2 FEVRIER … CHANDELEUR … LUMIERE… DISQUE SOLAIRE… ET CREPES
(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 01-02-2012
Dans des temps anciens, on parlait de « chandeleuse », quoi qu’il en soit la racine du mot est « chandelle ». L’étymologie vient de cette « chandeleuse » ou chandeleur vient du latin « Festa Candelarum », c’est-à-dire « Fête des Chandelles ». Et comme bien des fêtes judéo-chrétiennes, la chandeleur trouve son origine dans un mélange de traditions païennes et religieuses, chrétienne et juive en l’occurrence.
Chandeleur – Fête des Chandelles
En effet, au Ve siècle, le Pape Gélase Ier associa ce rite païen de la Fête des Chandelles avec la présentation de Jésus au temple et à la purification de la Vierge. Toutefois, ce n’est qu’en 1372 que la Fête de la Chandeleur sera officiellement associée à la purification de la Vierge. Ce même pape faisait distribuer des crêpes aux pèlerins qui arrivaient à Rome. Dans les églises, on remplaçait les torches par des chandelles bénies dont on pensait que la lueur éloignait le Malin, le diable, Satan prince des ténèbres, alors que le Christ était nommé « la lumière du monde ». Il en allait de même pour la fête juive de Hanoucca, ou Fête des lumières, qui dure huit jours.
En fait, dans la symbolique de la Chandeleur et dans la forme des crêpes et leur couleur, on retrouve l’adoration première des traditions païennes, le Soleil. La crêpe étant la représentation du disque solaire. On trouve d’ailleurs toutes sortes de galettes ou de crêpes dans toutes les civilisations primitives, qu’elles aient été faites à partir de farine de blé, de farine de maïs, de farine de riz, ou de toute autre céréale.
La crêpe représentation du disque solaire
Si la crêpe par sa rondeur, sa belle couleur dorée, symbolise le soleil, source de lumière, et donc pour les Chrétiens l’image du Christ, rappelant ainsi la prophétie de Saint-Siméon, il ne faut pas oublier que c’est une galette de céréales que les Romains mangeaient à la même époque, en l’honneur cette fois de la déesse Proserpine. Voilà qui incite à penser, une nouvelle fois, que la Fête de Présentation de l’Enfant Jésus, instaurée vers le Ve siècle, visait d’abord à remplacer un rite païen qui perdurait encore.
Chandeleur : Hypapante ou Purification
La Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance, coïncide avec celle de la Purification de la Vierge, coutumes courantes de la vie publique et privée des Hébreux. Deux autres aspects de la fête, l’un saisonnier et agraire, l’autre célébrant la lumière ascendante, sont beaucoup plus importants par la richesse des traditions qu’ils évoquent.
Mantegna – Purification de la Vierge
La présentation de l’Enfant au Temple, son accueil par Saint Siméon, prophétisant sa vocation divine et son martyr sur la croix, donnent à la fête le nom d’Hypapante, c’est-à-dire « ce qui vient au-devant » de la gloire.
En Méditerranée orientale, la fête était très respectée des paysans qui redoutaient pendant cette période les chutes de grêle, désastreuses pour une végétation encore bien fragile. Ce jour-là, « les moulins chôment, les esclaves chôment et les ânes se reposent » suivant le dicton populaire et c’est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée « Myliargoussa », « celle qui arrête les moulins ». Sa fête servait ici comme moyen de prévisions du temps et de la qualité des récoltes : « Le temps d’Hypapante est celui des quarante jours à venir », affirmaient les paysans, ou encore : « Hypapante enneigée, greniers bien chargés ».
Dans les traditions occidentales, la fête est connue sous le nom de Chandeleur parce que l’on conserve ce jour-là les chandelles allumées que l’on porte à travers les églises. Dans la « Légende dorée », Jacques de Voragine explique cette coutume par quatre bonne raisons dont la première consiste à « détruire » des pratiques mauvaises, échos des traditions préchrétiennes : « Autrefois, aux calendes de février, temps lustral, les Romains illuminaient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l’honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines ».
La Légende dorée par Jacques de Voragine – Dominicain et Archevêque de Gênes
Il s’agissait en fait de la « lustratio populi », appelée « lustrum », grande fête quinquennale de purification du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés.
La « Légende dorée » poursuit : « En outre, pendant ce mois, les Romains offraient des sacrifices à Febvrius, c’est-à-dire Pluton, et aux autres dieux infernaux pour les âmes de leurs ancêtres ; toute la nuit, ils veillaient en chantant leurs louanges et tenaient des cierges et des torches allumées »…. Le Pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient ce jour-là la Fête des Lumières en souvenir de la fable de Proserpine : « elle était si belle que le dieu des Enfers, épris d’elle, l’enleva et en fit une déesse ». Et l’historien de poursuivre : « Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts et les bois avec des torches et des flambeaux… Or, parce qu’il est difficile aux Chrétiens, nouvellement convertis, d’abandonner une coutume, le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux Chrétiens de célébrer, chaque année à pareil jour, une fête en l’honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bénites »…
D’autres sources font remonter l’origine de la Chandeleur à la « Parentalia » romaine : fête annuelle en l’honneur des morts et au cours de laquelle, les Romains veillaient, éclairés par des cierges et des torches. On dit encore que la Chandeleur serait à relier au dieu Pan et durant la nuit, les adeptes du dieu parcouraient les rues de Rome en portant des flambeaux. De même la crêpe romaine symbolisait la roue solaire dont on faisait don aux divinités sans lequel le blé serait altéré.
Imbolc et les grandes fêtes celtiques
Il faut également mentionner une célébration qui, cette fois, avait lieu dans le monde celte : la fête de la déesse Imbolc, qui se déroulait le 1er février. Imbolc semble signifier « lustration » et il s’agissait donc d’une fête de purification de l’eau lustrale, rite agraire très important censé favoriser la fécondité et la fertilité. Le relais chrétien de cette fête a été pris par Sainte Brigitte. Toutefois, on conserve toujours dans les villages les chandelles allumées dans l’église, croyant qu’elles écartent le tonnerre, les tempêtes et les orages. On a encore l’habitude un peu partout dans l’Occident catholique de faire des crêpes : s’il s’agit d’une évocation du disque solaire, il faut y voir aussi une coutume liée à la première récolte d’œufs de l’année.
Tout le monde connaît la célèbre prophétie : « A la Chandeleur, l’hiver s’apaise ou prend vigueur » et dans certaines traditions on guettait l’apparition ou non de l’ours ce jour-là, laquelle confirmait, ou non, le proverbe. On racontait que l’ours sortait de sa tanière et que, si le ciel était clair, il y rentrait pour y séjourner les quarante jours suivants, car l’hiver allait continuer. Si, par contre, le ciel était sombre, c’était le signe que l’hiver allait reculer et qu’on en sortait définitivement.
Ours de la Bible de Winchester – Fin du XIIe siècle
Dans les pays pyrénéens, chasses à l’ours et danses de l’ours symboliques ont lieu à la Chandeleur, laquelle peut marquer le début du carnaval si le cycle lunaire, dont dépend le calcul de sa date, le fait coïncider avec le 2 février.
D’autres proverbes se rapportent à la Chandeleur :
A la Chandeleur le jour croît de deux heures.
A la Chandeleur, le froid fait douleur.
Rosée à la Chandeleur, hiver à sa dernière heure.
Et puis, la Chandeleur, dernière fête du cycle de Noël, marque l’ouverture de la période de Carnaval. C’est en même temps un signe de renaissance et de promesse d’avenir. La crêpe servait à exorciser la misère et le dénuement. On disait qu’il fallait pour cela garder la première, garante, toute au long de l’année, jusqu’à la Chandeleur suivante, garante de la prospérité. Cette crêpe que l’on ne mange pas est la survivance du rite de l’offrande et, parfois, si l’on était plus fortuné, on mettait un louis d’or dans la crêpe.
Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas








