DANS LE BESTIAIRE DU CAPRICORNE… LA CHEVRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-01-2012

De la chèvre vorace au bouc émissaire

Le couple chèvre/bouc, hautement symbolique dans les traditions anciennes, semble s’être appauvri, ou c’est chargé de connotations neutres ou négatives avec le temps, surtout sous l’impact du christianisme.  

capricorno200

On ne la connaît maintenant guère que par son agilité, son goût de la liberté, d’une liberté primesautière, qui fait que le nom de chèvre « capris » a été donné au « caprice », et on a occulté son ancien symbolisme qui persiste encore dans les traditions populaires. Dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale en effet, la Chèvre est le déguisement zoomorphe le plus significatif dans le cycle des fêtes d’hiver. Maigres, lugubres, munies d’une longue tête en bois, les Schnabelgeissen « les chèvres au long bec », envahissent les rues des villages de Suisse centrale, à Ottenbach, dans les nuits qui précèdent Noël. Avec les claquements sinistres de leur gueule, et les hurlements qu’elles produisent, elles sont la terreur des âmes sensibles ou protectrices des hommes pendant ces nuits propres à la magie et aux mystères du solstice.

Cette tradition, qui a repris vie à partir des années cinquante, donne lieu actuellement à un événement qui dure tout le mois de décembre. Les chèvres sont embellies, et les cortèges se produisent désormais devant les auberges ou dans les maisons privées, avec des mimiques et des farces qui expriment peut-être une adaptation moderne, conforme aux besoins et aux mœurs de la société actuelle, d’une célébration ancienne.

La « Koza », la Chèvre, des différentes traditions slaves, est le personnage principal des déguisements rituels des sviatki, les douze « jours bénis ». C’est la chèvre qui mène les cortèges des chanteurs annonçant la bonne nouvelle de Noël, ou l’arrivée du Nouvel an. C’est toujours le plus agile, le plus futé, qui fait la Chèvre, revêtu de peaux de moutons retournées, de housses en drap blanc, le visage dissimulé par un masque découpé dans une peau de chèvre, ou sculpté en bois et muni d’une mâchoire intérieure mobile.

Loin d’être un pur amusement de la jeunesse, la Chèvre et son cortège manifestent la continuité, peut-être inconsciente, de conceptions archaïques. Dans la tradition lointaine de l’Inde, la chèvre, dont le nom signifie également « non-née », est le symbole de la substance primordiale non manifestée. Elle est la Mère du monde.

amalthea_julien_louvre_cc230

Amalthée – Musée du Louvre

Dans la mythologie grecque ancienne, Zeus/Jupiter, le futur Père des hommes, tétait le lait de la chèvre Amalthée, qui fut par la suite transformée en déesse nourricière, en fille du Soleil, étoile de la constellation du Cocher, annonçant l’orage et la pluie. L’idée d’associer la chèvre à la manifestation du dieu est très ancienne. D’après Diodore de Sicile, des chèvres auraient guidé l’attention des hommes de Delphes vers le lieu où des fumées sortaient des entrailles de la terre. Prises de vertiges, elles dansaient. Intrigués par ces danses, des hommes comprirent le sens des vapeurs émanant de la terre : il leur fallait interpréter cette théophanie ; ils instituèrent un oracle.

constellation-du-cocher

Constellation du Cocher

Enfin, chez les Grecs, la chèvre symbolise l’éclair et l’étoile de la Chèvre, dans la constellation du Cocher, annonce l’orage et la pluie. Alors que certaines peuplades de Chine mettent la chèvre en rapport avec le dieu de la foudre : la tête de la chèvre sacrifiée lui sert d’enclume. La même relation entre la foudre et la chèvre est attestée au Tibet. Elle figure en somme un instrument de l’activité céleste au bénéfice de la terre, et même plus précisément de l’agriculture et de l’élevage. Nous sommes bien dans le monde de Saturne. Notez aussi l’importance de Jupiter dans la symbolique du Capricorne. Voilà qui est tout à fait logique puisque le Capricorne est le lieu de chute de Jupiter.

jupiter-en-chute-dans-le-capricorne

Jupiter en chute en Capricorne – Miniature in Liber Astrologiae XIIIe siècle – Palazzo di Sichelgaïta

Dans la Bible, Yahvé s’était manifesté à Moïse au mont Sinaï au milieu des éclairs et du tonnerre. En souvenir de cette manifestation, la couverture couvrant le tabernacle était composée de poils de chèvre : la foudre, c’est Jupiter, mais la chèvre c’est le Capricorne…

Un vêtement, nommé « cilicium », tissé de poils de chèvre, était porté par certains Romains, et par des Syriens, au moment de la prière, pour symboliser leur union avec la divinité. Chez les Chrétiens, le port ascétique du cilice prend le même sens, avec une intention de mortifier la chair par pénitence et de libérer ainsi l’âme vivifiée qui veut se donner pleinement à son Dieu. Ce qui n’est pas sans évoquer la robe de bure des moines.

Notons à ce propos que le mot « soufi » viendrait, selon la tradition la plus admise en Orient, de « souf », terme sous lequel on désigne le feutre de poil de chèvre dont était rituellement faite la robe des derviches de certaines confréries mystiques musulmanes particulièrement sévères dans leurs règlements intérieurs.

dionysos

Dionysos

Les Orphiques comparent l’âme initiée à un chevreau tombé dans le lait, c’est-à-dire vivant de la nourriture des néophytes, pour accéder à l’immortalité d’une vie divine. Dans les orgies dionysiaques, la peau des chevreaux égorgés revêtait les Bacchantes. Le chevreau désigne parfois Dionysos en transe mystique.

Dans la mythologie germanique, la chèvre Heidrun paît dans le feuillage du frêne sacré et son lait sert de nourriture providentielle aux guerriers du dieu Odin.

heidrun-la-chavre

La chèvre Heidrun – Manuscrit islandais du XVIIIe siècle

Dans le climat aride de la Méditerranée orientale, la chèvre, grande consommatrice de jeunes pousses, friande de verdure fraîche, est considérée comme la personnification même de la voracité, tandis que, dans le climat plus humide et tempéré des plaines russes et ukrainiennes, elle est un signe qui annonce, accélère et multiplie la production céréalière comme en témoigne un couplet chanté par la suite de la Chèvre :

Là où passe la Chèvre, pousse le blé.

A chaque coup de sa queue, voilà une gerbe toute prête,

A chaque coup de son pied, se dresse une fière moyette,

Chaque coup de ses cornes, c’est déjà une meule de faite,

Tantôt de ce côté-ci, tantôt de ce côté-là.

bouc_2

Bouc

Le bouc, symbole de la puissance génésique, de la fécondité et de la force vitale, est l’animal indissociable des pulsions sexuelles, à la libido insatiable, en langage psy. Pourtant, le bouc est à l’origine de la tragédie et du théâtre, si l’on songe au mot « « tragos » qui signifie « bouc » en grec. C’est dans le contexte dionysiaque que les divinités mineures de la nature et de la fertilité : Silène, Pan, les Satyres, mi-boucs, mi-humains, sont passés des mimes, des gesticulations et des libertinages sexuels, propres aux cérémonies hivernales de la fécondité, aux compétitions et aux présentations théâtres d’une société en plein éveil culturel et spirituel : il s’agit de la société athénienne du Ve siècle avant Jésus-Christ qui a transformé le bouc fécondateur de terres en acteur de la fécondité de l’esprit.

pan-et-sa-flate

Pan et sa flûte

En frappant la sexualité de toute sorte d’interdits, on a attribué au bouc l’image même de la luxure : le bouc lascif, libidineux, de la tradition romaine, comme si la libido s’identifiait à la violence de la puissance sexuelle, aux débordements moraux. Dans cette perspective, achevée dans les traditions des sociétés médiévales, le bouc est l’animal puant, symbole d’abomination, signe de malédiction, personnification des démons dangereux, du Diable lui-même. C’est l’image qui déshonore son grand âge par des copulations effrénées. Le bouc, comme le balai, sert de monture aux sorcières dans leurs errances et il est présent lors des sabbats.

girouette-sorciere

La Befana italienne, sorcière à cheval sur son balai – Girouette

C’est le Satan à la tête de bouc des traditions chrétiennes qui remplace l’image positive de l’animal fécondateur des traditions anciennes. Pourtant, l’ampleur des tabous sexuels prévalant en Europe à la suite du Moyen Age n’a pas pu éliminer complètement les qualités positives du bouc, conservées dans plusieurs traditions populaires. Dans plusieurs villages du Sud-est européen, un bouc en pleine force est considéré comme protecteur se chargeant de tous les malheurs qui menacent la société. C’est un animal que l’on soigne, que l’on salue avec beaucoup de circonspection. Il n’est pas seulement le bouc fécondateur des chèvres mais aussi l’animal qui intercepte et canalise le mal hors des frontières de la commune. Dans cette perspective, l’utilisation largement répandue de peau et de cornes de caprins, pour la fabrication de masques et de costumes pendant les déguisements d’hivers et plus tard pour le carnaval, prend une toute autre perspective. Elle se rapproche de l‘usage du poil de chèvre, commun dans les traditions anciennes, pour la fabrication de vêtements rituels, qui protégeaient l’officiant contre le pouvoir surnaturel des théophanies, les « apparitions du dieu ».

masque-satyrique-de-silene

Masque satyrique de Silène

Dans les pratiques religieuses de plusieurs cultures, le bouc est, avec le Taureau, un animal par excellence sacrificiel. Mais la particularité du bouc est de servir aussi d’animal expiatoire des fautes, des impuretés, des péchés humains selon la loi de Moïse. Le bouc émissaire devient ainsi l’animal par excellence bénéfique à l’homme. Suivant le récit de la Bible, lors de la fête de l’Expiation, le grand prêtre recevait, en plus d’un bœuf, deux boucs. L’un, selon un tirage au sort, était immolé en l’honneur de Dieu ; les aspersions faites avec le sang des animaux assuraient la purification. L’autre, chargé symboliquement du poids des fautes du peuple, conduit dans le désert, retrouvait sa liberté. Ainsi se referme la bouche symbolique qui fait du couple chèvre/bouc des animaux bienfaiteurs de l’homme, et qui « chassent au loin les ténèbres », selon la tradition védique.

chavre-de-toscane

Bibliographie :

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas                            

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

Partager

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

UNE FLEUR DE MAI… UNE FLEUR TAUREAU… L’AUBEPINE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 09-05-2011

Que l’on nomme aussi « poire d’oiseaux », « épine blanche », ou encore « bois de mai », « sennellier », et en Camargue « perrette ».

« Aubépine » est un mot féminin : on dit « une aubépine », qui vient du nom du latin « alba spina », « épine blanche », en raison de sa fleur blanche, du type de la rose, et des épines à la base. Son origine est européenne. Cependant, cette espèce est menacée de disparition en Europe, du fait d’une maladie appelée « feu bactérien » qui jaunit les feuilles. Une des plus vieilles aubépines de France est estimée millénaire. Elle se situe à Saint-Mars-sur-la-Futaie, dans le département de la Mayenne (53). Elle a une hauteur de 9 mètres. 

aubepine1

Dans la mythologie romaine, l’aubépine était dédiée à Maïa, mère de Mercure (Hermès), fêtée en Mai. Mai était le mois de Maïa. Et en général, c’est en mai que fleurissent les aubépines. Mai est devenu le mois de Marie, la Vierge, par identification. Mai est le mois du renouveau.

Poètes et romanciers ont célébré l’aubépine qui forme des haies « comme une suite de chapelles qui disparaissent sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoirs » (Marcel Proust). En fait, d’un bout de l’Europe à l’autre, l’aubépine, « Crataegus oxyacantha », au bois dur et aux aiguillons courts mais piquants, est la plante protectrice des jeunes filles et des jeunes mariés.

A Athènes, dans l’Antiquité, chaque convive portait pour le repas de noces une branche d’aubépine, gage du bonheur et de la prospérité du jeune couple. A Rome, le marié conduisait la jeune femme dans la chambre nuptiale en agitant un rameau d’aubépine. L’importance de la plante dans les rites fut une tradition conservée très longtemps sous forme de flambeaux éclairant la chambre nuptiale tandis que l’on attachait ses branches au berceau des nouveau-nés pour les mettre à l’abri des maladies et des influences maléfiques.

L’aubépine est présente sous un aspect différent dans les traditions religieuses du Proche-Orient : le célèbre buisson ardent, « Crataegus pyracantha », près duquel Moïse eut son premier entretien avec Dieu sur le Mont Horeb, est de la même famille ; et, suivant les croyances chrétiennes, la couronne de la Passion était faite de branches d’aubépine. 

le-buisson-ardent-de-moise

Le buisson ardent de Moïse sur le Mont Horeb

Pendant le Moyen Age, l’aubépine a la réputation d’accroître la fidélité dans tous les domaines, de conserver la chasteté et de prolonger le célibat, vertus mises à l’épreuve par les longues absences des chevaliers partant pour de lointaines expéditions, puis pour les croisades. Avant leur départ, ils offraient à leurs dames des rameaux d’aubépine fleurie liés d’un ruban incarnat pour signifier l’espoir des retrouvailles et la pérennité de leur amour dans la chasteté. Même de nos jours, on croit ferme dans les campagnes que si l’on glisse un fagot d’aubépine sous le lit d’une femme, elle refusera les propositions de l’amant le plus habile.

Dans plusieurs régions d’Europe, on tresse des couronnes d’aubépine à l’intention des fées et des anges qui, au mois de mai, par les nuits de pleine lune, viennent danser autour de cet arbuste. On espère ainsi s’attirer leurs faveurs en échange de couronnes parfumées. De ses vertus magiques il n’en reste des traces qu’en Kabylie seulement, où les femmes croient que cette aubépine apaise les crises d’autorité du mari et lui adressent l’invocation suivante : « Les hommes t’ont appelée ‘‘aubépine ’’, moi je l’appelle ‘’le caïd qui commande’’ ; fais que mon mari ne me batte plus et change-le en âne à qui je ferai porter la paille… ».

Toutefois, en Normandie, aujourd’hui encore, on affirme que la foudre épargne l’aubépine, ou la maison qui en est ornée, car la foudre est l’œuvre du Diable et qu’elle ne peut frapper une plante qui a touché le front du fils de Dieu, croyance partagée par la Bretagne pour qui elle est l’arbre des sorcières et qui la complète par une vénération particulière pour le rouge-gorge, car dit-on, c’est en cassant avec son bec une épine de la couronne de Jésus qu’un peu de sang a taché sa poitrine.

                                                                                        rouge-gorge

L’aubépine fait partie de la famille des rosacées. C’est un arbrisseau épineux  poussant dans les buissons, les bois, les haies. On la trouve dans toute l’Europe, ainsi qu’en Afrique du Nord. En France, elle est très répandue.

planche-de-laubepine1Si l’on passe maintenant aux propriétés thérapeutiques de l’aubépine, on constate qu’elles rivalisent avec ses pouvoirs magiques. Les Anciens l’utilisaient contre la goutte, la pleurésie. La science moderne a confirmé que ses composants chimiques sont effectivement antispasmodiques, calmants, diurétiques et surtout constituent un remarquable régulateur de la tension artérielle en même temps qu’un précieux tonicardiaque ayant d’excellents effets sédatifs sur le système cardio-vasculaire, dont les palpitations, l’angine de poitrine, les troubles circulatoires consécutifs, ou non, à la ménopause. D’ailleurs, bien avant qu’elle n’entre dans la pharmacopée classique, bien qu’elle existait déjà en homéopathie sous le nom de « crataegus oxyacantha », on avait qualifié l’aubépine de « valériane du cœur ». Sur le plan médical, l’aubépine est souveraine contre les palpitations, l’hypertension, les vertiges, les insomnies, les angoisses. Antispasmodique et calmante, la plante, utilisée comme panacée des troubles de la cinquantaine, est bénéfique aux hommes comme aux femmes. On peut aussi l’utiliser en gargarisme en cas d’angine, ou encore pour les soins du visage en cas de rougeurs et de couperose, en lotion ou en compresse : pour ½ litre d’eau, 20 grammes de fleurs et de fruits, laisser bouillir trois minutes.

fleurs-daubepine

Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Nos grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont.

« Petit Rouge-Gorge de Bretagne » – Photo du Macaron – http://lesecritsdumacaron.hautetfort.com

 

Partager

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’OR – SYMBOLE DU LION

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 02-08-2010

pepite-dor1

 

L’or est considéré dans la tradition comme le plus précieux des métaux. C’est le métal parfait parce qu’il est inaltérable. En chinois, le même caractère « Kin » désigne à la fois « or » et « métal ». Il a l’éclat de la lumière. L’or, dit-on en Inde, est la lumière minérale. Il a le caractère igné, solaire et royal, voire divin. Dans certains pays, la chair des Dieux est faite d’or ; celle des Pharaons égyptiens l’était également. Les icônes du Bouddha sont dorées, signe de l’illumination et de l’absolue perfection. Le fond des icônes byzantines est doré : reflet de la lumière céleste.

En diverses régions, et notamment en Extrême-Orient, l’or est censé naître de la terre. Le caractère Kin primitif évoque des pépites souterraines. Il serait le produit de la gestation d’un embryon, ou de la transformation du perfectionnement de métaux vulgaires. C’est l’enfant des désirs de la nature. L’alchimie se contente d’achever, d’accélérer la transmutation naturelle : elle ne crée pas la matière originelle. La transmutation est une rédemption ; celle du plomb en or, dirait Silesius, c’est la transformation de l’homme par Dieu en Dieu. Tel est le but mystique de l’alchimie spirituelle.

L’or-lumière est très généralement le symbole de la connaissance, c’est le yang essentiel. L’or, disent les Brahmana, c’est l’immortalité. Il faut se rappeler, en outre, à propos de la perfection, la primordialité de l’Age d’or traditionnel, les âges suivants : d’argent, d’airain et de fer, marquant les étapes descendantes du cycle.

Dans la tradition grecque, l’or évoque le Soleil et toute sa symbolique : fécondité, richesse, domination… La toison d’or ajoute un coefficient de ce symbolisme solaire à l’animal qui la porte ; au bélier, par exemple, qui représente par lui-même la puissance génératrice d’ordre corporel et par transposition symbolique, d’ordre spirituel. La toison d’or devient l’insigne du maître et de l’initiateur.

L’or est une arme de lumière. On n’usait que de couteaux en or pour les sacrifices aux divinités ouraniennes. De même, les druides ne coupaient le gui qu’avec une faucille d’or. Apollon, dieu-soleil, était revêtu et armé d’or : tunique, agrafes, lyre, arc, carquois, brodequins.

Hermès, l’initié, le psychopompe, le messager divin et le dieu du commerce, est aussi le dieu des voleurs, signifiant ainsi l’ambivalence de l’or. Mais des Anciens voyaient dans ce dernier titre du dieu « un symbole des mystères soustraits à la connaissance du vulgaire : les prêtres dérobaient l’or, symbole de la lumière, au regard des profanes ».

Toujours en raison de cette identification à la lumière solaire, l’or a été un des symboles de Jésus, Lumière, Soleil, Orient : « On comprend pourquoi des artistes chrétiens donnèrent à Jésus-Christ des cheveux blonds dorés comme à Apollon et placèrent une auréole sur sa tête ».

Mais l’or est un trésor ambivalent. Si l’or-couleur et l’or-pur métal sont des symboles solaires, l’or-monnaie est un symbole de pervertissement et d’exaltation impure des désirs, une matérialisation du spirituel et de l’esthétique, une dégradation de l’immortel en mortel.

tommaso-del-mazza-anges

Les Anges de Tommaso del Mazza – Avignon – Petit Palais

Le nom de l’or vient du latin « aus » et « aurum », qui a donné l’adjectif « aurifère », ainsi que le mot « auréole » ; dans les anciens textes français, on le trouve parfois sous l’acception « Aur ». Aussi, on peut penser que les Aurèle, Aurélien, Aurélie, Aurélia, Aurore sont des êtres en or, ainsi que les Laurent, Laurie, Laure, Laureline, Laurentine, Laurence, Lauriane ou Loriane, Lauranne, Laura, Anne-Laure et Marie-Laure le sont tout autant. On remarque d’ailleurs que les porteurs de ces prénoms sont souvent nés sous le signe du Lion, ou bien ont un Ascendant Lion, ou encore le Soleil très valorisé dans leur thème.

chryselephantine-la-danseuse-au-cerceau1

Chryséléphantine – La danseuse au cerceau

En grec ancien, « or » se dit « chrysos » : une statue d’or et d’ivoire est dite « chryséléphantine » ; de même « chrysanthème » se traduit par « fleur d’or ».

Un peu d’Histoire…

L’Homme utilise l’or depuis le Chalcolithique, à la fin de la Préhistoire. C’était le second métal connu après le cuivre. Le plus vieil objet en or a été mis au jour dans la nécropole de Varna. Il est daté du milieu du Ve millénaire av. J.C.

C’est durant l’Antiquité, au VIe siècle av. J.-C., en Perse, que Cyrus II aurait frappé une monnaie en or pour la première fois. L’usage se répandit ensuite en Grèce, puis dans l’ensemble du monde antique durant la période hellénistique à côté des monnaies d’argent, de moindre valeur.

Au début du IIe siècle, vainqueur des Daces, Trajan rapporte à Rome un butin faramineux : 165 tonnes d’or et 300 tonnes d’argent. On parle alors de « l’or des Daces ».

Les Romains instaurèrent le monométallisme or avec Constantin Ier (début du IVe siècle). Ce sont les conquêtes sassanides, puis arabes qui mirent fin à l’importance de l’or en Occident, en provoquant sa pénurie durant tout le haut Moyen Âge. La diffusion de l’or dans le monde occidental connut un renouveau d’abord en Méditerranée au XIe siècle, puis au XIIIe siècle.

Les taxes de compensation dans les codes germaniques étaient appelées « wergeld ». Les Vikings soumirent les États attaqués à un tribut appelé « danegeld » : « or des Danois ». Si en allemand, l’or se dit « geld », en anglais, il est « gold ».

Au Moyen Âge, les alchimistes tentèrent de fabriquer de l’or à partir d’autres substances comme le plomb. Ils pensaient obtenir ce résultat en utilisant la mythique pierre philosophale. Aujourd’hui on a réussi à fabriquer de l’or à partir d’autres métaux dans des accélérateurs de particule, mais le coût de production est plus élevé que le prix de l’or, cette méthode a donc été abandonnée.

En alchimie, le symbole de l’or est un point entouré d’un cercle, symbole utilisé en astrologie pour représenter le Soleil.                    

 glyphe-du-soleil1

La recherche d’or constitua l’une des raisons de la conquête du continent américain. Ainsi, Hernán Cortés entreprit la conquête de l’empire aztèque, situé au Mexique notamment pour accaparer l’or que possédait l’empereur aztèque. Hernán Cortés envoya une grande quantité de ce précieux métal à Charles Quint, roi d’Espagne, dont une partie sous forme de bijoux, mais la plupart furent fondus pour financer les guerres menées par l’Espagne. Les conquistadors devaient prélever le quinto real (c’est-à-dire un cinquième de l’or récupéré) et l’envoyer à Charles Quint. L’or affluant depuis les mines du Nouveau Monde provoqua la richesse de l’Espagne et du Portugal au début de la période moderne, avant de profiter aux autres États européens qui surent mieux le capter, tels la France et la Grande-Bretagne. A la même époque se diffusa la légende de l’Eldorado.

Au XIXe siècle, une ruée vers l’or se déclare en Californie et contribue pour une part à la conquête de l’Ouest américain et à la croissance démographique et économique de nombreuses villes californiennes, dont San Francisco. Les cités minières construites en des endroits trop reculés furent abandonnées dès que le filon à l’origine de leur richesse vint à se tarir. Ces cités sont aujourd’hui ce qu’on appelle des cités fantômes, vides de population, mais dont les murs tiennent parfois encore debout, préservés par l’aridité du climat local. Les États-Unis restent le deuxième pays producteur d’or dans le monde en 2004.

Aujourd’hui, la plus grande réserve d’or mondiale se trouve aux États-Unis, il s’agit de la réserve fédérale de New York, pourtant moins célèbre que celle de Fort Knox, dans le Kentucky. En 1995, les réserves d’or dans les banques du monde entier se montaient à environ 910 millions d’onces ce qui représente un cube proche de 12 m d’arête.

Enfin, les sports modernes utilisent l’or comme récompense suprême lors des différentes compétitions : médailles d’or aux jeux Olympiques, Ballons d’or pour le football.

Propriétés et usages

La couleur de base de l’or est jaune à reflets complexes que l’on connaît naturellement comme doré dans la langue française. Par transparence au travers d’une feuille très fine, l’or apparaît vert.

L’or pur a été utilisé dans certains bijoux asiatiques, qui ont donc la particularité d’être déformables, ce qui oblige à se limiter à des formes simples : type bracelets en torsades. Il reste cependant peu utilisé en bijouterie ; afin d’obtenir une meilleure tenue mécanique ainsi que des couleurs originales, il est allié :

– à l’argent, c’est l’or vert,

– au cuivre et au nickel, c’est l’or jaune ou l’or rosé,

– au cuivre, l’or rouge,

– au nickel, l’or blanc,

– au fer, c’est l’or gris

– à l’aluminium, c’est l’or violet.

En orfèvrerie, l’argent recouvert d’or s’appelle le vermeil.

feuille-dorL’or est ainsi utilisé pour créer des bijoux, des médailles, des objets de luxe (montres, stylos). Il peut également être utilisé sous forme de feuilles pour dorer les boiseries, les livres, les ferronneries par un procédé de dorure ; ainsi que les bonbons en chocolat en occident et les gâteaux en Inde.

Le pourcentage d’or dans le métal s’appelle le titre. Depuis très longtemps, il peut faire l’objet d’une garantie, actuellement de l’État, grâce à un poinçon qui indique le titre de l’alliage utilisé. Les orfèvres l’évaluent grossièrement grâce à la pierre de touche. En France, le marquage des bijoux en or est obligatoire depuis le 9.11.1797 par l’apposition de poinçons (sauf si l’objet est trop petit pour recevoir le poinçon). Deux poinçons sont utilisés : le premier, appelé « poinçon d’État », indique le titre ; le second est celui du fabriquant, il est appelé « poinçon de Maître ». Le poinçon actuel est une tête d’aigle pour l’or massif. Les carats correspondent au pourcentage massique d’or compris dans le métal. On peut aussi parler de millièmes.

De nos jours, dans l’industrie, l’or est fréquemment utilisé dans les hautes technologies, à cause de son inaltérabilité et de sa bonne conductivité électrique. Il est utilisé par exemple en électronique, afin de réaliser des contacts électriques inoxydables. Il est également utilisé pour opacifier des organes optiques dans le cadre de technologies spatiales, et comme catalyseur dans des piles à combustible.

En médecine, l’or a été, et reste, pour qui accepte de faire face à la dépense, un substitut nettement supérieur aux amalgames pour les collusions dentaires, mais demande l’emploi d’une technique différente des classiques «plombages » : ce sont les inlays. Enfin, certains dérivés organiques de l’or, dits « sels d’or » sont parfois utilisés dans le traitement de certaines affections en rhumatologie.

1293

Une bonne adresse si vous avez une glace ancienne, un cadre, une console, ou tout autre objet, à restaurer et à dorer à la feuille d’or :

Reflets d’Or – Nellie Convers (Orne) – Tél. 02.33.83.68.03

La symbolique de l’or

– Les noces d’or symbolisent les 50 ans de mariage dans le folklore français.

– L’or est le 10e niveau dans la progression de la Sarbacane Sportive.

– L’or représente la lumière solaire en tant que symbole de la lumière manifestée, mais aussi symbole d’énergie (YIN).

– L’or est le matériau symbolique des médailles sportives correspondant à la première place avant l’argent et le bronze.

– L’or exprime la connaissance. On parle aussi de l’Age d’or qui constitue la perfection.

– L’or est le métal des rois et des empereurs, non seulement en Occident mais dans tout le reste du monde. Il évoque le Soleil et toute sa symbolique : fécondité, richesse, domination rayonnement ; centre de chaleur, amour, don, foyer de lumière et de connaissance.

L’or et la religion

L’or pur est inaltérable. C’est vraisemblablement cela qui en fait un métal si prisé, plus que sa rareté. Cela lui a aussi donné une grande charge symbolique, dès sa découverte par l’homme. Inaltérable, comme les dieux sont éternels, éclatant comme le soleil, d’ailleurs son nom latin « aurum » signifie aussi « aurore ». L’or symbolise ainsi le pouvoir et le divin. Dans de nombreuses civilisations, pourtant sans connexion, l’or fut le symbole du divin par excellence. Cela peut s’expliquer notamment par deux propriétés qu’il possède :

– sa quasi-inaltérabilité au temps, qui en fait un matériel d’immortalité,

– sa couleur jaune éclatante qui reflète la puissance du soleil jaune.  

masque-dor-de-toutankamon2Les Égyptiens de l’Antiquité, qui avaient un intérêt quasi obsessionnel de l’éternité, donnaient à l’or des propriétés divines en le définissant comme la chair des dieux. C’est en or que l’on confectionnait les masques funéraires qui avaient pour but de fixer à jamais le visage idéalisé du pharaon et de l’identifier aux étoiles. Le masque d’or du pharaon Toutankhamon est fait de 11 kilogrammes d’or massif et on estime avoir retrouvé dans son tombeau, l’un des plus petits de la vallée des Rois, plus d’une tonne d’or pur.

Le Bouddha d’or de Bangkok mesure plus de 3 m de haut pour 5,5 tonnes. C’est la plus grande statue d’or massif du monde. 

– Dans la Livre de l’Exode, le veau d’or symbolise l’idolâtrie. Néanmoins, l’or est aussi utilisé pour de nombreux objets culturels du Temple de Jérusalem : menorah, coupes, arche d’alliance…  

– Dans le Nouveau Testament, les mages venus d’Orient apportent de l’or à Jésus. Dans le livre de l’Apocalypse, le Christ apparait à Jean entouré de sept chandeliers d’or et un ange verse de l’encens avec une pelle en or.

L’or est donc, dans les cultures juives et chrétiennes, le métal qui souligne la dignité de la divinité. Dans l’art religieux, les saints et les anges ont souvent leurs têtes entourées d’or sous la forme du nimbe. L’or symbolise aussi la lumière de Dieu, et donc sa présence, dans l’art de l’icône et dans beaucoup d’œuvres d’art chrétiennes occidentales où il occupe les fonds : mosaïques de Ravenne, de Palerme.

mosaiques-dor-de-ravenna

Ravenna – San Vitale

Histoires d’or

– L’ancienne mine d’or de Skidoo, dans la vallée de la Mort en Californie. 

– Durant l’Antiquité, Midas et Crésus, ces deux rois de Lydie, tiraient leur or en particulier du fleuve Pactole. Avec le roi Salomon, ils étaient connus pour leur légendaire richesse et pour leur goût de l’or.

– Le consul romain Crassus, connu pour sa soif d’or et pour son immense richesse, fut fait prisonnier par le général parthe Suréna. Ce dernier, pour exécuter son captif, aurait coulé de l’or dans la gorge du Romain.  

– Le « bon saint Éloi » de la chanson « Le bon roi Dagobert » était orfèvre. Les orfèvres de l’époque mérovingienne, en raison d’une pénurie d’or en Occident, étaient connus pour récupérer les chutes d’or, quitte à « rogner » un peu plus les objets lors de leur fabrication, en les raclant. Avec la quantité habituellement nécessaire pour faire un trône, saint Éloi fabriqua deux trônes, prouvant par là même son honnêteté.

– Au Moyen Âge, les alchimistes cherchaient le moyen de transmuter le plomb en or.  

– La recherche de l’Eldorado, le pays de l’or, fut l’une des motivations de la colonisation de l’Amérique latine. 

– Un livre de Blaise Cendrars « L’Or » raconte la ruée vers l’or aux États-Unis, mais surtout la malheureuse histoire de John Sutter, à qui appartenait légalement l’or extrait, et dont les droits ne furent jamais reconnus par la justice.  

– Un livre, « Le Trésor de la Sierra Madre » de B. Traven, raconte comment trois Américains succombent à la fièvre de l’or au retour de leur expédition dans la  jungle mexicaine. Ce livre a été adapté au cinéma par John Huston en 1948.

– « L’Or du Rhin », premier des quatre opéras constituant le prélude de L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, relate comment Alberich s’empare de l’or du Rhin, forge l’anneau dont la malédiction traversera toute la Tétralogie.

– Lors des tout premiers tests de la base de données documentaire de la Bourse de Paris, aucune information relative à l’or ne pouvait être retrouvée, jusqu’à ce qu’un ingénieur eût l’idée de consulter la liste de mots vides (« à ne pas indexer ») fournie en standard avec le logiciel, et d’en retirer une certaine conjonction de coordination !

– La pyrite FeS2 est aussi appelée « or des fous » à cause de sa couleur jaune ressemblant à celle de l’or.

Des expressions qui parlent d’or 

– « Tout ce qui brille n’est pas d’or » : invite à être prudent.

– « La parole est d’argent et le silence est d’or » : le silence vaut mieux que la parole ;

– « Se faire des couilles en or » : bien que vulgaire l’expression qualifie une activité lucrative ;

– « As good as gold » utilisé après 1945 pour désigner le dollar ;

– « Une personne en or» représente une personne pleine de qualités : gentille, douce, agréable… 

– « Avoir un cœur d’or » : c’est se montrer généreux ;

– « Rouler sur l’or » : être riche ;

– « Se dorer la pilule » : se faire bronzer ou ne pas faire grand chose. Autrefois, certaines pilules au goût particulièrement désagréable étaient roulées dans une feuille d’or qui ne se rompait qu’une fois dans l’estomac ;

– « C’est une vraie mine d’or » : définit une situation ou une personne ou un objet très lucratifs ;

– « Valoir de l’or » : valoir cher, être précieux.

– « Valoir son pesant d’or » : valoir cher

– « Poule aux œufs d’or » : affaire très lucrative dont la pérennité est souvent remise en cause.

faberge-oeuf-pascal-et-pouleL’oeuf et la poule de Fabergé 

L’histoire du Roi Midas

Midas (VIIIe siècle av. J.C.), est le héros de plusieurs légendes mythologiques. Il était le fils de Gordias et de Cybèle, déesse phrygienne, ou bien d’une prophétesse de Telmessos. On ne sait pas très bien. Il était roi de Phrygie au moment où celle-ci atteint son apogée, avant la conquête cimmérienne. Un jour, le vieux Silène, qui avait été le tuteur de Dionysos, fut capturé, ivre, par des paysans de Lydie et amené, enchaîné de guirlandes de fleurs à Midas ; celui-ci reconnut le compagnon de Dionysos, le traita avec bienveillance et l’hébergea avec prodigalité pendant dix jours et dix nuits. Puis il ramena Silène en Lydie et le rendit au dieu. Dionysos, pour remercier l’hôte de celui qui l’avait élevé, lui accorda un vœu. Midas demanda alors la faculté de transformer en or tout ce qu’il touchait. Midas fut tout d’abord ravi des résultats, mais sa joie se transforma en horreur lorsqu’il se rendit compte que la nourriture et les boissons étaient aussi transformées en or. Incapable de manger et de boire, il supplie le dieu de reprendre son présent. Dionysos lui ordonne alors de se laver les mains dans les eaux du Pactole, dont le sable resta chargé de paillettes d’or. Cette légende explique le caractère aurifère du Pactole, auquel la Phrygie doit une bonne partie de son empire. Midas se serait suicidé, en buvant le sang d’un bœuf ou d’un taureau. 

le-roi-midas

 Cette « légende dorée » serait à méditer longuement à notre époque où les champs de céréales vont devenir des champs de biocarburants. Nous pourrons donc toujours rouler, mais quand sera-t-il des aliments de base de l’humanité… Les mythes ne sont pas de vieilles légendes pour enfants sages, se sont des archétypes qui ne prennent pas une ride.

perle-dor-et-dambre Perle d’or et d’ambre

 

Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins chez Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie – Michel Grant et John Hazel – Chez Marabout

poincon-or1

 

Partager

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

LA SCORPIONESQUE ET MORTIFERE BELLADONE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 05-11-2009

Avec la Belladone, on est toujours dans la symbolique Scorpion de la vie et de la mort. Et, si l’on en croit les témoignages de chercheurs allemands du début du XXe siècle ayant expérimenté une pommade contenant des extraits de trois plantes mortifères, on peut, même de nos jours « vivre » les expériences des nuits de sabbats aux courses effrénées, aux plaisirs intenses, que les sorcières avouaient sous la torture. Ces scientifiques se sont livrés à leurs expériences insolites pour tester une recette d’onguent du XVIIe siècle, découverte fortuitement au cours d’une recherche sur la sorcellerie. Même si la recette est imaginaire, il n’en reste pas moins vrai que la combinaison des trois plantes dans une composition quelconque ne peut être que dangereuse.

belladone1

Plante curieuse et capricieuse que la Belladone aux fleurs livides, au contact visqueux, à l’odeur fétide : elle apparaît mystérieusement dans un endroit en massif de plusieurs pieds une année pour disparaître ensuite de façon radicale sans aucune raison apparente. Son nom, Atropa belladonna, évoque l’inflexible belle femme – mais aussi, Atropos, la Parque chargée de couper le fil de la vie, tant cette plante inquiétante est fatale par la toxicité de toutes ses parties. Parmi les divers alcaloïdes qu’elle contient, l’atropine, la scopolamine et la nicotine sont des poisons dangereux. Une vingtaine de ses fruits luisants, de la taille d’une cerise, d’un noir violacé, à la chair sucrée, suffisent pour tuer un homme. L’intoxication se manifeste par un sentiment d’étouffement progressif, et la mort, due à la paralysie des muscles respiratoires, survient rapidement.

atropos

 Atropos

 Quant à l’appellation séduisante de « bella donna » (belle femme), elle provient de l’usage que faisaient, à la Renaissance, les belles Italiennes d’un collyre à l’extrait d’atropine, pour dilater la pupille et rendre les yeux brillants. En effet, la dilatation des pupilles est une des manifestations de l’excitation sexuelle et de l’admiration désirante, manifestation inconsciemment perçue par les hommes et qui les stimule ; de plus, cela faisait légèrement loucher, c’était à cette époque caractéristique de la beauté, d’où l’expression « avoir une coquetterie dans l’œil ». Cette préparation est d’ailleurs toujours utilisée en ophtalmologie.

jusquiame-noireLa Jusquiame que l’on trouve dans les décombres et les terrains vagues est aussi une plante capricieuse qui apparaît et disparaît au gré des années. Les feuilles, grandes et molles, répandent une odeur repoussante. Les fleurs à l’aspect inquiétant, d’un jaune sale veiné de violet, réunies en bouquets au sommet des tiges, donnent naissance à des capsules contenant des graines en forme de rein ; toutes ces caractéristiques avaient excité l’imagination populaire et, si  les animaux ne la touchaient jamais à cause de son odeur, les hommes en tiraient un baume utilisé en frictions contre les rhumatismes.

Si par malchance les journaliers qui coupaient de l’herbe pour le fourrage n’étaient pas très attentifs, quelques feuilles de jusquiame mêlées aux plantes sèches suffisaient pour provoquer chez les animaux une agonie atroce : après de violentes convulsions et des ballonnements, ils mouraient paralysés. De tels effets ne pouvaient être dus qu’à des sorciers : accusés d’avoir infesté la nourriture des bêtes, ils devenaient des personnages haïs dans les sociétés rurales. En fait, l’hyosciannine, un des alcaloïdes de la Jusquiame, connue sous le nom classificatoire Hyoscyamus niger, est un poison puissant utilisé en pharmacologie, à petites doses, comme antinévralgique et narcotique.

 Le nom de Jusquiame vient du grec ancien « hyoskyamos » littéralement « fève de porc » : il s’agit d’une allusion à l’épisode de l’Odyssée lorsque la magicienne Circé transforme en pourceaux les compagnons d’Ulysse en leur faisant pour cela boire un philtre contenant de la jusquiame.

circe-ulysse-et-les-pourceaux1

Mais Ulysse était immunisé grâce à un antidote végétal dont Hermès lui avait fait présent. Certains interprètent cet épisode comme une métaphore opposant la bestialité, c’est-à-dire le pourceau, à la raison. Toutefois, les Solanacées vireuses, dont fait partie la jusquiame, sont fréquemment évoquées dans les histoires de métamorphoses d’homme en animal. Elles peuvent en effet générer des hallucinations particulièrement puissantes, y compris celle d’avoir pris la forme d’un animal, au point d’en adopter le comportement.

Enfin la Stramoine, aux larges feuilles velues et aux fleurs en forme d’entonnoir, était jadis cultivée dans les jardins et réputée éloigner les taupes. Elle contient elle aussi divers alcaloïdes extrêmement toxiques.  En réalité toute la famille des solanacées, dont fait partie aussi la pomme de terre, sont dangereuses. Heureusement pour nous ce sont les feuilles et non les tubercules qui se révèlent vénéneuses.

stramoine

 

Dans le domaine des belles empoisonneuses, ces trois-là ne sont pas seules au monde. Comme les littératures grecque et romaine, l’histoire moderne est riche en empoisonnements. Elle recèle une multitude de pratiques criminelles où les stratégies familiales, les questions d’honneur et la politique s’entremêlent et où la macération et la concoction de quelques herbes « choisies » s’offrent aux convenances, aux compromis et à la ruse. Nous sommes toujours dans le monde et la symbolique du Scorpion.

Enfin, deux auteurs du Ier siècle avant Jésus-Christ, Diodore de Sicile et Strabon, rapportent que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèches avec le suc de la stramoine datura, la description du fruit ne laissant aucun doute quant à l’identité de la plante. Beaucoup plus tard… Condorcet est mort en avalant du stramonium et de l’opium.

cigue1L’empoisonnement le plus fameux est certainement celui de Socrate, raconté par Platon dans le Phédon. A base de ciguë, ce poison provoquait l’arrêt progressif de la circulation et du cœur, qui se manifestait par un refroidissement des extrémités avant la mort. La sérénité de Socrate durant son agonie et l’absence des spasmes violents qui caractérisent l’intoxication par la ciguë semble indiquer la présence dans cette tisane léthale, de narcotiques tels que la jusquiame. Toutefois la formule, secret d’Etat athénien, fut perdue avec la fin de l’Antiquité.

La Rome antique et l’Italie de la Renaissance, ainsi que les cours européennes, gèrent les affaires politiques à coups d’empoisonnements. Chatons de bagues et médaillons creux, cachettes raffinées de poudres ou de philtres mortels, en sont la preuve. On les administre à ses ennemis ou à soi-même, en cas d’ultime nécessité. Jusqu’au XVIIIe siècle où commence la « carrière » de l’arsenic, les plantes maudites sont à l’origine de milliers de morts et de scandales dues au « mauvais café » ou au « vin de la trahison ».

La mort ne frappait pas seulement les victimes mais aussi les empoisonneuses présumées que l’on faisait brûler vives comme des personnes encombrantes. Car si les hommes sont impliqués dans les meurtres violents, les femmes, elles, ont toujours préféré les armes silencieuses et discrètes qui tuent sans effusion de sang.

Sorcières et empoisonneuses, les femmes le furent autant que guérisseuses. La connaissance des herbes sacrées, des herbes d’amour et d’autres sortilèges allait de pair avec celle des plantes de la mort. Mais surtout les femmes connaissaient les plantes « bonnes » pour les avortements, qui s’avéraient souvent dangereuses. Et ce ne sont pas seulement les sorcières qui jouaient avec la mort, car les empoisonnements dans les campagnes étaient beaucoup plus fréquents qu’on veut bien le laisser croire ; combien de témoignages de morts subites dans d’atroces douleurs, combien de personnes paralysées évoquées dans les seules Mémoires de Saint-Simon, par exemple.

On préparait encore le « bouillon d’onze heures » destiné aux parents encombrants, arrière-grand-tantes et oncles célibataires dont on convoitait l’héritage. Mais de jeunes enfants et des nourrissons s’inscrivaient eux aussi dans la clientèle potentielle des empoisonneuses comme le prouvent les procès-verbaux de la justice jusqu’au siècle dernier.

aconit1L’aconit, appelée aussi « casque de Jupiter », la digitale, les ciguës figurent traditionnellement au nombre des plantes les plus dangereuses. Mais on oublie souvent que le tubercule de notre charmant cyclamen est d’une efficacité sans égal. Utilisé pour les avortements, sa toxicité n’avait pas échappé aux braconniers qui broyaient quelques petites boulettes et jetaient la pâte dans les rivières : quelques minutes plus tard des poissons endormis venaient à la surface le ventre en l’air.

cyclamen 

Autre famille de plantes traîtresses : les liliacées. Ce sont des plantes à oignons : les bulbes des colchiques d’automne, les muguets ou les amaryllis peuvent être fatals. De même plusieurs variétés de renoncules ont des racines toxiques : les pivoines, les anémones, les boutons d’or pour ne mentionner que les plus communs.

Curieusement deux plantes connues depuis la plus haute Antiquité comme plantes de l’immortalité sont, elles aussi, dangereuses. Il s’agit de l’if, que l’on trouve souvent taillé dans les haies et dans les cimetières. La plante femelle est extrêmement toxique. Quelques grammes de son feuillage peuvent faire périr le cheval, particulièrement sensible à son poison, la taxine, qui attaque le système nerveux. Jadis l’if faisait partie des plantes que l’on cultivait dans les abords des châteaux féodaux car on utilisait ses branches extrêmement flexibles et solides pour la fabrication des arcs. Une autre plante, toujours verte elle aussi, mais extrêmement dangereuse est la sabine, originaire des Alpes de Provence et du Dauphiné. Consommés par les animaux, ses jeunes rameaux provoquent une mort rapide par occlusion du circuit intestinal. Jadis la sabine était une « arme » aux mains des sorcières pour provoquer des avortements.  

if_dore

Toutes ces plantes toxiques dont le catalogue n’est pas exhaustif ne trahissent cependant pas une forme de vengeance de la nature. Prudemment utilisées, elles étaient et restent des médicaments dont la pharmacopée tire des remèdes irremplaçables. Certes la nature n’est pas aussi paisible qu’elle peut paraître aux yeux des citadins ou des romantiques. Les plantes ne se répartissent pas en utiles ou nuisibles. C’est l’ignorance des lois qui régissent la vie du troisième règne qui engendre seule le danger. Dès lors qu’on en prend conscience, la nature devient intelligible et les poisons qui hantent tellement l’inconscient deviennent eux aussi des végétaux sinon domestiqués, du moins nécessaires et utiles. 

bouton-d-or 

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe d’Yvonne de Sike

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

LA BALANCE : UNE HISTOIRE DE COUPLE

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 25-09-2009

glyphe-balance1

 

 

 Son graphisme                

 La Balance ouvre un second cycle zodiacal. Son graphisme est double, comme celui du Cancer qui ouvrait le cycle précédent. A la différence du Cancer, les deux traits sont horizontaux. Le trait inférieur représente un principe matériel, le trait supérieur, un principe spirituel. Les deux plateaux et le fléau président à la destinée de l’homme qui doit harmoniser ces deux tendances pour trouver son équilibre. Le graphisme de la Balance rappelle celui du signe mathématique  » à peu près égal.

A l’origine le signe de la Balance faisait partie de la constellation du  Cancer et ce sont les pinces du Cancer qui forment maintenant les plateaux de la Balance. Septième signe du Zodiaque, la Balance représente l’ouverture de la personnalité sur le monde extérieur : une promesse de l’Autre. N’est pas Balance qui s’imagine seul.

La Balance, c’est comme la hifi, un problème de répartition des énergies. En réalité quand le Soleil est en Balance, la durée des jours est sensiblement égale à la durée des nuits. La Balance est ainsi un signe d’indifférence et de justice : équilibre délicat de la sensibilité et de la raison, du jugement et de la décision. 

La Balance est connue en tant que symbole de la justice, de la mesure, de la prudence, de l’équilibre parce que sa fonction correspond précisément à la pesée des actes. Associée à l’épée, la Balance est doublée de la vérité.

 

balance1 

Avec la Balance, on aborde l’équinoxe d’automne. Les mouvements des plateaux de la balance, comme ceux du Soleil dans le cycle annuel, correspondent au poids relatif du yin et du yang, de l’obscur et de la lumière. La flèche, lorsque les plateaux sont en équilibre (équinoxe), ou l’épée qui s’identifie à elle, est le symbole de l’invariable milieu. L’axe polaire qui les représente aboutit à la Grande Ourse que la Chine ancienne nommait Balance de Jade. Parfois cependant les  deux plateaux de la balance céleste étaient figurés par la Grande et par la Petite Ourse.

egyptebalance-pesee-des-ames

 

 

D’après le Livre des Morts égyptien, on imagine la psychotasie, une pesée des âmes : dans les plateaux de la balance, d’un côté un vase, signifiant le cœur du mort, et de l’autre la plume d’autruche signifiant la justice et la vérité.

La Balance symbolise la justice : le poids comparé des actes et des obligations. Elle est gouvernée par Vénus-Aphrodite : la beauté, l’harmonie, l’amour qui a inspiré nombre d’artistes.

       Ses mythes

La  Balance comme symbole de jugement n’est qu’une extension de l’acceptation de la justice divine. Dans l’Egypte ancienne, Osiris pesait les âmes des morts.

saint-michel-archange

Dans l’iconographie chrétienne, la balance est tenue par Saint Michel, l’archange du Jugement. Cette balance du Jugement est aussi évoquée dans le Coran.

Au Tibet, les plateaux de la balance destinée à la pesée des bonnes et des mauvaises actions des hommes sont respectivement chargées de cailloux blancs et de cailloux noirs.

En Perse, l’ange Rashnu, placé près de Mithra, pèse les esprits sur le pont du destin. Un vase grec représente Hermès pesant les âmes d’Achille et de Patrocle.

Recouvrant les notions de justice, de mesure et d’ordre, la Balance, chez les Grecs, est représentée par Thémis qui régit le monde selon une loi universelle. D’après Hésiode, elle est fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaïa (la Terre) et donc de la matière et de l’esprit, du visible et de l’invisible. Elle apparaît dans l’Iliade  comme symbole du destin comme en témoigne le combat d’Achille et d’Hector.

themis-la-deesse-de-la-justice

Thémis, la déesse de la Justice

La notion de destin entraînant celle du temps vécu, on comprendra que la Balance soit également l’emblème de Saturne ou de Chronos.

Mais c’est d’abord Vénus qui a son domicile dans le signe de la Balance. Vénus est née de l’écume de la mer qui s’amassa autour des organes génitaux d’Ouranos lorsque Saturne les jeta dans les flots. Ouranos est le dieu qui engendra le monde. Vénus est donc la fille du Ciel. Elle surgit nue, chevauchant une conque, dans une eau qui lui faisait miroir. Tous s’accordaient à dire qu’elle volait dans les airs, accompagnée de colombes et de moineaux.  

botticelli-la-naissance-de-venus

Botticelli – La naissance de Vénus – Galerie des Offices à Florence

Les Parques avaient assigné à Vénus un unique devoir divin : aimer. Elle portait une ceinture magique qui rendait tout le monde amoureux d’elle, mais elle ne la prêtait pas facilement aux autres déesses. Elle avait une conduite assez légère, elle eut beaucoup d’amants : Mars, Dionysos, Poséidon, Hermès, Anchise, Adonis.

Autre mythe Balance, c’est la légende de Psyché qui l’illustre : cette histoire de la conquête de l’amour d’Eros par la belle Psyché, à travers toute une série d’épreuves. C’est encore Orphée qui perdit son Eurydice.

orphee-et-eurydice

Orphée et Eurydice

C’est Antéros, fils de Mars et de Vénus, enfant de l’amour, enfant d’un couple adultère et passionné. C’est Pyrame et Thysbé, ou la première version de Roméo et Juliette.

philemon-et-baucis-2

C’est ce vieux couple, Philémon et Baucis, qui ne désirent qu’une chose ne pas connaître la douleur d’être le survivant de l’autre. Jupiter et Mercure exauceront leurs vœux, ils seront changés en arbre à un seul tronc et seront à jamais tendrement enlacés.

Un autre mythe peut être retenu comme évocateur du signe, Pygmalion et Galatée, le sculpteur et sa statue.

 

il-bronzino-pygmalion-et-galatee

                                               Il Bronzino – Pygmalion et Galatée

          Sa psychologie

Signe Positif, c’est un signe d’extraversion. Mais parce que c’est le signe de l’équinoxe, la nature s’équilibre entre l’introversion et l’extraversion. Parfois, la personne penchera vers des valeurs intérieures. Introvertie, elle cherchera à faire profiter les autres de son équilibre interne. Sa nature se manifestera par un certain détachement pour elle-même, elle pourra être portée à la méditation. Soit, elle penchera vers des valeurs extérieures ; extravertie, elle se manifestera auprès des autres dans la spontanéité et l’appel de la vie. Mais quelque soit l’expression de son comportement, elle cherchera toujours le juste milieu pour la concorde et la paix.

Pesant le pour et le contre des idées, elle raisonne par intuition et marque une certaine indépendance d’esprit dans le secteur intellectuel. Quand le fléau est au point médian, chaque plateau a le même poids que l’autre : l’être sait se mettre à la place de l’autre pour le comprendre. La Balance, c’est l’intelligence du cœur.

balance0011 

Signe Cardinal : la Balance inaugure une nouvelle saison, l’automne, comme le Bélier inaugure le printemps. Opposés sur le zodiaque, ils n’en sont pas moins complémentaires.

Le cercle zodiacal est une entité dont les parties ne s’excluent pas les unes les autres, bien au contraire, elles correspondent entre elles, n’étant chacune que l’application d’un même principe énergétique sous une forme symbolique différente. Chaque partie ne se comprend que par rapport aux autres, cela est d’autant plus éloquent entre deux signes dits opposés.

Cardinaux tous les deux car ils inaugurent une saison, ils sont animés par une même énergie qui est celle de l’élan ou d’un mouvement en avant :

– l’élément Feu se traduira chez le Bélier dans l’action : comme l’élan vers de nouvelles entreprises ;

– l’élément Air se traduira chez la Balance dans les échanges : comme l’élan vers de nouveaux contacts.

Aux valeurs d’engagement symbolisées par la tête chez le Bélier correspondent des valeurs d’équilibre, symbolisées par les reins, chez la Balance.

Le Feu et Mars poussent le Bélier vers des impulsivités qui peuvent être parfois brutales, l’Air et Vénus donnent à la Balance l’art des compensations harmonieuses. Leurs énergies polaires sont complémentaires et nécessaires au cycle de la vie : le Bélier fonce et rompt, la Balance rétablit l’équilibre rompu. 

L’Air est l’élément de la Balance : élément d’échanges, de mobilité et de diffusion. Il se particularise en Balance. Entre l’Air mutable des Gémeaux (le vent, les échanges par la pensée, le lien par la camaraderie) et l’Air fixe du Verseau (le ciel limpide de l’hiver : le lieu de l’âme, l’aboutissement fraternel) se situe l’Air cardinal de la Balance où l’être a plutôt tendance à juger au travers de ses sentiments.

L’Air de la  Balance ressemble à ce ciel où les nuages s’attirent les uns vers les autres, poussés par le vent d’automne : la Balance éprouve un irrésistible élan vers les autres qui peuvent influencer son orientation. Sa fonction psychologique principale est le sentiment. Elle peut manquer de sens discriminatoire, par une trop grande adaptation au groupe, au milieu dans lequel elle évolue. Ses émotions sont d’ordre esthétique, elles ne reposent pas sur un jugement rigoureux mais sur le beau ou le bien du moment.

La caractérologie en fait un primaire actif sanguin (si Vénus domine le thème) ou un nerveux (si Saturne est dominant) : suivant les cas, le sanguin sera extraverti, le nerveux sera introverti.

La partie du corps correspondant à la Balance sont les reins. Ce sont deux glandes qui, par l’élimination, assurent l’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur. 

Si la Balance était

Un animal, ce serait une biche biche-faon qui symbolise la qualité d’âme opposée à l’agressivité dominatrice… tourterelle-turque Une tourterelle, symbole de la fidélité conjugale dans la tradition chrétienne…  

 

Et si c’était un oiseau… Ce serait un rossignol, rossignol_philomele05le chantre de l’amour, mais aussi le martin-pêcheur martin-pecheur qui vole en couple et qui est, pour les Chinois, symbole de fidélité et de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, ils opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité des oiseaux bavards.  

Si c’était un arbre… palmier ce serait un palmier.  Une plante…  glycine de la glycine.

Une fleur… reseda_white_mignonette le réséda, le camélia camelia et bien sûr…          la rose rose-rouge et ses messages d’amour.

Si la Balance était un parfum, ce serait le jasmin jasmin ou le nard  le-nard qui entre dans la composition du Paradis où s’épanouit l’amour, comme l’évoque le Cantique des Pères de l’Eglise.

estragon  

 

 Si c’était un condiment… ce serait de l’estragon

 

Si c’était un métal… ce serait du cuivre pepite-de-cuivre  ou du platine pepites-de-platine

Sa saveur est suave.

Ses couleurs sont : le rose, le bleu pervenche, le vert Nil et le turquoise. 

bague-jonc-or-diamants-saphir-bleu-3

 

 

Sa pierre est le saphir bleu des bagues de fiançailles.

Et si c’était un instrument de musique… ce serait un violon violon2

Un objet de collection … des instruments anciens, merlante_base_santorini_nott des tableaux,  

des objets en écaille peigne-en-ecaille  des oiseaux peints oiseau-peint des meubles Louis XV  dos-dane-louis-xvcomme un dos d’âne…

 

la-balance 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

FEE… FATA… FATUM… FATALITE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-09-2009

De la Fée Bleue à la Fée Carabosse 

 

les-fees1

Maîtresse de la magie, la fée symbolise les pouvoirs paranormaux de l’esprit ou les capacités prestigieuses de l’imagination. Elle opère les extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l’homme de construire en imagination les projets qu’il n’a pas pu réaliser. 

La fée irlandaise est par essence la « banshee », dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l’Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d’un oiseau, d’un cygne de préférence. Mais cette qualité n’a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l’élu de son cœur. La « banshee » est par définition un être doué de magie. Elle n’est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu’elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu’elle appelle et, quand elle s’éloigne provisoirement, l’élu tombe en langueur.

la-bansheeLa Banshee 

Shakespeare a merveilleusement montré avec la Reine Mab, l’ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière : 

« Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C’est l’accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu’une pierre d’agate

A l’index d’un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes…

… C’est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C’est la sorcière… »

 En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s’évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d’une illusion. Ils se situent dans l’évolution psychique parmi les processus de l’adaptation au réel et de l’acceptation de soi, avec ses limites personnelles. Ou on recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme. Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l’origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même « Fata », les Destinées, le prouve. D’après P. Grimal :

 « Les trois Parques étaient représentées sur le forum par trois statues.  Que l’on appelait couramment les trois fées, les tria fata ».

Elles portent encore aujourd’hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l’imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.  

les-moires1

Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l’enroulent sur le rouet et le coupent, l’heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l’origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l’astrologie fera : évolution, culmination, involution.

Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d’un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendues propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants mort-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, au-delà des Parques et des Moires, remonter aux Kéres, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s’emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l’issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telles que nous venons de l’indiquer montre qu’elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l’histoire, selon un mécanisme ascensionnel, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d’une grotte, d’un abîme, d’une cheminée des fées, ou encore près d’un fleuve mugissant ou au bord d’une source ou d’une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu’elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s’épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l’hiver, temps de silence, de mort.

 

3fates

Si l’on examine de très près légendes et contes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n’a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C’est le temps de rupture, où l’épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, parce que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu’en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu’elle n’apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. 

les-moires-2 

Les Parques ou les Moires : C’étaient trois fileuses qui travaillaient jour et nuit. On les a représentées, parfois, comme d’affreuses vieilles, ailleurs elles sont belles et implacables. Leur nom venait du verbe latin « parcere », qui signifie « épargner ». Ce nom était ironique car elles n’épargnaient jamais personne ; ce qu’elles filaient ainsi sans trêve, c’était le fil de la vie humaine… Clotho tenait la quenouille, Lachésis le fuseau et la dernière, Atropos, donnait le coup de ciseau final… Par une extension facile à comprendre, la Parque signifie : la Destinée.

La symbolique du fuseau est d’ailleurs intéressante. Pour Platon, « le fuseau de la nécessité » représente la nécessité qui règne au cœur de l’univers. Le fuseau tourne d’un mouvement uniforme et entraîne la rotation de l’ensemble cosmique. Il indique une sorte d’automatisme dans le système planétaire : la loi de l’éternel retour. On peut à ce titre le rapprocher du symbolisme lunaire. Les filles de la Nécessité, les Moires, chantent avec les Sirènes, en faisant tourner les fuseaux : Lachésis pour le passé, Clotho est le présent, Atropos représente l’avenir. Elles règlent la vie de chaque être vivant à l’aide d’un fil que l’une file, que l’autre enroule, que la troisième coupe.

fuseau 

Ce symbolisme indique le caractère irréductible du destin : sans pitié, les Parques filent et défilent le temps de la vie. Le double aspect de la vie se manifeste : la nécessité du mouvement, de la naissance à la mort, révèle la contingence des êtres. La nécessité de la mort réside dans la non-nécessité de la vie. Le fuseau, instrument et attribut des Parques, symbolisera la mort.

melusina1La fée Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C’est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montrent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu’elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait d’ailleurs en dire autant des manifestations de l’inconscient. 

la-legende-de-melusine

Mélusine est une fée bâtisseuse qui a laissé son empreinte dans maints et maints édifices religieux et civils du Poitou. Ayant infligé une punition à son père Mélusine est condamnée par sa mère à devenir serpent dès le nombril tous les samedis. Alors qu’elle erre dans la forêt non loin de Coulombiers, elle rencontre Raymondin. Elle consent à l’épouser, à la seule condition qu’il la laisse seule chaque samedi, sans chercher à connaître son occupation. Dix garçons, dont certains portent la marque de leur origine féérique, naissent de cette union. Mais, un samedi, rongé par la curiosité, Raymondin trahit son serment et découvre le secret de sa femme. C’est ainsi que Mélusine disparaît après avoir tournoyé dans le ciel de Lusignan. A l’image de leur mère légendaire, les seigneurs de Lusignan, rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, originaires du Poitou, se sont avérés être au Moyen Age des constructeurs notables de châteaux : une vingtaine de sites aurait été édifiée, fortifiée ou embellie par cette famille.

la-tour-de-melusine

Selon la légende, le château de Lusignan fut construit par Mélusine. La Fée bâtisseuse, transportant les pierres dans sa dorne et les assemblant de trois goulées d’air en trois nuits, aurait été aidée par des ouvriers tirés du néant pour la circonstance. Aujourd’hui, les vestiges de cette forteresse : la Tour de Mélusine et la Poterne, s’inscrivent au cœur d’un jardin à la française aménagé au XVIIIe siècle par l’Intendant du Poitou, Blossac. A l’intérieur d’une des anciennes parties du château, une exposition présente l’épopée tumultueuse du château et de ses seigneurs, au travers de leur mère légendaire.

melusine-2

Les étranges métamorphoses de cette fée ne sont pas sans évoquer le Scorpion, alors que le secret qu’elle garde jalousement ainsi que cette vie double, comme son corps de sirène, font penser à la symbolique du signe des Poissons.

Avec Roussalka la sirène on reste dans l’univers aquatique. Dans le monde païen, la Roussalka avait le statut de déesse de la rivière, propriétaire de trésors et magicienne. Depuis la christianisation de la Russie, elle passe pour être plutôt mélancolique ainsi que  peu favorable aux humains. Suivant une croyance populaire, les Roussalki sont des nouveau-nés de sexe féminin, morts sans baptême ou encore des femmes noyées. Elles possèdent jeunesse et beauté éternelles. Le samedi précédant la Trinité, elles courent en tous sens dans les champs de seigle. A partir du jeudi suivant, la fête du Semik, elles résident dans les bois où leurs appels répétés égarent les voyageurs en chemin. Pendant la Roussalnaïa, huitième semaine après Pâques, et également la veille de la Saint-Jean, elles se montrent dangereuses et il est alors fort imprudent de se baigner.  

la-roussalkaDans une variante populaire du conte, la Roussalka est la nymphe des eaux, la fille favorite des esprits du lac. Toute sa vie, elle se désole de sa condition et, éprise d’un jeune prince, elle souhaite devenir femme pour pouvoir communiquer chaleur et amour humain. Elle confesse ce désir à son père qui se désespère, convaincu que cette métamorphose lui portera malheur. Mais, constatant son impuissance à la persuader de renoncer à ce désir, il lui conseille d’aller consulter la Jézi-Baba. Cette sorcière promet à la Roussalka de l’aider à prendre forme humaine, mais à deux conditions : ne jamais pouvoir parler à son prince, et, au cas où il la tromperait, être damnée. A son retour, son prince, qu’une mystérieuse force a fait venir à sa rencontre, la prend dans ses bras et la conduit au palais où sont réunis pour la noce un grand nombre d’invités. Bouleversé par la beauté silencieuse de la Roussalka, le jeune prince porte son regard sur une autre belle femme venue assister au mariage. Depuis, la Roussalka gémit sur son sort, et guette les hommes qui voyagent dans la forêt.

Cette belle légende fait penser à l’histoire de Lorelei ainsi qu’à celle de la petite sirène, mais ni l’une ni l’autre n’étaient des fées. La petite sirène a toutefois recourt à une sorcière car comme la Roussalka elle veut devenir une vraie femme pour conquérir le jeune prince qu’elle a sauvé de la noyade. Elle y perdra sa voix en perdant sa queue de sirène pour des jambes et une silhouette de rêve. La Roussalka inspira Antonin Dvorak qui l’immortalisa dans un opéra.

merlin-et-la-fee-viviane

La fée Viviane appartient à la célèbre légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, un ensemble de récits datant du Moyen Age. C’était la fille d’un seigneur de Bretagne, du château de Comper, au nord de la forêt de Brocéliande qui n’est autre que le nom mythique de l’actuelle forêt de Paimpont, au sud-ouest de Rennes, dans le Morbihan. C’est dans cette forêt que le roi Arthur somma aux chevaliers de trouver le Graal. Merlin l’Enchanteur, ami et conseiller du jeune roi, fût l’hôte privilégié de Brocéliande. Et c’est à la fontaine de Barenton qu’il rencontra Viviane pour la première fois… Qui de la fée ou du magicien enchanta l’autre ? A découvrir ou à redécouvrir… Mais avec Viviane apparaît là une autre fée des Eaux, on l’appelait d’ailleurs la Dame du Lac. Son histoire évoque assez le signe des Poissons.

La fée Morgane est une magicienne faisant elle aussi partie de la Légende du Roi Arthur. Elle est souvent représentée comme une adversaire du Roi, de sa femme Guenièvre, ainsi que des Chevaliers de la Table Ronde. C’est une disciple de la fée Viviane et Merlin est son maître.

la-fee-morgane1La fée Morgane peintre par John William Waterhouse

Elle est présentée comme une séductrice maléfique, mais aussi parfois comme un personnage positif incarnant un pouvoir féminin désapprouvé par la société médiévale. Le personnage de Morgane pourrait avoir une de ses sources dans la déesse Modron, inspirée de la Dea Matrona gauloise, telle qu’elle apparait dans la littérature galloise médiévale. Le nom de Morgane la lie peut-être aux morgan/morgen, fées des eaux, séductrices et dangereuses, du folklore britannique. La transcription de son nom en « morgue » la lie parfois à la Mort. Son histoire évoque le Scorpion et surtout Vénus en Scorpion, à moins que ce ne soit Lilith, la Lune Noire.

la-fee-clochette1La fée clochette est un personnage créé par J.M. Barrie dans son roman Peter Pan. Clochette est amoureuse de Peter Pan. Elle ne supporte pas que celui-ci porte son regard sur un sujet féminin, et encore moins qu’il s’y intéresse. Or Peter Pan, qui est un séducteur, passe son temps à essayer d’épater Wendy, ce qui énerve très profondément Clochette. James Barrie indique que comme toutes les fées, Clochette est parfois gentille, parfois méchante et elle est tellement petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. Cependant, Clochette est apte à jouer des tours. Elle est fragile et sensible, se déplace très rapidement et, grâce à sa poudre, elle permet à Peter, aux enfants Darling et aux Garçons Perdus de voler. Par son côté espiègle et sa manière de voler, elle n’est pas sans rappeler Mercure aux pieds ailés. C’est certainement une fée Gémeaux.

La fée bleue est un être magique. Ravissante jeune femme blonde capable d’apparaître par enchantement depuis une étoile, c’est elle qui donne vie au pantin de bois Pinocchio, après le souhait de Geppetto le menuisier qui a construit la marionnette d’avoir un vrai petit garçon. Elle confie au grillon Jiminy Cricket  le soin d’être la conscience de Pinocchio et de le guider vers le droit chemin. Pinocchio doit en échange prouver qu’il est toujours brave, loyal, franc et obéissant. Cette belle et bonne fée n’est pas sans évoquer la douce et belle Vénus. Alors que Jiminy Cricket s’apparenterait à Saturne.

pinocchio-et-la-fee-bleue

Toutefois, avant d’être le célèbre film de Disney, Pinocchio est un personnage de fiction, héros d’un conte de fées moderne, chef-d’œuvre universel de la littérature enfantine :  » Le aventure di Pinocchio ». Storia di un burattino » (Les aventures de Pinocchio, Histoire d’un pantin), d’un certain Carlo Collodi. En fait, Collodi est un village de Toscane, entre Pistoia et Lucca, qui servit de pseudonyme à un journaliste et écrivain italien qui s’appelait en fait Carlo Lorenzini. Ce bourg tout en longueur se termine par la grande villa Garzoni, reconstruite en 1600 sur les ruines d’un château médiéval. Dans le parc, tout en terrasse, on peut voir un monument représentant Pinocchio et la Fée Bleue. La villa Garzoni et son jardin dominent toute la vallée. La mère de Carlo Lorenzini travaillait là. C’était la fille du fermier de la villa et l’on dit que c’est dans la cuisine que Carlo Lorenzini, dit Collodi, commença le récit des aventures du fameux pantin. Carlo Collodi vécut entre 1826 et 1890.

villa-garzoniVilla Garzoni – Collodi – Italie

C’est le conte de fées par excellence, immortel et universel, duquel ont été tirées une multitude de versions : littéraires, théâtrales, chorégraphiques, télévisées, cinématographiques et bandes dessinées, sans compter les centaines de traductions, de versions illustrées ainsi que les mises en musique et en chanson. Il faut revoir le très vieux film en noir et blanc « Les aventures de Pinocchio » de Luigi Comencini, avec le génial Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et la belle Gina Lollobrigida dans celui de la Fée Bleue.

On reconnait aux « Aventures de Pinocchio » une prérogative qui n’appartient qu’aux grands chefs-d’œuvre, celle d’être hors du temps. Pour les 100 ans de Pinocchio, en 1981, Italo Calvino écrivait ainsi : « Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio ». Les « Aventures de Pinocchio » a été le deuxième livre le plus vendu en Italie au XXe siècle avec le tirage de 9 à 10 millions d’exemplaires, juste derrière la Divine Comédie de Dante Alighieri  (11 à 12 millions d’exemplaires).

cendrillon-et-sa-marraine La fée marraine de Cendrillon est un personnage récurrent des contes : il s’agit d’une fée qui met ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou de sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle protecteur ou de mentor, comme on peut l’attendre d’une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l’esprit pour Riquet à la houppe, on pense tout de suite à Mercure ; grâce et beauté pour la Belle au Bois dormant… voici Vénus ; ou encore elle assiste et protège à l’adolescence d’un père abusif dans Peau d’Ane, ou d’une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles dans Cendrillon, ou d’un sort lancé par une méchante fée dans la Belle au bois dormant. On songe alors à quelques fées jupitériennes, bienveillantes et protectrices à l’image de Jupiter, d’autant qu’elles ont déjà un certain âge et représentent la maturité et la sagesse.

les-marraines-fees-de-la-belle-au-bois-dormant1

La Belle au Bois Dormant dans ce conte, elles sont sept fées à être conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée : « On donna pour marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pût trouver dans le Pays. Il s’en trouva sept. Ainsi chacune d’elle lui faisant un don, comme c’était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu’elle serait la plus belle du monde, celle d’après qu’elle aurait de l’esprit comme un Ange, la troisième qu’elle aurait une grâce admirable à tout ce qu’elle ferait, la quatrième qu’elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu’elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu’elle jouerait de toutes sortes d’instruments à la perfection ».

Les Frères Grimm dans leur adaptation du conte porteront à treize le nombre de fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

L’astrologue a tendance à penser que ces chiffres sont en rapport avec le zodiaque : les trois fées représentant les trois phases visibles de la Lune et les trois déesses lunaires : Artémis ou Diane, la jeune fille qui représente la Lune croissante, Séléné est la femme mûre ainsi que la Pleine Lune. Enfin, Hécate est la vieille femme, la Lune décroissante.

les-trois-phases-de-la-lune

Le chiffre 7 représente les sept astres visibles et que tout le monde connaissait jusqu’à au XVIIe siècle : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Saturne et Jupiter. Seulement ensuite apparaîtront Uranus, Neptune et Pluton. 

Quant au nombre 13, plusieurs hypothèses se profilent :

. La phobie du 13 qui pourrait provenir de l’Antiquité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Philippe II de Macédoine eût l’idée d’ajouter sa statue à celle des douze dieux. Malheureusement pour lui, il fut assassiné peu de temps après.

. Le 13 suit le nombre 12, nombre symbolisant accomplissement et cycle achevé et très symbolique dans la mythologie chrétienne où c’est un nombre « saint » et dans la tradition astrologique puisqu’il y a douze mois dans l’année, 12 heures le jour et 12 heures la nuit, douze signes du zodiaque, douze dieux dans l’Olympe, douze travaux d’Hercule, douze tribus d’Israël et douze apôtres accompagnant Jésus. Et puis, 12 ans c’est le cycle de Jupiter, le temps qu’il lui faut pour parcourir le zodiaque. Le nombre est divisible par 2, 3, 4 ou 6 alors que 13 n’est divisible que par 1 ou par lui-même seulement. Treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort, vers l’achèvement d’une puissance et d’un accomplissement.

. L’origine de la superstition du Vendredi 13 aurait pour origine une légende nordique. Vendredi était le nom de Frigga, la déesse de l’amour et de la fertilité. Lorsque les tribus nordiques et germaniques se convertirent au Christianisme, Frigga fut bannie et envoyée au sommet d’une montagne et considérée comme une sorcière. Depuis, chaque vendredi, la déesse pleine de rancune convoquerait onze sorcières et le diable, ce qui fait 13 en la comptant, pour comploter de mauvais tours à jouer au cours de la semaine suivante. Reste que, dans l’Antiquité, le vendredi était un jour consacré à la déesse de l’amour, qu’elle s’appelle Aphrodite, Vénus ou Frigga. Ce  jour était donc considéré comme le plus gai de la semaine.

frigga-filant-les-nuagesFrigga filant les nuages

Aujourd’hui encore le vendredi semble être un jour de chance pour certains peuples ou communautés religieuses. Enfin, selon certains biblistes, ce serait aussi un vendredi qu’Eve et Adam auraient croqué dans la pomme interdite, célébrant ainsi Vénus.

la-fee-dragee2Tchaïkovski nous offre, avec Casse-noisette, une très belle et très gentille Fée Dragée, dans un merveilleux ballet « la danse de la Fée Dragée ». La petite Clara, son frère Fritz, la Fée Dragée, les petites souris et les soldats de plomb continuent de nous émerveiller de génération en génération, initiant petits et grands au monde de la danse, bercés par la musique de Tchaïkovski. Le conte nous le devons à l’écrivain et compositeur allemand Ernst Theodor Wilhelm Hoffman (1776-1822). A voir ou à revoir, ne serait-ce que pour retomber en enfance l’espace d’une soirée.

la-fee-carabosse

La fée Carabosse est l’opposé des belles et bonnes fées, marraines des princesses de contes pour enfants sages. La fée Carabosse est très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue. Si son apparition dans les contes est rare, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse dans la Belle au Bois dormant.

La princesse Aurore naît sous de bons auspices. Ses parents sont roi et reine et ses marraines sont des fées. Elles sont au nombre de sept ou de douze, selon les versions, qui la comblent de dons. La fée Carabosse, fâchée de n’avoir pas été invitée, se présente à la surprise de tous et gâche la fête en lui lançant un mauvais sort. Celui-ci ne peut malheureusement être entièrement annulé par l’une des marraines mais il sera néanmoins atténué : la princesse se piquera bien le doigt à un fuseau à l’âge de 15 ans comme l’avait prédit Carabosse, mais la mort consécutive promise aussi par la méchante fée se commuera en un sommeil de 100 ans qui prendra fin le jour où le Prince arrivera jusqu’à elle et lui donnera un baiser. Malgré ses efforts, le roi reste impuissant à empêcher la réalisation de la malédiction. Il tente de faire interdire l’usage des fuseaux mais une vieille sourde, n’ayant pas entendu l’édit, garde le sien, responsable de l’accomplissement de la malédiction. Dans des versions plus anciennes, la vieille sourde est de bonne foi et agit par pure ignorance. Dans le ballet de Tchaïkovski, il s’agit de Carabosse elle-même, s’assurant ainsi que s’accompliront malédiction et vengeance.

la-belle-au-bois-dormant1

La Belle au Bois Dormant représentée par John William Waterhouse                                                                       

« On vit entrer une vieille Fée qu’on n’avait point priée parce qu’il y avait plus de cinquante ans qu’elle n’était sortie d’une tour et qu’on la croyait morte ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n’y eut pas moyen de lui donner un étui d’or massif, comme aux autres, parce que l’on n’en avait fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crut qu’on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents… Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d’un fuseau et qu’elle mourrait ». Charles Perrault

Toutefois, en faisant peser sa malédiction sur la petite fille au berceau, la Fée symbolisait par là la transmission continue et ancestrale des changements physiologiques qui interviennent à l’adolescence.

la-fee-de-la-belle-au-bois-dormant

 Quant au portrait de Carabosse, il évoque Saturne tant dans la description physique que de par le comportement. Toutefois, on peut aussi rapprocher Carabosse d’Eris qui, dans la mythologie grecque, est la déesse de la Discorde. Cette dernière non plus n’a pas été invitée aux noces de Thétis et Pélée. Pour s’en venger, elle jette une pomme d’or sur la table, au milieu des déesses, portant l’inscription « pour la plus belle ».

eris-deesse-de-la-discordeEris, déesse de la Discorde

Ce geste est à l’origine du déclenchement de la Guerre de Troie et de la mort d’Achille survenue malgré la précaution de sa mère, Thétis, pour le rendre invincible en le plongeant dans les eaux du Styx. Malheureusement, elle le tenait par le talon et cette partie du corps, restée vulnérable, fut touchée par une flèche de Pâris dont la main était guidée par Apollon.

Circé dans la mythologie grecque, c’est une magicienne très puissante, particulièrement versée dans les empoisonnements et les métamorphoses. Elle est la fille d’Hélios, le Soleil et de Perseis, une Océanide. Les grands poètes Homère, Hésiode et Cicéron la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière.

                                                                                           circe-offrant-la-coupe-a-ulysse1 

John William Waterhouse – Circé offrant le cycéon à Ulysse

Elle apparaît dans l’Odyssée. Elle habite dans une île, dans un palais situé au milieu d’une clairière, entourée de loups et de lions qu’elle a apprivoisés. C’est là qu’elle a recueilli et purifié Jason et Médée après le meurtre du père de Médée. Quand Ulysse et ses compagnons abordent l’île, vingt-deux d’entre eux, conduit par Euryloque, se laissent attirer jusqu’au palais par une voix harmonieuse. La magicienne les accueille et leur offre un breuvage composé de gruau d’orge, de miel et de lait caillé. Dès qu’ils ont bu, elle les transforme d’un coup de baguette en pourceaux. Euryloque, resté dehors, court avertir Ulysse, qui part à la recherche de Circé. Hermès lui apparaît alors sous la forme d’un beau jeune homme tenant un roseau d’or. Le dieu Hermès à la baguette d’or lui remet l’herbe « moly » et lui donne des conseils pour triompher de Circé. Quand il arrive chez la magicienne, celle-ci lui offre le cycéon, ce breuvage qu’ont absorbé ses compagnons, mais elle échoue à le transformer d’un coup de baguette. Ulysse tire son épée ; apeurée, Circé lui offre de partager son lit. Là encore, Ulysse, suivant les recommandations d’Hermès, demande à la magicienne de jurer par « le grand serment des bienheureux » qu’elle ne cherchera plus à lui faire de mal. Ceci fait, Ulysse et Circé s’unissent, puis elle rend aux compagnons leur apparence humaine. Elle aide enfin le héros et son équipage à préparer leur départ.

Le poète romain Denys de Milet fait de Circé plutôt la fille d’Eétès et d’Hécate, la déesse lunaire de la sorcellerie. Toujours selon lui, elle épouse le roi des Sarmates qu’elle empoisonne. Chassée une première fois par ses sujets, elle fuit dans une île déserte, ou selon d’autres, vers l’Italie où elle fonde Circeii, dans le Latium, entre Rome et Naples, ou l’on peut voir encore la grotte qu’elle habitait sur une plage, au pied du Monte Circeo. Elle s’y est d’ailleurs distinguée par de nombreuses actions malfaisantes, transformant Scylla en monstre, par pure jalousie, ou encore le roi Picus en pivert parce qu’il l’avait repoussée. 

monte-circeoMonte Circeo

Au Moyen Age, on la retrouve dans les légendes populaires d’Italie, mêlée à la figure d’Hérodiade, sous le nom d’Aradia, fille de Diane (la Lune) et de Lucifer (le diable). Pour l’astrologue, cette femme fatale évoque le Scorpion.

ampoule-electrique

La Fée Electricité est une peinture de Raoul Dufy. Commencée en avril 1936 et terminée en 1937, cette peinture fut réalisée pour le Pavillon de l’Electricité de l’Exposition Internationale, la plus grande peinture existant au monde sur un support indépendant : la Fée Electricité est d’une superficie de 624 m². La peinture est formée de 250 panneaux de contreplaqué de 2 mètres de haut sur 1,20 de largeur sur lesquels il peint avec une peinture à l’huile très légère, conçue par le chimiste Jacques Maroger, donnant une illusion de gouache et séchant très rapidement. Les personnages dessinés à l’encre de chine puis les couleurs sont replacées par-dessus.  Ce tableau a été longtemps le plus grand tableau du monde mais il a été détrôné depuis.

 « Mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », tel était l’objectif de la commande passée à Dufy par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité.

la-fee-electricite-raoul-dufy1La fée électricité – Raoul Dufy – Musée d’Art Moderne – Paris

En 1954, EDF en fait don à la ville de Paris. Cette peinture est aujourd’hui visible dans une salle du Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Soit dit en passant, l’électricité est vraiment une belle et bonne fée, l’interrupteur ayant remplacé la baguette. Pourtant, elle peut aussi passer pour une sorcière, trop présente la nuit dans le ciel des villes, elle nous empêche de voir les étoiles filantes… Quant à sa planète fétiche, c’est bien sûr du côté d’Uranus et du Verseau qu’il faut aller regarder.

baguette-magique1

Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Trésors des expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Le Français retrouvé – Editions Belin

 Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes – Vienne – Guide du Pays des Six Vallées

 Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

LEGUME OU FRUIT DU SOLEIL… LA POMME D’OR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 08-08-2009

Chez les Aztèques, c’était un « fruit charnu ». On l’appelait la « tomalt ». Elle était plutôt petite et jaune, très répandue au Mexique et au Pérou. C’est de là-bas que les conquistadors espagnols l’ont rapportée en Europe sous forme de petites graines, « la tomata ». Adoptée pour sa consommation dès le XVIIe siècle dans le sud de la France, la tomate a longtemps été, au nord de la Loire, considérée comme une plante d’ornement. C’est en 1790, pendant les fêtes de la Révolution, que les Marseillais l’ont fait goûter et découvrir aux Parisiens.

tomates

La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, « Historia natural y moral de las Indias », par Robert Regnault. Le mot « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou  » pomme d’or ». Le nom de la tomate figure dans les « mots sans frontières » recensés par Sergio Corrêa da Costa. On le retrouve en effet dans de nombreuses langues avec de faibles variations phonétiques et orthographiques. On a ainsi dans les langues européennes : tomato en anglais, tomate en allemand, espagnol, français et portugais, tomat en danois, norvégien, suédois et estonien, tomaat en néerlandais, à l’exception notable de l’italien, pomodoro. Quoiqu’il en soit la tomate, dont l’appartenance à la famille des Solanacées avait été reconnue par les botanistes de la Renaissance, a été classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum avec comme nom binomial Solanum lycopersicum.

tomates-cerises-oranges1

La tomate est donc bien un légume solaire, le légume du Soleil, le légume du plein été, lorsque le Soleil est le plus haut dans le ciel et où nous ressentons le mieux les bienfaits de ses rayons et de sa chaleur… Ne dit-on pas « rouge comme une tomate » quand on a pris un coup de soleil. On le dit aussi d’ailleurs quand on rougit de confusion.

Cependant, comme on vient de le voir, en Italie la tomate est appelée « pomodoro », la « pomme d’or » et cet or est une autre référence au soleil et au signe du Lion, qui correspond au milieu de l’été, signe dont on dit que le Soleil y est en domicile.  Cette pomme d’or invite à s’interroger : et si la tomate avait été connue des dieux grecs, bien avant que nous ne la découvrions chez les Aztèques. Et voilà ce mythe de la pomme de la discorde nous fait douter… Ce serait donc une tomate qui serait à l’origine de la guerre de Troie ?

Pâris était l’un des plus jeunes fils du roi Priam et de la reine Hécube, les souverains de Troie. Il avait pour frère Hector qui trouvera la mort durant la guerre de Troie et, pour sœur, Cassandre, la voyante que personne ne croyait. Un peu avant de le mettre au monde, sa mère, la reine Hécube, rêva qu’elle donnait naissance à une torche qui incendiait et détruisait toute la ville, ou bien qu’un monstre aux cent bras mettait la cité en ruine. Un devin, Aesacos, fils que Priam avait eu de la nymphe Alexirrhoé, ou bien une Sybille, avertit Priam que ce rêve était de mauvais augure et que l’enfant devait mourir ; Priam confia alors le nouveau-né à un berger, Agélaos, qui l’abandonna sur le Mont Ida. Mais cinq jours plus tard, le berger le retrouva toujours vivant, car une ourse l’avait nourri ; il eut pitié de l’enfant et l’éleva comme son propre fils. Pâris devint un jeune homme d’une beauté frappante et, le moment venu, il se réconcilia avec sa famille. En effet, Priam avait envoyé des serviteurs dans la montagne pour rapporter un taureau destiné à être le prix des jeux funèbres donnés par le roi. Le taureau choisi était l’animal favori de Pâris, et ce dernier suivit les serviteurs, bien décidé à prendre part aux jeux et à reconquérir l’animal. En effet, il remporta de si belles victoires qu’il excita la jalousie des fils de Priam et lorsque Deïphobe tira l’épée contre lui, il chercha refuge à l’autel de Zeus dans la cour du palais. Cassandre l’aperçut et reconnut en lui le fils que Priam avait perdu ; Pâris fut alors accueilli, et la vision de la reine Hécube oubliée. Auparavant, Pâris avait épousé une nymphe, Oenoné, fille du fleuve Cébren, et continua à vivre avec elle sur le Mont Ida, en gardant les troupeaux de son père avec ses camarades.

noces-de-thetis-et-de-pelee

Les Noces de Thétis et de Pelée par Cornelis Van Haarlem (1593)

C’est là qu’Hermès (Mercure), sur l’ordre de Zeus (Jupiter), conduisit Pâris auprès d’Héra (Junon), Athéna (Minerve) et Aphrodite (Vénus) qui se disputaient la pomme d’or lancée par Eris (la Discorde) lors des noces de Thétis et de Pélée : le fruit portait l’inscription « à la plus belle ». Chacune des trois déesses essaya d’acheter le beau juge : Héra lui offrit l’empire de la terre toute entière ; Athéna, la victoire dans tous les combats et Aphrodite lui offrit la plus belle femme du monde. Ce fut cette dernière proposition qui convainquit Pâris et il accorda le prix à Aphrodite. Dès lors la déesse le protégea et fit en sorte qu’il rencontre Hélène, épouse de Ménélas le roi de Sparte en Grèce.

paris-etles-trois-deesses

Le jugement de Pâris – Miniature

Priam, sans doute sous l’influence d’Aphrodite, envoya Pâris le représenter auprès du roi de Sparte. <peut-être Pâris déclara-t-il qu’il avait l’intention de ramener Hélène avec lui, car la jeune femme était célèbre pour sa beauté et avait été demandée en mariage par tous les jeunes princes de Grèce. On racontait aussi qu’Hélénos et Cassandre avaient prédit à ce moment-là que le départ de Pâris apporterait la ruine de Troie. Oenoné, la compagne de Pâris, sentant qu’il allait l’abandonner, lui demanda de revenir près d’elle sur le Mont Ida s’il était blessé, qu’elle le soignerait grâce à ses connaissances en médecine.

Lorsque Pâris arriva à Sparte, Ménélas l’accueillit avec hospitalité tandis que sa femme Hélène tombait éperdument amoureuse de lui. Neuf jours plus tard, Ménélas dut se rendre aux funérailles de son grand-père Catrée, en Crète, et Pâris s’enfuit avec Hélène, emportant avec lui les trésors magnifiques des coffres de Ménélas.

helene-et-paris

Hélène et Pâris – Musée du Louvre – DAVID (1788)

Les traditions diffèrent sur le temps que les deux amants mirent pour atteindre Troie. Quoi qu’il en soit,  quand il se fut révélé impossible de régler le différend par la voie diplomatique, une immense armée recrutée dans la plupart des royaumes et principautés de Grèce attaqua Troie sous le commandement suprême d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Notez au passage l’enchaînement des événements qui président à un destin et toujours à partir d’un fait qui semble bien anodin. Cette pomme d’or allait en effet être à l’origine d’une guerre longue et impitoyable et la chute de Troie.

Cette pomme d’or provenait du jardin des Hespérides, qui n’étaient pas encore ces résidences médicalisées pour personnes âgées dont on voit les publicités dans les journaux. Les Hespérides étaient les filles d’Atlas et d’Hespéris. Elles vivaient dans un jardin plein de pommes d’or mais dont l’entrée était gardée par un dragon. Héraclès (Hercule) triompha du dragon et s’empara du jardin avec toutes ces richesses. Le mythe évoque l’existence d’une sorte de Paradis, objet des désirs humains, et d’une possibilité d’immortalité, que symbolise les pommes d’or ; le dragon désigne les terribles difficultés d’accès à ce Paradis et Héraclès, le héros qui triomphe de tous les obstacles. L’ensemble est un des symboles de la lutte de l’homme pour parvenir à la spiritualisation qui lui assurera l’immortalité. Atlas, dit la légende, enseigna l’astronomie à Héraclès, le dragon donna son nom à une constellation et Héraclès fut identifié au Soleil. Maintenant, en ce qui concerne ces pommes d’or si le « pomodoro » italien évoque une tomate, il y en a qui affirme que la pomme d’or de la discorde provenant du jardin des Hespérides étaient une orange… Qui le saura jamais ?

Toutefois, on peut affirmer que le bonheur est dans la tomate… Savoureuse et pleine de qualités, très revitalisante, c’est une alliée de la minceur. Avec elle, on se sent bien. En effet, ce fruit-légume a des vertus thérapeutiques reconnues, comme nous l’ont confié nos grands-mères. Une compresse imbibée du jus d’une tomate fraîche soulage les piqûres d’insectes. Coupée en rondelles, une tomate peut aussi soigner un coup de soleil. Il semblerait que ceux qui en mangent beaucoup y soient moins sujets. Essayez-la aussi en masque sur les paupières pour calmer des yeux irrités.

De même la tomate est très bonne pour la peau, grâce à ses antioxydants : elle assainit et éclaircit le teint. Pour un bon nettoyage de peau, appliquez tous les trois ou quatre jours du jus de tomate ou de la pulpe de tomates fraîches sur le visage et les mains et rincez à l’eau. Tout comme la carotte, la tomate est très riche en lycopène, elle stimule le bronzage et l’effet bonne mine.

En Crète, la tomate est l’une des composantes de la fameuse diète méditerranéenne qui permet de vivre longtemps et en bonne santé. Dégustée crue, c’est en début de repas, ou comme coupe-faim, qu’elle est idéale. Très pauvre en calories, la tomate est très riche en eau, donc rafraîchissante et hydratante. Riche en vitamines C et en magnésium, on en mange à volonté pour chasser les toxines et la fatigue. Ses anti-oxydants contenus dans le lycopène font baisser les mauvaises graisses et l’hypertension.

Enfin, au jardin, le purin de tomate, obtenu par macération de feuilles et tiges dans l’eau, serait efficace pour prévenir ou éloigner certains insectes parasites, notamment les pucerons.

Avec son arôme, son odeur, sa fraîcheur en bouche, la tomate justifie le vieux dicton provençal : « C’est la sauce tomate qui fait la bonne viande ». Avec la tomate, le rouge est multiple. Dans la famille des tomates rouges classiques, les consommateurs préfèrent d’abord les biens rondes et les charnues très goûteuses, puis celle en grappes si proches de celles du jardin. Parmi les variétés les plus prisées, la grosse cœur de bœuf, charnue et ferme, plutôt acide et très parfumée. Elle est délicieuse, tout simplement revenue à la poêle ou crue, marinée à l’huile d’olive et au jus de citron.

tomates-anciennes1

Ludiques et raffinées, les grappes de petites tomates cerise avec leur léger goût sucré sont exquises à l’heure de l’apéritif ou en pique-nique. On peut aussi les confire ou les plonger dans un caramel croquant en mini pommes d’amour. Dès le mois de juin, la Marmande ronde, fruitée et généreuse, est idéalement équilibrée entre sucré et acide, chair et jus. Résultat : c’est la reine des tartares de tomates et des tomates farcies. Quant à la Roma, à la forme allongée, très ferme mais sucrée et peu juteuse, est encore meilleure à la cuisson, favorite de toutes les sauces italiennes, des soupes et des ratatouilles.

Comme officiellement il existe 14 000 variétés de tomates, il ne faut pas hésiter à goûter des raretés souvent hautes en couleurs, découvertes au hasard de petits maraîchers passionnés. Et revoilà les pommes d’or du jardin des Hespérides avec ces tomates jaunes, moelleuses et douces, les oranges juteuses et très fruitées, idéales pour les salades inventives . Pour les sauces et les potages, les tomates foncées, presque noires, ont une saveur riche avec un goût généreux et prononcé. Pour les vrais amateurs, les roses, délicates, subtilement aromatiques, s’expriment naturellement avec quelques cristaux de fleur de sel. Les zébrées se dégustent tout simplement crues, avec un filet d’huile d’olive. En fin de saison, on trouve les tomates vertes, charnues et sucrées, cuites en confitures, relevées d’une gousse de vanille et de citron.

Histoire de la tomate à travers les siècles

Elle fut introduite en Europe, au début du XVIe siècle par les Espagnols, d’abord en Espagne, puis en Italie, par Naples, alors possession de la couronne espagnole. Initialement considérée comme plante ornementale, elle est cultivée depuis le XVIIIe siècle pour son fruit, consommé comme légume. La première mention de la tomate dans la littérature européenne apparaît dans un ouvrage publié pour la première fois en 1544, les « Comentari » de Pietro Andrea Mattioli, botaniste et médecin italien, qui en donne une description sommaire au chapitre consacré aux mandragores et l’appelle « pomi d’oro » « mala aureo » : pomme d’or. La plante étant de la même famille que la belladone, ses fruits n’étaient pas considérés comme comestibles, mais utiles en médecine.

En Grande-Bretagne, John Gerard, botaniste et chirurgien anglais, fut le premier à cultiver la tomate dans les années 1590. Il représenta la plante qu’il considérait comme vénéneuse, y compris le fruit, dans son herbier « The Her all or General Historie of Plantes ». Son avis négatif prévalut en Grand-Bretagne et dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord pendant encore deux siècles.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs » : « Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grâce, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer ».

En France, à la fin du XVIIIe siècle, les qualités culinaires du fruit de la tomate sont mises en avant dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : « Le fruit de tomate étant mûr et d’un beau rouge, et il contient une pulpe fine, légère et très succulente, d’un goût aigrelet relevé et fort agréable, lorsque ce fruit est cuit dans le bouillon ou ans divers ragoûts. C’est ainsi qu’on le mange fort communément en Espagne et dans nos provinces méridionales, où on n’a jamais observé qu’il produisît de mauvais effets ». En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans « le Bon jardinier » en 1785. La diffusion de la tomate s’accéléra en France pendant la Révolution avec la montée des Provençaux à Paris pour la fête de la Fédération en 1790. Deux restaurants tenus par des Marseillais, les « Trois frères provençaux » et le « Bœuf à la mode » participèrent à la popularisation de la tomate dans la capitale.

Aux Etats-Unis, le président Jefferson qui avait séjourné en France de 1784 à 1789, fut au début du XIXe siècle un propagandiste de la tomate qu’il fit cultiver dans son domaine de Monticello en Virginie et entrer à la table présidentielle en 1806.

Les fêtes de la tomate

De nombreuses fêtes de la tomate sont organisées dans le monde, notamment aux États-Unis, en Europe et dans divers pays comme Israël, l’Argentine ou l’Australie. Ce sont souvent des « fêtes des plantes » axées sur la tomate et souvent d’autres légumes dans lesquelles sont présentées des fruits de nombreuses variétés, des concours des plus belles tomates, et qui sont l’occasion pour les passionnés d’échanger des semences ou de découvrir de nouvelles recettes.

En France, une « fête de la tomate et des légumes anciens » se tient depuis quelques années à la mi-septembre à Haverskerque (Nord). A Gunnedah (Nouvelles-Galles-du-Sud) en Australie, la « National Tomato Competition » organisée en janvier est un concours de la plus grosse tomate.

Celle qui est organisée chaque année en août à Buñol, commune espagnole de la province de Valence, la « Tomatina », se distingue par son caractère de bataille festive dans laquelle les seules munitions utilisées sont des tomates bien mûres. Une fête similaire, la « Gran Tomatina Colombiana », se déroule en Colombie dans la commune de Sutamarchán chaque année en juin depuis 2005.

la-tomatina-fete-de-la-tomate-en-espagne

La Tomitina en Espagne

La Tomate dans l’art

Pablo Picasso peignit en août 1944 une série de neuf tableaux représentant un plant de tomate sur le rebord d’une fenêtre. Réalisées dans l’appartement de son ancienne compagne, Marie-Thérèse Walter et de sa fille Maya à Paris, où le peintre s’était réfugié pendant les combats pour la Libération de la capitale, ces peintures sont, selon Jean Sutherland Boggs, « une métaphore pittoresque et décorative de la nécessité pour l’être humain de survivre et prospérer même sous les contraintes de la guerre ».

picasso-plant-de-tomates

Picasso – Pied de tomate

En 1962, Andy Warhol produisit une œuvre intitulée « Campbell’s Soup Cans », constituée d’une série de 32 tableaux représentant une série de boîtes de soupes rouge et blanche de la société Campbell, au premier desquelles la soupe de tomate.

Les formes arrondies de la tomate ont inspiré en 1971 au designer finlandais Eero Aarnio le dessin du « fauteuil tomate » (tomato chair).

Dans un registre humoristique, Alphonse Allais intitula en 1882 un tableau abstrait uniformément rouge « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge ».

andy-warhol-robe-sauce-tomate1

Andy Warhol – Robe sauce tomate

Symbolisme et tomates

Chez les Bambaras, peuple d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Guinée), la tomate est un symbole de fécondité, et les couples doivent en manger avant de s’unir. La tomate est l’emblème, fruit ou légume officiel, de plusieurs États américains :

  • Arkansas (fruit et légume officiel), il s’agit d’une variété à fruits roses, la « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato »,
  • Louisiane (légume officiel), variété Creole tomato,
  • New-Jersey (légume officiel),
  • Ohio (fruit officiel),
  • Tenessee (fruit officiel).

        ·      En outre, le jus de tomate est la boisson officielle de l’Ohio.

parti-socialiste-neerlandais1

Le parti socialiste néerlandais a adopté comme symbole une tomate rouge qui figure dans son logo.

 

Fruit ou Légume

D’un point de vue botanique, la tomate est indiscutablement un fruit, puisqu’elle dérive, y compris ses graines, de la transformation de l’ovaire d’une plante à fleurs. Cependant, d’un point de vue culinaire, elle n’a pas le même goût sucré que les fruits consommés comme tels, le plus souvent à la fin du repas, et est généralement servie, comme légume, dans des préparations salées, en entrée ou en salade, ou en accompagnement du plat principal. L’origine de la controverse vient du fait que les tomates sont traitées comme des fruits dans les pratiques de conserve domestique. Les tomates ont en effet une acidité suffisante pour être préparées à l’eau plutôt que dans un stérilisateur à vapeur comme c’est le cas pour les « légumes ».

Cette controverse a eu des implications légales aux États-Unis. En 1887, des droits de douane appliqués aux légumes mais pas aux fruits ont fait du statut de la tomate un sujet d’importance au regard de la loi. La Cour suprême des États-Unis mit fin à la controverse le 10 mai 1893 en déclarant que la tomate était un légume, selon la définition populaire qui classe les légumes, généralement servis au cours du repas et non au dessert, en fonction de leur utilisation. La décision s’applique seulement à l’interprétation du tarif douanier du 3 mars 1883 et la Cour ne prétend pas reclasser la tomate pour d’autres considérations que celles relatives au paiement de taxes douanières.

La tomate a été choisie comme légume-emblème officiel par l’État du New Jersey. L’Arkansas en revanche n’a pas tranché entre fruit et légume en faisant de la variété « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato » à la fois le fruit-emblème et le légume-emblème de l’État, dans une décision unique citant ses usages culinaires et la classification botanique. En 2006, la chambre des représentants de l’Ohio adopta une loi qui devait déclarer la tomate comme le fruit-emblème de l’État, mais elle ne fut pas ratifiée par le Sénat et il fallu attendre avril 2009 pour qu’une nouvelle loi fasse de la tomate le fruit officiel de l’Ohio. Le jus de tomate est depuis 1965 la boisson officielle de l’Ohio. A.W. Livingston, originaire de Reynoldsburg (Ohio), a joué un grand rôle dans la popularisation de la tomate vers la fin des années 1800.

Du fait de la définition scientifique du fruit, la tomate reste considérée comme un fruit aux États-Unis dès lors qu’il ne s’agit pas de questions douanières. Ce n’est d’ailleurs pas le seul fruit botanique consommé comme légume : l’aubergine, le concombre et les courges de toutes sortes partagent la même ambiguïté.

Tomates et records

L’immense pied de tomate qui pousse dans les serres expérimentales du parc Disney d’Orlando en Floride est probablement le plus grand du monde. La plante a été reconnue par le Livre Guinness des records pour sa production de 32 000 tomates d’un poids total de 522 kg. Elle produit des milliers de tomates en même temps sur un seul pied. Yong Huang, directeur de science agricole à Epcot, a découvert ce plant unique à Pékin (Chine). Huang en rapporta des graines à Epcot et fit construire une serre spécialisée. Les tomates, qui ont la taille d’une balle de golf, sont servies dans les restaurants du parc Disney. Les visiteurs peuvent voir ce pied de tomate record en empruntant le parcours en bateau Living with the Land du parc d’Epcot.

La plus grosse tomate jamais récoltée pesait 3,51 kg. Cette tomate de la variété ‘Delicious’ fut cueillie aux États-Unis en 1986 dans sa serre à Edmond (Oklahoma) par un certain Gordon Graham.

On qualifie plutôt la tomate de légume car c’est une plante potagère qu’on utilise en quantité généreuse dans des plats plutôt salés. Pourtant, du point de vue botanique, c’est un fruit. Sur la planète, elle tient une place de choix dans notre alimentation. C’‘est d’ailleurs l’un des légumes parmi les plus consommés en France. Avec près de 15 kg par personne et par an, elle arrive en seconde position derrière la pomme de terre. Si les consommateurs la dégustent crue, en salade ou à la croque au sel, et beaucoup en jus, ils l’apprécient tout autant quand elle est farcie, confite, en sauce ou simplement sautée à la poêle. Certains en font même des confitures.

fleur-de-tomate2

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant  – Collection Bouquin –  Editions Robert Laffont/Jupiter

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Editions Marabout

 

 Partager

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,