DANS LE MONDE ETRANGE DES POISSONS ET DE LA MAISON XII… SAINTE COLETTE DE CORBIE LA RECLUSE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 06-03-2014

Il fallait bien être né Capricorne pour s’infliger un tel traitement. En effet, Colette de Corbie est née le 13 janvier 1381 à Corbie, petite ville de Picardie. Elle fut béatifiée en 1625, canonisée en 1807 et commémorée liturgiquement le 6 mars.

Colette était issue d’une famille modeste. Son père était maître menuisier de l’abbaye de Corbie, avec sa mère, Colette va évoluer dans une famille très pieuse et charitable. La légende rapporte que les années passaient et ils n’avaient toujours d’enfant. Ils décidèrent d’avoir recours à Saint Nicolas pour leur donner une descendance. Et c’est à 60 ans que Marguerite mit au monde une fille qu’ils baptisèrent Nicolette par reconnaissance envers Saint Nicolas, mais elle fut appeler Colette, diminutif de son prénom et c’est sous ce nom qu’elle passera à la postérité.

SAINTE COLETTE DE CORBIE 2 

Sainte Colette de Corbie

Colette recevra une éducation religieuse accordant une place importante à la Passion du Christ dont lui parlait sa mère, femme très pieuse qui se confessait et communiait chaque semaine. C’est dès son plus jeune âge que Colette aurait eu une vie édifiante, empreinte de prière et de mortification, tout en aidant les pauvres. Elle se privait de nourriture pour redistribuer son repas aux pauvres. Elle reçut durant ses jeunes années des grâces divines telles que des guérisons miraculeuses, mais aussi une croissance subite alors qu’elle était très petite. A l’âge de sept ans elle assistait clandestinement aux matines chantées par les Bénédictins.

En 399 alors qu’elle a 18 ans ses parents moururent. Son père l’avait confiée avant sa mort à Raoul de Roye, abbé de Corbie. Elle refusa le mariage que celui-ci lui présentait, se dépouilla de tous ses biens en faveur des pauvres. Peu après, elle fit la connaissance de Jean Bassand, prieur du couvent des Célestin d’Amiens à qui elle fit part de son désir d’embrasser la vie religieuse. Elle intègre alors les Béguines de Corbie et y restera un an car jugeant cet ordre pas assez rigoureux, elle décida d’entrer au couvent des Bénédictines de Corbie. Cependant, cela ne lui convint pas davantage. C’est pourquoi elle se dirigea vers les Clarisses urbanistes de l’Abbaye du Moncel près de Pont-Sainte-Maxence où elle se présenta comme servante se jugeant indigne d’être religieuse. Là encore, elle trouva que les conditions de vie étaient trop douces. Elle retourna à Corbie, y rencontra le Père Jean Pinet, gardien du couvent d’Hesdin en Artois, franciscain désireux de faire revivre l’ordre d’après la Règle primitive. Il proposa à Colette de vivre en recluse, sous la règle du tiers ordre franciscain. C’est l’abbé de Corbie qui accorda son autorisation en 1402. Colette fut alors emmurée pendant trois ans dans un réclusoir attenant à l’église paroissiale, y menant une vie de prière et de charité, recevant la visite d’habitants venant lui demander conseils et prières. On dit qu’elle eût alors des visions de Saint François d’Assise qui la présentait à Dieu comme la réformatrice de son ordre.

SAINTE COLETTE ET L'ARBRE

Sainte Colette de Corbie et l’arbre

Une autre fois, elle rêve qu’un arbre mystérieux croissait et poussait ses racines jusque dans sa cellule. Refusant de croire à ces visions, elle fut frappée de cécité et même de mutisme. C’est en acceptant sa mission, qu’elle guérit et se mit à écrire ce qu’elle venait de vivre et qui lui avait été révélé. En 1406, par bulle pontificale Colette fut déliée de son vœu de réclusion et elle fut autoriser à fonder un couvent réformé dans les diocèses d’Amiens, de Noyon et de Paris.

Colette va alors s’appuyer pour continuer son œuvre sur le Père Henri de Baume, franciscain et fervent partisan d’une réforme de l’ordre. Il gagna à la cause de Colette la comtesse Blanche de Genève, puis Isabeau de Rochechouart, et la baronne de Brissay. Et c’est ainsi que Colette, accompagnée du Père de Baume et de la baronne de Brissay, va rencontrer, à Cimiez près de Nice, le Pape Benoît XIII qu’il nommera Abbesse, dame et mère de toutes les personnes qui se rangeraient sous sa réforme. Il l’autorisa à accueillir dans le couvent qu’elle allait fonder des religieuses venues de couvents étrangers ou du tiers ordre franciscain.

SAINTE COLETTE ET SAINTE CLAIRE

De nouveau, Colette retourne à Corbie voulant faire de sa vielle natale le berceau de la renaissance franciscaine, mais elle n’y rencontra qu’hostilité et elle dut quitter la Picardie après un nouvel échec à Noyon. Elle trouva alors refuge en Franche-Comté, dans le manoir d’Alard de Beaume, frère du Père Henri, à Beaume-le-Frontenay. Trois femmes de Corbie vont l’accompagner. Ce furent les premières moniales de l’ordre réformé. En 1410, ayant reçu confirmation du Pape Alexandre V, elles s’établirent à Besançon où Colette fonda son premier monastère. Au total ce sont dix-sept couvents qui seront fondés entre 1410 et 1447. En 1445, elle essaiera de nouveau de créer un couvent à Corbie, mais une fois encore elle échoua. Comme quoi le proverbe « nul n’est prophète en son pays » n’est pas sans fondement. Cependant, la réforme « colettine » s’infiltra aussi dans l’ordre masculin et ce furent la naissance de sept autres couvents qui l’adoptèrent.

Il est difficile de recenser les nombreux miracles et guérisons accomplis par ou grâce à Colette de Corbie. Par ailleurs, elle connut des extases, la lévitation, des effluves odoriférantes émanant de sa personne et de ce qu’elle touchait. On dit aussi qu’elle eut connaissance de l’état des âmes du purgatoire, qu’elle avait des dons de clairvoyance et de prophétie. Elle avait le goût de la pénitence, des mortifications, des jeûnes et de la pauvreté totale. On est bien là entre univers Poissons d’un côté et Capricorne de l’autre.

Colette de Corbie fut aussi une femme politique. En effet, elle œuvra pour l’extinction du schisme qui déchirait la Chrétienté occidentale. Elle obtint des Papes et antipapes la confirmation de ses pouvoirs. Elle agit notamment auprès de l’antipape Félix V pour qu’il abdique mais sans succès de son vivant. Toutefois, Colette va réussir à passer outre les divisions politiques de la France, s’attirant la bienveillance de la Maison de Bourgogne et de la Maison de Bourbon, pourtant ennemies. Elle réussit également à se concilier les Maisons rivales de Savoie et de Genève.

Colette de Corbie mourra à Gand dans le couvent de Bethléem où elle fut inhumée. Plus tard, en 1783, ses ossements furent transportés à Poligny, dans le Jura, son couvent de prédilection. Selon son désir, elle fut inhumée dans un tombeau, sans linceul, ni bière, à même la terre, dans le cimetière de Gand. C’est en 1471, l’évêque de Tournai entreprit une enquête suite à des miracles survenus sur sa tombe. On découvrit d’autres miracles en d’autres lieux où elle avait séjourné : Hesdin, Gand, Arras, Poligny et Auxonne.

EGLISE SAINTE COLETTE - CORBIE

L’Eglise Sainte Colette – à Corbie – sur l’emplacement de sa maison natale

Pour comprendre la vie de Colette de Corbie, il faut resituer ce qu’il se passait à l’époque où elle vécut. Il faut se souvenir qu’au XVe siècle, le Grand Schisme d’Occident divisa profondément l’Eglise : ceux qui reconnaissaient le Pape de Rome s’opposaient à ceux qui reconnaissaient celui d’Avignon. Par ailleurs, toujours à cette même époque, l’ordre franciscain connut, en son sein, des dissensions entre partisans de l’observance stricte de la règle de Saint François d’Assise et partisans d’une règle moins rigoureuse. Par exemple, en 1263, le Pape Urbain IV avait accordé aux couvents de la branche féminine, les clarisses, l’autorisation de posséder des biens en commun, ce qui était une sérieuse entorse à la règle primitive de pauvreté.

En France, aux XIVe et XVe siècles, la situation politique était extrêmement troublée par la Guerre de Cent Ans, la folie du roi Charles VI et la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. De plus, en 1348, apparut la peste noire qui sévit dans une grande partie de l’Europe.

Colette de Corbie est emblématique des femmes de la fin du Moyen Age qui ont réussi à vivre une vie spirituelle de contemplation et d’action.

L’iconographie chrétienne lui a conféré divers attributs : le puits de la Samaritaine, par allusion à la découverte d’eau à Poligny, au Puy et à Hesdin, en des endroits où, avant la prière de la sainte, on ne repérait aucune nappe aquifère ; la poule en allusion à l’invitation du Seigneur à gober un œuf pour reprendre des forces.

Les religieuses qui vivent selon la règle primitive de Sainte Claire remaniée par Colette de Corbie sont appelées « colettines ». A Corbie, on a fini par la reconnaître et une chapelle fut construite à l’emplacement de sa maison natale et une statue massive trône à la sortie nord-est de la ville.

En souvenir de sa naissance miraculeuse d’une mère de 60 ans, Sainte Colette de Corbie est spécialement invoquée par les mamans qui désirent ou attendent un enfant.

MINIATURE - PSAUTIER DE L'ABBAYE DE CORBIE - BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE D'AMIENS

Miniature – Psautier de l’Abbaye de Corbie – Bibliothèque Municipale d’Amiens

 

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