POUSSIERES D’ETOILES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 24-12-2010

Une étoile est un objet céleste en rotation, de forme approximativement sphérique car la rotation entraîne un aplatissement aux pôles et dont la structure est modelée par la gravité. Lors de sa formation, une étoile est essentiellement composée d’hydrogène et d’hélium.

Le Soleil est l’étoile la plus proche de la Terre, l’énergie qu’il rayonne y permet le développement de la vie. Il apparaît bien plus lumineux que toutes les autres étoiles en raison de sa proximité : la seconde étoile la plus proche de la Terre, Proxima du Centaure, est 250 000 fois plus éloignée. Sauf cas exceptionnel, les autres étoiles ne sont visibles que la nuit, sous forme de points lumineux, lorsque leur éclat n’est pas noyé par celui du Soleil.

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Poussière d’Etoiles

Les étoiles sont regroupées au sein de galaxies. Une galaxie typique, comme la nôtre, la Voie lactée, contient plusieurs centaines de milliards d’étoiles. La sphère céleste fait également apparaître des groupements d’étoiles appelés constellations. Il s’agit en fait d’une illusion due à l’effet de projection, les étoiles les composant sont généralement situées à des distances de la Terre très différentes. 

La nuit, les étoiles apparaissent à l’œil nu sous la forme de points, à cause de leur éloignement, brillants de couleur blanche, parfois aussi rouge, orangée ou bleue, généralement scintillants et sans mouvement apparent immédiat par rapport aux autres objets fixes de la voûte céleste. Le phénomène de scintillation est dû à l’extrême petitesse de la taille angulaire des étoiles. A l’inverse, les planètes, bien qu’apparaissant comme des points, ont en réalité une taille angulaire suffisante pour ne pas être soumise au phénomène de scintillation.  

Le jour, le Soleil domine et sa lumière, diffusée par la couche atmosphérique, occulte celle des étoiles. Mais l’astre le plus brillant visible depuis la Terre est bien lui-même une étoile.

On retient surtout de l’étoile sa qualité de luminaire, de source de lumière. Les étoiles représentées sur la voûte d’un temple ou d’une église en précisent la signification céleste. Leur caractère céleste en fait aussi des symboles de l’esprit et, en particulier, du conflit entre les forces spirituelles, ou de lumière, et les forces matérielles, ou des ténèbres. Elles percent l’obscurité, elles sont aussi des phares projetés sur la nuit de l’inconscient.

etoile-maconniqueL’Etoile flamboyante de la Maçonnerie est issue du pentagramme pythagoricien, parfois appelé sceau de Salomon, bien que cette désignation soit le plus souvent réservée dans la pratique à l’hexagone étoile, ou bouclier de David. L’étoile flamboyante à cinq branches est le symbole de la manifestation centrale de la Lumière, du centre mystique, du foyer d’un univers en expansion. Tracée entre l’équerre et le compas, c’est-à-dire entre la Terre et le Ciel, elle figure l’homme régénéré, rayonnant comme la lumière, au milieu des ténèbres du monde profane. Elle est, comme le nombre cinq, symbole de perfection.

Si l’étoile à cinq branches est en outre un symbole du microcosme humain, l’étoile à six branches, emblème du judaïsme, avec ses deux triangles inversés et enlacés, symbolisera l’étreinte de l’esprit et de la matière, des principes actif et passif, le rythme de leur dynamisme, la loi de l’évolution et de l’involution. L’étoile à sept branches participe du symbolisme du nombre sept ; unissant le carré et le triangle, elle figure la lyre cosmique, la musique des sphères, l’harmonie du monde, l’arc-en-ciel aux sept couleurs, les sept zones planétaires, l’être humain dans sa totalité.

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Pour l’Ancien Testament et le Judaïsme, les étoiles obéissent aux volontés de Dieu et les annoncent éventuellement. Elles ne sont donc pas des créatures purement inanimées : un ange veille sur chacune d’elle. De là, à voir dans l’étoile le symbole de l’ange, il n’y a qu’un pas, bientôt franchi : l’Apocalypse parle d’étoiles tombées du ciel comme on parlerait des anges déchus.

Daniel, décrivant le sort des hommes à la résurrection, ne trouve que le symbole de l’étoile, pour caractériser la vie éternelle des justes : ascension vers l’état d’étoiles célestes. En revanche, c’est sans doute aux sept planètes, aux sept Eglises, proposées aux destins, que se réfère le visionnaire de l’Apocalypse, quand il parle des sept étoiles que le Christ tient à la main.

deesse-celte1Etoile est le nom d’une divinité gauloise, dont l’existence est bien attestée par l’épigraphe d’époque romaine, Sirona. Une autre divinité, galloise cette fois, porte le nom d’Arianrhod « roue d’argent », ce qui sert à désigner une constellation, la « corona Borealis ». Il est permis de penser, en fonction des tendances du panthéon celtique, que les théonymes désignent un des aspects de la grande déesse primordiale, mais aucune interprétation de détail n’est possible. Il est seulement permis d’affirmer en l’état actuel de nos connaissances que les Celtes n’ignoraient pas le symbolisme astral.

L’étoile polaire joue dans la symbolique universelle un rôle privilégié, celui de centre absolu autour duquel, éternellement, pivote le firmament. Tout le ciel tourne autour de ce point fixe, qui évoque à la fois le premier moteur immobile et le centre de l’univers  c’est par rapport à la Polaire que se définissent la position des étoiles, celle des navigateurs, celle des nomades, des caravaniers, de tous les errants dans les déserts de la terre, des mers et du ciel. Dans certaines religions primitives, elle est le siège de l’Etre divin à qui sont attribués la création, la conservation et le gouvernement de l’univers. La Polaire est par excellence le trône de Dieu. De là-haut, il voit tout, surveille tout, commande tout, intervient, récompense ou châtie, donnant loi et destin au monde céleste, dont le terrestre n’est que la réplique.

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Etoiles royales, tel est le nom généralement donné en astrologie aux quatre étoiles fixes de première grandeur, particulièrement importantes dans les thèmes. Elles furent les étoiles-repères du calendrier babylonien :  

Aldébaran, principale constellation du Taureau, Gardienne de l’Est,

Regulus, de la constellation du Lion, Gardienne du Nord,

Antarès, cœur de la constellation du Scorpion, Gardienne de l’Ouest,

Fomalhaut, du Poisson Austral, Gardienne du Sud.

Ainsi, parfois, on remplace Regulus par Rigel, de la constellation d’Orion, et Antarès qui est une étoile néfaste car étant « le fossoyeur des caravanes » chez les Mésopotamiens, par la bénéfique Spica, Epi de la Vierge. Cependant Sirius, la plus brillante étoile du ciel, ne figure jamais parmi ces étoiles royales. Plusieurs images symboliques sont associées à chacune de ces étoiles. On représente le plus souvent :

§  Aldébaran par un œil,

§  Regulus par un cœur ou une couronne,

§  Antarès, dont le nom provient d’Arès-Mars, par un poignard ou un cimeterre,

§  Spica par la sphinge ou sphynx, à la tête et la poitrine de femme ou par une gerbe.

letoile-du-tarot-de-marseilleL’Etoile c’est aussi le XVIIe arcane majeur du Tarot, après le Diable centre de nuit et la Maison-Dieu, éclatement de la contradiction. L’Etoile est un centre de lumière. Elle correspond en astrologie à la cinquième maison horoscopique. Dans le ciel, six étoiles, superposées trois par trois, de tailles et de couleurs différentes, sont disposées de façon symétrique autour d’une septième, au sommet de la lame, beaucoup plus grande, qui a l’air d’être elle-même composée de deux étoiles superposées à huit rayons. Juste au-dessus de la tête de la jeune fille, personnifiant sans doute Eve ou l’humanité, brille une étoile jaune à huit rayons. Cet ensemble de sept étoiles, groupées autour d’une plus grande, évoque la constellation des Pléiades.

Etroitement liée au ciel dont elle dépend, l’Etoile évoque aussi les mystères du sommeil et de la nuit ; pour briller de son éclat personnel, l’homme doit se situer dans les grands rythmes cosmiques et s’harmoniser avec eux. Cet arcane, avec sa flore et ses eaux, ses deux cruches qui se déversent, ses étoiles à sept et à huit branches, symbolise la création, non point achevée et parfaite, mais en voie de se réaliser. Elle indique un mouvement de formation du monde et de soi-même.  

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L’Etoile de Bethléem est considérée par la plupart des historiens comme une concession de l’Eglise naissante à la pensée astrologique alors toute-puissante, et fait suite aux phénomènes cosmiques extraordinaires, semblables, qui ont procédé la naissance de tous les Fils de Dieu, y compris Bouddha. Ainsi, par exemple, selon des légendes tardives, la nativité d’Agni qui, comme Jésus, était déposé par sa Mère-Vierge, Maya, et par son père terrestre, Twâstri, le Charpentier, entre la Vache mystique et l’âne, porteur du Soma, était annoncée par l’apparition d’une étoile appelée SaVaNaGRaHa.

Ce serait une erreur de penser que la date de naissance du Christ puisse être déterminée par l’Astronomie ou par l’Astrologie. Toutes les recherches astronomiques de l’Etoile de Bethléem furent vaines. On a imaginé beaucoup d’hypothèses : l’apparition d’une comète, quadruple conjonction des planètes, étoile nouvelle, etc., mais toutes ces explications sont nettement insuffisantes et forcées. Le phénomène est probablement symbolique, psychologique et non physique. Au temps de la naissance présumée du Christ, les observations astronomiques étaient si répandues que, si un grand phénomène quelconque avait eu lieu, il aurait été remarqué et noté par les auteurs orientaux ou romains. Il est impossible de déterminer, faute de documents, à quand remontent les premières tentatives de dresser le thème astrologique de Jésus.

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Quoiqu’il en soit, l’Etoile de Bethléem est l’étoile plus célèbre du monde occidental. Les scientifiques d’aujourd’hui estiment qu’il s’agit certainement d’un événement astronomique, sans doute une supernova. Ceci expliquerait sa très grande brillance et sa durée de vie très courte. De plus, ce phénomène est très rare et sa plus récente observation remonte au début du XVIIe siècle, en 1604. A cette époque, ce phénomène n’était pas compris comme il l’est aujourd’hui et les gens craignaient la fin du monde.

En ce qui concerne l’Etoile de Bethléem, d’après des calculs scientifiques, ce phénomène se serait probablement produit en l’an VII avant Jésus-Christ. Cette époque correspondrait aussi à un alignement particulier des planètes. Il existait à l’époque en Mésopotamie ou en Perse, de grands astrologues qui observaient le ciel pour connaître l’avenir. Ils avaient remarqué cet alignement rare des sept planètes visibles à l’œil nu. Pour eux, cet événement céleste annonçait la venue d’un grand roi à l’Ouest. Aujourd’hui, tout le monde s’entend pour dire que Jésus ne serait pas né le 25  décembre de l’an O, mais très certainement quelques années auparavant à une date inconnue.

etoile-de-bethleem-fleurMais savez-vous que sous le nom « d’étoile de Bethléem » se range plusieurs espèces de plantes du genre Ornithogalum. On l’appelle aussi « la dame d’onze heures » car ses fleurs s’ouvrent aux alentours de midi. Ce sont toutes les Liliacées, des plantes bulbeuses. Les feuilles sont radicales et les fleurs blanches.

Quoi qu’il en soit, vendredi c’est Noël et l’Etoile fait bien partie de la mythologie de cette fête au même titre que la crèche, les santons et le Père Noël. Et si on ne fait pas de crèche, on décore la cime du sapin d’une étoile lumineuse, que je charge de vous souhaiter un

Joyeux Noël 2010

                                                                       Leuchtender Stern am geschmückten Weihnachsbaum  

Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins   

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LA SCORPIONESQUE ET MORTIFERE BELLADONE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 05-11-2009

Avec la Belladone, on est toujours dans la symbolique Scorpion de la vie et de la mort. Et, si l’on en croit les témoignages de chercheurs allemands du début du XXe siècle ayant expérimenté une pommade contenant des extraits de trois plantes mortifères, on peut, même de nos jours « vivre » les expériences des nuits de sabbats aux courses effrénées, aux plaisirs intenses, que les sorcières avouaient sous la torture. Ces scientifiques se sont livrés à leurs expériences insolites pour tester une recette d’onguent du XVIIe siècle, découverte fortuitement au cours d’une recherche sur la sorcellerie. Même si la recette est imaginaire, il n’en reste pas moins vrai que la combinaison des trois plantes dans une composition quelconque ne peut être que dangereuse.

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Plante curieuse et capricieuse que la Belladone aux fleurs livides, au contact visqueux, à l’odeur fétide : elle apparaît mystérieusement dans un endroit en massif de plusieurs pieds une année pour disparaître ensuite de façon radicale sans aucune raison apparente. Son nom, Atropa belladonna, évoque l’inflexible belle femme – mais aussi, Atropos, la Parque chargée de couper le fil de la vie, tant cette plante inquiétante est fatale par la toxicité de toutes ses parties. Parmi les divers alcaloïdes qu’elle contient, l’atropine, la scopolamine et la nicotine sont des poisons dangereux. Une vingtaine de ses fruits luisants, de la taille d’une cerise, d’un noir violacé, à la chair sucrée, suffisent pour tuer un homme. L’intoxication se manifeste par un sentiment d’étouffement progressif, et la mort, due à la paralysie des muscles respiratoires, survient rapidement.

atropos

 Atropos

 Quant à l’appellation séduisante de « bella donna » (belle femme), elle provient de l’usage que faisaient, à la Renaissance, les belles Italiennes d’un collyre à l’extrait d’atropine, pour dilater la pupille et rendre les yeux brillants. En effet, la dilatation des pupilles est une des manifestations de l’excitation sexuelle et de l’admiration désirante, manifestation inconsciemment perçue par les hommes et qui les stimule ; de plus, cela faisait légèrement loucher, c’était à cette époque caractéristique de la beauté, d’où l’expression « avoir une coquetterie dans l’œil ». Cette préparation est d’ailleurs toujours utilisée en ophtalmologie.

jusquiame-noireLa Jusquiame que l’on trouve dans les décombres et les terrains vagues est aussi une plante capricieuse qui apparaît et disparaît au gré des années. Les feuilles, grandes et molles, répandent une odeur repoussante. Les fleurs à l’aspect inquiétant, d’un jaune sale veiné de violet, réunies en bouquets au sommet des tiges, donnent naissance à des capsules contenant des graines en forme de rein ; toutes ces caractéristiques avaient excité l’imagination populaire et, si  les animaux ne la touchaient jamais à cause de son odeur, les hommes en tiraient un baume utilisé en frictions contre les rhumatismes.

Si par malchance les journaliers qui coupaient de l’herbe pour le fourrage n’étaient pas très attentifs, quelques feuilles de jusquiame mêlées aux plantes sèches suffisaient pour provoquer chez les animaux une agonie atroce : après de violentes convulsions et des ballonnements, ils mouraient paralysés. De tels effets ne pouvaient être dus qu’à des sorciers : accusés d’avoir infesté la nourriture des bêtes, ils devenaient des personnages haïs dans les sociétés rurales. En fait, l’hyosciannine, un des alcaloïdes de la Jusquiame, connue sous le nom classificatoire Hyoscyamus niger, est un poison puissant utilisé en pharmacologie, à petites doses, comme antinévralgique et narcotique.

 Le nom de Jusquiame vient du grec ancien « hyoskyamos » littéralement « fève de porc » : il s’agit d’une allusion à l’épisode de l’Odyssée lorsque la magicienne Circé transforme en pourceaux les compagnons d’Ulysse en leur faisant pour cela boire un philtre contenant de la jusquiame.

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Mais Ulysse était immunisé grâce à un antidote végétal dont Hermès lui avait fait présent. Certains interprètent cet épisode comme une métaphore opposant la bestialité, c’est-à-dire le pourceau, à la raison. Toutefois, les Solanacées vireuses, dont fait partie la jusquiame, sont fréquemment évoquées dans les histoires de métamorphoses d’homme en animal. Elles peuvent en effet générer des hallucinations particulièrement puissantes, y compris celle d’avoir pris la forme d’un animal, au point d’en adopter le comportement.

Enfin la Stramoine, aux larges feuilles velues et aux fleurs en forme d’entonnoir, était jadis cultivée dans les jardins et réputée éloigner les taupes. Elle contient elle aussi divers alcaloïdes extrêmement toxiques.  En réalité toute la famille des solanacées, dont fait partie aussi la pomme de terre, sont dangereuses. Heureusement pour nous ce sont les feuilles et non les tubercules qui se révèlent vénéneuses.

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Dans le domaine des belles empoisonneuses, ces trois-là ne sont pas seules au monde. Comme les littératures grecque et romaine, l’histoire moderne est riche en empoisonnements. Elle recèle une multitude de pratiques criminelles où les stratégies familiales, les questions d’honneur et la politique s’entremêlent et où la macération et la concoction de quelques herbes « choisies » s’offrent aux convenances, aux compromis et à la ruse. Nous sommes toujours dans le monde et la symbolique du Scorpion.

Enfin, deux auteurs du Ier siècle avant Jésus-Christ, Diodore de Sicile et Strabon, rapportent que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèches avec le suc de la stramoine datura, la description du fruit ne laissant aucun doute quant à l’identité de la plante. Beaucoup plus tard… Condorcet est mort en avalant du stramonium et de l’opium.

cigue1L’empoisonnement le plus fameux est certainement celui de Socrate, raconté par Platon dans le Phédon. A base de ciguë, ce poison provoquait l’arrêt progressif de la circulation et du cœur, qui se manifestait par un refroidissement des extrémités avant la mort. La sérénité de Socrate durant son agonie et l’absence des spasmes violents qui caractérisent l’intoxication par la ciguë semble indiquer la présence dans cette tisane léthale, de narcotiques tels que la jusquiame. Toutefois la formule, secret d’Etat athénien, fut perdue avec la fin de l’Antiquité.

La Rome antique et l’Italie de la Renaissance, ainsi que les cours européennes, gèrent les affaires politiques à coups d’empoisonnements. Chatons de bagues et médaillons creux, cachettes raffinées de poudres ou de philtres mortels, en sont la preuve. On les administre à ses ennemis ou à soi-même, en cas d’ultime nécessité. Jusqu’au XVIIIe siècle où commence la « carrière » de l’arsenic, les plantes maudites sont à l’origine de milliers de morts et de scandales dues au « mauvais café » ou au « vin de la trahison ».

La mort ne frappait pas seulement les victimes mais aussi les empoisonneuses présumées que l’on faisait brûler vives comme des personnes encombrantes. Car si les hommes sont impliqués dans les meurtres violents, les femmes, elles, ont toujours préféré les armes silencieuses et discrètes qui tuent sans effusion de sang.

Sorcières et empoisonneuses, les femmes le furent autant que guérisseuses. La connaissance des herbes sacrées, des herbes d’amour et d’autres sortilèges allait de pair avec celle des plantes de la mort. Mais surtout les femmes connaissaient les plantes « bonnes » pour les avortements, qui s’avéraient souvent dangereuses. Et ce ne sont pas seulement les sorcières qui jouaient avec la mort, car les empoisonnements dans les campagnes étaient beaucoup plus fréquents qu’on veut bien le laisser croire ; combien de témoignages de morts subites dans d’atroces douleurs, combien de personnes paralysées évoquées dans les seules Mémoires de Saint-Simon, par exemple.

On préparait encore le « bouillon d’onze heures » destiné aux parents encombrants, arrière-grand-tantes et oncles célibataires dont on convoitait l’héritage. Mais de jeunes enfants et des nourrissons s’inscrivaient eux aussi dans la clientèle potentielle des empoisonneuses comme le prouvent les procès-verbaux de la justice jusqu’au siècle dernier.

aconit1L’aconit, appelée aussi « casque de Jupiter », la digitale, les ciguës figurent traditionnellement au nombre des plantes les plus dangereuses. Mais on oublie souvent que le tubercule de notre charmant cyclamen est d’une efficacité sans égal. Utilisé pour les avortements, sa toxicité n’avait pas échappé aux braconniers qui broyaient quelques petites boulettes et jetaient la pâte dans les rivières : quelques minutes plus tard des poissons endormis venaient à la surface le ventre en l’air.

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Autre famille de plantes traîtresses : les liliacées. Ce sont des plantes à oignons : les bulbes des colchiques d’automne, les muguets ou les amaryllis peuvent être fatals. De même plusieurs variétés de renoncules ont des racines toxiques : les pivoines, les anémones, les boutons d’or pour ne mentionner que les plus communs.

Curieusement deux plantes connues depuis la plus haute Antiquité comme plantes de l’immortalité sont, elles aussi, dangereuses. Il s’agit de l’if, que l’on trouve souvent taillé dans les haies et dans les cimetières. La plante femelle est extrêmement toxique. Quelques grammes de son feuillage peuvent faire périr le cheval, particulièrement sensible à son poison, la taxine, qui attaque le système nerveux. Jadis l’if faisait partie des plantes que l’on cultivait dans les abords des châteaux féodaux car on utilisait ses branches extrêmement flexibles et solides pour la fabrication des arcs. Une autre plante, toujours verte elle aussi, mais extrêmement dangereuse est la sabine, originaire des Alpes de Provence et du Dauphiné. Consommés par les animaux, ses jeunes rameaux provoquent une mort rapide par occlusion du circuit intestinal. Jadis la sabine était une « arme » aux mains des sorcières pour provoquer des avortements.  

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Toutes ces plantes toxiques dont le catalogue n’est pas exhaustif ne trahissent cependant pas une forme de vengeance de la nature. Prudemment utilisées, elles étaient et restent des médicaments dont la pharmacopée tire des remèdes irremplaçables. Certes la nature n’est pas aussi paisible qu’elle peut paraître aux yeux des citadins ou des romantiques. Les plantes ne se répartissent pas en utiles ou nuisibles. C’est l’ignorance des lois qui régissent la vie du troisième règne qui engendre seule le danger. Dès lors qu’on en prend conscience, la nature devient intelligible et les poisons qui hantent tellement l’inconscient deviennent eux aussi des végétaux sinon domestiqués, du moins nécessaires et utiles. 

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Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe d’Yvonne de Sike

 

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