LE DESIR DU SCORPION

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 24-10-2009

- Son graphisme 

La lettre M compose également le signe du Scorpion, mais le dernier jambage est redressé. Le serpent, symbole de la vie, du désir endormi, s’éveille et pointe à la façon d’un dard. Les forces en puissance dans le signe de la Vierge sont vivifiées dans celui du Scorpion et se transforment en acte.

glyphe-du-scorpion-2 

Le symbole du Scorpion pourrait exprimer le mystère de la rédemption au travers de la fécondité de l’eau : la mort par le dard et la régénérescence au travers de l’eau, qui engendre une nouvelle naissance.

- Ses symboles

C’est un animal sombre qui représente ce signe. Il fuit la lumière et vit caché. Il est pourvu d’un dard empoisonné. Cet animal évoque les tourments et les drames de la vie jusqu’au gouffre du néant, de l’absurde et de la mort. Il est capable de se donner lui-même la mort. Pourtant, il ne faut pas oublier que le signe avait autrefois pour symbole l’Aigle (c’est ainsi qu’il figure notamment dans le tarot). Dans la tradition, l’aigle, dit-on, possède un pouvoir de rajeunissement. Il s’expose ausoleil et quand son plumage est brûlant, il plonge dans une eau pure et retrouve une nouvelle jeunesse. On peut voir aussi dans ce passage par le Feu et l’Eau, l’image de toute initiation.

Huitième signe du zodiaque, le Scorpion représente la puissance souveraine du désir : le désir qui crée et qui détruit, le désir qui s’affronte à la réalité et à ses lois.

 

scorpion-par-peynet 

Huitième signe du zodiaque, occupant le milieu du trimestre d’automne, quand le vent arrache les feuilles jaunies et que les animaux et les arbres se préparent à une existence nouvelle. Symbole à la fois de résistance, de fermentation et de mort, de dynamisme, de dureté et de luttes. 

Le Scorpion évoque la nature au temps de la Toussaint, de la chute des feuilles, du glas de la végétation, du retour au chaos de la matière brute en attendant que l’humus prépare la renaissance de la vie. 

Entre l’eau première de la source Cancer et les eaux rendues de l’océan des Poissons, ce sont les eaux profondes et silencieuses du Scorpion, eaux de la stagnation et de la macération.

Le Scorpion est placé sous la maîtrise planétaire de Mars et de Pluton, puissance mystérieuse et inexorable des ombres, de l’enfer, des ténèbres intérieures. Nous sommes au cœur du complexe sado-anal du freudisme ; mais aux valeurs psychiques de l’anus se joignent celles du sexe ; et l’on voit se camper une dialectique de la destruction et de la création, de la mort et de la renaissance, de la damnation et de la rédemption, le Scorpion étant champ d’amour sur champ de bataille ou cri de guerre en champ d’amour.

Dans un tel pays en rouge et noir, l’individu prend racine dans les convulsions de ses entraves et il n’est vraiment lui-même que secoué de la transe sauvage d’un démon intérieur qui a soif non de bien-être, mais de plus-être, jusqu’au goût âpre de l’angoisse de vivre, entre l’appel de Dieu et la tentation du diable.

Cette nature volcanique fait du type Scorpion un oiseau dont les ailes ne se déploient à l’aise qu’au milieu des tempêtes, son climat étant celui des celui des orages, son pays celui de la tragédie.

le-monde-lame-xxi-du-tarot 

-       Ses mythes

orion1Dans la tradition grecque, le Scorpion est le vengeur d’Artémis (Diane chez les Romains), vierge chasseresse éternellement jeune, type de la jeune fille farouche. Offensée par Orion qui tentait de lui faire violence, la déesse le fit piquer au talon par un scorpion. Pour ce service, le Scorpion fut transformé en constellation : Orion aussi fut expédié au ciel et devint constellation. On dit en conséquence qu’Orion fuit constamment le Scorpion. Le Scorpion apparaît ici comme l’instrument de la justice vindicative.

Autre mythe Scorpion, celui de Mars (Arès pour les Grecs) et Pluton (Hadès). Pluton est aussi appelé « le Prince des ténèbres », il gouverne le royaume des morts ou des enfers : pour descendre aux enfers, les morts doivent placer une pièce de monnaie sous leur langue. 

 

charon-et-psyche1Charon et Psyché

 

Ils peuvent ainsi payer Charon, le passeur qui, à l’aide de sa barque délabrée, leur fait franchir le Styx (le détesté), frontière des enfers. Ses affluents sont le Léthé (le sommeil), l’Archéron (le malheur), le Cocyte (celui qui gémit), le Phlégéton (celui qui brûle). De l’autre côté de ce fleuve maudit des enfers, se tient le redoutable Cerbère, un chien à trois têtes qui veille aux arrivées nouvelles et surveille les ombres qui essaieraient de fuir.

le-chien-cerbere 

Pluton a passé un accord avec le dieu Mars dont la mission est de faire mourir les hommes. Le mort, nouvel arrivant, est alors jugé par un tribunal et, selon ses actes, est envoyé au Tartare (le fleuve de la mémoire) où il subit le supplice de la répétition, en compagnie de Sisyphe et de Tantale, en guise de châtiment éternel. Mais si le verdict est ni bon ni mauvais, le mort est mené aux champs d’asphodèles. Rares sont les heureux élus dignes d’aller aux Champs Elysées où les plaisirs et les banquets sont éternels. C’est Pluton qui préside le tribunal des morts. Ceux-ci ne sont pas jugés aux actes, mais à leurs motivations.

Pluton est cruel, jaloux et invisible des hommes sur terre quand il porte son casque. Mais aux enfers, on peut le voir tel qu’il est, gardien aussi de toutes les pierres précieuses et des métaux rares cachés sous terre. On le dit riche.

Grand amoureux, Pluton manifeste des désirs violents pour les nymphes terrestres (Leucé et Menthé). Doté d’un instinct sexuel puissant, le Scorpion est attiré par l’innocence.

Mars, lui, est le dieu de la Guerre dont les attributs sont la lance et la torche. Il ne favorise jamais une ville, un parti plutôt qu’un autre : il ouvre le combat. Il ne prend jamais la peine de se justifier devant le tribunal de l’Olympe. 

Comment ne pas penser aussi à Vénus-Aphrodite/Perséphone. Perséphone, dont le nom signifie « qui amène la destruction », est la femme du dieu Pluton, roi des Enfers souterrains. Elle fut enlevée de force à sa mère Déméter, la déesse des Moissons.

persephone1 Dante Gabriel Rossetti – PERSEPHONE

 

Aux enfers, Perséphone règne sur les ombres, sans enfant, elle reste en compagnie de la magicienne Hécate. Elle eut une passion, une seule, hors mariage, pour Adonis que la déesse Aphrotite-Vénus lui avait confié. Mais un jour Aphrodite récupéra Adonis et Perséphone mit tout en oeuvre pour le reprendre. Elle s’adressa à Mars qui, sous la forme d’un sanglier, tua Adonis. Naturellement, il retourna alors dans le sombre royaume de Pluton et de Perséphone.

Autres mythes relatifs au Scorpion

~ Dédale et Cocalos : Dédale représente l’évolution qui libère la créativité. Du Taureau, où il construit la vache en bois pour la femme de Minos et le Labyrinthe, au Scorpion où il fabrique des poupées mécaniques pour les filles du roi Cocalos, Dédale suit le parcours des méandres de notre cerveau, un vrai labyrinthe. Il fait la créativité toujours plus géniale, elle est le résultat de notre maturation affective.

dedale-et-le-labyrinthe 

~ Minos, juge des enfers : Minos symbolise la Lune en chute en Scorpion, toutes les émotions de l’enfance qu’il faut juger, et qui émanent du Taureau, signe où Minos régnait sur l ‘île de Crête. Du dédale de nos rêves au tribunal des enfers, Minos dont le nom signifie « créature de la Lune », évoque tous les rôles assumés par nos émotions.

~ Thésée et Pirithoos : ces deux amis inséparables sont allés aux enfers avec l’intention de violer Perséphone. Pluton, pour se venger, les a cloués sur la chaise de l’oubli. 

~ Dans la statuaire chrétienne et dans la tradition du Tétramorphe, Saint Jean l’évangéliste est l’aigle. On l’appelait « l’Aigle de Patmos », ce qui l’assimile aux signes Fixes et au Scorpion. Marc était le Lion, Luc le Taureau et Matthieu représentait l’homme, c’est-à-dire le Verseau.

saint-jean-et-son-aigle 

            - Sa psychologie

Symboliquement, le Soleil règne sur le jour et le Scorpion sur la nuit. Aussi, le Soleil en Scorpion peut-il s’interpréter comme une grande lumière éclairant des ténèbres (du subconscient ou des Enfers). Mais en Scorpion le Soleil décline rapidement : la nuit l’emporte sur le jour. Les valeurs diurnes du réel cèdent le pas aux valeurs nocturnes de l’inconscient : le Scorpion est un introverti, c’est un signe féminin. 

A mi-chemin entre la fin de l’été et le début de l’hiver, l’automne est installé et le Scorpion se réalise. C’est un signe Fixe. La fixité du signe donne un grand réalisme. Il est en prise directe avec la réalité, il a un sens aigu des possibilités, des obstacles à balayer. Ce qu’il saisit entre ses pinces, il ne le lâche jamais. Comme les autres signes fixes, il s’engage tout entier dans la réalisation de ses projets. Il ne fait rien à moitié. La peur qu’il suscite vient de cette violence martienne, de ce tonus renforcé par la fixité du signe.

scorpion-2 

C’est un signe d’Eau. Dans la trilogie des signes d’Eau, entre l’eau cardinal du Cancer, l’eau originelle, la source, l’émotivité, et l’eau mutable des Poissons (l’eau terminale, l’océan : la spiritualité) se situe l’eau fixe du Scorpion. Dans l’eau fixe (l’eau qui travaille), les émotions pénètrent rapidement, puis fermentent lentement. La caractérologie en fait un bilieux, lymphatique, de type secondaire. Le Scorpion tire son énergie de ses pulsions inconscientes, qu’il tend à matérialiser dans le réel.

Quoi d’étonnant à ce qu’au Scorpion (l’animal enfoui), gouverné par Pluton, le maître du monde souterrain, correspondent « les parties cachées » du corps : le sexe et l’anus, qui sont moins des données anatomiques que des valeurs symboliques : le sexe représente la puissance génératrice, la fécondation. Le Scorpion est gouverné par des valeurs de vie : il tend à la création et a besoin de puissance. L’anus représente la décomposition, l’élimination. Le Scorpion est régi par des valeurs de mort : il tend à la destruction et, il est agressif. 

Le sexe et l’anus symbolisent les deux pôles, la dualité instinctive du Scorpion, partagé entre la pulsion de vie (Eros) et la pulsion de mort (Thanatos) et qui recherche en même temps à détruire et créer, le ciel et l’enfer, etc. Cette ambivalence se retrouve : 

- dans la saison : la décomposition de la nature en novembre donne naissance au prochain cycle ; 

- dans le calendrier liturgique : à la Toussaint (glorification de la vie spirituelle) succède la Fête des Morts ;

- dans le symbole : le Scorpion enfoui sous la terre (vie secrète des instincts profonds) et l’Aigle qui s’élève dans les cieux (noblesse, pouvoir d’élévation du signe, lié à sa puissance de transmutation). 

scorpio 

La nature Scorpion est ambivalente : c’est la coexistence des instincts vitaux de création et de destruction qu’est issue sa riche nature. La dialectique de ces deux pôles engendre l’angoisse, mais aussi une grande énergie vitale. L’ambivalence se retrouve dans son physique : si l’apparence n’est généralement pas très robuste, la résistance est grande. 

Ancré dans sa nature, le Scorpion est un farouche individualiste. Son agressivité l’oppose souvent au milieu : il se pose en s‘opposant et s’exprime alors dans la lutte, comme un réfractaire, un résistant.  

De par son ambivalence, le Scorpion possède la force d’intuition, le jugement pénétrant, la lucidité. Ayant le pressentiment juste des causes et des rapports, il aime déchiffrer les mystères. Habité par ses profondeurs, il se tourne volontiers vers l’envers des choses : le caché, l’invisible, l’occulte, l’au-delà. Capable de voir les deux faces de la question, il possède le don d’observation. L’agressivité suscite en lui un esprit critique aigu et souvent un refus, une révolte de l’esprit.

Sous le sceau des deux pôles de vie et de mort, Eros et Thanatos, l’amour Scorpion est un amour passion, intense, qui est vécu souvent à travers un amour-combat où l’attachement des deux amants se nourrit de la souffrance qu’ils se procurent. Ancrés dans leur sexualité, l’homme Scorpion accuse sa virilité et la femme Scorpion, sa féminité. A l’extrême, la femme Scorpion devient la femme fatale représentée par le personnage de Carmen : « Si je t’aime, prends garde à toi », ou bien le mythe de la vamp au cinéma.

carmen

Et si le Scorpion était…

… un animal, ce serait loup un loup, aigle un aigle,   il-porcellino-di-firenze un sanglier, ici « il Porcellino » du marché de paille à Florence.

… un arbre, ce serait un acacia acacia-casque-rouge2 comme l’acacia casque rouge.         

… et si c’était une plante, ce serait quelque chose qui pique : raifortle raifort, epine-vinette l’épine-vinette, le houx houx

… une fleur, ce serait la belle et inquiétante orchidée orchidee_papillon, ou bien le stelitzia stelitzia, entre l’oiseau et l’arme de jet…

Si c’était un parfum, ce serait le santal santal-rouge ou le patchouli patchouli

Un condiment : poivre le poivre et piment1 le piment.

Et si c’était une pierre, ce serait hematite l’hématite, pierre noire dont le cœur est rouge, mais aussi turquoise la turquoise… Un métal : le fer. 

Une couleur : le rouge sang, le gris fer, le rouille… Sa saveur est âcre.

Si c’était un instrument de musique, il serait à percussion. percussions

Enfin, si c’était un objet de collection, ce serait les armes blanches, couteaux couteaux et poignards de toutes sortes…poignard

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

IL ETAIT UNE FOIS L’AQUILA

(2.2 - HOMMAGE) par sylvietribut le 10-04-2009

Comme je l’ai connue avant… Une de ces villes charmantes dont l’Italie a le secret, une capitale de province pourtant, où l’on avait l’impression que la vie y était paisible et harmonieuse… Loin de la vie chaotique des métropoles ou des cités pour tour-operators… D’ailleurs certains guides ne mentionnent même pas l’Abruzzo… Peut-être parce que s’y perdre c’est risquer d’y rencontrer des ours, des loups, des aigles…

L’Aquila, la ville de l’Aigle, voulue en 1240 par Frédéric II de Hohenstaufen dont l’oiseau était son emblème… On voit encore les remparts dont, par la suite, Charles 1er d’Anjou fit entourer la ville pour la protéger.

                                                                                      gransasso-abruzzo1

L’Aquila… comme posée là dans un écrin de montagnes enneigées très longtemps encore au printemps, avec en arrière-plan les presque 3 000 mètres du Gran Sasso d’Italie… Un dicton laisse entendre qu’elle est la ville la plus froide d’Italie : « L’Aquila connaît onze mois froids et un mois frais »… Pourtant quel plaisir dans la touffeur de l’été italien de venir y flâner et d’y découvrir des monuments tout aussi remarquables que ceux des villes qu’on conseille de voir à tout prix… Ne dit-on pas que L’Aquila est la « petite Florence »… Mais combien plus facile à vivre… Elle aussi possède ses églises, ses places, grandes ou petites, ses fontaines… Peut-être abrite-t-elle beaucoup moins d’œuvres majeures, mais comme il était délicieux le camaïeu de rose et de blanc de ses monuments, de ses palais et édifices…      

laquila-une-rue1On marchait beaucoup à L’Aquila… ça montait toujours… Mais quel spectacle que ce gigantesque escalier que la cathédrale San Bernardino couronnait et puis, quelle idée magnifique que cette autre collégiale, rose et blanc, de Santa Maria di Collemaggio, comme posée sur un pré tout vert… On n’avait qu’à entrer, contourner… pousser une porte, et le cloître nous accueillait, riche de sa simplicité…

L’Aquila et ses symboles… disparus peut-être ses blasons qui ornaient bon nombre de demeures anciennes et on ne manquait pas de s’interroger quant à la signification de ce monogramme IHS qui les décorait presque toutes. Après on apprenait que cela signifiait Iesus Hominum Salvator… soit en bon français … Jésus Sauveur des Hommes. Ces blasons avaient été frappés après la prédication de Saint Bernardin, dont c’était l’emblème. On peut espérer qu’au moins ces édifices ont survécu et leurs habitants protégés.

basilique-san-bernardino-a-laquila 

Basilica San Bernardino

laquila-santa-maria-di-collemaggio3 

           Basilica Santa Maria di Collemaggio              

L’Aquila et son nombre cabalistique… 99… La légende raconte que L’Aquila surgit miraculeusement avec ses 99 rioni, c’est-à-dire ses 99 quartiers, entourant 99 châteaux, avec ses 99 places, ses 99 fontaines et ses 99 églises. Subsiste-t-elle encore la « Fontana delle 99 cannelle », la « Fontaine des 99 tuyaux »… Ces tuyaux sortent de la bouche de 99 masques qui semblent cracher l’eau dans les vasques. Les parois de cette fontaine sont revêtues elles aussi d’un damier de pierres blanches et roses… A telle survécue une nouvelle fois à cet ultime chaos ?

laquila-fontana-delle-99-cannelle1

Et tous les soirs, la cloche de la vieille tour du Palais de Justice tinte-t-elle encore 99 fois ?

laquila-torre-del-palazzo-civico

Dans un passé lointain, L’Aquila avait déjà connu de nombreux terremoti (tremblements de terre). Le premier remonte au 3 décembre 1315. Il y en eu un autre le 2 février 1703 qui fit 3 000 morts. Celui du 31 juillet 1786 fut plus terrible encore : 6 000 morts. La ville fut de nouveau bouleversée le 13 janvier 1915, ainsique que le 24 juin 1958. Pour finir, après cette série de désastres, en 1798, les Français envahirent la ville. Ensuite, ce fut le tour des Autrichiens, en 1819.

Mais L’Aquila c’est aussi une ville universitaire très dynamique et les étudiants paient un lourd tribut dans cette catastrophe puisque l’un de leurs foyers du centre ville s’est effondré. Et puis, L’Aquila c’est aussi une ville moderne, elle abrite l’un des plus grands laboratoires de recherche de physique des particules. C’est donc une ville qui ne vit pas seulement de son passé.

ganymedeL’Aquila… l’Aigle… Pour l’astrologue c’est une référence à Jupiter que l’oiseau symbolise. Jupiter ne se métamorphose-t-il pas à en Aigle pour enlever Ganymède et en faire son giton… Jupiter comme on le sait gouverne le Sagittaire. L’Aquila se trouverait donc être une ville Sagittaire et si on peut en douter, une petite connaissance de l’Abruzzo nous rappelle qu’un peu au sud de L’Aquila on trouve le « Gole del Sagittario ». Cette rivière sur une longueur d’environ 10 km a creusé dans la roche grise des gorges d’une profondeur impressionnante. Dans la symbolique, avec Jupiter et le Sagittaire, ce sont toujours les excès qui prédominent en toute chose. Par ailleurs, le Sagittaire, comme Jupiter, représentent entre autre la bourgeoisie et le monde de l’enseignement. Or, L’Aquila est bourgeoise et universitaire.

italie-carte

Actuellement, c’est la seconde partie du second décan ainsi le troisième décan des signes Mutables, dont le Sagittaire fait partie, qui sont sous les influences très conflictuelles de Saturne d’un côté, et de Mars et Uranus de l’autre, ces trois astres s’opposant entre eux pour accentuer encore les dissonances (les autres Mutables, sont les Poissons, les Gémeaux et la Vierge). On peut donc penser que le thème de cette région de l’Abruzzo est en partie sous cette triple influence destructrice. Par ailleurs, la Nouvelle Lune du 25 mars 2009 dans le signe du Bélier, très conflictuelle, très marquée par Pluton, évoque tout autant des conflits, des émeutes, de la violence que malheureusement des catastrophes naturelles (cf. une précédente chronique ayant trait à l’entrée de Pluton dans le Capricorne parue en décembre 2008). Or, la lunaison ne fait que commencer puisque la prochaine Nouvelle Lune aura lieu seulement le 24 avril 2009, heureusement dans le signe plus placide du Taureau et en bon aspect de Pluton.

Enfin, L’Aquila se singularise sur une mode plus doux, encore qu’on lui attribuerait le malheur qui frappa Arachné. En voici la légende. Mais tout d’abord connaissez-vous la dentelle « a tombolo » ? C’est la spécialité, depuis toujours de L’Aquila.

tombolo-aquilano

Est appelé « tombolo » la dentelle travaillée avec des fuseaux qui tire son nom du coussin cylindrique sur lequel on la travaille. Il y a peu de témoignages sur l’origine historique de cette production artisanale. On dit que ce serait des religieuses bénédictines de l’Abbaye de Cluny en France qui l’enseignèrent à des fillettes fréquentant le couvent au XVIe siècle car c’est de cette époque que remonte la diffusion de cette façon de faire de la dentelle, en particulier à L’Aquila. Outre le travail, les femmes de L’Aquila fournissaient le délicat fil de lin ou de soie qui, à l’époque, était utilisé. Le « tombolo » de l’Aquila est unique en Italie dans ce type de travail qui s’exécute entièrement avec les fuseaux, ce qui l’apparente à la dentelle de Bruges. La préciosité de l’ouvrage est due à la fois au travail lui-même et au fil utilisé. Il y a deux types d’ouvrage : le point antique et le nouveau point ou point commercial. Le point antique se travaille comme une toile, il a l’effet de tulle. Il permet de réaliser des figures : fleurs, volutes, papillons. Le nombre de fuseaux utilisés n’est pas prévisible au début de l’ouvrage. On continue d’en ajouter au fur et à mesure de l’avancement du travail. La symétrie et la géométrie des dessins caractérisent le nouveau point. Le nombre de fuseaux varie selon la complexité du travail, mais est défini au début de l’ouvrage.

« Quand la Reine Isabella vint à L’Aquila en 1493 pour visiter les reliques de San Bernardino, Les chroniqueurs de l’époque se souviennent que les chevaliers de la suite royale furent émerveillés par les fêtes somptueuses préparées par la ville, l’exubérante beauté des femmes de L’Aquila et l’exquise richesse des dentelles qu’elles portaient ». Orazio d’Angelo, aquilano (1904).

eventail-en-dentelle-de-laquila1On peut toujours commander un article à l’Atelier « Le Mani d’Oro » (Les Mains d’Or) à L’Aquila.

Des chercheurs passionnés ont voulu trouver les origines de la dentelle dans les antiques légendes de Rome comme celle d’Arachné (*) chantée par Ovide, ou dans les vestiges pré-chrétiens de Chine et du Japon. Quant aux guipures grecques, on voit remonter leurs origines aux temps du mythique Homère qui, dans l’Odyssée, décrit une ceinture de fils entrelacés.

Ce ne fut qu’au Moyen-âge que la dentelle fut différenciée en deux catégories bien distinctes : celle à l’aiguille et celle aux fuseaux, mais il existe aussi la dentelle « a tombolo ». Les Flandres et l’Italie s’en accordent la priorité, tout comme Venise, Milan, Gênes et L’Aquila.

Il est certain, en effet, qu’à la fin de 1371, le Royaume de Naples consentit à la commune de L’Aquila de discipliner tous les arts et métiers, dont l’artisanat de la dentelle, pour une meilleure aisance à s’affirmer et à se diffuser. Et on se souvient qu’en 1793, la Reine Isabella, épouse du Roi de Naples, en visite à L’Aquila, fut très admirative « de la beauté raffinée des dentelles dont étaient parées les femmes de L’Aquila ».

La caractéristique typiquement locale du tombolo réside dans le fil très fin, mais résistant et rigide, comme introuvable. Le fil, défini impalpable, fut considéré comme si précieux pour les Aquilini, qu’en 1557, ils en firent don au Vice-roi en visite dans l’Abruzzo. De la préciosité du fil dérive aussi celle de l’antique « tombolo aquilino » qui se distingue d’ailleurs de ceux des autres centres de la province comme Pecocostanzo, Gessoplane, Scanno et même des autres villes d’Italie ou même encore des cités étrangères. Il est sûr que le « tombolo aquilano » devait rejoindre un niveau de véritable oeuvre d’art puisque Marie-Antoinette, Reine de France, commanda à L’Aquila une pièce de dentelle, haute de 8 paumes, pour en faire don au Pape Pie VI le jour où il fut intronisé.

Mais qu’est-ce que le « tombolo aquilino » ? C’est une sorte de coussin cylindrique rempli de sciure qui supporte comme une toile d’araignée, fils de lin et épingles. Assises sur les marches des maisons dans des ruelles ombragées, quelques femmes semblent faire des tours de prestidigitateurs avec des dizaines de fuseaux légers sur ce tombolo. Tout doucement, de leurs mains sortent dentelles et trames d’une stupéfiante beauté : ce sont les dentelles et guipures réalisées au tombolo, destinées aux trousseaux des mariées, authentiques chefs-d’œuvre qui souvent demandent des mois de passion et de travail de « certisino »,  c’est-à-dire de « Chartreux » pour les Italiens, mais de « Bénédictin » pour nous. Cet art très ancien a longtemps souffert d’une certaine désaffection provoquée par l’agitation inutile de notre monde moderne ; cependant il est en train de soulever de nouveaux enthousiasmes. Réunies en coopérative, les dentelières travaillent beaucoup mais trouvent quand même le temps d’enseigner, généreusement, leurs patients secrets aux jeunes filles, mais aussi à quelques rares jeunes hommes.

arachne-et-athena(*) Quant à Arachné, c’était une jeune fille de Lydie, fille d’Idmon de Calaphon, ville réputée pour ses teintures pourpre. Elle excellait dans l’art du tissage. Elle en vint même à se vanter de l’emporter sur Athéna, fileuse accréditée de l’Olympe. La déesse releva le défi. Mais Arachné tissa une pièce d’étoffe où étaient figurées les amours des dieux olympiens avec une telle adresse qu’Athéna ne put rien y trouver à reprendre. Sa colère n’en fut pas moins vive. Elle déchira l’ouvrage de sa rivale, frappa cette dernière, tant et si bien que la malheureuse, remplie de terreur et mortifiée, se pendit à l’aide d’une corde. Athena la métamorphasa alors en araignée. Certains mythographes modernes ont émis l’hypothèse que cette légende se rapporterait à quelque rivalité entre le commerce des tissus athéniens et celui des articles textiles qui provenaient de Lydie… Concurrence commerciale qui nous occupe encore et nous occupera toujours…

araignee-rose

Une prochaine fois j’approfondirai ce mythe d’Arachné et tout ce qu’il symbolise.  En attendant, si votre route vous mène un jour à Rome, comme vous le savez tous les chemins y mènent, prenez le temps de quitter la ville éternelle par la via Tiburtina, qu’aujourd’hui l’autoroute A.24 longe, et allez vous perdre quelques jours dans l’Abruzzo, aller découvrir L’Aquila qu’on reconstruira, je l’espère, à l’identique… Vous en reviendrez conquis par la beauté de cette nature encore sauvage qui l’entoure, le charme des villes et villages nichés dans la montagne, la gentillesse de ses habitants, ainsi que sa rustique et savoureuse gastronomie, dont le risotto au safran ; sa fleur est une des grandes cultures de l’Abruzzo.   

fleur-de-safran

Et puis, à l’aller ou au retour, arrêtez-vous à Tivoli, pour la Villa d’Este et la Villa Adriana, ainsi qu’à Subiaco pour ses merveilleux monastères bénédictins. Enchantement garanti… Une très bonne adresse, charmante et romantique : Ristorante et B and B – BELVEDERE, via dei Monasteri, 33 – SUBIACO – www.belvederesubiaco.com – mais là on est de retour dans le Latium, aux portes de Rome.

Bibliographie :

Traité de la « Dentelle a Tombolo », artisanat noble », d’Angello Tozzi

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins – Editions Robert Laffont/Jupiter.

toile-daraignee-et-perles-de-rosee1

 

Partager

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,