DANS L’UNIVERS DU TAUREAU… LA BOURSE DE COMMERCE DE PARIS ET LA HALLE AUX BLES

(6.2 - Paris Insolite - Paris Mystérieux - Paris Esotérique) par sylvietribut le 16-05-2014

A l’emplacement approximatif où se trouve aujourd’hui la Bourse de commerce de Paris se trouvait l’hôtel de Soissons. Catherine de Médicis, qui était d’ailleurs Taureau Ascendant Bélier, habita ici pendant 14 ans, mais c’est à Blois qu’elle mourut, en 1589. Malade, elle avait reçu d’un prêtre les derniers sacrements ; elle lui demanda son nom : « Madame, je m’appelle Julien de Saint-Germain ». Catherine de Médicis comprit que son Astrologue avait vu juste et qu’elle n’avait plus qu’à mourir, ce qui se produisit peu après. En effet, il faut se souvenir qu’en 1572, par son fameux horoscope, le Florentin Cosimo Ruggieri avait prédit à la Reine « qu’elle mourrait près de Saint-Germain ». C’est pourquoi Catherine de Médicis renonça à habiter le château des Tuileries situé dans la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois et délogea les Filles-Pénitentes qu’elle transféra dans le monastère de Saint-Magloire, rue Saint-Denis. En place du couvent, la Reine fit construire un hôtel superbe, le plus beau de Paris avec le Palais du Louvre et le château des Tuileries. Ce fut l’Hôtel de la Reine, œuvre de Brullant.

LA BOURSE DU COMMERCE

La Bourse du Commerce et la Tour Astrologique – Paris

Il comprenait deux parties : l’hôtel et son jardin. La colonne que l’on voit actuellement était édifiée à l’intérieur même de l’hôtel, dans l’encoignure d’une courette ; son premier étage faisait face à l’une des deux pièces formant le logis particulier de la reine. La colonne servait d’observatoire à son astrologue Cosimo Ruggieri.

En 1606, l’Hôtel de la Reine fut acheté par le fils du Prince de Condé, Charles de Bourbon-Condé, comte de Soissons. Il le fit réparer et agrandir ; d’où un nouvel hôtel magnifique appelé dès lors l’Hôtel de Soissons. Malheureusement, le dernier propriétaire, Victor-Amédée de Savoie, criblé de dettes, transforma l’hôtel en un somptueux tripot. Puis en 1718, il fit construire dans les jardins quantité d’échoppes qu’il loua très cher aux agioteurs de la Banque générale de Law avant que ceux-ci ne s’installent, un an après, dans la rue Quincampoix.

L’hôtel fut démoli en 1748 et ses matériaux vendus pour payer les créanciers de Victor-Amédée de Savoie. La colonne fut rachetée par la Ville et son premier acquéreur, Laurent Destouches, qui l’avait acquise pour la  sauver de la démolition.

Entre 1763 et 1767, la Ville de Paris fit construire sur l’emplacement de l’Hôtel de Soissons un édifice, de forme circulaire, destiné à la vente et à l’entrepôt des blés et farines. Ce fut la Halle aux Blés. On avait envisagé d’abord de transporter la colonne en son centre, mais le projet fut abandonné et la colonne resta à sa place primitive, adossée au mur extérieur de la Halle avec laquelle elle n’eut aucune communication. En 1887, la Bourse du Commerce remplaça la Halle aux Blés.

LA TOUR ASTROLOGIQUE - PARIS

La Colonne Astrologique – Paris

Quant à la Colonne Astrologique, construite également par Bullant, elle appartient est à l’ordre toscan par son chapiteau et à l’ordre dorique par son fût. Sa hauteur est d’environ 31 mètres, son diamètre, de 3,15 mètres à la base et de 2,65 mètres au sommet ; sa surface présente 18 cannelures, séparées entre elles par des arêtes dentelées. On y voit encore des monogrammes faits de C et de H entrelacés. Elle contient un escalier à vis de 147 marches, éclairé par quelques étroites barbacanes.

On ignore encore le but de cette colonne. Pour certains, ce pouvait être une tour de guet, pour d’autres, un monument élevé par la reine à la mémoire de feu son époux, le roi Henri II. Reste la solution d’un observatoire dominant le palais et ses alentours où, à défaut de la superstitieuse reine qui, déjà âgée et corpulente, ne pouvait gravir ces 147 marches, montèrent souvent ses astrologues et cabalistes pour observer le firmament.

Cette mystérieuse colonne, qui est classée, constitue un précieux souvenir d’un lieu où deux reines de France ont vécu, où fût un couvent de jolies pécheresses du XVIe siècle, où naquirent deux illustres généraux et qui fut, à deux reprises, un temple de l’agiotage.

LA BOURSE DU COMMERCE DE PARIS VUE DU CIEL

La Bourse du Commerce de Paris vue du ciel

C’est l’architecte et théoricien Nicolas Le Camus de Mézières qui fut chargé de la construction de la halle et du quartier avoisinant. Le terrain dessinait un pentagone irrégulier. Les marchands étaient partagés sur la forme à donner à l’édifice : certains préféraient un « carreau » où la lumière du jour permettait de juger de la qualité des marchandises, tandis que d’autres soulignaient les avantages d’un édifice couvert pour les protéger des intempéries. Le Camus opta pour un bâtiment de plan annulaire, de 122 mètres de circonférence, percé de 25 arcades : la partie centrale restait ainsi à ciel ouvert, mais deux galeries concentriques, ouvertes sur l’extérieur par 24 arcades et couvertes de voûtes supportées par des colonnes d’ordre toscan, comme la colonne astrologique, formaient un abri commode.

Ces galeries renfermaient les locaux de la police, du contrôle des poids et mesures, des statistiques. Au premier étage, se trouvaient de vastes greniers couverts de voûtes ogivales en briques et accessibles par deux beaux escaliers tournants dont l’un était à double révolution, comme à Chambord, afin que le personnel administratif et les négociants n’aient pas à croiser les portefaix.

PLAN DE LA HALLE AU BLE - BOURSE DE COMMERCE DE PARIS

Plan de la Halle aux Blés par l’Architecte Le Camus de Mézières

Le nouvel édifice fut très admiré. Il illustrait les conceptions qui commençaient à se dégager alors : la notion de monument public, isolé et dégagé par rapport au tissu urbain, ce qui présentait en outre l’avantage supplémentaire de réduire les risques d’incendie. La sobriété, la transparence, le jeu des volumes rappelaient l’architecture gothique qui recommençait à être admirée. Ce monument rationnel et élégant « fut accueilli comme le symbole d’un gouvernement paternel et d’une administration prévoyante, comme un témoignage du zèle municipal pour le bien public. L’activité dont elle était le théâtre enseignait au peuple que l’abondance est la récompense du travail ».

Par ailleurs, comme on avait renoncé à déplacer la colonne astronomique de Ruggieri, on se borna à réparer le monument, tout en y ajoutant une fontaine et un cadran solaire dessiné par l’astronome Alexandre Guy Pingré.

Autour de la Halle aux Blés, on traça une rue circulaire, l’actuelle rue de Viarmes, d’où rayonnaient cinq autres voies qui reçurent les noms d’échevins. Au nord, une petite place circulaire devait assurer l’articulation avec le vaste parvis projeté devant l’église Saint-Eustache. 

VOUTE DE LA HALLE AU BLE

Voûte de la Halle aux Blés – Bourse du Commerce de Paris

Entre septembre 1782 et janvier 1783, comme la cour intérieure avait été laissée ouverte et que cela nuisait à la conservation des grains, on la fit couvrir d’une coupole en charpente, exécutée par le menuisier André-Jacob Roubo, qui démontrait les qualités de la charpente à petits bois conçue par Philibert Delorme au XVIe siècle. Cette charpente était constituée d’arêtes de planches de sapin, séparées par des châssis vitrés, couvertes de cuivre étamé et de lames de plomb. Elle culminait à 38 mètres au-dessus du sol et était surmontée d’une lanterne en fer, mentionnée dans les Mémoires secrets de Bachaumont comme « un des plus grands ouvrages de serrurerie en ce genre » et sommée d’une girouette et d’un paratonnerre.

Cette réalisation fut très admirée, notamment par Thomas Jefferson, alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris. On n’hésitait pas à la comparer au dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome. Dans « Voyages en France », Arthur Young évoque « la plus belle chose que j’ai vue dans Paris c’est la halle aux blés. La coupole est aussi légère que si elle avait été suspendue par la main des fées. Dans l’arène, que de pois, de fèves, de lentilles, on y vend. Dans les divisions d’alentour il y a de la farine sur les bancs. On passe par des escaliers doubles tournant l’un sur l’autre dans des appartements spacieux pour mettre du seigle, de l’orge, de l’avoine, le tout si bien projeté et si bien exécuté que je connais aucun bâtiment public en France ou en Angleterre qui le surpasse… » .

Malheureusement, en 1802, la coupole fut détruite par un incendie. Elle était en fer et primitivement couverte de feuilles de cuivre, elles furent remplacées par des vitres en 1838. L’usage du fer et du cuivre en faisait un ouvrage d’avant-garde que Victor Hugo, qui la comparait à une casquette de jockey, n’appréciait guère.

 LA HALLE AU BLE EN 1838

La Halle aux Blés en 1838

Nouvel incendie en 1854 et la Halle aux blés dont l’activité n’avait cessé de diminuer fut fermée en 1873. Le bâtiment fut attribué en 1885 à la Chambre de Commerce qui le fit transformer en Bourse de commerce. On modifia la coupole en fer et verre, on ferma la partie inférieure d’une maçonnerie en brique et on rhabilla l’ensemble du bâtiment en pierre. Auparavant, la Bourse du Commerce était hébergée dans les locaux du Palais Brongniart, l’actuelle Bourse de Paris. L’ensemble fut inauguré le 24 septembre 1889. La ville de Paris transféra la propriété du bâtiment de la Chambre de Commerce pour 1 franc symbolique en 1949. La coupole et le décor furent classés « Monument historique » en 1986 et d’importants travaux de restauration furent exécutés en 1989.

Aujourd’hui, l’entrée monumentale s’ouvre par un portique, situé à l’ouest du bâtiment face à la rue du Colonel-Driant, sommé d’un fronton porté par quatre colonnes corinthiennes cannelées que surmontent trois figures allégoriques, œuvre du sculpteur Aristide Croisy, représentant la Ville de Paris flanquée de l’Abondance et du Commerce. L’intérieur est décoré de panneaux peints représentant des personnages symbolisant les quatre points cardinaux et de fresques monumentales évoquant l’Histoire du Commerce entre les cinq continents. 

LA COUPOLE DE LA BOURSE DE COMMERCE DE PARIS

La coupole de la Bourse de Commerce de Paris

Bibliographie

Connaissance du Vieux Paris- Jacques Hillairet – Editions de Minuit – 1978

 

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