APOLLON… LE DIEU SOLAIRE… UN DIEU TRES SUSCEPTIBLE

(6.6.5 - LES MYTHES DU LION ET DU SOLEIL) par sylvietribut le 25-07-2016

Comment ne pas aborder le noble signe du Lion sans saluer Hélios, le dieu soleil lui-même ? Hélios était le fils d’Hypérion et le frère de Séléné, la Lune, comme Apollon, dieu tout d’abord lunaire, est le frère d’Artémis, déesse solaire. Ils échangeront plus tard leurs sexes, car Artémis c’est une autre image de la Lune.

Dans la relation symbolique entre le Lion et le Soleil, Maître du signe, ces ambiguïtés où se rencontrent violence, domination et sens du sacré, nécessité de s’imposer, autorité naturelle et aptitude au sacrifice extrême.

LE SOLEIL 2

Hélios, le Soleil

Apollon usurpera peu à peu la place et le rôle d’Hélios. Les deux dieux ou demi-dieux qui semblent véritablement se partager le signe du Lion étant à l’évidence Apollon et Héraklès, héros parmi les héros. C’est André Barbault qui a d’ailleurs décrit les deux types physiques léonins qui correspondent à Apollon et à Héraklès.

Le premier fait les hommes, l’œil en amande, le nez fin et long dans le prolongement d’un front légèrement fuyant, bien bâtis mais minces et de silhouette élégante : tel est le Lion apollinien, qui tient sa place aux côtés des esthètes et des artistes. Le second fait les hommes forts, puissants, musclés, le visage plus carré, le nez épaté comme celui des chats ou des félins. Et un estomac « en creux », côtes très dessinées en avant. Avec une crinière abondante, une stature athlétique. Alexandre Dumas, qui était natif du Lion, s’est projeté dans le personnage de Porthos et on dit qu’il était capable de porter un âne sur son dos.

APOLLON ET LES DAUPHINS

Apollon et le Dauphin

Qu’il s’agisse d’Héraklès ou d’Apollon, ils ne cessent de se faire purifier çà et là, pour les meurtres qu’ils commettent en série. Apollon sera envoyé quelques temps en exil, dans la vallée du Tempée où il devra servir les mortels. Delphes était bien sûr un site convoité er Apollon ne pouvait mieux choisir. Delphes est l’Omphalos, le nombril de la terre, l’utérus maternel, l’une des traduction des « delphis », « dauphin » ou utérus ». On dit que les prêtres de Delphes auraient fait naufrage à cause de dauphins qui les auraient fait chavirer sous l’impulsion d’Apollon entendant ainsi recruter un peu vigoureusement ses servants. D’autres prétendent que ces prêtres descendaient de Crétois. Apollon aurait simplement détourné leur navire en prenant l’apparence d’un dauphin, toujours pour les contraindre à demeurer dans son sanctuaire… Mais Neptune n’est-il pas dit « en exaltation » dans le Lion et Maître de tous les sanctuaires et lieux de culte.

Artemis_et_Apollon

Artémis et Apollon bébés

Apollon et Artémis, jumeaux complices, ont fait ensemble un certain nombre de frasques et de mauvais coups. Apollon tuera Pithios qui avait voulu abuser de leur mère et ils la vengeront de Niobé qui avait eu l’imprudence de se vanter d’être plus féconde que Léto. Ni Artémis, ni Apollon ne pouvaient pardonner pareille offense.

A cause de diverses sottises, Apollon sera par deux fois exilé : une fois il devra servir Admète, roi de Thessalie, pour avoir tué un des Cyclopes, artisans de la foudre de Zeus/Jupiter. Ce dernier ne plaisante pas lorsqu’on s’en prend à ses plus zélés serviteurs. Une autre fois, Apollon aura le tort d’envoyer la peste à Troie parce que Léomédon n’a pas payé une somme qu’il lui devait. Par ailleurs, l’attitude du dieu, pendant la guerre de Troie, fut vivement critiquée.

Apollon, comme le Lion, est un dieu susceptible. On se souvient qu’il se vengera de façon très cruelle de Marcyas qui suivait la grande déesse Cybèle. En effet, il avait eu la faiblesse de le convier à une compétition musicale, sorte de tournoi au cours duquel il entend prouver au dieu qu’il a plus de talent que lui. Très dangereux quand on a affaire à un dieu susceptible et irascible et qui décide de la victoire. Apollon désignant le vainqueur s’attribue la palme car il sait jouer de la cithare à l’envers comme à l’endroit, en virtuose, alors qu’évidemment Marcyas ne peut jouer de sa flûte à l’envers. Cependant, certains auteurs assurent que les Muses furent chargées du verdict et qu’elles furent séduites par la musique du dieu. Notez au passage que parmi les arts, la musique appartient au monde de Neptune.

Marcyas sera terriblement puni de son arrogance : Apollon l’écorchera vif dans un grand accès, sans doute de « retour du refoulé », d’une remontée de son passé barbare. Après avoir tué ce malheureux et avoir cloué sa peau sur un pin, il interdira à quiconque de jouer de la flûte, jusqu’au jour où cet instrument lui sera consacré. A Delphes, on pouvait jouer de la flûte… peut-être pour charmer les serpents…

Apollon, on vient de le voir, ne se conduit pas vraiment d’une façon élégante. Il accorde à Cassandre et à son frère le don de prophétiser… Mais, comme il la courtise et qu’elle le rejette, il fait en sorte que nul ne puisse jamais croire ses prédictions. Pour lui jeter ce mauvais sort, il lui crache dans la bouche. Plus jamais, elle ne pourra crier autrement que dans le désert.

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Apollon poursuivant Daphné qui se change en laurier – Bernini

Apollon, ce beau jeune homme, n’a d’ailleurs pas tellement de succès auprès des femmes. Et pas tellement plus auprès des hommes. Il ne remporte pas les succès qu’on pourrait s’attendre à le voir cumuler. Cassandre le rejette… Il poursuit en vain Daphné qui s’enfuit devant lui et qu’il transformera en laurier, dont il couronnera champions et lauréats. La sibylle de Cumes à laquelle il fait une cour empressée n’acceptera jamais ses hommages : il la condamnera à vivre mille ans mais sans qu’elle cesse de vieillir. Marpessa lui préfère un mortel, Idas, par peur, nous dit Homère, de l’éternelle jeunesse du dieu. Il est d’ailleurs curieux de noter que bien des natifs ou natives du Lion, et surtout Ascendant Lion, car l’Ascendant est l’image qu’on projette dans le monde, conserve un visage jeune, sans ride, jusqu’à un âge avancé, comme si ces personnes ne vieillissaient pas. Il faut bien reconnaître que le Soleil ne prend jamais aucune ride, alors que la Lune se fait et se défait en permanence. Cancer et surtout Ascendant Cancer, les lunaires, vieillissent nettement plus vite que les léonins.

La nymphe Sinopé qu’il courtise aussi le supplie de lui accorder ce qu’elle demande. Après qu’il ait accepté, elle fait le vœu de rester éternellement « intacta », ce qui lui permettra plus tard de servir Artémis qui aime à s’entourer de vierges.

CYPRES

Cyprès d’Apollon

Comme la plupart des dieux grecs, il a bien quelques aventures masculines mais elles ne lui réussissent guère mieux que ses tentatives auprès des femmes et la triste affaire d’Hyacinthos qu’il tue accidentellement en est la preuve. Il aimera Staristos qui ne se consolera pas d’avoir tué un cerf apprivoisé. Il ne restera plus à Apollon qu’à le transformer en cyprès.

On sait qu’Apollon provoquera la mort d’Achille, qu’il lancera lui-même la flèche qui le tuera, qu’il ordonnera aussi à Oreste de tuer sa mère et l’amant de celle-ci, puis, pas toujours très cohérent, il se fera le défenseur d’Oreste accusé par Clytemnestre.

Tout cela ne l’empêchera pas, néanmoins, d’engendrer quelques fils et filles. Certains prétendent même qu’il serait le père Orphée. Il aura Aristée, Linnos et tant d’autres… qui n’ont pas tellement bien tourné puisque Aristée causera la mort d’Eurydice en la serrant de trop près et en la faisant fuir.

LA COURONNE DU DIPLOME

La couronne de laurier d’Apollon et des vainqueurs

Bibliographie

Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

 

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IL S’APPELAIT ILIAS…

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 20-07-2011

Autrefois, le 20 juillet était fêté Saint Ilias, le guide du Soleil, le Maître des Tempêtes, l’habitant des montagnes.

Dans le voisinage austral de la voie lactée se déploie la constellation du Grand Chien, bien connue des astronomes amateurs parce qu’elle contient l’étoile la plus brillante de la voûte céleste : Sirius, la Canicula des Romains, qui se lève et se couche en même temps que le Soleil entre le 22 juillet et le 22 août. Les premiers jours de l’apparition simultanée de Sirius et du Soleil instaurent la période de canicule qui, bienvenue en Europe septentrionale, brûle impitoyablement les terres méditerranéennes.

 

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Rubens – La chute de Phaéton

 

Le nom de Phaéton, qui au siècle dernier désignait plaisamment un conducteur de fiacre, évoque une histoire de chute. Avec la présomption de la jeunesse, il convainquit Hélios (le Soleil), son père, de lui confier, le temps d’un jour, les rênes du char céleste. Aussitôt surgi de l’horizon, il se trouve, à sa grande frayeur, confronté aux animaux terrifiants des constellations célestes. Les rênes échappent alors de ses mains tremblantes et les chevaux incontrôlés se lancent dans une course effrénée. Tantôt le char descend trop bas, au point de toucher presque la terre, incendiant les montagnes et brûlant les récoltes, tantôt il s’élève trop haut, au risque de s’écraser sur les constellations, privant le monde de lumière et de chaleur. Zeus/Jupiter, craignant une destruction de l’univers, foudroie l’imprudent et, depuis, la direction du char n’a plus été confiée à personne d’autre.

La crainte d’une Terre écrasée sous les rayons du Soleil a survécu à la christianisation : saint Ilias, qualifié en matière de chevauchées célestes, s’est trouvé, tout naturellement, chargé d’y veiller. Il s’agit bien du téméraire prophète de la Bible (Ilias, forme grecque d’Elie, est phonétiquement très proche de Hélios, le Soleil) qui, dans l’élan du syncrétisme des premiers siècles du christianisme oriental, supplanta plusieurs divinités solaires de l’Antiquité, pour devenir l’un des saints les plus populaires du monde orthodoxe.

 

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Le Prophète Elie et son corbeau

 

La vie et les exploits du prophète Elie (en hébreu : Eliyyahu, c’est-à-dire « Yahweh est mon Dieu ») transmis par les livres des Rois, font de lui une personnage historique du IVe siècle avant Jésus-Christ. Particulièrement actif, au temps du roi Achab, contre le culte de Baal, divinité cananéenne et phénicienne, protectrice de la ville. Connu dans l’Est méditerranéen sous différents noms, Baal était le « maître », le dieu de la Fécondité, et de la Pluie, dont la mort et la résurrection conditionnaient le cycle des saisons. Elie, pour anéantir ce culte, obtint de Dieu une sécheresse prolongée aussi longtemps que le roi et sa cour continueraient à sacrifier aux idoles, s’éloignant de la vraie foi des fils d’Israël. Pour échapper aux persécutions, Elie se retira dans le désert où un corbeau envoyé par Dieu lui assurait la nourriture. 

Au bout de trois ans, quand la sécheresse eut transformé en désert les plaines verdoyantes où hommes et bêtes périssaient de faim et de soif, Elie se présenta au roi avec l’intention de le convertir. Il lui proposa une confrontation avec les prêtres de Baal sur le Mont Carmel, afin de démontrer la fausseté des divinités cananéennes : là, Dieu lui envoie le feu du ciel pour accomplir un sacrifice en son honneur, miracle que n’avaient pas obtenu les prêtres de Baal qui souhaitaient brûler sur le bûcher les animaux sacrifiés en leur faveur. Le peuple, exténué par la famine, et devant ce miracle manifeste, acclame Elie, qui dans l’élan de sa victoire ordonne le massacre des quatre cent cinquante prêtres de Baal rassemblés pour cette occasion. La sécheresse prit fin et la vie reprit son cours. Quand l’âge commença à peser sur ses épaules, Elie confia sa succession à Elisée avant de s’élever au ciel sur un char de feu. Le retour d’Elie fut annoncé par les prophètes pour les temps messianiques, si bien que dans le Nouveau Testament (Marc 5, 15 sq.), certains prirent Jésus pour Elie. 

Honoré le 20 juillet, Elie devint un saint « solaire », aimé et respecté des bergers, « seigneur » des changements de temps, maître de la pluie et des orages, dispensateur des éclairs et du tonnerre, mais protégeant de la foudre. Son royaume se trouve naturellement aux sommets des montagnes et des collines, en lieu et place d’anciens sanctuaires de Zeus/Jupiter qui, sous l’adjectif « yétios », maîtrisait également la pluie et les processus météorologiques. 

Ilias-Soleil, sur un char de feu, Ilias-Zeus maître du ciel, telle est la nature du prophète dans les traditions populaires. On l’imagine comme un respectable vieillard, ayant vaincu le temps, car Dieu lui accorda l’immortalité. Ilias n’a pas connu la mort ni l’inhumation et c’est pour cela qu’il défie tous les esprits maléfiques. Il parcourt les campagnes, donne la pluie quand on lui la demande avec ardeur, fait tonner le ciel sous les roues de son char et provoque des séismes quand il se fâche. Il passe l’essentiel de son temps à se battre contre les ennemis des Chrétiens : des coups de tonnerre fréquents sont le signe que le saint pourchasse Mahomet, tandis que les éclairs sont destinés à Lamie, femme funeste qui détruit les récoltes des hommes. 

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Lamie femme démone

 

Le jour de sa fête est considéré comme un tournant dans le cycle des saisons : des chaleurs de la fin juillet, on aborde les jours intercalaires au début d’août, aux premières pluies et aux premières fraîcheurs des nuits qui annoncent déjà l’arrivée de l’automne. C’est pourquoi l’aspect du ciel le jour de la Saint-Ilias sert à prédire le temps de l’année à venir. Ciel dégagé, d’un azur immaculé, signifie un hiver doux, tandis que la présence de nuages laisse présager un hiver rigoureux.

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Pour les bergers, une autre façon de prévoir le temps consiste à observer comment se couche le chien dans la journée du 20 juillet : s’il se tourne vers le nord, l’année sera rude, venteuse et pleine de neige ; s’il se tourne vers le sud, l’hiver sera doux et sans épreuves. Les vieux s’appliquent, ce jour-là, à prolonger la durée de leur vie par des pratiques magiques et les jeunes filles peuvent obtenir des signes révélateurs sur leur avenir.

Avant même le lever du soleil, pour échapper à la canicule, les fidèles avancent en file indienne sur les sentiers escarpés des montagnes menant aux chapelles consacrées à Saint Ilias, qui couronnent les sommets inaccessibles des montagnes. Les processions interminables, comme des chaînes colorées et joyeuses, animent le paysage, domaine des aigles et des ours le reste de l’année. Hommes et femmes se munissent d’ex-voto, et ils se chargent surtout de quoi organiser de grandes festivités, parce que la Saint Ilias est la fête des retrouvailles. Marins, ouvriers, migrants feront de leur mieux pour être au village ce jour-là. La veille au soir, on allume des feux, comme pour la Saint-Jean, tandis que le jour même, l’odeur des moutons grillés s’élève lentement vers le soleil ardent, comme pour accomplir les sacrifices d’antan, chers aux dieux païens. On donne de cette prédilection du saint pour les sommets des montagnes une curieuse explication : « Jadis, au temps où les bateaux se déplaçaient à la rame, Saint Ilias, qui était marin, fatigué de ce travail ingrat, partit, rame au dos, en quête d’une vie meilleure. Ayant pris la décision de ne plus jamais mettre le pied sur un bateau, il se proposa d’aller vivre là où les gens ignorent l’usage de la rame. Faute de trouver l’endroit approprié, il parcourut de nombreux pays. Un jour enfin, il arriva dans un village perché sur une haute montagne et à la question « Comment s’appelle ce que je porte sur mon dos », on lui répondit : « Une planche de bois ». Il en conclut que c’était l’endroit idéal pour lui ». Depuis, pour lui faire plaisir, on construit ses chapelles sur les cols et sur les sommets des montagnes.

Même en Hongrie, pays majoritairement catholiques, Saint Ilias est vénéré comme maître des serpents et des ours. Le jour de sa fête, considéré comme néfaste pour le début des moissons, est chômé par tous les bergers et les paysans.

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Bibliographie 

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas 

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