SORT… SORTILEGE… SORCIERE…

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 30-10-2009

Carl Gustav Jung considérait que les sorcières étaient une projection de l’anima masculine, c’est-à-dire l’aspect féminin primitif qui subsiste dans l’inconscient de l’homme : les sorcières matérialiseraient cette ombre haineuse, dont elles ne pouvaient guère se délivrer, et se revêtaient en même temps d’une redoutable puissance. 

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Pour les femmes, la sorcière est la version femelle du « bouc émissaire », sur lequel elles transfèrent les éléments obscurs de leurs pulsions. Mais cette projection est en réalité une participation secrète de la nature imaginaire des sorcières. Tant que ces forces sombres de l’inconscient ne sont pas assumées par la clarté de la connaissance, des sentiments et de l’action, la sorcière continue de vivre en nous. Fruit des refoulements, elle incarne les désirs, les craintes et les autres tendances de notre psyché qui sont incompatibles avec notre Moi, soit parce qu’ils sont trop infantiles, soit pour une toute autre raison. Jung a observé que l’Anima est souvent personnifiée par une sorcière ou une prêtresse, car les femmes ont plus de liens avec les forces obscures et les esprits. La sorcière est l’antithèse de l’image idéalisée de la femme.

Dans un autre sens, la sorcière a été considérée comme une dégradation voulue, sous l’influence de la prédication chrétienne, des prêtresses, des sibylles, des magiciennes druidiques. Elles furent déguisées de façon hideuse et diabolique, à l’encontre des initiées antiques qui reliaient le Visible à l’Invisible, l’humain et de divin ; mais l’inconscient suscita la fée, dont la sorcière, servante du diable, n’apparut plus que comme une caricature. Sorcière, fée, magicienne, créatures de l’inconscient, sont filles d’une longue histoire, enregistrée dans la psyché, et des transferts personnels d’une évolution entravée, que les légendes ont hypostasiées, habillées et animées en personnages hostiles.

La sorcière serait donc une prêtresse de l’église démoniaque, née en pays chrétien de la croyance en Satan, propagée par la doctrine pastorale. Aussi l’Eglise prit-elle au sérieux la sorcellerie comme une manifestation de Satan. La principale fonction de la sorcière, comme son nom l’indique, était de jeter des sorts sur les gens auxquels, pour une raison quelconque, elle voulait du mal. Elle appelait sur eux la malédiction de l’Enfer, comme le prêtre appelait la bénédiction du Ciel. Sur ce terrain, elle se trouvait en rivalité complète avec le monde ecclésiastique. Ou bien, par des pactes avec le diable, la sorcière procurait des biens matériels et des vengeances personnelles, en contradiction avec les lois de Dieu ; ou encore, elle s’adonnait à la divination par toutes sortes de procédés, à la recherche des secrets de la nature pour obtenir des pouvoirs magiques, et toujours en contradiction avec la loi chrétienne. La frontière entre la science et la magie passait surtout par la conscience morale, et nombre de saints, précurseurs de la recherche scientifique, furent pris selon les apparences pour des jeteurs de sorts.

LES SORCIERES A CHEVAL SUR UN RAYON DE LUNE

Les sorcières du Moyen Age se rencontraient à date fixe pour ce qu’elles appelaient des assemblées, ce que les non-initiés méprisaient sous le nom d’orgies. Ces rencontres furent ensuite appelées sabbats. Le terme « sabbat » pourrait venir de « sabbat », le samedi hébraïque, jour de repos des juifs. La tradition le fait aussi dériver de la reine de Saba, qui vécut vers le IXe siècle avant Jésus-Christ et eut des relations, d’affaires et d’amour, avec le roi Salomon d’Israël. Salomon était et reste pour les sorcières un modèle à suivre. Il se pourrait que cette dernière interprétation soit la meilleure car, comme le racontent les légendes et la Bible, la reine de Saba devint une apprentie sorcière auprès de Salomon avec pour objectif, à l’instar de tous les sorciers et sorcières pendant leurs réunions nocturnes, de rencontrer et de vénérer le Diable.

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 Piero Della Francesca – La Rencontre de Salomon et de la Reine de Saba        

     Eglise San Francesco – Arezzo – Toscane         

Un texte de la Bible veut que la Reine de Saba se soit rendue à la cour du Roi Salomon, apportant à Jérusalem de nombreux présents afin d’éprouver la sagesse de Salomon par des énigmes. Il trouva les réponses à toutes ses questions et l’impressionna beaucoup. Un récit raconte qu’il parvint à reconnaître l’unique fleur naturelle d’un bouquet de fleurs artificielles, remarquablement réalistes, en utilisant une abeille. Salomon la testa également, d’après le Coran, en la faisant entrer par une porte de son palais faite de verre et de marbre bleu. Le sol imitait si bien l’eau à cet endroit que la reine fut trompée et, pour passer l’eau factice, elle remonta sa robe, dévoilant ses jambes. Le Roi Salomon aurait ainsi voulu vérifier qu’elle n’avait pas, comme certains le prétendaient, des jambes de bouc ou d’âne.

Par ailleurs, l’Histoire abonde de documents sur ces rencontres qu’on appelait « sabbat ». Des peintres, des poètes, des écrivains y font référence, non seulement pour en avoir entendu parler, mais également, parfois, pour en avoir fait l’expérience. Les rencontres les plus célèbres se tenaient en Allemagne, dans la Forêt Noire, et sur le Blochksberg, et en France à Carnac.

Lorsqu’aujourd’hui nous lisons les comptes-rendus des sabbats, nous qui appartenons à une société qui nous a habitués à notre dose journalière de slogans et à toutes sortes de conditionnements, nous ne réunissons plus à nous émouvoir. Excepté les histoires fantastiques où les sorcières volent, à cheval sur des balais et des rayons de lune, nous ne trouvons dans ces récits que des personnes malheureuses, avides d’orgies et d’obscénités, ou des contestatrices carnavalesques qui adoraient des chèvres. Les participants du sabbat avaient en effet l’habitude d’adorer, voire de sacrifier, un bouc ; ils considéraient cet animal comme l’incarnation terrestre du diable.

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               Goya – Le Sabbat des Sorcières  - Museo Làzaro Galdiano – Madrid             

Le mot « sorcière » dérive du latin vulgaire « sortirius » qui signifie « diseur de sorts » et du latin classique « sors, sortis » qui désigne d’abord un procédé de divination, mais également « destinée » et « sort ». Le mot qui les désigne en allemand est « Hexe », dérivé du grec ancien « aix », la chèvre, une référence au monde pastoral. En espagnol, elle devient « Bruja », dérivé d’un terme ibère « bruixa », et même du galicien « bruxa ». Le mot anglais « witch » a des origines plus controversées mais paraît bien provenir de « wik » d’origine aussi bien celte que germanique. La sorcière était appelée en grec « stryx », en latin « striga » d’où dérive le vocable médiéval « stria », qui a donné en italien « strega ». Notez que le mot « strix » désignait en latin le hibou, un oiseau qui avait chez nos ancêtres la triste réputation de sucer le sang des bébés dans leur berceau. Ce mot correspond chez nous à l’effraie, oiseau de nuit, ainsi nommée à cause de son cri strident.

Les striges, les sorcières, sont très présentes dans la littérature antique. Elles figuraient déjà dans la littérature de l’empire Romain et semblaient se référer à une très ancienne croyance populaire, mais les auteurs restent très imprécis sur leur origine. Un poète, Stace, écrivait d’ailleurs ceci : « De sinistres créatures volent, des êtres maléfiques crient dans les nuées, les Striges nocturnes gémissent ».

les-stryges1Les Striges

Ensuite, c’est Ovide qui en parle au livre IV des Fastes et il écrit : « Il existe des oiseaux voraces, à la tête énorme, aux yeux fixes, au bec aiguisé pour la rapine : leurs plumes sont blanches et leurs serres crochues. On dit qu’ils déchirent les entrailles de ceux qui ne se sont encore nourris que de lait et qu’ils aiment à s’enivrer de leur sang. On les nomme stryges à cause du cri sinistre dont ils épouvantent la nuit ».

Les auteurs antiques sont nombreux à décrire ces striges et tous en parlent de façon similaire : il s’agirait d’un être chimérique ailé, mi-femme, mi-oiseau, avide de chair fraîche. Cette description des striges est très certainement influencée par les divers monstres de la mythologie grecque. Il est amusant de noter que le mot « strige » servi également d’injure chez les Romains. A ce propos, Pline l’Ancien mentionnait dans son Histoire Naturelle : « Strige est une injure déjà ancienne, mais je ne puis déterminer quel est cet oiseau ».

lamia-par-john-waterhouse                                                       Lamia par John William Waterhouse                                                                                                                                    

Les striges sont très souvent apparentées, voire confondues, avec d’autres divinités de la mythologie. Dans la mythologie grecque, parmi les nombreuses de Zeus, il y eut aussi Lamia qui lui donna beaucoup d’enfants. Héra, l’épouse en titre de Zeus, fit périr tous les enfants de Lamia. Par vengeance, Lamia se transforma en monstre se nourrissant de chair fraîche d’hommes et d’enfants. D’ailleurs, chez les Anciens, le personnage de Lamia servait de croque-mitaine pour effrayer les enfants.

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Empousa par Herbert Draper

Empousa, était la fille de la déesse Hécate. Elle effrayait les voyageurs par ses injures et se nourrissait, elle aussi, de chair humaine. Elle pouvait prendre diverses formes pour séduire les hommes la nuit et sucer leur sang, et notamment celle d’une belle jeune femme. Ensuite, elle pouvait se transformer en mulet, ou en bœuf, ou même en chien. Elle avait une jambe d’airain et l’autre était celle d’un âne.

On retrouve chez ces deux représentations de femmes, des similitudes avec la Strige. Comme la Strige, elles se nourrissent de sang et de chair humaine, en particulier celui des nourrissons. Toutefois à la différence de celles-ci, la Strige est souvent représentée comme une vieille femme alors que Lamia et Empousa, quand elles ont forme humaine, sont deux très belles femmes… comme les sirènes.

D’ailleurs, à l’origine, la sirène a deux représentations. Celle d’un être mi-femme mi poisson et celui d’un être mi-femme mi-oiseau, comme son amie la Strige. Ce n’est que vers le Moyen Age qu’elles prirent définitivement l’apparence qu’on leur connaît à présent. On peut voir dans le chant des sirènes qui attirent Ulysse pour le perdre, une relation avec le cri strident des Striges qui anéantit l’homme. Comme ses consœurs, la sirène est ange de la mort se délectant de la mort de l’homme.

La Strige boit le sang des nourrissons. Lamia goûte la chair du nourrisson et de l’homme. Empousa boit le sang des hommes et les sirènes consomment le corps des hommes.

Pourquoi la strige devient-elle sorcière ? Sans doute à cause de sa représentation physique. La Strige apparaît souvent comme une vieille femme. Doit-on faire un parallèle entre son goût du sang des nourrissons et sa décrépitude physique ? En effet, elle y verrait une source de jouvence pouvant lui redonner beauté et donc sexualité. Or, sous quelle forme sont représentées les sorcières en général ? Sous les traits d’une femme flétrie pouvant se transformer en femme désirable grâce à de nombreux sortilèges.

QUELQUES SORCIERES CELEBRES

-      La Theuggia

C’est sans doute la plus connue des fées déchues. Il faut savoir que seuls les dieux et la reine des fées ont le droit de déchoir une fée afin de la bannir de la noble cour. Pour être déchue, il faut que cette fée ait commis de bien tristes vilénies considérées comme un crime, ou qu’elle se soit adonnée à quelques sorcelleries, ou bien encore qu’elle ait par amour révélé de grands secrets à l’homme, mettant ainsi en péril l’existence même des fées. Il faut bien comprendre les lois du royaume des fées. Ce qui peut sembler anodin à un simple mortel peut se révéler fatal chez les fées. Si couper une haie nous paraît naturel, pour les fées il s’agit d’un assassinat. Bien sûr si certaines créatures fantastiques n’ont pas mérité une telle punition, comme la petite sirène, la plupart du temps les fées déchues ont mérité leur sort. Ici bas comme dans l’autre monde, rien n’arrive par hasard. 

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On reconnaît la Theuggia à son aspect physique. Son visage et son corps sont partagés en deux. Le côté droit est jeune et avenant, tandis que le gauche est décrépit et repoussant   . D’un côté son œil est en amande, sa bouche pulpeuse et ses cheveux noirs, tandis que de l’autre l’œil louche, la bouche est tordue et sa chevelure est devenue blanche. Le côté droit de son corps est ferme et sensuel, alors que le côté gauche est flasque et décharné. Il en va de même de sa tenue qui est scindée en deux : un côté en haillons, l’autre portant un costume d’apparat. Seul son esprit malfaisant est d’un seul tenant.

Aigrie et rongée par le vice, la Theuggia est assoiffée de vengeance tout en buvant plus que de raison. Bien que tous ses pouvoirs lui aient été retirés, elle a gardé une très grande force musculaire. De plus, elle se complaît dans sa déchéance.

Les fées déchues sont des créatures à la fois repoussées par les siens et chassées par les hommes.

La plus célèbre des Theuggia vivait en Val d’Aoste, embusquée au fond de sa caverne, entourée d’orchons. Les orchons, tout comme elle, étaient malfaisants. C’étaient des enfants velus et méchants. Bien que lubrique, la Theuggia ignore la provenance de ses orchons qu’elle chérit pourtant par-dessus tout. Cette Theuggia italienne fut vaincu grâce au stratagème d’une vieille femme qui suggéra de donner, aux orchons qui mendiaient, du pain et du fenouil. Comme chacun sait, le fenouil est une plante consacrée qui s’avère fatale aux êtres malfaisants. Empoisonnés par le fenouil, les orchons moururent. Restée seule, la Theuggia s’en alla pleurer auprès des autres Theuggia de la montagne et elles partirent toutes du jour au lendemain. Elles se cacheraient donc sous des dolmens, des menhirs, dans les grottes des montagnes, ainsi que dans les mines désaffectées et autres carrières.

-      La Befana   

Autrefois, on l’appelait « Stria », c’est-à-dire mégère ou sorcière. Elle était attendue avec anxiété par les enfants qui, en ces temps-là, ne recevaient que de modestes cadeaux. Afin qu’elle restât le plus longtemps possible, on réchauffait la pièce où la vieille sorcière devait arriver en empruntant cheminée. Ensuite, on mettait sur la table différents mets, ainsi que des fruits et un peu de vin. On n’oubliait pas non plus de mettre du foin sur le seuil de la maison pour son âne. On s’empressait d’achever le ménage de crainte que la Vieille ne vienne tout déranger. Dans la cheminée, on pendait de vielles chaussettes où la Stria pouvait déposer ses présents.  

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La sorcière offrait la couronne, sorte de chapelet dont les grains étaient des châtaignes cuites, des pommes et des oranges. Ces fruits étaient enfilés sur une ficelle : les châtaignes, groupées par dix, étaient les « Ave Maria », les pommes les « Pater Noster ». Au fond on trouvait des bonbons et une orange finissait le rosaire.

Les garçons des villages allaient dans la forêt chercher du bois de rouvre, des « visoni », c’est-à-dire des flèches sèches de houblon, des souches qui brûlaient facilement et ils rangeaient tout ce bois en tas dans la cour, dans l’attente d’exécuter la vieille sorcière.

La nuit des Rois, la nuit de l’Epiphanie, parmi les chants, les cris et les pleurs des enfants, on brûlait la vieille sorcière, sorte de pantin de paille, vêtu de guenilles, lié à un poteau au-dessus du feu, dans la cour. On attendait alors, en mangeant et en plaisantant, que le feu vengeur finisse de brûler les cendres de la Vieille. Dans chaque hameau on pouvait voir de grands feux qui illuminaient vallées et montagnes, éclairaient le ciel qui, peu à peu s’obscurcissait au fur et à mesure que les feux s’éteignaient.

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En italien, « Befana » est à la fois le nom de la fête de l’Epiphanie et le nom de la sorcière. On dit qu’on peut toujours l’apercevoir sur son balais dans la nuit du 5 au 6 janvier, toute de noir vêtue, les souliers élimés et percés, portant un énorme sac sur le dos. Elle apporte des friandises aux enfants sages et… des morceaux de charbon aux autres.

urbania1URBANIA – MARCHE – ITALIA

Savez-vous qu’on peut encore en ce XXIe siècle rencontrer la Befana. En effet, elle habite une petite maison à Urbania, une délicieuse petite ville d’Italie centrale, dans la province d’Urbino-Pesaro de la Région des Marche. Ici, on la célèbre et on lui fait la fête chaque année entre le 2 et le 6 janvier, l’Epiphanie clôturant cette semaine des Sorcières.

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-      La Baba-Yaga

Cette sorcière qui vit dans la forêt est un personnage de la mythologie slave. Elle apparaît dans de nombreux contes russes, bulgares et polonais.  C’est une sorcière qui se déplace dans un mortier, avançant à l’aide d’un pilon, effaçant ses traces à l’aide d’un balai. Elle habite dans une maison perchée sur des pattes de poulet au fin fond d’une forêt. Cette maison peut donc tourner. Une des jambes de la Baba-Yaga est entièrement en os. C’est une ogresse qui dévore les gens, surtout les enfants, en les mettant dans son four, à l’aide d’une pelle. La clôture autour de sa maison est faite d’ossements humains et les crânes servent d’éclairage. Le portail est fermé par des mains et une bouche pleine de dents acérées sert de cadenas. La Baba-Yaga a une mauvaise vue, mais elle est pourvue d’énormes seins qu’elle jette sur ses épaules de sorte qu’ils pendent dans son dos. Les animaux de la forêt obéissent à Baba-Yaga.  

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Baba-Yaga a du savoir vivre. Elle ne dévore pas les gens tout de suite. Si quelqu’un vient lui rendre visite, elle offre un repas et un bain et demande ce qui vous amène. Parfois, elle aide même certains en donnant des renseignements utiles ou un objet magique.

En Bulgarie, Baba Yaga est un personnage très utilisé par les adultes pour faire peur aux enfants qui ne sont pas sages.

Le mythe de Baba-Yaga est cité dans bien des œuvres et adapté pour s’insérer dans leur interprétation du surnaturel, comme la légende de Vassilissa dans l’œuvre de Clarissa Pinkola Estés « Femmes qui courent avec les loups ». Dans sa version plus traditionnelle, on peut lire le conte de la Baba Yaga de Afanassiev, dans l’ouvrage intitulé « Contes de sorcières et d’ogresses ». Cette histoire présente une fillette qui réussira à déjouer la Baba-Yaga et ses serviteurs à l’aide d’un ruban, d’un peu d’huile, d’un morceau de pain et d’un morceau de jambon…

Dans un poème musical pour piano « Tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgski, version orchestrée par Maurice Ravel, l’un des tableaux s’intitule « La Cabane sur les pattes de poules ».

Autre sorcière de la mythologie slave, la Jezibaba qui apparaît dans la Roussalka, l’opéra d’Antonin Dvoràk et dans les films de Hayao Miyazaki. C’est également une sorcière de la forêt.

-      La Dame Cygne

On peut, dit-on, la rencontrer aussi bien sur un lac irlandais que sur les bords du Rhin ou du Danube. Elle serait de taille moyenne, très gracieuse et sa peau serait aussi blanche et parfumée que le lys. Elle s’habille de plumes immaculées et porte des chaînes d’argent ou d’or rouge, des colliers ou des couronnes. La Dame Cygne est plutôt frugale dans ses habitudes alimentaires puisqu’elle se contenterait de lentilles d’eau et de rupelles des pâturages, des étangs et des rivières. Elle aurait un caractère particulièrement doux. Elle serait sage et patiente, mais deviendrait particulièrement dangereuse si on la menace et son pouvoir magique serait immense.  

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Des légendes racontent que la Dame Cygne et ses compagnes auraient créé la voie lactée, les papillons blancs des marécages, les fleurs de nénuphars, la neige et les nuages. Elles pondraient même des pierres de lune, feraient chanter les alouettes des marais et protègeraient les albinos. En quelque sorte la Dame Cygne est une sorcière lunaire.

-      La Dame Rouge

C’est une fée d’une irrésistible beauté, plutôt grande, les yeux brillants au regard velouté. Elle a une peau si blanche que le bleu de ses veines ressort. Afin de conserver intacte sa beauté, elle se réfugie, dit-on, dans une chambre glaciale d’un manoir inaccessible. Elle s’habille avec beaucoup d’élégance d’une longue robe de cour noir et rouge, avec une collerette en calice qui encadre parfaitement son visage.

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Le chemin de la Dame Rouge de Gaasbeek

Pourtant, la Dame Rouge est un monstre de perversité, une ogresse insatiable, dérobant les enfants pour les dévorer. De même, elle obligerait ses amants d’une nuit à se soumettre aux plus démoniaques débauches. Elle les capturerait en ouvrant son manteau écarlate, offrant ainsi à leur vue un corps que nulle autre fée n’aurait et ne pourrait égaler, non seulement à cause de sa beauté parfaite, mais par le sortilège érotique qui émane d’elle. La Dame Rouge redoute pourtant de se voir dans les miroirs et ne supporte la vue de son image que dans le reflet des eaux corrompues.

-      La fée Carabosse

Elle était très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue, mais vraiment très bossue. Si son apparition est rare dans les contes, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse Aurore, héroïne de la Belle au Bois Dormant. La version la plus ancienne du conte qui nous soit parvenue est celle de « Le Soleil, la Lune et Thalie », extraite du « Pentamrone » de Giambattista Basile. Il n’y est cependant pas question de méchante marraine. Si le destin de Thalie est bien prophétisé, il ne résulte pas d’un sort qui lui est jeté.  

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Dans les deux versions postérieures du conte, qui restent les plus connues, la fée Carabosse n’apparaît pas en tant que telle :

. Dans sa version, Charles Perrault ajoute le personnage de la méchante marraine, mais elle est présentée comme une « vieille fée », sans précision sur son nom.

. Dans l’adaptation des Frères Grimm, elle devient la « treizième fée » par opposition aux onze premières qui offrent à la princesse des dons merveilleux et à la douzième qui intervient en dernier ressors pour atténuer la malédiction.

-      La Sorcière d’Hansel et Gretel

Hansel et sa sœur Gretel sont les enfants d’un pauvre bûcheron. Craignant la famine, l’épouse du bûcheron, leur mère, convainc son mari de perdre les enfants dans la forêt. Ceux-ci entendent son plan et recueillant de petits cailloux blancs marquent le chemin depuis chez eux. Ainsi la tentative de les perdre échoue. Toutefois la mère pousse le père à recommencer et cette fois les enfants n’ont que des morceaux de pain à jeter derrière eux. Une fois abandonnés en pleine forêt, ils réalisent que le pain a été mangé par les oiseaux. Errant dans la forêt, ils trouvent une maison de pain d’épices avec des fenêtres en sucre qu’ils commencent à manger.  

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L’habitante de la maison, une vieille femme, les invite et prépare un festin. Cependant cette vieille femme est une sorcière qui a construit la maison pour attirer les enfants afin de les manger. Elle enferme Hansel dans une cage et fait de Gretel sa servante. Gretel doit cuisiner afin d’engraisser son frère Hansel et chaque jour la sorcière vérifie s’il est suffisamment gras pour être mangé. Comme elle est à moitié aveugle, elle demande à Hansel de lui donner son doigt et celui-ci à la place lui tend un os. La sorcière a ainsi l’impression qu’Hansel ne grossit pas et les enfants gagnent ainsi du temps. Mais un jour, folle de rage, elle n’a plus la patience d’attendre et décide de manger Hansel.

Alors qu’elle se prépare à cuire Hansel, la sorcière demande à Gretel de regarder dans le four pour voir s’il est prêt. Gretel prétexte qu’elle est trop petite et la sorcière doit vérifier par elle-même. Alors qu’elle se penche dans le four, Gretel la pousse et referme la porte derrière elle. La sorcière meurt carbonisée. Gretel délivre Hansel et s’emparant de tout ce que contient la maison de la sorcière, ils regagnent le domicile de leurs parents.

Ce conte des Frères Grimm était destiné aux lecteurs de la classe moyenne du XIXe siècle. L’original était pourtant une description de la dureté de la vie au Moyen Age. L’infanticide était alors, selon les idées historiographiques de l’époque, une pratique courante et en période de disette il était donc habituel d’abandonner les enfants dans les bois et de les laisser mourir.

-      Diana

C’est une fée qui vit en Espagne, dans un jardin magnifique, au fond d’une grotte. Elle a des cheveux blonds, sa peau douce est parfumée. Elle se nourrit de mets fins et épicés au safran. Cependant, elle se transforme parfois en mégère hideuse, ou même en serpent, pour éprouver les gens à qui elle réclame un baiser « donné sans dégoût ». Elle aussi on l’accuse de voler les enfants. Pourtant, Diana serait une fée bienfaisante, bienveillante et généreuse envers les hommes dont elle s’efforcerait de racheter la faute originelle. Ainsi, elle s’active pour surveiller les berceaux, protéger la paix des foyers, les cultures et le cycle des saisons. Elle guérit aussi les malades, aide les pauvres, récompense les personnes de bien, se chargeant également de punir les autres. Lorsque les hommes meurent, on dit en Espagne, qu’elle les conduirait au tombeau et veillerait durant trois jours pour en chasser les démons avides de chair morte.

-     La Caillac Bheur

Elle habite une grotte ouverte à tous les vents en Grande Bretagne. Elle serait très grande, 1 m 73 pour être précis, mais horriblement maigre, avec des os saillants et pointus. Son visage est décharné, bleu de froid. Il exprime un rictus d’épouvante impressionnant. Elle a les mains noueuses et griffues et boite, suite à une chute malencontreuse. Son habillement ne serait pas plus agréable que son physique car elle porte une longue robe noire en haillons, un châle gris sur la tête et un tablier déchiré dont la poche est pleine de grêlons.

La Caillac Bheur est cannibale et pour se reposer s’assied sur un tas d’os humains. Cependant son activité principale la fait protectrice de la faune de la montagne : cerfs, daims, boucs, chèvres sauvages et même les loups. Elle les rassemble et les mène paître pour les dérober à la vue des chasseurs.

-      La Vouivre

Dans une très ancienne légende de Franche-Comté, la Vouivre apparaît sous les traits d’une superbe sauvageonne portant sur la tête un diadème avec un énorme rubis, objet de convoitise dans toute la région. Cependant, la Vouivre est toujours accompagnée d’une armée de serpents invisibles qui surgissent au moment où on s’avise de dérober le bijou et qui mettent le voleur en pièces.  

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Arsène Muselier la découvre au moment où il fauche un de ses prés. La Vouivre se baigne toute nue, laissant ses bijoux et vêtements sur le bord de la rivière. Arsène voit le rubis, mais il est davantage tenté par la baigneuse, ce qui séduit la Vouivre, plus habituée à être poursuivie pour ses richesses que pour sa beauté. Du coup, la Vouivre pourchasse Arsène partout où elle peut. Au marché de Dole, il la retrouve habillée en citadine élégante, et elle vient le provoquer jusque dans ses travaux des champs. Cependant, Arsène est un paysan prudent, à la fois réaliste et tendre, il est déjà amoureux d’une fille du pays, Juliette. Contrairement au fils Beuillat, un bon rien revenu de la ville sans gloire et sans argent, il ne cherche jamais à s’approprier le rubis. Il affrontera pourtant l’armée de serpents pour tenter de sauver une gamine du pays, la petite Belete, au moment où Eugène Beuillat déclenche un tourbillon de reptiles par sa maladresse.

En Franche-Comté, la Vouivre est un animal fabuleux, sorte de grand serpent aux ailes de chauve-souris, qui a la particularité, lorsqu’elle se baigne, de déposer sur le rivage la pierre précieuse qu’elle porte habituellement au front.

Cette histoire réelle et fantastique est un célèbre roman de Marcel Aymé : « ouvrage bucolique où la fusion s’accomplit du féérique avec le réalisme. L’histoire de cette fée aux serpents, éternellement jeune, désirable et stérile, c’est le Jura de Marcel Aymé », écrivit Roger Nimier.

-      La Fausserole

Elle fut chassée du monde des fées pour sa perversité. Elle était pourtant bien plus intelligente que la plupart de ses consœurs. Sous une apparence douce, vêtue de blanc et de jupons, elle arrive un jour dans un village, y loue une maison qu’elle astique avec entrain. Elle rend service aux personnes âgées, invite les femmes les plus distinguées pour prendre le thé et passe ainsi aux yeux de tous pour la plus gentille et la plus charmante des voisines.

Une jeune femme si douce devait, selon les villageois, trouver un mari honnête et travailleur. Ils lui en trouvèrent un qui ne fit malheureusement pas long feu. Elle le tua. La Fausserole tue les époux. Puis, en veuve éplorée, elle quitte le village afin de fuir les lieux de son malheur et part pour un autre village. Pourtant, elle finit par être démasquée. Elle avait trouvé pour mari un homme grand et fort, mais analphabète. Sur le registre de mariage, lorsqu’il dut signer, à la place de son nom, il traça une croix rouge. A la vue de la Sainte Croix, la Fausserole poussa des hurlements terribles et disparut par la fenêtre.

-      La Valkyrie

Elle vivrait dans le Walhalla, c’est-à-dire dans le domaine d’Odin, dieu scandinave de la guerre, séjour des héros morts au combat. Elle serait une fée éternellement belle et jeune, gracieuse comme un cygne, dont elle emprunterait l’apparence parfois.

Elle est d’une taille et d’une stature impressionnantes qui se révèleraient au combat. Le plus souvent, elle s’habille de voiles courts et transparents maintenus par une ceinture d’or, mettant en valeur ses charmes certains. Cependant, quand elle part en guerre, elle revêt une cuirasse d’airain, une jupette en mailles d’acier, des jambières et des épaulières finement ciselées. Sur ses cheveux blonds nattés, elle porte un casque. On dit qu’elle aime manger du ragout d’ours, du sanglier rôti arrosé de cervoise et d’hydromel. En fait, elle serait douce, sensible, aimante, aussi douée pour le chant que pour l’art du combat.

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Dans l’art moderne les Valkyries sont parfois décrites comme étant de belles vierges montant des Pégases, ornées de casques et armées de lances. Cependant, le cheval de la Valkyrie était un kenning de loup, donc contrairement aux stéréotypes, elles ne montaient pas de Pégase. Leurs montures étaient plutôt des hordes de loups qui traînaient au milieu des corps de guerriers morts. Ces loups étaient de macabres combattants. Tandis que le loup est la monture de la Valkyrie, celle-ci semble être apparentée au corbeau, animal apparaissant fréquemment dans la mythologie nordique, notamment Hugin et Munin, deux corbeaux perchés sur les épaules d’Odin, volant au-dessus des champs de batailles et choisissant des corps. Les hordes de loups et de corbeaux ayant ainsi nettoyé les lendemains de batailles pourraient avoir été là pour servir de plus grandes causes. L’origine des Valkyries en général n’est pas rapportée comme existante, mais plusieurs Valkyries connues semblent avoir des parents mortels.

DEUX VILLAGES DE SORCIERES EN FRANCE

-      Saint –Pée-sur-Nivelle

C’est un charmant village situé à côté de Bayonne qui fut, dans les temps anciens, surnommé « la terreur des sorcières ».

En 1609, le château de Saint-Pée-sur-Nivelle fut le théâtre sanglant des agissements sordides du bien nommé Pierre de Lancre, chasseur de sorcières. Pierre de Lancre était né à Bordeaux en 1553. Après des études de droit et de théologie en France, puis en Bohème et à Turin, il devint le 3 août 1582, Conseiller au Parlement de Bordeaux. En 1588, il épousait la petite-nièce de Montaigne. Et c’est en 1609 que le conseiller de Lancre intervint au Pays Basque, à la tête de la commission d’enquête demandée par Henri IV.

 

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Château des Sorcières à Saint-Pée-sur-Nivelle – Pays Basque 

 

Cette commission devait purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons, des guérisseuses et des cartomanciennes. Vaste programme pour un homme peu compatissant. Il ne faut pas oublier que la région basque vivait beaucoup à l’époque de la pêche. Et donc cette région était peuplée de marins et surtout de leurs femmes réputées pour leurs soi-disant mœurs légères. C’était donc un vivier de femmes seules censées courir le sabbat afin d’assouvir leurs pulsions. C’est donc dans le château de Saint-Pée-sur-Nivelle que ce triste sire introduisit plus de 600 procès pour sorcellerie. Des femmes, mais aussi des enfants et des prêtres furent torturés puis brûlés. Pour cette besogne, il fût aidé par une toute jeune fille de 17 ans qui était experte à trouver « la marque du diable ».

De retour de mer, les marins prirent fait et cause pour les malheureuses accusées encore vivantes. Aussi, craignant une insurrection, le parlement de Bordeaux rappela Pierre de Lancre.

  -      Mâlain ,  petite ville de Bourgogne, haut lieu de la sorcellerie

Mâlain porte bien son nom puisque ce village fut considéré comme un ancien lieu de la pratique de sorcellerie noire en France. En effet, on y raconte l’histoire d’une jeune femme qui, un soir, aurait été emmenée par un homme en rouge, jusqu’à une crevasse réputée pour avoir été appelée « La crevasse du Diable » et qui mènerait jusqu’aux enfers. Aussi, le château de Mâlain, aujourd’hui en ruine, est-il lui-même considéré comme maudit car construit au-dessus de cette « crevasse du Diable ».

Loin des fables ancestrales, si Mâlain fête de nos jours ses sorcières, c’est qu’en 1644 le procès que firent les villageois à quelques femmes et hommes, est de triste mémoire. A Mâlain, tout commence déjà par une légende qu’on raconte depuis la nuit des temps.

Cérès, déesse antique de la fertilité, cherchait désespérément sa fille disparue depuis des lunes et des lunes. Au hasard de ses pérégrinations, son chemin croisa celui d’Aloîs, un enfant du pays, à la grâce et au charme troublant. Celui-ci, connaissant la région comme personne, entraîna Cérès jusqu’à l’entrée d’une cavité située sous la colline de Mâlain.

                   « Voici l’entrée de l’enfer, où Pluton a enfermé ta fille » avoua-t-il à Cérès.

C’est ce que la mémoire populaire retint de cette légende antique. L’antre du démon était situé sous la colline de Mâlain, là où se trouve le château maintenant. De nos jours encore, on nomme cette cavité « le trou du diable ».

chateau-de-malain-bourgogne     Château de Mâlain – Côte-d’Or – Bourgogne

Cependant, au Moyen Age curieusement, cette légende ne semble pas effrayer les bergers qui font de cette cavité une bergerie aménagée. L’année 1640 est particulièrement ardue pour les habitants de Mâlain. Pluies, gelées et grêles viennent à bout des potagers et vergers, et donc des fruits et légumes des paysans. La disette menace et en ces temps obscurs, il est facile d’attribuer cette malchance météorologique à des preuves d’existence du diable et de ses condisciples. On cherche alors des coupables et on s’en prend à quelques femmes et hommes sous des prétextes fallacieux.

Comme souvent à cette époque, les villageois décident de faire justice eux-mêmes. En fait de justice, il s’agirait plutôt d’une pantomime parodiant celle-ci. On garrotte les supposés sorciers et sorcières, on les emmène au bord de l’Ouche à hauteur du Pont-de-Pany. Les pouces attachés aux gros orteils, ils sont jetés à l’eau.

Ceux qui s’enfoncèrent dans l’eau furent reconnus innocents mais décédèrent dans d’atroces souffrances. Ceux qui surnagèrent malgré les coups de fourche furent jugés coupables. Ultime ignorance, une femme qui plaignit chrétiennement le supplice de ces pauvres gens fut lapidée par la foule et, dit-on, enterrée sous une pierre. La justice des lieux jugea une dizaine de ces pauvres gens. Et ceux qui réussirent à surnager furent condamnés à être pendus puis leurs corps brûlés. Cette peine fut heureusement levée par le Tribunal de Dijon qui gracia ces pauvres hères. Mais le mal était fait et la suspicion demeura envers ces personnes pendant de longues décennies, et leurs descendants eurent toutes les peines du monde à s’intégrer.

Voilà pourquoi de nos jours, on peut assister une fois tous les deux ans à la Fête des Sorcières à Mâlain. Les villageois expient ainsi leurs fautes en fêtant celles qui furent jugées coupables il y a maintenant fort longtemps.

LES SORCIERES ONT AUSSI LEUR MUSEE

Ce Musée se trouve en Espagne, dans un village de Navarre, Zugarramurdi, tout près de la frontière franco-espagnole. Il a ouvert très officiellement le 20 juillet 2007 et on peut y découvrir la véritable histoire qui a donné au village sa réputation de sorcellerie. Le Musée résulte de la rénovation de l’ancien hôpital et pas moins de 1,5 millions d’euros ont été investis pour une muséographie résolument moderne. C’est d’autant plus important que ce village compte environ 200 habitants. Il semblerait que la Municipalité ait eu envie de remettre de l’ordre dans tout le folklore qui s’était développé autour de la sorcellerie, folklore qui était fort éloigné de la réalité historique. Zugarramurdi était déjà connu dans le monde entier comme le « village des sorcières », mais aussi pour ses grottes qui étaient, il y a encore peu de temps, le théâtre de la très célèbre « fête des sorcières », chaque année à la fin juin.

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     Les grottes de Zugarramurdi

Avec ce musée, rien à voir avec l’évocation de la sorcière classique avec son balai, ses chaudrons et toute la panoplie d’Halloween. Ce musée est avant tout un hommage à celles et ceux qui eurent à subir entre 1609 et 1614 une terrible « chasse aux sorcières » qui toucha particulièrement la région de Zugarramurdi et se déroula dans toutes l’Europe. En rappelant les faits précis qui se passèrent dans le village, en évoquant les modes de vie, les mythes et les croyances de l’époque, la visite permet de comprendre les mécanismes qui ont entraîné le développement du mythe de la sorcellerie. Voilà qui permet de percevoir que les ressorts sur lesquels reposaient « la chasse aux Sorcières » en 1610 sont les mêmes que ceux qui ont donné lieu à tant d’autres persécutions au cours de l’Histoire : ignorance, peur de l’autre, peur de la différence…

La visite est facile à suivre et n’est jamais ennuyeuse. On dispose de fascicules, présentés en espagnol et en basque, mais traduits en français. L’entrée est libre et la visite dure environ 1 h 30. Elle constitue un complément indispensable à la visite des Grottes de Zugarramurdi toutes proches. Une excellente occasion de sortir des idées reçues à propos de la sorcellerie.  

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter 

Les Pouvoirs de la Lune – E. Lukas – De Vecchi Poche                                                                                      

La Grande Encyclopédie des Fées                                                                                                             

Guide de la France mystérieuse

 

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ROSA… ROSA… ROSAM… FLEUR DE LA BALANCE ET MESSAGE D’AMOUR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-10-2009

La longue histoire de la « Reine des Fleurs » se mêle étroitement à celle de l’humanité. On pense qu’elle est la première fleur que l’homme ait cultivée. Elle est associée à la plupart des religions, des anciens rites sacrés de l’Inde au christianisme en passant par les Grecs, les Romains et même les Gaulois, lesquels pour montrer leur mépris du trépas allaient souvent au combat sans autre casque qu’une couronne de roses… Doit-on y voir là l’origine de l’expression « la fleur au fusil » ?

Elle ne reste étrangère ni à la politique, témoin la guerre des Deux-Roses qui déchira l’Angleterre au XVe siècle, ni à la gastronomie puisque dans la Rome de la décadence on mangeait des gâteaux de rose, de la confiture de roses, des plats assaisonnés d’extrait de roses broyées au pilon ; on buvait du vin dans lequel avaient macéré des sachets de rose, ou même à la cosmétologie puisque les « beautés » et les éphèbes de l’Antiquité, après le bain, se frottaient le corps avec de la poudre de rose, se mettaient de l’huile de rose pour faire briller leurs paupières et pour avoir, déjà, l’haleine fraîche, croquaient des pastilles faites de myrrhe et de pétales de roses broyées avec du miel.

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Les premiers à utiliser la rose en thérapeutique furent des médecins arabes qui en faisaient le remède de la tuberculose et des affections pulmonaires. Avicenne rapporte qu’une phtisique, dont on avait déjà préparé les funérailles, recouvra la santé grâce à de la conserve de roses, qu’on appelait aussi Djelendjoubin. Matthiole dit que les boutons de roses « aident ceux qui crachent le sang » et plusieurs traités font état de la guérison spectaculaire de la femme d’un vice-roi du Portugal qui fut non seulement sauvée en sept mois par une consommation massive de conserve de roses,  mais y gagna une beauté nouvelle du fait « qu’on voyait se refléter sur son visage le vif éclat des roses ». Sous l’Empire, les médecins-majors de l’armée impériale venait à Provins se ravitailler en pétales séchés et préparés. C’est à Provins en effet qu’on cultivait alors les roses.

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Toutefois, on raconte aussi que Néron faisait périr ses invités au cours de festins en les noyant dans des pétales de roses. Les plafonds s’ouvraient sur un signe du tyran et des milliards de pétales tombaient, ensevelissant puis étouffant les invités qui mouraient sous les pétales meurtriers.

Appréciée pour sa beauté, célébrée depuis l’Antiquité par de nombreux poètes et écrivains, pour ses couleurs qui vont du blanc le plus pur au pourpre le plus foncé, en passant par le jaune franc et toutes les nuances intermédiaires, et puis pour son parfum, c’est ainsi que la rose est devenue cette Reine des Fleurs. C’est d’ailleurs la fleur la plus cultivée au monde, sans oublier les rosiers sauvages, dont le plus connu en Europe est l’églantier, aux fleurs simples à cinq pétales, devenues à la mode depuis quelques temps sous le nom de « rose botanique ». Cependant, les rosiers cultivés sont le résultat de plusieurs siècles de transformations, d’abord empiriques, puis, dès la fin du XVIIIe siècle, méthodiques, en particulier par l’hybridation. Les variétés de rosiers sont innombrables, on estime à plus de 3 000 le nombre de cultivars disponibles actuellement dans le monde.

rosier-de-monet-a-giverny Les Rosiers de Monet à Giverny

Le mot « rose », daté en français du début du XIIe siècle, est dérivé du latin « rosa, rosae », substantif féminin, qui désignait aussi bien la fleur que le rosier lui-même. Ce terme, apparenté au grec « rhodon » aurait été emprunté à une langue orientale. Il est tentant de rapprocher « rose » de « rosée ». Pourtant cette rencontre, source d’inspiration inépuisable pour les poètes, est fortuite en français. En effet « rosée » dérive, par l’intermédiaire du bas-latin « rosata », du latin « ros, roris », peut-être apparenté au grec « drosos », venant d’une autre racine indo-européenne. La rose est l’une des très rares fleurs ayant un nom dédié, différent des noms donnés à la plante elle-même : la rose est la fleur du rosier.

Les roses sont cultivées en Chine et en Perse depuis 5 000 ans et en Grèce depuis l’âge de bronze. Hérodote a rapporté que le roi Midas, au VIe siècle avant Jésus-Christ, quand il a été chassé de Lydie par les armées perses, a emporté ses roses dans son exil en Macédoine. Et le naturaliste grec, Théophraste, décrit une rose à nombreux pétales, une forme de « rosa canina », cultivée dans les jardins. Il décrit des roses rouges, roses et blanches, et note l’intensité du parfum de la rose de Cyrène.

rosa-canina Rosa Canina

La « fresque à l’oiseau bleu » découverte en 1900 dans les vestiges du palais de Cnossos en Crète, construit vers l’an 2000 avant Jésus-Christ, représente des rosiers fleuris. C’est la première représentation connue de roses peintes. On ne sait s’il s’agit de roses sauvages ou cultivées, ni à quelle espèce les attribuer, d’autant que la fresque a été restaurée et toutes les roses repeintes avec six couleurs sont de couleur jaune. Une seule, à cinq pétales rose doré au centre orange, semble être originale. Le botaniste C.C. Hurst l’avait identifiée à Rosa Richardii, la rose sainte d’Abyssinie. Des pièces de monnaie portant une rose gravée ont été retrouvées à Rhodes. Elles datent de 500 ans avant Jésus-Christ environ. Le nom de cette île serait celui de la nymphe Rhodé, épouse d’Hélios, le Soleil, et dont le symbole était la rose.

cnossos-fresque-de-loiseau-bleuL’oiseau bleu de Cnossos

Pline l’Ancien dans son « Histoire naturelle » décrit 20 sortes de rosiers nommés par le nom de leur lieu de provenance. Ainsi, du VIe siècle avant Jésus-Christ au IIe siècle, durant toute cette période de domination grecque puis latine, les roses ont circulé de Perse en Angleterre, de Grèce en Egypte.

rose-gallique Rose Gallique

Sur le Moyen Age, il y a peu d’information : au VIe siècle, les couvents cultivaient des roses. Le roi Childebert 1er avait une roseraie, des roses de Paradis d’après l’évêque Fortunat, dans son domaine vers Saint-Germain-des-Prés. Et au VIIIe siècle dans son Capitulaire De Villis, Charlemagne cite les roses parmi les plantes à cultiver. Au XIIe siècle, à la veille des croisades, Albert le Grand cite pas moins de quatre rosiers cultivés. Cependant, la culture de cette fleur débuta véritablement au XIIIe siècle lorsque Thibaut IV ramena de croisades la rose gallique, puis avec Robert de Brie qui rapporta la rose de Damas.

  rose-de-damas Rose de Damas

Une broderie de roses « Persan Yellow » du XVIIe siècle a été retrouvée à Ispahan. Toutefois, les roses n’ont jamais cessé d’être un motif décoratif des tapisseries, broderies et tissages du Moyen-Orient comme en Europe.

Pourtant, ce sont les roses de Chine qui ont une importance des plus capitales dans l’histoire de la rose puisque des spécimens remontants, rapportés par des botanistes anglais à la fin du XIXe siècle, sont à l’origine de la plus grande partie des roses remontantes modernes.

C’est surtout par sa valeur symbolique que la rose a laissé son parfum dans l’Histoire. Voici quelques exemples :

. Suzanne dans l’Ancien Testament signifie étymologiquement la rose.

. Chez les Grecs, la rose est la fleur d’Aphrodite, déesse de l’amour et d’Aurora, la déesse aux doigts de roses.

la-deesse-aurore La déesse Aurore

. Les Romains rattachent la rose à Vénus. La légende affirme que la rose aurait été blanche au départ, mais rougie accidentellement quand Cupidon renversa son verre de vin sur elle.

. Il paraît que la première nuit d’amour entre Cléopâtre et Marc Antoine se serait déroulée sur un lit de pétales de roses de 45 cm d’épaisseur.

. Dans le Cantique des cantiques, la rose symbolise Israël et dans le livre des Parsis, la rose naît sans épines et n’en est armée qu’après l’apparition du génie du mal sur terre.

. Vers l’an 400, Rosa alba devient l’emblème de la Vierge, ce qui est à l’origine de la dévotion catholique du Rosaire.

. Quand Saladin, en 1187, reprend Jérusalem aux Croisés, il fait purifier la mosquée d’Omar par de l’eau de rose amenée par une caravane de 500 chameaux. Et en 1453, Mehmed II purifia aussi à l’eau de rose l’église byzantine de Constantinople avant de la convertir en mosquée.

. La guerre des Deux-Roses, de 1453 à 1485, opposa la Rosa alba, rose blanche de la Maison d’York et la Rosa gallica, rose rouge de la Maison de Lancaster, d’où après le mariage d’Henri VII Tudor et d’Elisabeth d’York, l’emblème de la rose Tudor rouge à cœur blanc et plus tard la création du rosier York et Lancaster. La rose est aujourd’hui la fleur symbolique de l’Angleterre. 

. Les rosières, jeunes filles vertueuses et pures, étaient à l’origine couronnées de roses.

. Les Rose-Croix est une société secrète mystique ayant pour emblème une rose rouge fixée au centre d’une croix.

rose-blanche 

. La rose blanche de Finlande, est un ordre national finlandais, créé en 1919, pour récompenser les services rendus au pays. 

. La Rose blanche était un mouvement d’opposition à Hitler dont les fondateurs furent guillotinés en 1943.

rose-socialiste. Le sigle de l’Internationale socialiste est un poing serrant une rose. La rose rouge, a été associée par François Mitterand au Parti Socialiste français. Ce symbole a également été adopté par d’autres partis politiques européens comme le parti travailliste au Royaume-Uni, le PSOE en Espagne, les partis sociaux-démocrates nordiques et le PSE.

. En novembre 2003, la rose est le symbole du mouvement non-violent de la « Révolution des Roses » en Géorgie.

. Et puis, il y a la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry qui l’oblige a quitté sa planète et à visiter la galaxie.

bouquet-de-roses 

Dans le langage des fleurs, la rose rouge est la fleur des amoureux. Elle symbolise l’amour et les noces de roses symbolisent les 17 ans de mariage dans le folklore français. En plus de sa couleur, la quantité exprime une symbolique. Pour un nombre de roses inférieur à dix, il est coutume d’offrir des roses par nombre impair surtout à des fins esthétiques. Au-delà et suivant le nombre, le bouquet de roses peut porter un message particulier : 

. Une rose permet de dévoiler son amour en toute simplicité,

. Douze roses permettent de remercier sa bien-aimée,

. Vingt-quatre roses pour être galant,

. Trente-six roses pour déclarer son amour, c’est le bouquet de fiançailles,

. 101 roses peuvent s’offrir pour exprimer la passion et l’amour sans retenue.

Pour un bouquet de fiançailles, il est d’usage et raffiné de sélectionner des roses ayant les têtes légèrement courbée. 

La rose est la fleur nationale de plusieurs pays : l’Angleterre (rose Tudor), la Bulgarie, les Etats-Unis, la Finlande où il s’agit d’une rose blanche, mais aussi l’Irak, les Maldives et la Roumanie. 

La rose a également été choisie comme emblème officiel par plusieurs états des Etats-Unis : Géorgie, Iowa, New York, Dakota du Nord et Oklahoma.

Rose est aussi un prénom très répandu en Europe et en Amérique latine avec Rosa et Rosita, ainsi que ses dérivés : Rosalie, Roseline, Roselise, Rosemonde, Rose-Marie et Marie-Rose. Il existe même deux saintes Rose, Rose de Lima qui est la patronne de l’Amérique latine, et Rose de Viterbo, jolie ville du Latium un peu au nord de Rome qui est d’ailleurs une région riche en jardins botaniques riches en roses de toutes sortes, ainsi que de pivoines.

Plusieurs expressions parfument notre langue :

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. « Etre frais comme une rose » qui signifie avoir un joli teint, l’air reposé.

. « Ne pas sentir la rose » : sentir mauvais.

. « Envoyer sur les roses » : éconduire,

. « Découvrir le pot aux roses » ; découvrir la vérité,

. « Une histoire à l’eau de rose » : une histoire mièvre,

. « Il n’y a pas de rose sans épines » : tout plaisir comporte sa part de peine.

. « Jeter des roses (à quelqu’un) : complimenter.

Cependant si la rose est symbole d’amour et de passion, elle peut aussi être synonyme de trahison. En effet, si la rose rouge évoque la passion, la rose rose incarne la joie, la rose orange symbolise le désir, la rose blanche couronne la pureté des sentiments, la rose jaune se teinte de tristesse puisqu’elle dénonce l’infidélité de l’être aimé. 

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Enfin, tout le monde se souvient du célèbre sonnet de Pierre de Ronsard : « Mignonne allons voir si la rose… » ou même les « Stances à Du Périer » de François Malherbe, ce monsieur venait de perdre sa fille : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Une œuvre célèbre du Moyen Age s’intitule le « Roman de la Rose » qui décrit la tentative d’un poète amoureux pour s’emparer de l’aimée, représentée par une rose. Dante conclut La Divine Comédie par une vision de rose blanche mystique.  

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Bibliographie : Nos grands-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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FEE… FATA… FATUM… FATALITE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-09-2009

De la Fée Bleue à la Fée Carabosse 

 

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Maîtresse de la magie, la fée symbolise les pouvoirs paranormaux de l’esprit ou les capacités prestigieuses de l’imagination. Elle opère les extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l’homme de construire en imagination les projets qu’il n’a pas pu réaliser. 

La fée irlandaise est par essence la « banshee », dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l’Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d’un oiseau, d’un cygne de préférence. Mais cette qualité n’a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l’élu de son cœur. La « banshee » est par définition un être doué de magie. Elle n’est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu’elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu’elle appelle et, quand elle s’éloigne provisoirement, l’élu tombe en langueur.

la-bansheeLa Banshee 

Shakespeare a merveilleusement montré avec la Reine Mab, l’ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière : 

« Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C’est l’accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu’une pierre d’agate

A l’index d’un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes…

… C’est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C’est la sorcière… »

 En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s’évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d’une illusion. Ils se situent dans l’évolution psychique parmi les processus de l’adaptation au réel et de l’acceptation de soi, avec ses limites personnelles. Ou on recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme. Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l’origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même « Fata », les Destinées, le prouve. D’après P. Grimal :

 « Les trois Parques étaient représentées sur le forum par trois statues.  Que l’on appelait couramment les trois fées, les tria fata ».

Elles portent encore aujourd’hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l’imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.  

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Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l’enroulent sur le rouet et le coupent, l’heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l’origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l’astrologie fera : évolution, culmination, involution.

Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d’un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendues propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants mort-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, au-delà des Parques et des Moires, remonter aux Kéres, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s’emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l’issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telles que nous venons de l’indiquer montre qu’elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l’histoire, selon un mécanisme ascensionnel, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d’une grotte, d’un abîme, d’une cheminée des fées, ou encore près d’un fleuve mugissant ou au bord d’une source ou d’une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu’elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s’épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l’hiver, temps de silence, de mort.

 

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Si l’on examine de très près légendes et contes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n’a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C’est le temps de rupture, où l’épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, parce que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu’en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu’elle n’apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. 

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Les Parques ou les Moires : C’étaient trois fileuses qui travaillaient jour et nuit. On les a représentées, parfois, comme d’affreuses vieilles, ailleurs elles sont belles et implacables. Leur nom venait du verbe latin « parcere », qui signifie « épargner ». Ce nom était ironique car elles n’épargnaient jamais personne ; ce qu’elles filaient ainsi sans trêve, c’était le fil de la vie humaine… Clotho tenait la quenouille, Lachésis le fuseau et la dernière, Atropos, donnait le coup de ciseau final… Par une extension facile à comprendre, la Parque signifie : la Destinée.

La symbolique du fuseau est d’ailleurs intéressante. Pour Platon, « le fuseau de la nécessité » représente la nécessité qui règne au cœur de l’univers. Le fuseau tourne d’un mouvement uniforme et entraîne la rotation de l’ensemble cosmique. Il indique une sorte d’automatisme dans le système planétaire : la loi de l’éternel retour. On peut à ce titre le rapprocher du symbolisme lunaire. Les filles de la Nécessité, les Moires, chantent avec les Sirènes, en faisant tourner les fuseaux : Lachésis pour le passé, Clotho est le présent, Atropos représente l’avenir. Elles règlent la vie de chaque être vivant à l’aide d’un fil que l’une file, que l’autre enroule, que la troisième coupe.

fuseau 

Ce symbolisme indique le caractère irréductible du destin : sans pitié, les Parques filent et défilent le temps de la vie. Le double aspect de la vie se manifeste : la nécessité du mouvement, de la naissance à la mort, révèle la contingence des êtres. La nécessité de la mort réside dans la non-nécessité de la vie. Le fuseau, instrument et attribut des Parques, symbolisera la mort.

melusina1La fée Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C’est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montrent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu’elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait d’ailleurs en dire autant des manifestations de l’inconscient. 

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Mélusine est une fée bâtisseuse qui a laissé son empreinte dans maints et maints édifices religieux et civils du Poitou. Ayant infligé une punition à son père Mélusine est condamnée par sa mère à devenir serpent dès le nombril tous les samedis. Alors qu’elle erre dans la forêt non loin de Coulombiers, elle rencontre Raymondin. Elle consent à l’épouser, à la seule condition qu’il la laisse seule chaque samedi, sans chercher à connaître son occupation. Dix garçons, dont certains portent la marque de leur origine féérique, naissent de cette union. Mais, un samedi, rongé par la curiosité, Raymondin trahit son serment et découvre le secret de sa femme. C’est ainsi que Mélusine disparaît après avoir tournoyé dans le ciel de Lusignan. A l’image de leur mère légendaire, les seigneurs de Lusignan, rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, originaires du Poitou, se sont avérés être au Moyen Age des constructeurs notables de châteaux : une vingtaine de sites aurait été édifiée, fortifiée ou embellie par cette famille.

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Selon la légende, le château de Lusignan fut construit par Mélusine. La Fée bâtisseuse, transportant les pierres dans sa dorne et les assemblant de trois goulées d’air en trois nuits, aurait été aidée par des ouvriers tirés du néant pour la circonstance. Aujourd’hui, les vestiges de cette forteresse : la Tour de Mélusine et la Poterne, s’inscrivent au cœur d’un jardin à la française aménagé au XVIIIe siècle par l’Intendant du Poitou, Blossac. A l’intérieur d’une des anciennes parties du château, une exposition présente l’épopée tumultueuse du château et de ses seigneurs, au travers de leur mère légendaire.

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Les étranges métamorphoses de cette fée ne sont pas sans évoquer le Scorpion, alors que le secret qu’elle garde jalousement ainsi que cette vie double, comme son corps de sirène, font penser à la symbolique du signe des Poissons.

Avec Roussalka la sirène on reste dans l’univers aquatique. Dans le monde païen, la Roussalka avait le statut de déesse de la rivière, propriétaire de trésors et magicienne. Depuis la christianisation de la Russie, elle passe pour être plutôt mélancolique ainsi que  peu favorable aux humains. Suivant une croyance populaire, les Roussalki sont des nouveau-nés de sexe féminin, morts sans baptême ou encore des femmes noyées. Elles possèdent jeunesse et beauté éternelles. Le samedi précédant la Trinité, elles courent en tous sens dans les champs de seigle. A partir du jeudi suivant, la fête du Semik, elles résident dans les bois où leurs appels répétés égarent les voyageurs en chemin. Pendant la Roussalnaïa, huitième semaine après Pâques, et également la veille de la Saint-Jean, elles se montrent dangereuses et il est alors fort imprudent de se baigner.  

la-roussalkaDans une variante populaire du conte, la Roussalka est la nymphe des eaux, la fille favorite des esprits du lac. Toute sa vie, elle se désole de sa condition et, éprise d’un jeune prince, elle souhaite devenir femme pour pouvoir communiquer chaleur et amour humain. Elle confesse ce désir à son père qui se désespère, convaincu que cette métamorphose lui portera malheur. Mais, constatant son impuissance à la persuader de renoncer à ce désir, il lui conseille d’aller consulter la Jézi-Baba. Cette sorcière promet à la Roussalka de l’aider à prendre forme humaine, mais à deux conditions : ne jamais pouvoir parler à son prince, et, au cas où il la tromperait, être damnée. A son retour, son prince, qu’une mystérieuse force a fait venir à sa rencontre, la prend dans ses bras et la conduit au palais où sont réunis pour la noce un grand nombre d’invités. Bouleversé par la beauté silencieuse de la Roussalka, le jeune prince porte son regard sur une autre belle femme venue assister au mariage. Depuis, la Roussalka gémit sur son sort, et guette les hommes qui voyagent dans la forêt.

Cette belle légende fait penser à l’histoire de Lorelei ainsi qu’à celle de la petite sirène, mais ni l’une ni l’autre n’étaient des fées. La petite sirène a toutefois recourt à une sorcière car comme la Roussalka elle veut devenir une vraie femme pour conquérir le jeune prince qu’elle a sauvé de la noyade. Elle y perdra sa voix en perdant sa queue de sirène pour des jambes et une silhouette de rêve. La Roussalka inspira Antonin Dvorak qui l’immortalisa dans un opéra.

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La fée Viviane appartient à la célèbre légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, un ensemble de récits datant du Moyen Age. C’était la fille d’un seigneur de Bretagne, du château de Comper, au nord de la forêt de Brocéliande qui n’est autre que le nom mythique de l’actuelle forêt de Paimpont, au sud-ouest de Rennes, dans le Morbihan. C’est dans cette forêt que le roi Arthur somma aux chevaliers de trouver le Graal. Merlin l’Enchanteur, ami et conseiller du jeune roi, fût l’hôte privilégié de Brocéliande. Et c’est à la fontaine de Barenton qu’il rencontra Viviane pour la première fois… Qui de la fée ou du magicien enchanta l’autre ? A découvrir ou à redécouvrir… Mais avec Viviane apparaît là une autre fée des Eaux, on l’appelait d’ailleurs la Dame du Lac. Son histoire évoque assez le signe des Poissons.

La fée Morgane est une magicienne faisant elle aussi partie de la Légende du Roi Arthur. Elle est souvent représentée comme une adversaire du Roi, de sa femme Guenièvre, ainsi que des Chevaliers de la Table Ronde. C’est une disciple de la fée Viviane et Merlin est son maître.

la-fee-morgane1La fée Morgane peintre par John William Waterhouse

Elle est présentée comme une séductrice maléfique, mais aussi parfois comme un personnage positif incarnant un pouvoir féminin désapprouvé par la société médiévale. Le personnage de Morgane pourrait avoir une de ses sources dans la déesse Modron, inspirée de la Dea Matrona gauloise, telle qu’elle apparait dans la littérature galloise médiévale. Le nom de Morgane la lie peut-être aux morgan/morgen, fées des eaux, séductrices et dangereuses, du folklore britannique. La transcription de son nom en « morgue » la lie parfois à la Mort. Son histoire évoque le Scorpion et surtout Vénus en Scorpion, à moins que ce ne soit Lilith, la Lune Noire.

la-fee-clochette1La fée clochette est un personnage créé par J.M. Barrie dans son roman Peter Pan. Clochette est amoureuse de Peter Pan. Elle ne supporte pas que celui-ci porte son regard sur un sujet féminin, et encore moins qu’il s’y intéresse. Or Peter Pan, qui est un séducteur, passe son temps à essayer d’épater Wendy, ce qui énerve très profondément Clochette. James Barrie indique que comme toutes les fées, Clochette est parfois gentille, parfois méchante et elle est tellement petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. Cependant, Clochette est apte à jouer des tours. Elle est fragile et sensible, se déplace très rapidement et, grâce à sa poudre, elle permet à Peter, aux enfants Darling et aux Garçons Perdus de voler. Par son côté espiègle et sa manière de voler, elle n’est pas sans rappeler Mercure aux pieds ailés. C’est certainement une fée Gémeaux.

La fée bleue est un être magique. Ravissante jeune femme blonde capable d’apparaître par enchantement depuis une étoile, c’est elle qui donne vie au pantin de bois Pinocchio, après le souhait de Geppetto le menuisier qui a construit la marionnette d’avoir un vrai petit garçon. Elle confie au grillon Jiminy Cricket  le soin d’être la conscience de Pinocchio et de le guider vers le droit chemin. Pinocchio doit en échange prouver qu’il est toujours brave, loyal, franc et obéissant. Cette belle et bonne fée n’est pas sans évoquer la douce et belle Vénus. Alors que Jiminy Cricket s’apparenterait à Saturne.

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Toutefois, avant d’être le célèbre film de Disney, Pinocchio est un personnage de fiction, héros d’un conte de fées moderne, chef-d’œuvre universel de la littérature enfantine :  » Le aventure di Pinocchio ». Storia di un burattino » (Les aventures de Pinocchio, Histoire d’un pantin), d’un certain Carlo Collodi. En fait, Collodi est un village de Toscane, entre Pistoia et Lucca, qui servit de pseudonyme à un journaliste et écrivain italien qui s’appelait en fait Carlo Lorenzini. Ce bourg tout en longueur se termine par la grande villa Garzoni, reconstruite en 1600 sur les ruines d’un château médiéval. Dans le parc, tout en terrasse, on peut voir un monument représentant Pinocchio et la Fée Bleue. La villa Garzoni et son jardin dominent toute la vallée. La mère de Carlo Lorenzini travaillait là. C’était la fille du fermier de la villa et l’on dit que c’est dans la cuisine que Carlo Lorenzini, dit Collodi, commença le récit des aventures du fameux pantin. Carlo Collodi vécut entre 1826 et 1890.

villa-garzoniVilla Garzoni – Collodi – Italie

C’est le conte de fées par excellence, immortel et universel, duquel ont été tirées une multitude de versions : littéraires, théâtrales, chorégraphiques, télévisées, cinématographiques et bandes dessinées, sans compter les centaines de traductions, de versions illustrées ainsi que les mises en musique et en chanson. Il faut revoir le très vieux film en noir et blanc « Les aventures de Pinocchio » de Luigi Comencini, avec le génial Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et la belle Gina Lollobrigida dans celui de la Fée Bleue.

On reconnait aux « Aventures de Pinocchio » une prérogative qui n’appartient qu’aux grands chefs-d’œuvre, celle d’être hors du temps. Pour les 100 ans de Pinocchio, en 1981, Italo Calvino écrivait ainsi : « Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio ». Les « Aventures de Pinocchio » a été le deuxième livre le plus vendu en Italie au XXe siècle avec le tirage de 9 à 10 millions d’exemplaires, juste derrière la Divine Comédie de Dante Alighieri  (11 à 12 millions d’exemplaires).

cendrillon-et-sa-marraine La fée marraine de Cendrillon est un personnage récurrent des contes : il s’agit d’une fée qui met ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou de sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle protecteur ou de mentor, comme on peut l’attendre d’une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l’esprit pour Riquet à la houppe, on pense tout de suite à Mercure ; grâce et beauté pour la Belle au Bois dormant… voici Vénus ; ou encore elle assiste et protège à l’adolescence d’un père abusif dans Peau d’Ane, ou d’une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles dans Cendrillon, ou d’un sort lancé par une méchante fée dans la Belle au bois dormant. On songe alors à quelques fées jupitériennes, bienveillantes et protectrices à l’image de Jupiter, d’autant qu’elles ont déjà un certain âge et représentent la maturité et la sagesse.

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La Belle au Bois Dormant dans ce conte, elles sont sept fées à être conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée : « On donna pour marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pût trouver dans le Pays. Il s’en trouva sept. Ainsi chacune d’elle lui faisant un don, comme c’était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu’elle serait la plus belle du monde, celle d’après qu’elle aurait de l’esprit comme un Ange, la troisième qu’elle aurait une grâce admirable à tout ce qu’elle ferait, la quatrième qu’elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu’elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu’elle jouerait de toutes sortes d’instruments à la perfection ».

Les Frères Grimm dans leur adaptation du conte porteront à treize le nombre de fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

L’astrologue a tendance à penser que ces chiffres sont en rapport avec le zodiaque : les trois fées représentant les trois phases visibles de la Lune et les trois déesses lunaires : Artémis ou Diane, la jeune fille qui représente la Lune croissante, Séléné est la femme mûre ainsi que la Pleine Lune. Enfin, Hécate est la vieille femme, la Lune décroissante.

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Le chiffre 7 représente les sept astres visibles et que tout le monde connaissait jusqu’à au XVIIe siècle : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Saturne et Jupiter. Seulement ensuite apparaîtront Uranus, Neptune et Pluton. 

Quant au nombre 13, plusieurs hypothèses se profilent :

. La phobie du 13 qui pourrait provenir de l’Antiquité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Philippe II de Macédoine eût l’idée d’ajouter sa statue à celle des douze dieux. Malheureusement pour lui, il fut assassiné peu de temps après.

. Le 13 suit le nombre 12, nombre symbolisant accomplissement et cycle achevé et très symbolique dans la mythologie chrétienne où c’est un nombre « saint » et dans la tradition astrologique puisqu’il y a douze mois dans l’année, 12 heures le jour et 12 heures la nuit, douze signes du zodiaque, douze dieux dans l’Olympe, douze travaux d’Hercule, douze tribus d’Israël et douze apôtres accompagnant Jésus. Et puis, 12 ans c’est le cycle de Jupiter, le temps qu’il lui faut pour parcourir le zodiaque. Le nombre est divisible par 2, 3, 4 ou 6 alors que 13 n’est divisible que par 1 ou par lui-même seulement. Treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort, vers l’achèvement d’une puissance et d’un accomplissement.

. L’origine de la superstition du Vendredi 13 aurait pour origine une légende nordique. Vendredi était le nom de Frigga, la déesse de l’amour et de la fertilité. Lorsque les tribus nordiques et germaniques se convertirent au Christianisme, Frigga fut bannie et envoyée au sommet d’une montagne et considérée comme une sorcière. Depuis, chaque vendredi, la déesse pleine de rancune convoquerait onze sorcières et le diable, ce qui fait 13 en la comptant, pour comploter de mauvais tours à jouer au cours de la semaine suivante. Reste que, dans l’Antiquité, le vendredi était un jour consacré à la déesse de l’amour, qu’elle s’appelle Aphrodite, Vénus ou Frigga. Ce  jour était donc considéré comme le plus gai de la semaine.

frigga-filant-les-nuagesFrigga filant les nuages

Aujourd’hui encore le vendredi semble être un jour de chance pour certains peuples ou communautés religieuses. Enfin, selon certains biblistes, ce serait aussi un vendredi qu’Eve et Adam auraient croqué dans la pomme interdite, célébrant ainsi Vénus.

la-fee-dragee2Tchaïkovski nous offre, avec Casse-noisette, une très belle et très gentille Fée Dragée, dans un merveilleux ballet « la danse de la Fée Dragée ». La petite Clara, son frère Fritz, la Fée Dragée, les petites souris et les soldats de plomb continuent de nous émerveiller de génération en génération, initiant petits et grands au monde de la danse, bercés par la musique de Tchaïkovski. Le conte nous le devons à l’écrivain et compositeur allemand Ernst Theodor Wilhelm Hoffman (1776-1822). A voir ou à revoir, ne serait-ce que pour retomber en enfance l’espace d’une soirée.

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La fée Carabosse est l’opposé des belles et bonnes fées, marraines des princesses de contes pour enfants sages. La fée Carabosse est très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue. Si son apparition dans les contes est rare, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse dans la Belle au Bois dormant.

La princesse Aurore naît sous de bons auspices. Ses parents sont roi et reine et ses marraines sont des fées. Elles sont au nombre de sept ou de douze, selon les versions, qui la comblent de dons. La fée Carabosse, fâchée de n’avoir pas été invitée, se présente à la surprise de tous et gâche la fête en lui lançant un mauvais sort. Celui-ci ne peut malheureusement être entièrement annulé par l’une des marraines mais il sera néanmoins atténué : la princesse se piquera bien le doigt à un fuseau à l’âge de 15 ans comme l’avait prédit Carabosse, mais la mort consécutive promise aussi par la méchante fée se commuera en un sommeil de 100 ans qui prendra fin le jour où le Prince arrivera jusqu’à elle et lui donnera un baiser. Malgré ses efforts, le roi reste impuissant à empêcher la réalisation de la malédiction. Il tente de faire interdire l’usage des fuseaux mais une vieille sourde, n’ayant pas entendu l’édit, garde le sien, responsable de l’accomplissement de la malédiction. Dans des versions plus anciennes, la vieille sourde est de bonne foi et agit par pure ignorance. Dans le ballet de Tchaïkovski, il s’agit de Carabosse elle-même, s’assurant ainsi que s’accompliront malédiction et vengeance.

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La Belle au Bois Dormant représentée par John William Waterhouse                                                                       

« On vit entrer une vieille Fée qu’on n’avait point priée parce qu’il y avait plus de cinquante ans qu’elle n’était sortie d’une tour et qu’on la croyait morte ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n’y eut pas moyen de lui donner un étui d’or massif, comme aux autres, parce que l’on n’en avait fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crut qu’on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents… Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d’un fuseau et qu’elle mourrait ». Charles Perrault

Toutefois, en faisant peser sa malédiction sur la petite fille au berceau, la Fée symbolisait par là la transmission continue et ancestrale des changements physiologiques qui interviennent à l’adolescence.

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 Quant au portrait de Carabosse, il évoque Saturne tant dans la description physique que de par le comportement. Toutefois, on peut aussi rapprocher Carabosse d’Eris qui, dans la mythologie grecque, est la déesse de la Discorde. Cette dernière non plus n’a pas été invitée aux noces de Thétis et Pélée. Pour s’en venger, elle jette une pomme d’or sur la table, au milieu des déesses, portant l’inscription « pour la plus belle ».

eris-deesse-de-la-discordeEris, déesse de la Discorde

Ce geste est à l’origine du déclenchement de la Guerre de Troie et de la mort d’Achille survenue malgré la précaution de sa mère, Thétis, pour le rendre invincible en le plongeant dans les eaux du Styx. Malheureusement, elle le tenait par le talon et cette partie du corps, restée vulnérable, fut touchée par une flèche de Pâris dont la main était guidée par Apollon.

Circé dans la mythologie grecque, c’est une magicienne très puissante, particulièrement versée dans les empoisonnements et les métamorphoses. Elle est la fille d’Hélios, le Soleil et de Perseis, une Océanide. Les grands poètes Homère, Hésiode et Cicéron la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière.

                                                                                           circe-offrant-la-coupe-a-ulysse1 

John William Waterhouse – Circé offrant le cycéon à Ulysse

Elle apparaît dans l’Odyssée. Elle habite dans une île, dans un palais situé au milieu d’une clairière, entourée de loups et de lions qu’elle a apprivoisés. C’est là qu’elle a recueilli et purifié Jason et Médée après le meurtre du père de Médée. Quand Ulysse et ses compagnons abordent l’île, vingt-deux d’entre eux, conduit par Euryloque, se laissent attirer jusqu’au palais par une voix harmonieuse. La magicienne les accueille et leur offre un breuvage composé de gruau d’orge, de miel et de lait caillé. Dès qu’ils ont bu, elle les transforme d’un coup de baguette en pourceaux. Euryloque, resté dehors, court avertir Ulysse, qui part à la recherche de Circé. Hermès lui apparaît alors sous la forme d’un beau jeune homme tenant un roseau d’or. Le dieu Hermès à la baguette d’or lui remet l’herbe « moly » et lui donne des conseils pour triompher de Circé. Quand il arrive chez la magicienne, celle-ci lui offre le cycéon, ce breuvage qu’ont absorbé ses compagnons, mais elle échoue à le transformer d’un coup de baguette. Ulysse tire son épée ; apeurée, Circé lui offre de partager son lit. Là encore, Ulysse, suivant les recommandations d’Hermès, demande à la magicienne de jurer par « le grand serment des bienheureux » qu’elle ne cherchera plus à lui faire de mal. Ceci fait, Ulysse et Circé s’unissent, puis elle rend aux compagnons leur apparence humaine. Elle aide enfin le héros et son équipage à préparer leur départ.

Le poète romain Denys de Milet fait de Circé plutôt la fille d’Eétès et d’Hécate, la déesse lunaire de la sorcellerie. Toujours selon lui, elle épouse le roi des Sarmates qu’elle empoisonne. Chassée une première fois par ses sujets, elle fuit dans une île déserte, ou selon d’autres, vers l’Italie où elle fonde Circeii, dans le Latium, entre Rome et Naples, ou l’on peut voir encore la grotte qu’elle habitait sur une plage, au pied du Monte Circeo. Elle s’y est d’ailleurs distinguée par de nombreuses actions malfaisantes, transformant Scylla en monstre, par pure jalousie, ou encore le roi Picus en pivert parce qu’il l’avait repoussée. 

monte-circeoMonte Circeo

Au Moyen Age, on la retrouve dans les légendes populaires d’Italie, mêlée à la figure d’Hérodiade, sous le nom d’Aradia, fille de Diane (la Lune) et de Lucifer (le diable). Pour l’astrologue, cette femme fatale évoque le Scorpion.

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La Fée Electricité est une peinture de Raoul Dufy. Commencée en avril 1936 et terminée en 1937, cette peinture fut réalisée pour le Pavillon de l’Electricité de l’Exposition Internationale, la plus grande peinture existant au monde sur un support indépendant : la Fée Electricité est d’une superficie de 624 m². La peinture est formée de 250 panneaux de contreplaqué de 2 mètres de haut sur 1,20 de largeur sur lesquels il peint avec une peinture à l’huile très légère, conçue par le chimiste Jacques Maroger, donnant une illusion de gouache et séchant très rapidement. Les personnages dessinés à l’encre de chine puis les couleurs sont replacées par-dessus.  Ce tableau a été longtemps le plus grand tableau du monde mais il a été détrôné depuis.

 « Mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », tel était l’objectif de la commande passée à Dufy par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité.

la-fee-electricite-raoul-dufy1La fée électricité – Raoul Dufy – Musée d’Art Moderne – Paris

En 1954, EDF en fait don à la ville de Paris. Cette peinture est aujourd’hui visible dans une salle du Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Soit dit en passant, l’électricité est vraiment une belle et bonne fée, l’interrupteur ayant remplacé la baguette. Pourtant, elle peut aussi passer pour une sorcière, trop présente la nuit dans le ciel des villes, elle nous empêche de voir les étoiles filantes… Quant à sa planète fétiche, c’est bien sûr du côté d’Uranus et du Verseau qu’il faut aller regarder.

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Trésors des expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Le Français retrouvé – Editions Belin

 Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes – Vienne – Guide du Pays des Six Vallées

 Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

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MAIS QUI EST LILITH ?

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 31-08-2009

Lilith fait partie de la mythologie judéo-chrétienne. Pratiquement absente de la Bible, Lilith n’en est pas moins la première femme d’Adam, créée en même temps que lui. Mais elle fut chassée pour mauvaise conduite et reléguée aux enfers, au monde des ténèbres, à l’inconscient.

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 NOTRE-DAME-DE-PARIS – Lilith dans la fourche de l’arbre de la Tentation entre Adam et Eve

L’origine de Lilith remonte au panthéon de la mythologie suméro-babylonienne qui mentionne une certaine démone du nom de Lamashtu, chassée des cieux à cause de sa méchanceté. Mais Lilith se rapproche surtout d’Ardat Lili ou Lilitû, commère du démon mâle Lilû dans la tradition sumérienne. Elle représente un esprit de licence et de lascivité, une ravisseuse nocturne venant séduire les hommes dans leur sommeil, une voleuse et une dévoreuse d’enfants.

Le nom de Lilith a vraisemblablement été effacé de la Bible. Pourtant, on trouve son histoire, vue par la tradition juive, dans le Zohar :

« Lorsque Jéhovah créa Adam, il créa en même temps une femme, Lilith, comme lui tirée de la terre.

Et elle fut donnée à Adam comme épouse. Mais il survint de la brouille dans le ménage, pour une question

qui, devant les tribunaux ne pourrait se débattre qu’à huit clos. Elle prononça le nom ineffable de

Jéhovah et s’enfuit par les airs, laissant là son mari… ».

Bien entendu, on se demande de quelle question il pouvait bien s’agir pour nécessiter autant de mystère. Un ouvrage cabalistique écrit vers le XIe siècle répond à cette interrogation. Selon ce texte, le conflit entre Adam et Lilith surgit lorsque l’homme voulut imposer à sa femme de s’allonger sous lui, lors de l’acte sexuel : manière de revendiquer la position de chef de famille, qui fut contestée par Lilith, dans la mesure où elle estimait disposer des mêmes droits que son mari, ayant été créée avant lui et tirée de la même terre que lui. Le ton monta entre les deux partenaires, leur histoire se solda par un échec et par la fuite de Lilith.

Quels que soient les exégètes, Lilith est toujours décrite ou perçue comme une maîtresse femme qui a un fort ascendant sur Adam et un appétit sexuel insatiable. Toutefois, il existe plusieurs versions hébraïques de ce mythe et voici les différentes raisons qui auraient incité Adam à demander à Dieu de pouvoir répudier Lilith et de lui donner une autre épouse. Cependant, toutes ces bonnes raisons sont toujours d’ordre sexuel :

- Lilith qui refusait de voir son corps déformé par les grossesses pratiquait la contraception, et sans doute avait recours à l’avortement, ce qui, par la suite, irait à l’encontre du Commandement formulé par la Bible « Croissez et multipliez-vous ».

- Adam soupçonnait Lilith, l’insatiable, de forniquer avec les incubes, cette sorte de démons mâles. Elle contrevenait ainsi au futur Commandement biblique : « Tu n’auras d’autres époux que ton époux ». Comme pour tous les jaloux, dont Adam faisait partie, son fantasme de voir sa femme jouir d’un autre était devenu réalité.

- Quant au goût d’Adam pour la position du missionnaire et au rejet par Lilith des postures les plus classiques qui donnaient la supériorité à Adam dans l’acte sexuel et la mettait en position inférieure, on peut y voir la revendication claire et nette par Lilith de son statut de « paire », ou d’égale d’Adam.

Finalement, pour toutes ces bonnes raisons, Lilith lasse de subir reproches, scènes et exigences de la part d’Adam, se révolta ouvertement et prit la fuite. Quant à Adam, sous le coup de la colère, voulant faire une nouvelle fois preuve d’autorité, il la chassa du paradis terrestre. Yahvé, prévenu, envoie trois anges pour essayer de la raisonner. Mais Lilith refuse d’obtempérer aux demandes du Divin, ce qui est l’un de ses traits de caractère. Finalement, chassée par l’homme du Paradis, Lilith, éperdue, fuit droit devant elle, jusqu’aux abords de la Mer Rouge. Là, elle cherche des humains mais ne trouve que des animaux et des démons. Chassée de l’Humanité, elle se jette dans la « diablerie » et commence, ou continue, à entretenir des relations avec le grand démon mais aussi avec nombre de démons et démones succubes.

Selon une autre tradition, Lilith serait également la première Eve : Caïn et Abel se seraient disputés la possession de cette Eve, créée indépendamment d’Adam et donc pas parente avec eux. Certains voient ici des traces de l‘androgynie du premier homme et de l’inceste des premiers couples.

Physiquement, d’après la tradition talmudique, Lilith serait rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé : « Je suis noire, mais je suis belle », lui fait-on dire. Eve serait châtain, voire blonde, au teint et aux yeux clairs : « Je suis Eve, la claire » s’enorgueillit-elle.

Lilith deviendra l’ennemie d’Eve, l’instigatrice des amours illégitimes, la perturbatrice du lit conjugal. Son domicile sera fixé dans les profondeurs de la mer et des objurgations tendent à l’y maintenir pour l’empêcher de troubler la vie des hommes et des femmes sur terre.      

                          

lilith-par-john-collier Lilith dans l’œuvre de John Collier (1892)

Mais revenons au Zohar qui poursuit sa narration sur la faiblesse d’Adam qui réclama sa moitié. Dieu envoya trois anges à la poursuite de Lilith. Ils la trouvèrent sur la mer Rouge. Mais Lilith fit la sourde oreille. Les anges l’avertirent que si elle ne rentrait pas tout de suite au domicile conjugal, elle perdrait chaque jour cent de ses enfants. Elle accepta le marché et les anges lui laissèrent la vie sauve, à condition de ne jamais faire de mal à un nouveau-né là où elle verrait son nom écrit.

« Jéhovah donna Lilith à Sammaël (Satan), et ce fut la première des quatre femmes du diable… ».

Des variantes à cette légende ne font pas de Lilith un cadeau de Jéhovah. Elle aurait rencontré Satan, au cours de ses errances, qui tomba amoureux d’elle. Ils accordèrent leurs violons sur la question de l’égalité des sexes : ce serait chacun son tour, l’un dessus, l’autre dessous… Une allusion à l’androgynat, thème présent dans une interprétation de la légende de Lilith, qui fait d’elle le premier être créé par Yahvé, double, qui aurait donné naissance à Adam, pour l’épouser ensuite.

Lilith n’est mentionnée qu’une fois dans la Bible, dans Isaïe :

« Les chats sauvages rencontreront les hyènes et les satyres s’y appelleront. Là aussi se tapira Lilith pour y trouver le calme ».  

Les traducteurs de la Bible de Jérusalem on introduit son nom dans Job :

« On arrache le méchant de l’abri de sa tente pour le traîner vers le roi des Frayeurs. Lilith s’y installe à demeure et l’on répand du souffle sur son bercail ».

Cependant, la tradition rabbinique conteste cette version, signalant que le mot Lilith sert de métaphore pour signifier « des gens indésirables et hors la loi ». Dans la tradition chrétienne, on ne parle pas de Lilith : elle est la tentation personnifiée par le démon de midi :

 « Tu ne craindras pas les terreurs de la nuit,

 ni la flèche qui vole pendant le jour,

 ni la peste qui rôde dans les ténèbres,

 ni les attaques du démon de midi ». (Psaume91)

 

lamia-par-john-winterhouseEn latin, on la nomme Lamia. Dans la tradition grecque, les Lamies étaient des monstres nocturnes, voraces, qui apparaissaient souvent sous forme d’oiseaux. Comme eux, Lilith inspire terreur et répulsion. Elle est désignée en tant que démon, et représentée par un visage de femme aux longs cheveux, des ailes, un corps de serpent, des griffes. Symbolisant la puissance féminine contrecarrée par l’ordre établi, mais toujours dangereuse, elle devint collective et prit une multitude de noms.

 « La Fille de Satan, la grande femme d’ombre, cette Lilith qu’on nomme Isis au bout du Nil » écrivait Victor Hugo, qui l’associait à Isis, déesse-mère et grande magicienne des anciens Egyptiens. Il est bien plus logique de la rapprocher des filles des eaux, Loreleï et autres Mélusine qui, comme elle, vivent dans la douleur. Car la grande maudite, toujours cachée, latente, souffre de sa condition. Après tout, elle n’est sans doute pas si mauvaise.

 

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Loreleï

Enfin, Lilith est comparée à la Lune noire, à l’ombre de l’inconscient, aux obscures pulsions. Elle dévore les nouveau-nés, dévorée elle-même par la jalousie, non d’une rivale, mais de son incapacité à se soumettre.

On fait de Lilith la première féministe car il s’agit peut-être du plus ancien mythe de la féminité contradictoire. C’est aussi la représentation symbolique du matriarcat préexistant au patriarcat, mais finalement supplanté par l’avènement de celui-ci.

Les Féministes ont voulu voir en Lilith leur représentante, celle qui refusa de se soumettre à la domination masculine d’Adam et qui se vengea cruellement de son exclusion en trompant sa nouvelle compagne. Dans les années 1970, certaines militantes du groupuscule la « Cause des Femmes » avaient repris Lilith et son image comme porte-flambeau de leur lutte. En effet, contrairement à Eve, que la Bible présente comme ayant été conçue à partir d’une côte d’Adam afin qu’elle lui soit dépendante et donc soumise, Lilith aurait été formée à partir d’argile, comme Adam, et serait donc son « égale ». Ce qui placerait la femme dans un statut, non plus de subordination, mais de parité-égalité face à l’homme.

Un autre courant féministe, moins radical, se base lui sur l’existence dans les sociétés du paléolithique d’un courant matriarcal d’abord prédominant mais évincé, peu à peu, par le triomphe du patriarcat dans les sociétés néolithiques. Il s’agit du passage d’une société de chasseurs-cueilleurs à celui d’une société de pré-agriculteurs, où l’homme jusqu’alors nomadisant reste fixé dans un « village » qu’il maîtrise. Dans un article de Mary Daly, intitulé « Si Dieu était une femme », une théologie toute puissante représente un Dieu masculin, tout puissant, lui faisant dire : « Si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu ». C’est d’autant plus fort qu’ainsi camouflé et prétendument pratiqué « au nom de Dieu », le pouvoir religieux de type patriarcal cache une violence radicale vis-à-vis des femmes : il impose et justifie l’expérience masculine comme norme, ainsi que les stéréotypes sans fondement théologique sérieux sur le masculin et le féminin. Et Mary Daly de poursuivre : « Dans l’Eglise, le pouvoir de décision appartient à des hommes célibataires dont la légitimité est, dans les faits, celle qu’ils s’octroient mutuellement. Cela signifie que non seulement l’ensemble des femmes, mais aussi la plupart des hommes subissent cette violence. Cela signifie aussi que l’institution se prive d’une part importante de l’humanité et d’une image de Dieu apportée par les femmes.

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L’arbre de la Tentation : Adam, Eve et Lilith dans l’œuvre de Michel-Ange 

« Quoiqu’il en soit, il faut bien convenir que Lilith, femme de l’essentiel, ne pourra jamais vivre à la démesure de son désir. Elle rencontrera toujours la peur et la fuite d’Adam. Car pour Lilith, il ne peut être question de séparer le désir de l’absolu de l’amour. Découvrant que cet absolu est condamné, elle se replie sous sa tente fleurie, comme la Dame à la Licorne, elle épousera sa solitude ; le refus, la distance deviennent ses compagnons. Elle admettra sa défaite et choisira la hauteur, la sublimation, la verticalité, le silence. Elle est incapable d’apprivoiser le relatif. Avec le refus, l’absence, l’inaccessibilité, le mot distance devient inséparable du regard. Et en effet, Lilith se sert de son regard pour tenir Adam à distance, comme elle se sert de son silence. Par le regard, elle le foudroie sans ciller, sans rien montrer pour autant. Ce regard de Lilith ne se contente pas de regarder. Il voit. Il transperce. Il perçoit impitoyablement les faiblesses, les enfantillages, les petits mensonges, les pauvres dérobades. Lilith ne veut pas de ces concessions dont on survit. En refusant de répondre lorsque la question est mal posée, en fustigeant la vacuité de la parole de l’autre par une absence chargée à balles, elle transforme le silence en arme et le regard en cri. Trop orgueilleuse pour s’abaisser à expliquer ses propres évidences, trop rigoureuse pour ne pas tout dire si elle commence à parler, elle n’a pas d’autre ressource que le silence devant l’impossible dialogue. Plus Adam suppliera dès qu’il commence à comprendre à quoi ce silence le condamne et en quoi il le condamne, plus Lilith lui opposera un silence de plomb. Car dès lors qu’elle voudrait parler, elle ne le pourrait plus. Piégée elle-même par son refus d’être refusée, elle est renvoyée à sa pesanteur, à sa propre castration, elle qui castre Adam en dressant devant lui ce mur de verre. Elle se tait mais ne peut s’empêcher de le regarder et ce regard ajoute encore à la distance inexorable qui les sépare ». Bien des Lilith d’aujourd’hui peuvent encore se reconnaître dans ce beau texte de Joëlle de Gravelaine.

La Lune Noire en Astrologie

La Lune Noire est un point fictif dans le ciel, dont l’importance s’avère capitale dans le thème astrologique. Elle représente le deuxième foyer de l’orbite lunaire. Elle est le champ d’influences occultes de la Lune qui, dans son mouvement elliptique autour de la Terre, forme un axe dont les deux extrémités se nomment : l’une, le périgée, point de son orbite où elle se trouve le plus près de la Terre ; et l’autre, qui est son opposé, l’apogée, point de son orbite où elle se trouve le plus éloignée. Le périgée n’est pas fixe et son déplacement est d’environ 40° par an. Son pas journalier se calcule sur 6 à 7’ d’arc. Sa révolution se fait en 3 232 jours, soit environ 8 ans, 10 mois et quelques jours.

glyphe-de-la-lune-noireSon hiéroglyphe est figuré par une faucille barrée ou par deux croissants de lune formant un soleil central ponctué d’un point : l’œil même de la licorne, lieu métaphysique s’il en est.

Cette Lune Noire qu’on associe à Lilith, la première femme d’Adam, dont le sexe s’ouvrait dans le cerveau, est liée essentiellement à des notions d’intangible, d’inaccessible, de présence démesurée de l’absence (et l’inverse), d’hyper lucidité douloureuse à force d’intensité. Plus qu’un centre répulsif occulte, la Lune Noire incarne la solitude vertigineuse, le Vide absolu qui n’est autre que le Plein par Densité.

Selon l’emplacement de la Lune Noire dans le thème, en signe, en maison et les aspects qu’elle forme avec les planètes, l’interprétation variera sensiblement.

Parce qu’elle véhicule des valeurs radicales, parfois instantanées comme l’Insight (°) en psychanalyse ou le passage à l’acte suicidaire, elle peut être dans le thème synonyme du meilleur ou du pire : l’initiation verticale et féconde, le rôle médiateur par excellence ou bien armer le bras du criminel, parfois retourner contre soi le « couteau du sacrifice ». Elle peut marquer l’ambivalence du désir et du refus, l’accès fulgurant à l’inconscient ou l’aveugle résistance de l’inconscient.

Avant toute chose, il convient d’éviter toute confusion possible avec Saturne et avec Pluton, bien que la Lune Noire ait un rapport sensible avec ces planètes. Mais avec Saturne, nous connaissons la frustration et la culpabilité, tout ce qui est de l’ordre du manque et du deuil, mais nous n’avons pas la « sanction-guillotine », ni un processus sacrificiel.

Avec Pluton, nous connaissons l’expiation, le Tribunal des Enfers, l’angoisse, la mutation, la transformation, mais là encore il s’agit d’un processus lent, aussi lent que la progression de la plus lente des planètes du système solaire. Avec Pluton, pas d’événement immédiat.

Saturne fait éprouver la culpabilité qui conduira au châtiment plutonien, mais la Lune Noire armera le bras du bourreau et exécutera la sentence. Par ailleurs, s’il y a quelque chose de sacrificiel dans la nature de Saturne et de Pluton, ni l’un, ni l’autre n’ont quoi que ce soit à voir avec la transgression ou la désobéissance.

Autre action-clef de la Lune Noire : elle marque la remise en question qui peut aller jusqu’au changement radical, le rejet définitif, la prise de conscience illuminatrice, selon bien sûr, les planètes et les secteurs touchés, en transit sur le thème natal. Là où se trouve la Lune Noire dans le thème, surtout en Maisons angulaires, fortement aspectée ou liée au Soleil ou à la Lune, elle laisse une signature significative.

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 (°) Insight : Terme anglais, sans équivalent en français, sinon le mot « intuition » réservé à la psychologie humaine. Compréhension soudaine d’une situation déterminée. Brusque découverte de la solution d’un problème, la structure d’une figure ou d’un objet perçu.

 

dames-aux-licornes-gustave-moreau La Dame à la Licorne – Gustave Moreau

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Mélusine 

Bibliographie :

FEMMES de Sabrina Mervin et Carol Prunhuber – Editions Hermé

LE RETOUR DE LILITH – LA LUNE NOIRE – Joëlle de Gravelaine – Editions L’Espace Bleu

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Bouquins

        

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LA PERLE… UNE PETITE CONCRESSION LUNAIRE

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 08-07-2009

Symbole lunaire, la perle est liée à l’eau et à la femme. La constance de ses significations est aussi remarquable que leur universalité, ainsi que l’ont montré en divers livres nombre d’ethnologues.

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Née des eaux ou née de la lune, trouvée dans une coquille, la perle représente le principe Yin : elle est le symbole essentiel de la féminité créatrice. Le symbolisme sexuel du coquillage lui communique toutes les forces qu’il implique ; enfin la ressemblance entre la perle et le fœtus lui confère des propriétés génésiques et obstétricales ; de ce triple symbolisme : Lune-Eaux-Femme, dérivent toutes les propriétés magiques de la perle : médicinales, gynécologiques, funéraires. A titre d’exemple, elle sert, en Inde, de panacée ; elle est bonne contre les hémorragies, la jaunisse, la folie, l’empoisonnement, les maladies d’yeux, la phtisie, etc.… En Europe, elle était utilisée en médecine pour traiter la mélancolie, l’épilepsie, la démence… Chez les Grecs, elle était l’emblème de l’amour et du mariage.

En Orient, ses propriétés aphrodisiaques, fécondantes et talismaniques priment sur les autres. Déposée dans un tombeau, elle régénère le mort en l’insérant dans un rythme cosmique, par excellence cyclique, présupposant, à l’image des phases de la lune, naissance, vie, mort, renaissance.

La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perles pour ses propriétés revigorantes et aphrodisiaques. En certaines provinces de l’Inde, on emplit de perles la bouche du mort ; la coutume se retrouve à Bornéo. Quant aux Indiens d’Amérique, Streeter écrit que comme en Egypte au temps de Cléopâtre, en Floride, les tombeaux des Rois étaient ornés de perles. Les soldats de Soto découvrirent, dans un des grands temples, des cercueils de bois où gisaient, embaumés, des morts ; près d’eux étaient de petits paniers remplis de perles. Des coutumes analogues ont été signalées, notamment en Virginie et au Mexique.

Le même symbolisme recouvre l’usage des perles artificielles. Dans les sacrifices et les cérémonies funéraires du Laos, Madeleine Colani précise que : « Les morts sont pourvus de perles pour la vie céleste. On en enfonce dans les orifices naturels du cadavre. De nos jours, les morts sont enterrés avec des ceintures, des bonnets et des habits ornés de perles ».

En Chine, la médecine utilisait uniquement la perle vierge, non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d’yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques. Avec les Chrétiens et les Gnostiques, le symbolisme de la perle s’enrichit et se complique, sans toutefois jamais dévier de sa première orientation.

Saint Ephrem utilise ce mythe ancien pour illustrer aussi bien l’Immaculée Conception que la naissance spirituelle du Christ dans le baptême du feu. Origène reprend l’identification du Christ à la perle. Il est suivi par de nombreux auteurs. Dans les Actes de Thomas, célèbre écrit agnostique, la quête de la perle symbolise le drame spirituel de la chute de l’homme et de son salut. Elle finit par signifier le mystère du transcendant rendu sensible, la manifestation du Dieu dans le Cosmos.

La perle joue un rôle de centre mystique. Elle symbolise la sublimation des instincts, la spiritualisation de la matière, la transfiguration des éléments, le terme brillant de l’évolution. Elle ressemble à l’homme sphérique de Platon, image de la perfection idéale des origines et des fins de l’homme. Le musulman se représente l’élu au Paradis comme enfermé dans une perle en compagnie de sa houri. La perle est l’attribut de l’angélique perfection, d’une perfection toutefois, non pas donnée, mais acquise par une transmutation. 

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La perle est rare, pure, précieuse. Pure parce qu’elle est réputée sans défaut, qu’elle est blanche, que le fait d’être tirée d’une eau fangeuse ou d’une coquille grossière ne l’altère pas. Précieuse, elle figure le Royaume des Cieux dans l’évangile de Saint Matthieu. Il faut entendre par cette perle qu’on peut acquérir en vendant tout son bien, comme l’enseigne Diadoque de Photicé, la lumière intellectuelle dans le cœur, la vision béatifique. Nous rejoignons ici la notion de perle cachée dans sa coquille : comme celle de la vérité, de la connaissance, son acquisition nécessite un effort. Pour Shabestari, la perle est la science du cœur : lorsque le gnostique a trouvé la perle, la tâche de sa vie est accomplie. Le Prince d’Orient des Actes de Thomas cherche la perle comme Perceval le Graal. Cette perle précieuse, une fois obtenue, ne doit pas être jetée devant les pourceaux, comme l’évoque encore Saint Matthieu : la connaissance ne doit pas être livrée inconsidérément à ceux qui en sont indignes. Le symbole est la perle du langage, cachée sous la coquille des mots.

La perle naît, selon la légende, par l’effet de l’éclair, ou par la chute d’une goutte de rosée dans la coquille ; Au XVIIe siècle, René François écrivait : « La nacre est enceinte des cieux et ne vit que du nectar céleste, pour enfanter la perle argentine, pâle ou jaunâtre, selon que le soleil y donne et que la rosée est plus pure ». C’est en tout état de cause la trace de l’activité céleste et l’embryon d’une naissance, corporelle ou spirituelle, comme le bindu dans la conque, la perle-Aphrodite en sa coquille.

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 La naissance de Vénus – Botticelli - Musée des Offices - Florence – Italie

Les mythes persans associent la perle à la manifestation primordiale. La perle en sa coquille est comme le génie dans la nuit. L’huître contenant la perle est plus immédiatement, en diverses régions, comparée à l’organe génital féminin. 

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Associée par nature à l’élément Eau, les dragons la détiennent au fond des abîmes, la perle est aussi liée à la lune. L’Atharva-Veda la dit fille de Sôma, qui est la lune, ainsi que le breuvage d’immortalité. Dans la Chine ancienne, on observe une mutation des perles, et des animaux aquatiques, parallèle aux phases de la lune. Les perles lumineuses, les escarboucles, empruntaient leur éclat à la lune ; elles protégeaient du feu. Mais elles sont à la fois eau et feu, image de l’esprit naissant dans la matière.

La perle védique, fille de Sôma, protège la vie. Elle est, en Chine aussi, symbole d’immortalité. Le vêtement orné de perles ou les perles introduites dans les ouvertures du cadavre empêchent sa décomposition. Il en va de même avec le jade ou l’or. Il faut remarquer que la perle naît de la même façon que le jade, possède les mêmes pouvoirs et sert aux mêmes usages.

Symbole d’un ordre analogue : celui des perles enfilées sur un fil. C’est le rosaire, le sûtrâtmâ, la chaîne des mondes, pénétrés et reliées par Atmâ, l’Esprit universel. Ainsi le collier de perles symbolise l’unité cosmique multiple, l’intégration des éléments dissociés d’un être dans l’unité de la personne, la mise en relation spirituelle des deux ou de plusieurs êtres ; mais le collier brisé, c’est l’image de la personne désintégrée, de l’univers bouleversé, de l’unité rompue.

En Orient, et surtout en Perse, la perle a en général un caractère noble dérivé de sa sacralité. C’est pourquoi elle orne la couronne des rois. On retrouve des traces de ce même caractère dans les parures de perles, spécialement les boucles d’oreilles, ornées de perles rares et précieuses : quelque chose de cette noblesse sacrée rejaillit sur celui qui les porte.

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Dans la symbolique orientale des rêves, la perle conserve ses caractéristiques particulières et s’interprète généralement comme l’enfant ou encore la femme et la concubine. En outre, il peut s’agir de la science et de la richesse.

A noter encore que les douze pierres de la Jérusalem céleste constituaient les douze fondements « Les douze portes sont douze perles ; chacune des portes est d’une seule perle ». Ainsi, la perle se révèle une fois que les assises sont intégrées.

Sur le plan physique, la perle est une concrétion globuleuse ou sphérique, produite par certains mollusques, qui ont recouvert de nacre en couches successives un corps étranger. Son apparence brillante peut prendre toutes les couleurs : blanche, argentée, beige, rosée. Ainsi, la perle évoque toujours quelque chose de précieux, de rare, de remarquable, sans défaut. 

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Les Vertus de la Perle

On accorde certaines vertus à la perle, notamment elle préserverait celui qui la porte et lui permettrait de développer une égalité d’humeur. Elle insuffle aussi la force de se guérir soi-même. Tout comme la pierre de lune, elle facilité la libération des blocages émotionnels situés dans l’abdomen. Elle apporte aux hommes les qualités féminines telles que la tendresse, la sensibilité, l’intuition. Sur un plan spirituel, elle favorise le travail sur soi dans le but de renforcer la loyauté, l’authenticité. Sur le plan physique, elle agit sur les organes de la digestion et la circulation des fluides.

Dans le folklore français, les noces de Perle correspondent à 30 ans de mariage.

Les Perles dans l’Histoire

Les premières perles connues sont liées à l’homme de Neandertal. Elles ont été retrouvées à La Quina, un site en France, dans le département de la Charente, qui date de 38 000 ans environ avant J.C. Ce sont des dents et des os d’animaux incisés et portés en pendentifs.

Par la suite, les perles fabriquées par l’Homo sapiens n’apparaissent pas en grand nombre avant la première période du Paléolithique supérieur d’Europe occidental, le Châtelperronien (vers 31 000 av. J.C.).

L’un des plus anciens dépôts de perles a été trouvé dans la Grotte du renne à Arcy-sur-Cure en France, datant de 31 000 av. J.C. : des dents de renards, de hyène, de loup, de renne, d’ours et de marmotte ont été manifestement incisées et indentées pour être suspendues ensemble en collier. Des perles faites de coquilles fossiles ont été trouvées sur une série de sols d’occupation d’un abri sous roche calcaire dit « abri pataud », dans le Sud Ouest de la France. Ils datent d’entre 30 000 et 19 500 ans avant J.C.

Un artisanat de plus en plus évolué se développa pendant le Gravettien de l’aurignacien (30 000-18 000 avant J.C.), à peu près contemporain des premières peintures et gravures rupestres d’Europe. A la fin du Paléolithique supérieur (517 000-10 000 avant J.C.), la forme des perles, tout comme leur agencement, deviennent plus complexes.

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La perle est unique par sa beauté révélée sans l’aide de l’Homme : ni taille, ni polissage ! Selon la légende hindoue, Krishna l’aurait cueillie au fond de l’océan pour en parer sa fille le jour de ses noces. Et 2300 ans avant l’ère chrétienne, les Chinois acceptaient les perles en paiement de l’impôt … Le plus ancien bijou avec perles a été retrouvé à Suza, en Iran, lors de fouilles effectuées en 1901 : un collier de 3 rangs comprenant 216 perles qui ornait le cou d’une princesse Achémide, endormie dans son sarcophage déjà quatre siècles avant J. C.

En 1515, l’explorateur Balboa découvrit dans le Golfe de Panama une perle de 200 grains (50 carats), baptisée « Pérégrina », tellement exceptionnelle qu’elle s’en alla orner la couronne royale espagnole.  Après être passée entre les mains de Joseph Bonaparte, Hortense de Beauharnais, Louis Napoléon et la Marquise d’Abercorn, elle fut mise aux enchères, en 1969, chez Sotheby’s où elle fut acquise par Liz Taylor qui la laissa malencontreusement à portée de son chien qui dans un mouvement malheureux … la happa ! Puis la restitua par les voies naturelles non sans l’avoir quelque peu endommagée !

La perle de culture

Les perles ont longtemps été considérées comme des pierres précieuses, dont l’origine fut souvent attribuée poétiquement à une goutte de rosée solidifiée. Depuis longtemps, les Chinois savaient que le manteau des mollusques sécrétait la nacre de leur coquille, et l’on trouve ainsi, dès le XIIe siècle, des bouddhas de nacre résultant de l’enrobage, pendant quelques années, d’un modèle de plomb ou d’étain glissé entre la coquille et le manteau de mulettes d’eau douce.

Dans les environs de Kobe, Mikimoto mit au point la technique de l’élevage dans des paniers suspendus à des cordes, et utilisa une méthode d’introduction de greffon de manteau destiné à sécréter des couches perlières autour du noyau de nacre. Cette technique était inspirée des travaux de son gendre décédé. Il commercialisa ses premières perles de culture aux Etats-Unis, organisant avec génie ses fermes perlières.

Les secrets de la technique de culture furent bien gardés, en dépit de la volonté américaine, et les fermes perlières ne purent s’implanter alors hors du Japon qu’avec la présence de greffeurs japonais.

A la suite des travaux d’un des frères Fujita, il s’est développé depuis 1960 une culture de perles en eau douce, le greffon est introduit sans noyau de nacre dans le manteau de la mulette opérée, et il se développe une perle de culture ovale à baroque, à large centre irrégulier ; chaque mollusque peut recevoir jusqu’à vingt greffes par valve, soit quarante greffes au total (en général, 10 à 15 greffes par valve seulement sont introduites pour ne pas épuiser le mollusque).

Après avoir grossi pendant deux ans, les perles de culture sont extraites avec soin de la mulette, afin de na pas trop la blesser ; elle pourra ainsi produire une seconde génération de perles et parfois encore une troisième. 

Les perles de culture d’eau douce ont souvent des formes baroques, froissées, en grains de riz mais, de plus en plus, on les trouve presque parfaitement sphériques faisant concurrence en beauté et, surtout, en prix aux perles de culture d’eau de mer.

Depuis la fin des années 1970, une culture de perles en eau douce s’est fortement développée sur le modèle de la culture de perles du lac Biwa ; les perles de culture sont aussi commercialisées par l’intermédiaire des Japonais. La Chine est devenue depuis 1990 le principal producteur de perles de culture à implant organique, souvent presque sphérique.

Les perles peuvent être cultivées partout mais certains pays s’en sont fait une spécialité. Devant le succès grandissant des perles de culture et grâce à un accroissement du commerce mondial, de plus en plus de pays se lancent ou retrouvent les traditions de la culture des perles : Philippines, Viêt-Nam, Indonésie, Myanmar (Birmanie) etc.…

La Perle dans la Peinture

La Jeune Fille à la Perle se trouve au Mauristhuis de La Haye (Hollande). On l’appelle aussi « La Joconde du Nord ». Ce tableau aurait été peint vers 1665 par Johannes Vermeer, en effet il n’est pas daté. On ne sait pas non plus qui est à l’origine de l’œuvre ou même pour qui ce travail a été réalisé. Il est d’ailleurs signé IVMeer et il diffère totalement des autres tableaux de Vermeer, particulièrement par rapport au fait que la jeune fille regarde par-dessus son épaule, ce qui suggère que la personne qu’elle regardait n’était autre que le peintre lui-même.  

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La Jeune fille à la perle de Vermeer

Vermeer a travaillé avec des éléments chromatiques simples et quelques glacis du même pigment expriment les ombres. Le turban, mélange d’outremer et de blanc, est surmonté d’un tissu jaune éclatant ; la veste modelée avec un ocre plus clair fait ressortir le blanc du col qui se reflète dans la perle. L’art de la carnation tient dans un glacis mince, de couleur chair, sur un sous-modelage transparent.

André Malraux soulignait la simplification magistrale qui en fait un « galet translucide ». On est toujours dans le monde aquatique et lunaire du Cancer.

Quant au Mauristhuis, c’est un petit musée, ancien et tranquille, cadre parfait pour cette Jeune fille à la Perle. Les jours d’hiver, il arrive qu’il n’y ait aucun visiteur dans la salle où elle est exposée. Au dehors, les rues sont silencieuses ; la lumière qui tombe du ciel bas est celle que Vermeer a connue. Et au milieu de toutes les œuvres recherchées du XVIIe siècle qui l’entourent, la jeune fille émerge dans une tache de couleur claire et illumine la salle, aimait à évoquer Hans Koning, écrivain et journaliste hollandais.

Il existe différents tableaux moins célèbres que le tableau de Vermeer, mais où la perle illumine le tableau. Il s’agit d’avoir d’un portrait de Marie-Antoinette avec ses enfants, par Elisabeth Vigée Le Brun (1787), ainsi que le portrait de la Duchesse de Brunswyck par le peintre anglais Thomas Fraye (1761-1762) et surtout celui de Sophie Septimanie, comtesse Pignatelli, peint en 1763 par Alexandre Roslin. En 2006, cette toile quittait le château de Dampierre-en-Yvelines pour le Minneapolis Institute of Arts. 

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Sophie Septimanie Comtesse Pignatelli par Alexandre Roslin

La Perle dans la Littérature

La Perle est associée au Coq dans la célèbre fable de La Fontaine, Le Coq et la Perle que le peintre Philibert Léon Couturier a figuré dans plusieurs tableaux, dont un se trouve au Musée Denon à Chalon-sur-Saône. On y remarque un coq qui tient dans son bec une perle au bout d’une chaînette qu’il a trouvée dans le tas de tissus par terre derrière lui.

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Le Coq et la Perle par Philibert Léon Couturier

De même on trouve « La Perle », un roman américain de John Steinbeck publié en 1947. C’est l’histoire d’un pauvre pêcheur indien qui vit avec sa femme et son jeune fils, dans la ville de La Paz, au Mexique. Vers le Golfe du Mexique. Son fils Coyotito venant d’être piqué par un Scorpiones Scorpion, Kino et sa femme, Juana, entreprennent de pêcher une perle dont la vente suffira à payer le docteur, car le docteur est raciste et ne souhaite pas soigner les  » petit indiens », comme il les nomme. Kino furieux veut malgré tout sauver son enfant. Pour cela, il décide d’aller pêcher des perles et, quand il remonte à la surface, il se rend compte que celle qu’il a pêchée est énorme, c’est « La Perle du Monde » dont toutes les légendes de pêcheur parlent. Dès cet instant, sa vie change complètement. Alors que la cupidité, la méfiance et l’envie le rongent, sa femme, elle, perd confiance et fait tout pour jeter la perle. Plusieurs malheurs surviennent, la population voulant arracher la perle des mains de Kino. Celui-ci décide alors de partir avec sa femme et son fils, au-delà de la montagne, dans l’espoir de vendre sa perle à Loreta, la ville de la Vierge. Ils se rendent rapidement compte qu’ils sont suivis par des pisteurs, qu’ils essayent en vain de semer. Après avoir caché sa famille, Kino réussit à attaquer les traqueurs par surprise et à en tuer deux. Malheureusement, le coup de feu tiré par un des pisteurs (qui a priori, croit tirer sur un animal) atteint Coyotito à la tête. Finalement, le couple rentre au village et, cruellement triste de la perte de leur enfant, rejette la perle à la mer, ou elle retrouve sa place.

Steinbeck a tiré son récit d’un conte traditionnel mexicain. Comme la plupart de ses romans, La Perle décrit les effets de la pauvreté et de la richesse, développant surtout la corruption qui peut découler de la richesse, et évoquant les pêchés capitaux. Il dépeint aussi la condition des pêcheurs de perles et les dangers de leur métier.

Plus près de nous, Juliette Benzoni est l’auteur d’un roman historique, « La Perle de l’Empereur » qui relate l’histoire de la perle « La Régente » que Napoléon 1er offrit à sa seconde épouse Marie-Louise. Depuis, elle raconte que ce beau bijou n’a cessé de faire couler le sang, causant damnations et malheurs à ses différents propriétaires.

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins chez Robert Laffont/Jupiter 

Le Grand Livre de la Magie des Pierres – S. Da Ros – Editions Trajectoire.

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L’AMETHYSTE : LA PIERRE DE JUPITER, C’EST-A-DIRE DU SAGITTAIRE ET DES POISSONS

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 17-03-2009

Longtemps considérée comme une pierre précieuse de par sa couleur variant du violet rose au mauve, en allant jusqu’au pourpre, l’améthyste est une des plus précieuse de la famille des quartz. Son nom provient du grec « amethustos » qui signifie «qui n’est pas ivre », pour d’autres « qui préserve de l’ivresse ». Et en raison de sa couleur, on la disait souveraine contre les vapeurs de vin. Dans l’Antiquité, on taillait des coupes d’améthyste pour y voire le vin, ce qui évitait aux convives de s’énivrer. Noter au passage que les signes du Sagittaire et des Poissons sont légendaires pour les excès, et notamment l’addiction à l’alcool pour les Poissons. Selon la légende Bacchus s’éprit un jour de l’une des nymphes de la déesse Diane. Celle-ci pour la préserver des ardeurs de Bacchus, la transforma en pur cristal de roche. Le dieu en eut un tel dépit qu’il déversa sur la pierre sa coupe de vin, créant ainsi l’Améthyste.

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L’améthyste serait donc une pierre de tempérance qui garde de toute ivresse. Ce serait pour cette raison, selon les croyances chrétiennes orthodoxes, qu’elle serait portée par les évêques. Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, elle représente la douzième marche de la Jérusalem céleste et symbolise la fusion avec le divin. L’évêque en tant que pasteur des âmes, chargé d’une responsabilité spirituelle et temporelle, doit, à la différence du reclus contemplatif, ayant abandonné le siècle, se garder de toute ivresse, fût-elle spirituelle. C’est aussi parce que l’améthyste était censée encourager le célibat et être un symbole de piété, qu’elle joua un rôle important dans l’ornementation des Eglises catholique et orthodoxe. L’améthyste était également utilisée pour les rituels et les exorcismes. Enfin, une tradition chrétienne moralisante en fait le symbole de l’humilité, parce qu’elle est de la couleur de la violette.

Selon Pline, elle protège contre la sorcellerie, si elle est gravée de figures de la lune et du soleil « et attachée au cou avec des duvets de paon et les plumes d’une hirondelle… ». Elle guérit de la goutte et, placée sous l’oreiller, donne des rêves bénéfiques, renforce la mémoire et immuniser contre les poisons.

L’améthyste est une variété de quartz qui contient du fer d’où sa couleur violette. C’est la forme cristallisée du bioxyde de silicium. L’améthyste a tendance à se décolorer à la lumière. Elle raye le verre et l’acier. Ce quartz représente à lui seul 12% de l’écorce terrestre. Sa densité est de 2,6, de ce fait elle entre dans la catégorie des minéraux légers.

Autres caractéristiques  

L’améthyste est non clivable. Chauffée à 500 °C elle devient jaune devient jaune, c’est la citrine. Elle fond à la flamme d’un chalumeau oxhydrique et en refroidissant elle se solidifie en verre de silice. Elle n’est attaquable que par l’acide fluorhydrique. Deux morceaux de quartz entrechoqués produisent une étincelle et dégagent l’odeur d’une allumette. Soumis à un courant électrique les cristaux de quartz vibrent à un rythme régulier. Pendant des siècles le cristal de roche, la forme la plus pure du quartz, était une énigme. On pensait qu’il s’agissait d’une glace qui ne fondait pas même au feu, d’où son nom de cristal issu du grec Kryos : froid glacial.

L’améthyste est formée de cristaux en prismes à six côtés surmontés d’une pyramide. Parfois, on trouve des cristaux de très grande taille et de plusieurs tonnes, ou bien sous forme miscroscopique, comme le sable des déserts…

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Où la trouve-t-on et qu’en fait-on ?

Dans des cavités produites par la déformation mécanique des roches, dans des failles qui peuvent receler de magnifiques ensembles de cristaux. Elle est présente dans les roches métamorphiques de contact, dans les roches sédimentaires et magmatiques. C’est un minéral très commun. On la trouve aussi dans le granit et le silex est une forme de quartz. Quelquefois de véritables caves de cristal de roche se développent dans des fissures de schiste argileux. L’améthyste se rencontre souvent dans les géodes : cavités nées de bulles de gaz enfermées dans la lave refroidie. On la trouve aussi dans les Druses : petites géodes, moins d’un mètre de diamètre.

Le quartz est le minéral le plus abondant dans la nature. On le rencontre dans les Alpes où les cavités sont appelées four à cristaux, mais aussi au Brésil, au Japon, aux États-Unis ou à Madagascar. En 1795, enSuisse, les cristalliers avaient extrait d’une fissure 50 tonnes de minéral.

A Annecy on fabrique du quartz de synthèse car les gisements dans la nature s’épuisent. Le quartz pousse en autoclave à raison de 2mm par jour, bien plus rapidement que dans la nature. Les cristaux sont plus purs et mieux formés. Cette production représente plusieurs milliers de tonnes par an, mais son prix est encore élevé. On peut obtenir de cette façon d’autres variétés de quartz par exemple l’améthyste.

On dit que l’améthyste a des vertus thérapeutiques. Elle activerait la production d’hormones, harmonisant ainsi le système endocrinien et le métabolisme. Elle fortifierait les organes de purification et d’élimination, ainsi que le système immunitaire. Enfin, elle soulagerait du stress physique et de la douleur. Traitant l’insomnie, elle confèrerait un sommeil reposant.

Par ailleurs, on utilise le quartz :

- pour fabriquer des lentilles et des prismes de certains instruments d’optique ;

- en électricité aussi avec la consommation croissante de lame de quartz ;

- en électronique et équipement radio, télévision et appareils radar ;
- en horlogerie ou en informatique : les vibrations qu’il produit lorsqu’il est soumis à un courant électrique cadencent de façons très précises les opérations. 

- en joaillerie, depuis l’antiquité ; c’est une pierre semi-précieuse, en fonction de ses couleurs.
- en radiesthésie on utilise le pendule en cristal de roche pour détecter les sources.

Autrefois les pierres étaient utilisées pour leurs propriétés magiques par les sorciers et les guérisseurs. Les plus utilisées étaient les silicates comme l’améthyste, la citrine ou le cristal de roche. Les baguettes des guérisseurs étaient faites à partir d’un cristal en prisme allongé qu’ils déplaçaient sur le corps du malade. L’améthyste est sensée apporter la paix de l’esprit. Dans l’antiquité, les prêtres Grecs exposaient un cristal aux rayons du soleil pour allumé un « feu sacré ». L’améthyste était rare dans l’Antiquité. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que la découverte d’importants gisements au Brésil et en Uruguay la rendit commune.

Symbolique et croyances

- Les noces d’améthyste symbolisent les 48 ans de mariage dans le folklore français.

- L’améthyste est la pierre fine ornant la bague des évêques.

- Jadis, elle était réputée pour combattre l’intoxication alcoolique, stimuler la créativité, la méditation et les rêves prophétiques.

- Dans le tarot, l’améthyste correspond à l’arcane XIV, la Tempérance, qui relie le monde matériel au monde immatériel. De plus la Tempérance signifie la maîtrise du désir, la modération, la mesure : cette modération, qui, chromatiquement, donne la couleur violette. Faite de l’addition du rouge et du bleu, qui dominent dans la lame du tarot, elle est aussi le mariage de l’actif et du passif, symbolisant le mystère de la création, invisible, secret. Elle symbolise le rayon violet de l’alchimie. 

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- Elle permettrait d’annihiler les envoûtements d’un amoureux jaloux, d’éloigner les mauvaises femmes et… les vipères.

- Placée la nuit sous un oreiller elle permettrait de lutter contre l’insomnie. En poudre, elle calmerait les douleurs gastriques consécutives à l’énervement, elle apaiserait donc les angoisses et les colères, chassant les pensées obsessionnelles, nettoyant et rééquilibrant le mental. Elle calmerait aussi l’hystérie. Léonard de Vinci écrivit d’ailleurs que « l’améthyste était à même de dissiper les pensées mauvaises et d’activer l’intellect ».

- On affirme encore qu’elle améliore le fonctionnement du foie et, placée à proximité d’une plaie, elle aiderait à  la résorption  des brûlures.

- L’améthyste est aussi le nom d’un champignon, ainsi dénommé à cause de sa couleur.

Purification et rechargement

Passé votre Améthyste dans de l’eau distillée salée, rincez-la, essuyez et mettez-là un peu au soleil. Rechargement pendant la Nouvelle Lune.

Signes Astrologiques de prédilection

Si votre thème est fortement marqué Sagittaire ou Poissons bien sûr, mais également Verseau ou Capricorne ou même encore si c’est la Vierge prédomine, vous pouvez faire de l’améthyste votre pierre.

 

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