HISTOIRE DE L’ASTROLOGIE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 24-01-2012

« En tant que mortel, je sais que je suis né un jour, mais quand mon regard suit la course circulaire des innombrables étoiles, mes pieds ne touchent plus terre ; j’implore Zeus de me régaler d’ambroisie, la nourriture des dieux ». Ce texte de Ptolémée (°) exprime bien la poésie mystique relative au ciel et aux étoiles qui, durant des siècles, ont exercé une véritable fascination sur l’imagination des astrologues.

Dans le Timée, Platon enseigne que la raison d’être de la vision est non pas de trouver notre nourriture quotidienne, mais bien l’observation du ciel. En effet, grâce à cette contemplation, nous mettons notre âme en harmonie avec l’ordre divin. Depuis les premières spéculations humaines jusqu’à nos jours, l’astronomie, science objective, a été intimement liée à l’astrologie – qui recherche la signification transcendantale de notre vie, qui explique la destinée par le mouvement des étoiles et des planètes.

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Calendrier égyptien

 

L’astrologie s’est développée à partir d’un ensemble complexe, associant les croyances babyloniennes et perses, le calendrier cosmologique égyptien et la philosophie grecque. Sous sa forme classique, avec ses théories de base, et notamment celle qui concerne les douze signes du zodiaque et leur signification, elle a été constituée, pour l’essentiel, durant la période hellénistique, âge fécond où la civilisation grecque a pénétré de nombreuses cultures, après 334 av. J.C., de la Méditerranée jusqu’au nord de l’Inde, dans le sillage des conquêtes d’Alexandre le Grand. Pour presque toutes les civilisations, les clés se trouvent dans le Soleil, la Lune et les étoiles ; certaines d’entre elles ont en outre développé un système de divination à partir d’une structure du temps et d’un calendrier.   

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Calendrier aztèque

 

C’est ainsi que les Aztèques et les Mayas d’Amérique centrale ont utilisé un calendrier prophétique dérivé de leur système de comptage par groupe de 20 jours ; de même, les anciens Chinois ont développé un mode de prédiction reposant sur des cycles de 60 jours et de 60 années. 

Cependant, l’astrologie actuelle repose sur une donnée complémentaire essentielle, la relation existant à un moment donné entre la position des corps célestes, particulièrement celle des planètes, et les événements du moment. Comme la science des calendriers, la divination fondée sur le mouvement des planètes demande une connaissance extrêmement précise de l’astronomie et, en même temps, l’établissement d’une table d’interprétation des qualités attribuées à chacun des astres. 

Au Ve siècle avant J. C., les Babyloniens ont combiné ces éléments pour mettre au point les premiers horoscopes – des cartes du ciel précises pour un moment et un lieu donnés. Ainsi est née l’astrologie proprement dite, c’est-à-dire l’analyse du caractère et du destin d’un individu, partant essentiellement de l’horoscope dressé au moment de sa naissance. 

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Le disque de Chevroches – Nièvre

 

Dans ses débuts, l’astrologie semble avoir été marquée par une tendance au fatalisme. Le ciel appartenait toujours aux dieux, mais comme les prévisions astronomiques gagnaient en assurance, il devenait possible anticipant le mouvement des planètes, de prédire leurs volontés. Les philosophes stoïciens grecs et romains considéraient le monde comme un tout, chacune de ses parties constitutives étant en étroite relation avec les autres. Ils étaient donc en phase avec les astrologues, et ceux-ci (à part quelques exceptions) les ont toujours considérés comme des alliés. Dans ses Astronomiques, le poète latin Manilius décrit parfaitement le lien pouvant être établi entre le stoïcisme et la divination astrale : « Le monde est guidé par son destin ; toute chose se déroule selon des lois immuables… La naissance de chacun de nous est prédéterminée, tout comme le nombre d’années et les fortunes diverses que nous aurons à vivre… ».  

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Monnaie à l’effigie du Capricorne

A Rome, l’astrologie a eu une réelle influence sur la vie politique, à tel point que lorsqu’Octavien est devenu l’empereur Auguste, en 27 avant J. C., il a fait battre monnaie à l’effigie du Capricorne, pensant que c’était son signe lunaire. En fait, cette initiative inaugura une période de troubles et d’intrigues politiques. De même, l’historien Tacite relate que l’empereur Tibère avait recours à l’astrologie pour identifier ses rivaux potentiels et que, avant de parvenir au trône impérial, il fit plusieurs fois appel à des astrologues. Mécontent de leurs prédictions, il les précipitait du haut d’une falaise, sur le chemin qui conduisait à sa résidence. Quand vint son tour, l’astrologue Thrasyllus prédit l’ascension du proconsul jusqu’au pouvoir. Méfiant, Tibère demanda à l’astrologue s’il était capable de prédire ce qui lui arriverait à lui, Thrasyllus, ce jour même. L’astrologue, ne connaissant que trop bien le sort réservé à ses prédécesseurs, y vit anguille sous roche ; après avoir étudié la position des planètes, il déclara en tremblant que cette journée, pour lui-même, pourrait bien être la dernière. Impressionné, Tibère le félicita et, depuis ce jour, tint les prédictions de l’astrologue, revenu de loin, pour parole d’évangile. En l’an 14, Tibère devint empereur et pris l’intuitif Thrasyllus pour conseiller.  

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Ptolémée 

 

(°) Ptolémée : astronome grec du IIe siècle après. J.C., né probablement à Ptolémaïs Hermiu (Haute-Egypte), auteur d’une Composition mathématique ou Almageste et d’une Géographie qui a fait autorité pendant le Moyen Age et la Renaissance. Il plaçait la Terre au centre du monde en un point fixe. 

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Zodiaque romain 

Bibliographie  

 

Le langage secret des Etoiles et des planètes – Geoffray Cornelius/Paul Devereux – Editions SOLAR 

 

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LES ETOILES, LES ORACLES ET LE DESTIN

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 04-08-2011

Dans les systèmes astrologiques les plus élaborés, les relations entre les caractères, le destin et le ciel sont à la fois simples et subtiles, exprimant non pas l’ingérence de forces extérieures, mais une harmonie complexe et totale à l’intérieur même de l’Univers. On retrouve quelque chose de cette sensibilité dans le commentaire de l’hexagramme K’ien, le créateur du Yi King, le Livre des Transformations : « La nature du grand homme est en harmonie avec le ciel et la Terre, sa lumière avec le Soleil et la Lune, sa cohérence avec les quatre saisons, le bonheur et le malheur qu’il crée avec les dieux et les esprits ! ».

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Cassiopée

 

Depuis le siècle des Lumières, la science a sans cesse progressé dans sa maîtrise du monde matériel. Le rationalisme va jusqu’à coucher la nature humaine sur une table de dissection. Pourtant, beaucoup pensent encore que les Anciens, les peuples que d’aucuns appellent « primitifs », ont encore aujourd’hui quelque chose de fondamental à nous apporter : la connaissance immédiate que l’Univers tout entier est animé, et que la matière est habitée de volonté et d’intelligence.  

On ne trouve pas, dans ce mode de savoir primordial, de séparation absolue entre sujet et objet, entre observateur et observé, entre âme humaine et intelligence de la nature. L’imagination « mytho-poétique », à l’œuvre dans la création des mythes, nous met en relation, en accord profond avec l’univers qui nous entoure. Ce rapport intime est à la base de ces phénomènes culturels que l’on retrouve dans toutes les civilisations et que sont l’interprétation des oracles et les systèmes de divination en général. Par exemple, les vols d’oiseaux ont longtemps été considérés comme des signes divinatoires. Cette croyance est probablement liée au fait que les migrations d’oiseaux annonçaient les changements de saisons.

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Dans toutes les sociétés traditionnelles, prophètes et chamans interprètent les présages, mais c’est chez les peuples de Mésopotamie, l’actuel Iraq, que nous trouvons les systèmes de divination les plus élaborés, issus d’une longue suite d’observations et d’études. Dans les rites mésopotamiens, depuis le IIIe millénaire avant J.C., les entrailles d’animaux sacrifiés étaient soumises à examen, afin d’obtenir les réponses des dieux à des questions posées sur l’avenir.

Le foie, reconnu par les savants de l’Egypte et de la Grèce antiques comme le siège de la vie, était le miroir des dieux par excellence ; aussi, depuis 1900 avant J.C. au moins, la divination fondée sur l’examen du foie s’est-elle codifiée, donnant lieu à une littérature abondante, fixée sur des tablettes d’argile. Les Mésopotamiens se livraient à l’examen du foie et des entrailles des victimes des sacrifices (l’extipicine), à celui de l’aspect que prend le mélange d’eau et d’huile, ainsi qu’à l’étude de la forme des nuages de fumée s’élevant de l’encens que l’on faisait brûler. 

Ces pratiques se sont répandues dans le monde grec, et on en trouve également des traces dans la nébuleuse culture étrusque : certaines familles étrusques d’origine noble prirent la direction du collège augural de Rome. 

Si les augures recherchaient des présages dans le vol des oiseaux, c’est parce que tout ce qui se passait dans le ciel était considéré comme relevant du divin. Les créatures ailées étaient les messagers envoyés par les dieux, depuis leur demeure céleste. Les présages que l’on pouvait lire dans le tonnerre et les éclairs, comme ceux que l’on tirait du chant et du vol des oiseaux, étaient marqués du sceau de Zeus, pour les Grecs, ou de Jupiter pour les Romains. Et il est intéressant de remarquer que les signes divinatoires n’avaient pas tous le même statut, que ceux qui apparaissaient dans le ciel étaient considérés comme supérieurs à ceux qui se produisaient au sol, tout comme les prodiges de Zeus/Jupiter avaient davantage de force et de signification que ceux d’une divinité liée à la Terre.  

Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’astrologie a pris le pas, dans la culture mésopotamienne tardive, probablement vers le VIIIe siècle avant J.C., sur toutes les autres formes d’art divinatoire. La connaissance de plus en plus précise du mouvement cyclique des planètes et des étoiles, qui représentaient les dieux du ciel, donnait à ses détenteurs l’illusion de maîtriser le destin lui-même.  

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C’est ainsi que le dieu mésopotamien Nabu, l’équivalent de la planète et du dieu Mercure, était le dieu de la Sagesse et le patron des scribes. Lors de la cérémonie qui célébrait le début de chaque année, son père, Mardouk, l’équivalent de Jupiter, donnait ses directives pour l’année à venir, et Nabu les inscrivait sur les Tablettes du Destin. Les prêtres capables de prédire le mouvement et l’apparition des astres liés à Mardouk et à Nabu étaient considérés comme les interprètes privilégiés de Nabu. 

A son plus haut niveau, la divination ouvre la voie à la connaissance intuitive de soi-même. Dans la Grèce ancienne, à Delphes, où les pythies assises sur l’omphalos disaient l’oracle du dieu du Soleil, Apollon, était inscrit l’adage fameux : « Connais-toi toi-même ». La connaissance de soi est en effet celle de notre destinée, et l’axe autour duquel tourne tout notre être conscient. Cette connaissance est l’essence de la divination, et on la considère comme la science des oracles la plus haute.  

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La Pythie de Delphes 

Bibliographie 

Le langage secret des Etoiles et des Planètes de Geoffray Cornelius et Paul Devereux 

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