LA BALANCE : UNE HISTOIRE DE COUPLE

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 25-09-2009

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 - Son graphisme                

 La Balance ouvre un second cycle zodiacal. Son graphisme est double, comme celui du Cancer qui ouvrait le cycle précédent. A la différence du Cancer, les deux traits sont horizontaux. Le trait inférieur représente un principe matériel, le trait supérieur, un principe spirituel. Les deux plateaux et le fléau président à la destinée de l’homme qui doit harmoniser ces deux tendances pour trouver son équilibre. Le graphisme de la Balance rappelle celui du signe mathématique  » à peu près égal.

A l’origine le signe de la Balance faisait partie de la constellation du  Cancer et ce sont les pinces du Cancer qui forment maintenant les plateaux de la Balance. Septième signe du Zodiaque, la Balance représente l’ouverture de la personnalité sur le monde extérieur : une promesse de l’Autre. N’est pas Balance qui s’imagine seul.

La Balance, c’est comme la hifi, un problème de répartition des énergies. En réalité quand le Soleil est en Balance, la durée des jours est sensiblement égale à la durée des nuits. La Balance est ainsi un signe d’indifférence et de justice : équilibre délicat de la sensibilité et de la raison, du jugement et de la décision. 

La Balance est connue en tant que symbole de la justice, de la mesure, de la prudence, de l’équilibre parce que sa fonction correspond précisément à la pesée des actes. Associée à l’épée, la Balance est doublée de la vérité.

 

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Avec la Balance, on aborde l’équinoxe d’automne. Les mouvements des plateaux de la balance, comme ceux du Soleil dans le cycle annuel, correspondent au poids relatif du yin et du yang, de l’obscur et de la lumière. La flèche, lorsque les plateaux sont en équilibre (équinoxe), ou l’épée qui s’identifie à elle, est le symbole de l’invariable milieu. L’axe polaire qui les représente aboutit à la Grande Ourse que la Chine ancienne nommait Balance de Jade. Parfois cependant les  deux plateaux de la balance céleste étaient figurés par la Grande et par la Petite Ourse.

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D’après le Livre des Morts égyptien, on imagine la psychotasie, une pesée des âmes : dans les plateaux de la balance, d’un côté un vase, signifiant le cœur du mort, et de l’autre la plume d’autruche signifiant la justice et la vérité.

La Balance symbolise la justice : le poids comparé des actes et des obligations. Elle est gouvernée par Vénus-Aphrodite : la beauté, l’harmonie, l’amour qui a inspiré nombre d’artistes.

-       Ses mythes

La  Balance comme symbole de jugement n’est qu’une extension de l’acceptation de la justice divine. Dans l’Egypte ancienne, Osiris pesait les âmes des morts.

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Dans l’iconographie chrétienne, la balance est tenue par Saint Michel, l’archange du Jugement. Cette balance du Jugement est aussi évoquée dans le Coran.

Au Tibet, les plateaux de la balance destinée à la pesée des bonnes et des mauvaises actions des hommes sont respectivement chargées de cailloux blancs et de cailloux noirs.

En Perse, l’ange Rashnu, placé près de Mithra, pèse les esprits sur le pont du destin. Un vase grec représente Hermès pesant les âmes d’Achille et de Patrocle.

Recouvrant les notions de justice, de mesure et d’ordre, la Balance, chez les Grecs, est représentée par Thémis qui régit le monde selon une loi universelle. D’après Hésiode, elle est fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaïa (la Terre) et donc de la matière et de l’esprit, du visible et de l’invisible. Elle apparaît dans l’Iliade  comme symbole du destin comme en témoigne le combat d’Achille et d’Hector.

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Thémis, la déesse de la Justice

La notion de destin entraînant celle du temps vécu, on comprendra que la Balance soit également l’emblème de Saturne ou de Chronos.

Mais c’est d’abord Vénus qui a son domicile dans le signe de la Balance. Vénus est née de l’écume de la mer qui s’amassa autour des organes génitaux d’Ouranos lorsque Saturne les jeta dans les flots. Ouranos est le dieu qui engendra le monde. Vénus est donc la fille du Ciel. Elle surgit nue, chevauchant une conque, dans une eau qui lui faisait miroir. Tous s’accordaient à dire qu’elle volait dans les airs, accompagnée de colombes et de moineaux.  

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Botticelli – La naissance de Vénus – Galerie des Offices à Florence

Les Parques avaient assigné à Vénus un unique devoir divin : aimer. Elle portait une ceinture magique qui rendait tout le monde amoureux d’elle, mais elle ne la prêtait pas facilement aux autres déesses. Elle avait une conduite assez légère, elle eut beaucoup d’amants : Mars, Dionysos, Poséidon, Hermès, Anchise, Adonis.

Autre mythe Balance, c’est la légende de Psyché qui l’illustre : cette histoire de la conquête de l’amour d’Eros par la belle Psyché, à travers toute une série d’épreuves. C’est encore Orphée qui perdit son Eurydice.

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Orphée et Eurydice

C’est Antéros, fils de Mars et de Vénus, enfant de l’amour, enfant d’un couple adultère et passionné. C’est Pyrame et Thysbé, ou la première version de Roméo et Juliette.

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C’est ce vieux couple, Philémon et Baucis, qui ne désirent qu’une chose ne pas connaître la douleur d’être le survivant de l’autre. Jupiter et Mercure exauceront leurs vœux, ils seront changés en arbre à un seul tronc et seront à jamais tendrement enlacés.

Un autre mythe peut être retenu comme évocateur du signe, Pygmalion et Galatée, le sculpteur et sa statue.

 

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                                               Il Bronzino – Pygmalion et Galatée

          - Sa psychologie

Signe Positif, c’est un signe d’extraversion. Mais parce que c’est le signe de l’équinoxe, la nature s’équilibre entre l’introversion et l’extraversion. Parfois, la personne penchera vers des valeurs intérieures. Introvertie, elle cherchera à faire profiter les autres de son équilibre interne. Sa nature se manifestera par un certain détachement pour elle-même, elle pourra être portée à la méditation. Soit, elle penchera vers des valeurs extérieures ; extravertie, elle se manifestera auprès des autres dans la spontanéité et l’appel de la vie. Mais quelque soit l’expression de son comportement, elle cherchera toujours le juste milieu pour la concorde et la paix.

Pesant le pour et le contre des idées, elle raisonne par intuition et marque une certaine indépendance d’esprit dans le secteur intellectuel. Quand le fléau est au point médian, chaque plateau a le même poids que l’autre : l’être sait se mettre à la place de l’autre pour le comprendre. La Balance, c’est l’intelligence du cœur.

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Signe Cardinal : la Balance inaugure une nouvelle saison, l’automne, comme le Bélier inaugure le printemps. Opposés sur le zodiaque, ils n’en sont pas moins complémentaires.

Le cercle zodiacal est une entité dont les parties ne s’excluent pas les unes les autres, bien au contraire, elles correspondent entre elles, n’étant chacune que l’application d’un même principe énergétique sous une forme symbolique différente. Chaque partie ne se comprend que par rapport aux autres, cela est d’autant plus éloquent entre deux signes dits opposés.

Cardinaux tous les deux car ils inaugurent une saison, ils sont animés par une même énergie qui est celle de l’élan ou d’un mouvement en avant :

- l’élément Feu se traduira chez le Bélier dans l’action : comme l’élan vers de nouvelles entreprises ;

- l’élément Air se traduira chez la Balance dans les échanges : comme l’élan vers de nouveaux contacts.

Aux valeurs d’engagement symbolisées par la tête chez le Bélier correspondent des valeurs d’équilibre, symbolisées par les reins, chez la Balance.

Le Feu et Mars poussent le Bélier vers des impulsivités qui peuvent être parfois brutales, l’Air et Vénus donnent à la Balance l’art des compensations harmonieuses. Leurs énergies polaires sont complémentaires et nécessaires au cycle de la vie : le Bélier fonce et rompt, la Balance rétablit l’équilibre rompu. 

L’Air est l’élément de la Balance : élément d’échanges, de mobilité et de diffusion. Il se particularise en Balance. Entre l’Air mutable des Gémeaux (le vent, les échanges par la pensée, le lien par la camaraderie) et l’Air fixe du Verseau (le ciel limpide de l’hiver : le lieu de l’âme, l’aboutissement fraternel) se situe l’Air cardinal de la Balance où l’être a plutôt tendance à juger au travers de ses sentiments.

L’Air de la  Balance ressemble à ce ciel où les nuages s’attirent les uns vers les autres, poussés par le vent d’automne : la Balance éprouve un irrésistible élan vers les autres qui peuvent influencer son orientation. Sa fonction psychologique principale est le sentiment. Elle peut manquer de sens discriminatoire, par une trop grande adaptation au groupe, au milieu dans lequel elle évolue. Ses émotions sont d’ordre esthétique, elles ne reposent pas sur un jugement rigoureux mais sur le beau ou le bien du moment.

La caractérologie en fait un primaire actif sanguin (si Vénus domine le thème) ou un nerveux (si Saturne est dominant) : suivant les cas, le sanguin sera extraverti, le nerveux sera introverti.

La partie du corps correspondant à la Balance sont les reins. Ce sont deux glandes qui, par l’élimination, assurent l’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur. 

Si la Balance était

Un animal, ce serait une biche biche-faon qui symbolise la qualité d’âme opposée à l’agressivité dominatrice… tourterelle-turque Une tourterelle, symbole de la fidélité conjugale dans la tradition chrétienne…  

 

Et si c’était un oiseau… Ce serait un rossignol, rossignol_philomele05le chantre de l’amour, mais aussi le martin-pêcheur martin-pecheur qui vole en couple et qui est, pour les Chinois, symbole de fidélité et de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, ils opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité des oiseaux bavards.  

Si c’était un arbre… palmier ce serait un palmier.  Une plante…  glycine de la glycine.

Une fleur… reseda_white_mignonette le réséda, le camélia camelia et bien sûr…          la rose rose-rouge et ses messages d’amour.

Si la Balance était un parfum, ce serait le jasmin jasmin ou le nard  le-nard qui entre dans la composition du Paradis où s’épanouit l’amour, comme l’évoque le Cantique des Pères de l’Eglise.

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 Si c’était un condiment… ce serait de l’estragon

 

Si c’était un métal… ce serait du cuivre pepite-de-cuivre  ou du platine pepites-de-platine

Sa saveur est suave.

Ses couleurs sont : le rose, le bleu pervenche, le vert Nil et le turquoise. 

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Sa pierre est le saphir bleu des bagues de fiançailles.

Et si c’était un instrument de musique… ce serait un violon violon2

Un objet de collection … des instruments anciens, merlante_base_santorini_nott des tableaux,  

des objets en écaille peigne-en-ecaille  des oiseaux peints oiseau-peint des meubles Louis XV  dos-dane-louis-xvcomme un dos d’âne…

 

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LE PAVOT : FLEUR DU SOMMEIL ET DU REVE, FLEUR LUNAIRE, FLEUR CANCER

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 13-07-2009

Dans le symbolisme éleusinien, « le pavot que l’on offre à Déméter symbolise la terre, mais représente aussi la force de sommeil et d’oubli qui s’empare des hommes après la mort et avant la renaissance ». La terre est, en effet, le lieu où s’opèrent les transmutations : naissance, mort et oubli, résurgence. On comprend que le pavot soit l’attribut de Déméter, avec qui il s’identifie symboliquement.

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Le pavot somnifère ou pavot à opium (Papaver somniferum), appelé également « pavot des jardins », est une espèce de plante herbacée annuelle de la famille des Papaveraceae, originaire d’Europe méridionale et d’Afrique du Nord. Connue pour ses propriétés psychotropes, elle est aussi cultivée à des fins ornementales ou alimentaires.Toutes les variétés de Papaver somniferum contiennent des alcaloïdes opiacés dont les plus connus sont la codéine et la morphine. Cette dernière, outre la production à but thérapeutique pour ses effets analgésiques, fait l’objet d’un trafic illicite essentiellement destiné à sa transformation en un opiacé synthétique : l’héroïne.

On distingue deux variétés de pavot somnifère :

 

 

  • Papaver somniferum – le pavot blanc ou Pavot à opium. Fleurs à corolles blanches et à fruit indéhiscent, c’est-à-dire dont les graines ne peuvent être libérées sans destruction du fruit, contenant des graines d’un blanc jaunâtre. C’est plus spécifiquement de cette variété que l’on extrait le latex afin de confectionner l’opium.
  • Papaver somniferum – le pavot noir, œillette ou encore pavot bleu, cultivé pour ses graines. Fleurs à corolles d’un rouge violacé et à fruit déhiscent, c’est-à-dire dont les capsules présentent, sur le bord du plateau stigmatique, des pores, s’ouvrant lorsque le fruit se dessèche, et par lesquels les graines sont libérées, contenant des graines gris-bleu-ardoisé.

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Toutes les variétés de Papaver somniferum contiennent des alcaloïdes opiacés dont les plus connus sont la codéine et la morphine. Cette dernière, outre la production à but thérapeutique pour ses effets analgésiques, fait l’objet d’un trafic illicite essentiellement destiné à sa transformation en un opiacé synthétique : l’héroïne.

pavot_roseC’est une plante annuelle herbacée dont la tige peut atteindre jusqu’à 1,5 mètre. Les fleurs peuvent être blanches, mais elles sont le plus souvent lilas (rose sale), avec un centre violet foncé. La capsule, ronde et grosse, contient de très nombreuses graines.

Contrairement aux idées reçues, le pavot somnifère ne se rencontre pas que dans les montagnes asiatiques. Ce pavot est également assez commun en Europe, fréquentant les mêmes terrains calcaires que le coquelicot : ce sont des plantes dites calcicoles. Il est probablement originaire des régions comprises entre la Méditerranée orientale et l’Asie mineure.

L’histoire du pavot à travers les siècles

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. Des graines et des capsules ont été retrouvées dans des habitats néolithiques et paléolithiques européens datant de 5 000 ans avant notre ère, ce qui a permis aux anthropologues d’assurer que cette plante a très tôt été reconnue pour ses qualités psychotropes. Quant à la domestication du pavot, elle remonte au VIe millénaire avant Jésus-Christ. Dans une grotte funéraire à Albunol près de Grenade, en Espagne, des archéologues ont daté au carbone 14 des objets ayant servi à brûler de l’opium, aux environs de 4 200 avant Jésus-Christ. Quant au plus ancien témoignage écrit sur le pavot, il remonte à 3 000 ans avant Jésus-Christ. Il s’agit d’une tablette d’argile retrouvée à Nippour, capitale sumérienne. L’inscription cunéiforme, qui y est gravée, évoque la récolte matinale du suc du pavot, que les Sumériens, mais également les Babyloniens, qualifiaient de « plante de la joie ». D’ailleurs des vestiges du néolithique laissaient déjà à penser que des cultures de pavot somnifère se trouvaient à proximité des villages.

Ce même pavot était également largement utilisé dans l’ancienne Egypte, notamment par les Pharaons, non seulement à des fins thérapeutiques, mais également pour ses propriétés psychotropes. Sur le papyrus d’Ebers, environ 1552 avant Jésus-Christ, on trouve même une inscription relative à l’usage du pavot pour arrêter les cris des bébés. Bien que les Perses ne semblent pas avoir été de grands consommateurs d’opium, celui-ci figure dans un texte persan du IXe siècle avant Jésus-Christ.

nimrud-stele5L’image de la capsule du pavot fut un attribut des dieux, bien avant que l’opium soit extrait de son latex laiteux. Si vous visitez le Metropolitan Museum de New York, dans la galerie des reliefs assyriens, on remarque une divinité ailée provenant d’un palais d’Assurnazirpal II à Nimrud, datée de 879 avant Jésus-Christ. Elle porte un bouquet de capsules de pavot, que le musée qualifie étonnamment de « grenades ».

Dans la Grèce antique et pendant des siècles, l’opium fut un objet de commerce du fait de ses qualités sédatives. Il figurait même sur des monnaies et la déesse Déméter était représentée avec des plants de pavots dans les mains. A l’époque, on l’appelait  « opion » ou « jus de pavot ». C’est d’ailleurs par son nom latinisé d’opium que déjà les médecins mettaient en garde contre les abus potentiels de ce « jus de pavot ». Le Népenthès, boisson procurant l’oubli de tous les chagrins, est décrit par Homère dans l’Odyssée. Il contenait vraisemblablement de l’opium de même que le « Soma » de l’Inde antique.  Il avait été probablement introduit en Inde par les armées d’Alexandre Le Grand trois siècles avant notre ère, mais sa culture ne s’y est développée que vers le IXe siècle.

« Le sommeil, ayant fermé leurs paupières, fait oublier à tous les hommes les biens et les maux ». Homère  (L’Odyssée)

C’est dans la Rome antique, au 1er siècle de notre ère, qu’on trouve la première description scientifique de l’opium qu’en fait Dioscoride. Un peu plus tard, Pline l’Ancien signalait ses propriétés analgésiques et antidiarrhétiques. L’opium était d’ailleurs largement consommé dans la Rome impériale, pas seulement pour ses propriétés thérapeutiques, puisqu’en l’an 312 il y existait près de 800 magasins vendant de l’opium et que son prix, modique, était fixé par décret par l’Empereur. La récolte y était faite par scarification des capsules comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Les Arabes utilisaient également l’opium, tant pour ses propriétés thérapeutiques que pour le plaisir et ils contribuèrent à le faire connaître dans tout l’ancien monde, notamment en Inde après les conquêtes musulmanes. Sous le règne des Grands Moghols, empereurs musulmans des Indes du XVIe au XVIIe siècle, la culture du pavot et le commerce de l’opium devinrent monopole d’Etat. L’opiophagie se développa alors, puis l’habitude de le fumer, importée de Java ou de Formose.

champ-de-pavotsCependant, à la fin du XIIIe siècle, Marco Polo observa ces champs de pavot dans le Badakhashan, région du Nord de l’Afghanistan, où se trouvent encore aujourd’hui de nombreuses plantations. L’usage de l’opium se poursuivit au Moyen Age à travers différentes préparations médicamenteuses, dont le laudanum, qu’on appelait aussi « teinture d’opium ». C’était une solution d’opium en alcool. Au XVIIIe siècle, la Chine fait état d’un phénomène abusif de sa consommation. En 1729, l’Empereur de Chine interdit les importations d’opium pour cette raison, en vain. 

Au XVIIe siècle, en Europe, l’Anglais Thomas Sydenham étudia l’action de l’opium et mit au point une nouvelle formulation du laudanum. Cette drogue opiacée, la première à répondre à une formulation précise, avait été inventée par Paracelse un siècle plus tôt. « Sans l’opium, la médecine serait manchote et bancale » écrivit Sydenham qui en consommait lui-même de grandes quantités. D’importants personnages politiques comme Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine de Russie, Richelieu et même Louis XIV et bien d’autres encore en consommaient tous les jours, de même que plus tard de nombres artistes intellectuels tels Goethe, Shelley, Coleridge, ou Goya… L’Eglise condamnera le pavot et ses usages qui resteront alors confinés dans les secrets des sorciers et des guérisseurs.

Si l’opium a été pendant des siècles l’un des médicaments les plus importants de la pharmacopée en raison de ses multiples propriétés physiologiques, l’abus d’opium à grande échelle en Europe est apparu au XVIIIe siècle en Angleterre, d’abord sous forme du Laudanum de Sydenham utilisé comme apéritif, puis sous forme de pilules d’opium brut vendues dans les pharmacies. Au XIXe siècle, des milliers d’ouvriers en consommaient en Grande-Bretagne tandis que l’habitude de fumer le chandou se développait en France.

En 1916 il y avait environ 1 200 fumeries d’opium clandestines à Paris.  C’est à partir de l’opium qu’au début du XIXe siècle l’Allemand Friedrich Sertürner isola la morphine, premier alcaloïde obtenu sous forme chimiquement pure. A partir de la morphine, fut ensuite fabriquée l’héroïne.

Au XIXe siècle, on connaîtra même des guerres de l’opium, sorte de trafic depuis l’Inde vers la Chine, organisé particulièrement par les Britanniques. C’est ainsi qu’ils obtinrent, après la première guerre de l’opium, la concession exclusive du port de Hong Kong, ainsi commença ce que les Chinois nommèrent « le siècle de la honte ». C’est à la suite de la seconde guerre de l’opium que son importation fut de nouveau légalisée en Chine à la grande indignation des ligues de tempérance américaines, d’où découlera la future politique de prohibition des drogues.

Composition et décomposition de l’opium capsule-de-pavot1

Il  s’écoule des capsules de pavot préalablement incisées. Ce latex est utilisé par l’industrie pharmaceutique. Il contient des alcaloïdes : morphine, codéine et thébaïne. Il est malheureusement également utilisé, illégalement, pour produire des stupéfiants et notamment l’héroïne, synthétisée chimiquement à partir de la morphine.

Dans les temps anciens, les décoctions de pavot était déjà en usage. C’était un remède traditionnel dans les zones où cette plante était cultivée. Elle était d’ailleurs particulièrement recherchée pour ses vertus sédatives.

L’Afghanistan est le premier producteur mondial d’opium depuis 1991, devant la Birmanie et le Laos, qui vient de perdre sa troisième place au profit du Mexique. La production afghane avait pratiquement entièrement été supprimée par les Talibans en 2000-2001, mais elle a repris de plus belle après leur chute : avec le record historique de production de 8 200 tonnes en 2007. C’est donc 93 % de la production illicite mondiale estimée par les Nations Unis que produit ce pays.  Il existe toutefois une production licite du pavot pour la production de morphine à usage pharmaceutique et, accessoirement, pour celle de graines de pavot destinées à la cuisine.

Le pavot dans la cuisine

Les graines de pavot sont très riches en vitamine B1. Elles contiennent également de la lécithine, des protéines et plus de 50 % d’une huile grasse, l’huile d’œillette. Elles entrent dans la composition du pain de pavot.

pains-de-pavot1Ces graines sont souvent utilisées en cuisine dans les pays d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est. Elles servent à  aromatiser les pains et les pâtisseries. Ce pain de pavot est consommé couramment dans les régions slaves et germaniques, mais également en Alsace. Souvent, on les écrase et on les cuit dans du lait et du miel pour en fourrer des gâteaux.

Dans les régions méditerranéennes, et notamment en Languedoc, les jeunes feuilles de pavot étaient autrefois consommées comme la laitue. Notez d’ailleurs que la laitue est une salade que l’on recommande de consommer le soir pour ses qualités sédatives. Elle est elle-même sous l’influence de la Lune et du Cancer.

Le pavot et Mythologie  

Dans l’oeuvre d’Evelyn de Morgan, Nyx, la nuit, et Hypnos, le sommeil, distribuent des fleurs de pavot aux hommes.

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C’est peut-être aussi Junon emmenant Hypnos, le dieu du sommeil, tapis dans son ombre, pour qu’il prodigue le sommeil aux mortels en les touchant de la branche d’un pavot qu’il tient ou en les éventant de ses ailes. Morphée, fils d’Hypnos et dieu des songes, apportera alors le rêve aux endormis.

Etymologie

Hypnos est le dieu grec qui a donné son nom aux hypnotiques et à l’hypnose. Le pavot que tenait dans sa main Hypnos pour endormir les hommes était-il le précurseur des somnifères come le célèbre « Nonox » ?

hypnos-et-thanatosHypnos et Thanatos

La Nuit, il est aussi selon Homère dans L’Iliade,  le frère jumeau de Thanatos, la Mort, dont il est une image adoucie. Génie ailé, « il voltige tranquillement, plein de douceur pour les mortels », nous dit Hésiode. Toujours selon celui-ci, il vit dans les terres inconnues de l’Ouest ; pour Homère, il habite Lemnos, une grotte éternellement sombre et brumeuse, traversée par les eaux du Léthé, le fleuve de l’oubli. Là, le dieu repose sur une molle couche, entouré de ses innombrables fils, les Rêves. Les scholiastes d’Homère se sont interrogés à ce sujet. Selon certains, les Lemniens appréciaient beaucoup le vin, ils accueillaient donc Hypnos avec plaisir. Selon d’autres, Hypnos était amoureux de Pasithée, l’une des trois Charites (les trois Grâces pour les Romains), qui habitait cette cité. Peut-être enfin Hypnos était-il honoré à Lemnos.

Il est représenté parfois, sur les sarcophages, sous l’aspect d’un jeune garçon endormi, le bras appuyé sur une lampe renversée. Ses attributs sont la corne et le pavot. Grâce aux ailes, attachées à ses tempes, Hypnos peut voler rapidement au secours des mortels qui réclament le sommeil, dont il est l’incarnation divine.

Il peut endormir aussi bien les hommes que les dieux. Ainsi, au chant XIV de l’Iliade, Héra lui demande d’endormir Zeus en personne, afin que Poséidon puisse aider les Grecs malgré l’interdiction du maître de l’Olympe. Elle l’appelle « maître des hommes et des dieux ». Hypnos admet qu’il peut endormir tous les dieux, même Océan, l’un des Titans. Il  rappelle aussi qu’il a déjà endormi Zeus auparavant, déjà à la demande d’Héra, afin que celle-ci puisse faire périr Héraclès. Furieux, Zeus avait tenté de le jeter du haut de l’Olympe, et Hypnos n’avait dû son salut qu’à sa mère. Sur la promesse d’Héra de lui donner la main de Pasithea, Hypnos se laisse fléchir. Il se change en oiseau et, encore une fois, endort Zeus. Hypnos, sur les tombeaux, désigne l’éternel Sommeil.

junon-et-hypnos                            Junon et Hypnos                            

Hypnos est également considéré comme étant le gardien de la nuit, celui qui reste éveillé quand le monde est endormi. C’est aussi le surnom du poète et résistant français René Char qui publia Les Feuillets d’Hypnos sous l’Occupation. Il se considérait comme celui qui veillait sur son peuple dans la nuit de la Seconde Guerre Mondiale.

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Somnus est le dieu latin qui a donné son nom aux somnifères. Dans la mythologie romaine, il est la personnification du Sommeil, assimilé au grec Hypnos.

 Somnus est fils de la Nuit, et frère d’Orcus, la Mort. Son lieu de résidence est variable selon les traditions : selon Virgile, il vit aux Enfers, mais selon Ovide, il se tient dans le lointain et sombre pays des Cimmériens, où le soleil ne brille pas et où règne un silence permanent, à l’exception du murmure du Léthé, la rivière de l’oubli. Des pavots, plantes somnifères, poussent alentour. Somnus apporte le sommeil à la fois aux dieux et aux hommes. Il est souvent représenté comme un homme tenant un plant de pavot.

Quant à Morphée, dans les bras duquel on est sensé s’endormir, il a sans le vouloir donné son nom à la morphine. 

Morphée en grec ancien signifie « forme ». Dans la mythologie grecque, c’est une divinité des rêves prophétiques. Il est, selon certains théologiens antiques, le fils d’Hypnos (le Sommeil) et de Nyx (la Nuit), et selon d’autres, la principale divinité des mille Oneiroi (les rêves) engendrés par Nyx seule. Il a pour vocation d’endormir.

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Il est représenté avec des ailes battant rapidement et silencieusement, qui lui permettent de voler. Pour se présenter aux mortels, il se transforme en êtres chers, d’où son nom signifiant « forme », permettant aux mortels l’espace d’un instant de sortir des machinations des dieux.

On le retrouve notamment dans l’œuvre d’Ovide. Messager des dieux, il apparaît généralement dans le sommeil des rois comme un humain sous forme de fantasme. Il est peut-être le rêve envoyé par Zeus auprès d’Agamemnon dans l’Iliade, mais dans ce passage il n’est pas explicitement nommé. Il joue un rôle important dans l’histoire d’Alcyoné, à qui il apparaît sous les traits de son époux Céyx, noyé au cours d’un naufrage. Morphée fut foudroyé par Zeus pour avoir communiqué des secrets aux mortels.

Dans les religions des Grecs et des Romains, la mort est rarement personnifiée. Certes, on connaît Perséphone (Proserpine) et Hadès (Pluton) qui règnent sur le territoire des morts ; mais ni l’un ni l’autre, malgré leur caractère farouche et implacable, ne s’identifient réellement avec la mort.

Même le dieu Thanatos n’est pas celui qui est la mort, mais celui qui donne la mort. En fait, la mort, dans l’esprit des Anciens, une idée abstraite, le sentiment de l’inconnu. On connaît ses serviteurs, Apollon (le Soleil), Artémis (la Lune) et leurs flèches empoisonnées ; mais dans la mort même, il n’y a point d’images, point de représentations allégoriques.

Le culte si minutieux des morts chez les Grecs et chez les Romains, sous forme d’offrandes, est un hommage nécessaire rendu aux âmes qui ont franchi les limites du connu et qui sont ainsi entrées en communication directe avec les divinités ; cependant ce culte n’est pas l’expression d’une vénération craintive envers une divinité qui aurait pour nom la Mort.

En résumé, le nom de Morphée est notamment à l’origine :

  • du mot morphine, en raison du pouvoir soporifique de cette drogue ;
  • de l’expression « être dans les bras de Morphée », qui signifie « rêver » et par extension « dormir » ou encore « tomber dans les bras de Morphée » pour dire « s’endormir ».
  • du personnage Morpheus dans le film Matrix, interprété par Laurence Fishburne, chef de l’équipe qui libère Neo de son « sommeil ».

En Russie, on dit d’une jeune fille qu’elle est  « belle comme une fleur de pavot ». Et, « rester en pavot », signifie « rester vieille fille ».

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L’opium : la drogue des poètes

De nombreux écrivains occidentaux, surtout des poètes, ont été opiomanes sous une forme ou une autre, à commencer par les Britanniques : John Keats, Samuel Taylor Coleridge et Alfred Tennyson. Mais il y eut aussi Percy Bysshe Shelley, autre poète romantique, époux de la romancière Mary Shelley. C’était un grand consommateur de Laudanum, tout comme Tomas de Quincey, auteur en 1822, des Confessions d’un mangeur d’opium anglais. On peut encore citer Walter Scott, Charles Dickens et l’Américain Edgar Allan Poe, autre buveur de Laudanum, qui parle notamment de l’opium dans la nouvelle Ligeia. Cependant, voilà ce qu’écrivait Gaston Bachelard à propos d’Edgar Poe :

               « L’opium d’Edgar Poe est un opium imaginé. Imaginé avant, réimaginé après, jamais écrit pendant ».

Quant aux auteurs français, Charles Baudelaire, dans les Paradis artificiels, évoque longuement l’opium et ses effets, de même que le poète et journaliste Jules Boissière, installé en Indochine, qui voit en lui une clé pour comprendre l’Orient et qui mourra en 1897, à 34 ans, d’une occlusion intestinale sans doute liée à sa toxicomanie. Dans les années 1920, Jean Cocteau tombera lui aussi sous sa dépendance, et en rendra compte dans « Opium, journal d’une désintoxication ».

Le « Népenthès » de l’Odyssée dite « drogue de l’oubli » contenait sans doute de l’opium.

Dans son livre « Critique de la philosophie du droit » de Hegel, publié en 1844, le philosophe Karl Marx compare la religion à l’opium du peuple.

Enfin, dans le célèbre « Tintin et le Lotus Bleu », une fumerie d’opium se trouvant à Shanghaï y est évoqué.

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine de Joël Schmitt – Editions Larousse Références Dictionnaire de la Mythologie par Michael Grant et John Hazel – Chez Marabout

 

 

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