’appelle Aphrodite, Vénus ou Frigga. Ce  jour était donc considéré comme le plus gai de la semaine.

frigga-filant-les-nuagesFrigga filant les nuages

Aujourd’hui encore le vendredi semble être un jour de chance pour certains peuples ou communautés religieuses. Enfin, selon certains biblistes, ce serait aussi un vendredi qu’Eve et Adam auraient croqué dans la pomme interdite, célébrant ainsi Vénus.

la-fee-dragee2Tchaïkovski nous offre, avec Casse-noisette, une très belle et très gentille Fée Dragée, dans un merveilleux ballet « la danse de la Fée Dragée ». La petite Clara, son frère Fritz, la Fée Dragée, les petites souris et les soldats de plomb continuent de nous émerveiller de génération en génération, initiant petits et grands au monde de la danse, bercés par la musique de Tchaïkovski. Le conte nous le devons à l’écrivain et compositeur allemand Ernst Theodor Wilhelm Hoffman (1776-1822). A voir ou à revoir, ne serait-ce que pour retomber en enfance l’espace d’une soirée.

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La fée Carabosse est l’opposé des belles et bonnes fées, marraines des princesses de contes pour enfants sages. La fée Carabosse est très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue. Si son apparition dans les contes est rare, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse dans la Belle au Bois dormant.

La princesse Aurore naît sous de bons auspices. Ses parents sont roi et reine et ses marraines sont des fées. Elles sont au nombre de sept ou de douze, selon les versions, qui la comblent de dons. La fée Carabosse, fâchée de n’avoir pas été invitée, se présente à la surprise de tous et gâche la fête en lui lançant un mauvais sort. Celui-ci ne peut malheureusement être entièrement annulé par l’une des marraines mais il sera néanmoins atténué : la princesse se piquera bien le doigt à un fuseau à l’âge de 15 ans comme l’avait prédit Carabosse, mais la mort consécutive promise aussi par la méchante fée se commuera en un sommeil de 100 ans qui prendra fin le jour où le Prince arrivera jusqu’à elle et lui donnera un baiser. Malgré ses efforts, le roi reste impuissant à empêcher la réalisation de la malédiction. Il tente de faire interdire l’usage des fuseaux mais une vieille sourde, n’ayant pas entendu l’édit, garde le sien, responsable de l’accomplissement de la malédiction. Dans des versions plus anciennes, la vieille sourde est de bonne foi et agit par pure ignorance. Dans le ballet de Tchaïkovski, il s’agit de Carabosse elle-même, s’assurant ainsi que s’accompliront malédiction et vengeance.

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La Belle au Bois Dormant représentée par John William Waterhouse                                                                       

« On vit entrer une vieille Fée qu’on n’avait point priée parce qu’il y avait plus de cinquante ans qu’elle n’était sortie d’une tour et qu’on la croyait morte ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n’y eut pas moyen de lui donner un étui d’or massif, comme aux autres, parce que l’on n’en avait fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crut qu’on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents… Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d’un fuseau et qu’elle mourrait ». Charles Perrault

Toutefois, en faisant peser sa malédiction sur la petite fille au berceau, la Fée symbolisait par là la transmission continue et ancestrale des changements physiologiques qui interviennent à l’adolescence.

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 Quant au portrait de Carabosse, il évoque Saturne tant dans la description physique que de par le comportement. Toutefois, on peut aussi rapprocher Carabosse d’Eris qui, dans la mythologie grecque, est la déesse de la Discorde. Cette dernière non plus n’a pas été invitée aux noces de Thétis et Pélée. Pour s’en venger, elle jette une pomme d’or sur la table, au milieu des déesses, portant l’inscription « pour la plus belle ».

eris-deesse-de-la-discordeEris, déesse de la Discorde

Ce geste est à l’origine du déclenchement de la Guerre de Troie et de la mort d’Achille survenue malgré la précaution de sa mère, Thétis, pour le rendre invincible en le plongeant dans les eaux du Styx. Malheureusement, elle le tenait par le talon et cette partie du corps, restée vulnérable, fut touchée par une flèche de Pâris dont la main était guidée par Apollon.

Circé dans la mythologie grecque, c’est une magicienne très puissante, particulièrement versée dans les empoisonnements et les métamorphoses. Elle est la fille d’Hélios, le Soleil et de Perseis, une Océanide. Les grands poètes Homère, Hésiode et Cicéron la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière.

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John William Waterhouse – Circé offrant le cycéon à Ulysse

Elle apparaît dans l’Odyssée. Elle habite dans une île, dans un palais situé au milieu d’une clairière, entourée de loups et de lions qu’elle a apprivoisés. C’est là qu’elle a recueilli et purifié Jason et Médée après le meurtre du père de Médée. Quand Ulysse et ses compagnons abordent l’île, vingt-deux d’entre eux, conduit par Euryloque, se laissent attirer jusqu’au palais par une voix harmonieuse. La magicienne les accueille et leur offre un breuvage composé de gruau d’orge, de miel et de lait caillé. Dès qu’ils ont bu, elle les transforme d’un coup de baguette en pourceaux. Euryloque, resté dehors, court avertir Ulysse, qui part à la recherche de Circé. Hermès lui apparaît alors sous la forme d’un beau jeune homme tenant un roseau d’or. Le dieu Hermès à la baguette d’or lui remet l’herbe « moly » et lui donne des conseils pour triompher de Circé. Quand il arrive chez la magicienne, celle-ci lui offre le cycéon, ce breuvage qu’ont absorbé ses compagnons, mais elle échoue à le transformer d’un coup de baguette. Ulysse tire son épée ; apeurée, Circé lui offre de partager son lit. Là encore, Ulysse, suivant les recommandations d’Hermès, demande à la magicienne de jurer par « le grand serment des bienheureux » qu’elle ne cherchera plus à lui faire de mal. Ceci fait, Ulysse et Circé s’unissent, puis elle rend aux compagnons leur apparence humaine. Elle aide enfin le héros et son équipage à préparer leur départ.

Le poète romain Denys de Milet fait de Circé plutôt la fille d’Eétès et d’Hécate, la déesse lunaire de la sorcellerie. Toujours selon lui, elle épouse le roi des Sarmates qu’elle empoisonne. Chassée une première fois par ses sujets, elle fuit dans une île déserte, ou selon d’autres, vers l’Italie où elle fonde Circeii, dans le Latium, entre Rome et Naples, ou l’on peut voir encore la grotte qu’elle habitait sur une plage, au pied du Monte Circeo. Elle s’y est d’ailleurs distinguée par de nombreuses actions malfaisantes, transformant Scylla en monstre, par pure jalousie, ou encore le roi Picus en pivert parce qu’il l’avait repoussée. 

monte-circeoMonte Circeo

Au Moyen Age, on la retrouve dans les légendes populaires d’Italie, mêlée à la figure d’Hérodiade, sous le nom d’Aradia, fille de Diane (la Lune) et de Lucifer (le diable). Pour l’astrologue, cette femme fatale évoque le Scorpion.

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La Fée Electricité est une peinture de Raoul Dufy. Commencée en avril 1936 et terminée en 1937, cette peinture fut réalisée pour le Pavillon de l’Electricité de l’Exposition Internationale, la plus grande peinture existant au monde sur un support indépendant : la Fée Electricité est d’une superficie de 624 m². La peinture est formée de 250 panneaux de contreplaqué de 2 mètres de haut sur 1,20 de largeur sur lesquels il peint avec une peinture à l’huile très légère, conçue par le chimiste Jacques Maroger, donnant une illusion de gouache et séchant très rapidement. Les personnages dessinés à l’encre de chine puis les couleurs sont replacées par-dessus.  Ce tableau a été longtemps le plus grand tableau du monde mais il a été détrôné depuis.

 « Mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », tel était l’objectif de la commande passée à Dufy par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité.

la-fee-electricite-raoul-dufy1La fée électricité – Raoul Dufy – Musée d’Art Moderne – Paris

En 1954, EDF en fait don à la ville de Paris. Cette peinture est aujourd’hui visible dans une salle du Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Soit dit en passant, l’électricité est vraiment une belle et bonne fée, l’interrupteur ayant remplacé la baguette. Pourtant, elle peut aussi passer pour une sorcière, trop présente la nuit dans le ciel des villes, elle nous empêche de voir les étoiles filantes… Quant à sa planète fétiche, c’est bien sûr du côté d’Uranus et du Verseau qu’il faut aller regarder.

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Trésors des expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Le Français retrouvé – Editions Belin

 Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes – Vienne – Guide du Pays des Six Vallées

 Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

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