DANS LE BESTIAIRE DE LA BALANCE… LA BICHE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-10-2010

La biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain qu’Héraclès poursuivit, une année entière, jusque chez les Hyperboréens, était consacrée à Artémis ; Héraclès devait la capturer vivante. D’une flèche placée entre l’os et le tendon, sans répandre une goutte de sang, il réussit à immobiliser les deux pattes de devant et à ramener la biche à Mycènes, la cité antique des palais en forme de châteaux-forts, symbole d’une inexpugnable sécurité : « Il a percé la biche aux pieds d’airain » dit Virgile dans l’Enéide.

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Bronze de Paul Landowski

L’airain est un alliage de différents métaux, principalement étain et argent avec le cuivre, l’airain est symboliquement issu du mariage des contraires, ces métaux étant associés les uns par la lune et l’eau, l’autre avec le soleil et le feu.

Du fait qu’il était sacré, ce métal isolait la biche du monde profane, et du fait qu’il était lourd, il l’asservissait à la terre. On aperçoit alors les deux aspects, diurne et nocturne, de la biche aux pieds d’airain : son caractère virginal en était accentué, mais il pouvait se pervertir en lourds désirs terrestres, qui interdisaient tout envol.

C’est du point de vue de la symbolique propre à la biche que l’on peut interpréter la légende. La biche est l’animal à la course légère, rapide comme la flèche : si l’on accentue ce caractère, on dira qu’elle est infatigable, que ses sabots sont inusables, qu’elle a en ce cens les pieds d’airain ; si, d’autre part, on considère son caractère farouche, sa fuite lointaine jusque chez Hyperboréens, qui étaient les sages des origines, la biche aux pieds d’airain, qu’Héraclès veut capturer vivante au terme d’une longue poursuite, dans la direction du Nord, symbolisera la sagesse, si difficile à atteindre… L’équilibre auquel tend la Balance. Ici le symbole du métal sacré et celui de la biche fugitive se rejoignent.

La chasse à la biche, dans la tradition des Celtes symbolise aussi la poursuite de la sagesse qui ne se trouve que sous un pommier, l’arbre de la connaissance. Or, les Hyperboréens habitent dans les pays nordiques et, suivant des variantes de la légende, la biche aurait été prise sous un arbre, elle aurait cherché refuge dans les montagnes. Il semble donc bien se confirmer qu’elle signifie ici la sagesse, dont Héraclès se faisait l’infatigable poursuivant. Mais ces interprétations ne sauraient s’imposer avec évidence, faute de textes absolument précis et décisifs. Elles ne sont qu’un exemple d’une dialectique de l’imaginaire, dont nous devons bien avouer le caractère quelque peu incertain.

Dans les rêves d’hommes, la biche symbolise l’animal sous son aspect encore indifférencié, primitif et instinctif. Dans les rêves d’une femme, elle évoque généralement sa propre féminité, encore mal différenciée, parfois mal acceptée, à l’état encore primitif et instinctif, qui ne s’est pas pleinement révélée, soit par censure morale, soit par crainte, soit par la faute des circonstances, soit par infantilisme psychique, soit par un complexe d’infériorité : animus trop puissant et négatif.

D’après une légende, Siegfried a été allaité par une biche, la mère. L’image de la biche est celle d’une jeune fille survivant dans la mère et parfois celle de la virginité féminine castratrice. Dans la mythologie grecque, la biche était consacrée à Héra/Junon, déesse de l’Amour et de l’hyménée. 

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La biche est essentiellement symbole féminin. Elle peut jouer le rôle de mère-nourrice à l’égard des enfants innocents. Sa beauté relève de l’éclat extraordinaire de ses yeux : à son regard est souvent comparé à celui d’une jeune fille. Dans les contes, les princesses sont parfois transformées en biche.

La biche aux cornes d’or de Pindare était un animal consacré à Artémis ; la déesse en avait attelé quatre à son quadrige. La cinquième, Héraclès l’avait poursuivie jusqu’au pays des rêves, chez les Hyperboréens.

Le Cantique des Cantiques emploie le nom de « biche » dans une formule de conjuration, pour préserver la tranquillité des amours : « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par la gazelle, par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, avant l’heure de son bon plaisir ».

Selon la symbolique des peuples turcs et mongols, la biche est l’expression de la terre femelle dans la hiérogamie fondamentale terre-ciel. La biche fauve s’accouplant au loup bleu enfanta Genghis Khan selon la croyance mongole. Aujourd’hui encore, à Konya, ancienne capitale des Seldjoucides d’Anatolie, on dit « qu’au moment où la biche met bas, une lumière sacrée illumine la terre ». Ce couple fondamental fauve-herbivore, présent dans toute la mythologie orientale, a également son expression plastique dans les plaques de combat de même origine représentant une bête de proie montée sur le dos d’un gibier. Ce qui est capital sur le plan symbolisme, c’est qu’elles représentent un fauve, non pas en train de chasser sa victime, mais de la couvrir. Aussi, le doute n’existe plus, elles représentent l’union sexuelle mythique du mâle et de la femelle, du ciel et de la terre. 

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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