LA VIERGE… ENTRE SAGESSE ET FOLIE ?

(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 02-09-2009

           

            – Son graphisme   vierge2            

La lettre M compose le signe de la  Vierge. Le M est en sanscrit la lettre la plus sacrée. Androgyne, elle symbolise la source de toute chose. Dans toutes les langues, c’est une lettre mystique, génératrice : Maïa, racine-mère de matière ; Marie, force féminine, vierge et immaculée. Fécondée, elle donne la vie.  Le dernier jambage du M se replie vers le bas : c ‘est le serpent, symbole de la vie en sommeil, en puissance.

Une autre explication de l’idéogramme de la Vierge : ce M avec son dernier jambage barré serait une simplification du corps et des ailes de la Vierge, l’appendice représentant l’épi de blé : un être de pureté et de productivité. Mais on peut mettre aussi en analogie les jambages du M avec les contorsions intestinales, ce qui nous ramène aux valeurs de philtre et d’analyse de ce signe.

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              – Ses symboles

C’était en Egypte le signe d’Isis.

Sa sixième place dans le zodiaque le fait participer du symbolisme du nombre six du sceau de Salomon, c’est-à-dire à six branches, emblème d’Israël.

Sixième signe du zodiaque, la Vierge se situe juste avant l’équinoxe d’automne. Symbole de moisson, de travail, de dextérité manuelle, de minutie, c’est le second signe de Mercure, qui agit ici d’une manière plus basse, terrestre et pratique que dans le signe des Gémeaux qui correspond à l’aspect aérien du messager des dieux.

Dans la nature, la Vierge marque le temps des récoltes terminées. Les semailles d’hiver ne sont pas encore faites, la terre est vierge, prête à être de nouveau fécondée. Pour l’homme, elle est l’aboutissement des actes passés et la possibilité de commencer une vie psychique consciente. Une condition : sacrifier l’intégrité au profit de la sensibilité.

Avec la Vierge, nous sommes au terme du cycle annuel de l’élément Terre, avant la Terre froide du Capricorne, celle des ensemencements d’hiver, après la terre grasse, humide et chaude du Taureau, couverte de végétation verdoyante et parfumée du printemps.

Avec la Vierge se présente une terre desséchée par le soleil estival et épuisée des vertus nutritives, sur laquelle se couche l’épi fauché, en attendant que le grain sec se détache de l’épi, en même temps que son enveloppe. Le cycle végétal s’achève sur une terre nouvelle, vierge, destinée à recevoir ultérieurement la semence. D’où la représentation du signe par une jeune fille, vierge ailée portant l’épi ou la gerbe.

Mercure en est la planète rectrice : au temps de la moisson et de l’engrangement, où le résultat se pèse et se calcule, nous sommes en effet dans un monde qui se différencie, se particularise, se sélectionne, se cerne, se réduit, se dépouille, s’assigne des limites précises.

Dernier signe de l’été, la Vierge représente aussi le règne de l’exploitation ; l‘agréable cède le pas à l’utile, le superflu à l’indispensable.

       Ses mythes

Dans la mythologie, la Vierge est symbolisée par Athéna ou Minerve, encore appelée Pallas, déesse vierge et guerrière, de la sagesse et de la paix. Mais c’est aussi Déméter (ou Cérès la romaine, déesse des moissons), déesse maternelle, de la terre et de la fertilité. Ce sont les déesses du blé, que l’argot français transforme en argent, ne disait-on pas « il est plein de blé » pour parler de « l’oseille » ou de la « thune »… Par ailleurs, un des tracteurs Renault s’appelle Cérès.

ceres-10-francs-18511 Cérès – 10 francs de 1851

On peut opposer Déméter à Athéna, l’une mère éperdue prête à laisser le monde mourir de faim et la nature s’étioler tant qu’elle n’a pas retrouvé sa fille bien-aimée ; l’autre, farouche guerrière, célibataire, « fille de son père » et née de lui (elle est sortie toute armée du crâne de son père Jupiter), plus proche d’une Walkyrie nordique que d’une déesse séductrice, et en même temps pleine de sagesse civilisatrice. Déméter, toutefois, sous ses apparences de déesse sage, n’est pas incapable de grands excès, de révolte et de violence. Pourtant, c’est à elle que l’on pense en priorité lorsqu’on évoque les mythes de la Vierge Marie.

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Hestia et Vesta, plus « sages » encore, déesses du foyer. Vestales intactes, gardiennes fidèles de la lumière divine, qui ne doivent sous aucun prétexte laisser s’éteindre la flamme sacrée du temple, image sans doute de la présence du dieu. Hestia était grecque alors que Vesta était romaine.

On pense alors à la parabole de l’Evangile, « Les Vierges sages et les Vierges folles » : il y avait cinq vierges sages et cinq vierges folles. Elles avaient été chargées d’attendre le Maître. Mais celui-ci tarde à venir et la nuit tombe. Les Vierges sages, prévoyantes, ont fait provision d’huile, mais les Vierges folles n’y ont tout simplement pas pensé.  

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William BLAKE – Vierges sages et Vierges folles – Aquarelle 1823 – Tate Collections – Londres

Quand leurs lampes sont pour s’éteindre, elles supplient leurs sœurs plus sages de leur vendre un peu de leurs réserves d’huile. Devant leur refus, elles partent à la recherche d’huile. Entre temps, le Maître est arrivé et quand enfin elles ont trouvé la précieuse huile et reviennent poursuivre leur attente, la porte est fermée. Elles ne feront donc pas parties des élues.

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Toutefois, l’attitude égoïste des Vierges sages n’est pas sans rappeler celle de la fourmi de la fable d’Esope revue et corrigée par La Fontaine, la Cigale et la fourmi… Si la cigale, prodigue et artiste puisqu’elle chante, est incontestablement un symbole solaire, la fourmi, laborieuse et prévoyante, fait partie de l’iconographie du signe de la Vierge.

Il y a également Midas qui eut la chance d’obtenir une faveur de son choix. Et c’est ainsi qu’il put changer en or tout ce qu’il touchait et naturellement, quand il voulut s’alimenter, il ne put avaler les lingots d’or ou même boire les flots du métal précieux du fleuve Pactole. Midas représente notre comportement anal soutenu par un Moi avide, possessif, tourné vers les richesses extérieures (pouvoir, prestige, puissance…), capable de nous faire périr d’inanition en étouffant nos émotions intérieures, issues de l’inconscient.

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Son nom qui a pour sens « graine », le rapproche de Déméter et du blé : en renonçant au pouvoir, à dominer la terre, notre terre intérieure sera fertile.

On pense encore au « Nettoyage des écuries d’Augias », qui faisait partie des douze travaux qu’Hercule devait accomplir, qu’on peut faire nôtre : une page d’écologie et d’altruisme.

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Hercule dans les Ecuries d’Augias vu par Daumier 

Enfin, dans notre société de consommation, le message que livre la publicité des grands lessiviers, reprit Coluche dans un de ses sketchs célèbres de la « lessive qui lave plus blanc que blanc », nous renvoie également à l’idéal de propreté et de pureté propre au signe de la Vierge.

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              Sa psychologie

Signe Négatif, c’est une personnalité introvertie.

Signe Mutable ou double, d’une grande activité psychique, le type Vierge cherche à adapter son éthique aux réalités de la vie. Dans la nature, l’été se termine, une période de transition est nécessaire.

La Terre est l’élément de la Vierge. La terre a été chauffée par le soleil de l’été. La nature est sèche. Comme la nature l’homme est fatigué. En ce temps de sécheresse,  l’être se dégage de la vie sensible. Il veut revenir aux valeurs essentielles. Le type Vierge intellectualise : il appréhende le monde logiquement.

La Terre est un élément de concentration, de fixation et de concret. Il se particularise en Vierge par sa position dans le cycle zodiacal. Dans la trilogie des signes de Terre, après la Terre cardinale du Capricorne (la semence, la conscience), puis la Terre fixe du Taureau (la terre grasse et fertile : le sens des réalités, l’efficacité), vient la Terre mutable de la Vierge où l’être tente de ne pas tenir compte de ses émotions pour agir.

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Avec l’univers virginien se découpe le profil d’un caractère qui a son équivalent avec le complexe anal replié de la psychanalyse freudienne. Il s’agit d’une disposition générale à retenir, à contrôler, à se maîtriser et à se discipliner ; d’une tendance à l’économie, à la parcimonie, à l’accumulation à la conservation, à la temporisation ; d’un caractère sérieux, consciencieux, scrupuleux, réservé, sceptique, méthodique, ordonné, attaché aux principes, aux règles, aux consignes, sobre, soucieux de sens civique et de respectabilité, travailleur tourné vers les choses difficiles, laborieuses, ingrates ou pénibles, visant à satisfaire avant tout un sentiment de sécurité.

La Vierge est attirée à la fois par des forces obscures et par les forces de la lumière. Aussi cherche-t-elle à maintenir l’équilibre entre le bien et le mal. Cet idéal explique sa perpétuelle tension.

Il coexiste chez elle deux types de caractères : inhibition et pulsion, classique et réactionnel. C’est un être ambivalent qui passe d’un état à l’autre : le mal puis le bien, la bonté et la haine. Ces changements lui permettent des prises de conscience au travers desquelles elle évolue.

La caractérologie en fait un nerveux actif, non émotif. L’expression est vive, intelligente. Le type Vierge a conscience de l’effort, des grandes et des petites douleurs, mais elle retient ses émotions. Avant d’agir, la Vierge passe tout au crible. Elle analyse, filtre, réfléchit avant d’entreprendre.

A noter que la partie du corps qui correspond à la Vierge sont les intestins dont leur fonction est de trier les aliments et de choisir ceux qui sont nécessaires. Ils éliminent les déchets et assimilent les substances nutritives. A la  Vierge sont attribuées les valeurs de philtre,  d’analyse et d’activité. Elle possède des valeurs d’élimination et d’assimilation.

Sa  nature est ambivalente. Entre le bien et le mal, la Vierge est écartelée. C’est un être responsable, efficace qui, devant le travail, élimine méthodiquement les difficultés. 

Et si la Vierge était…

Un animal ? On pense tout de suite à fourmi la fourmi, à ecureuil l’écureuil   

 

fouine à la fouine ou même la termite, beaucoup moins sympathique.

Et si c’était un arbre : ce seraitle noisetier  noisetier ou le sureau sureau 

… Une plante ?  le trèfle trefle ou le serpolet serpolet31  

bouquet-fleurs-des-champs1 Si c’était une fleur, ce serait un bouquet de fleurs des champs, coquelicots, bleuets, marguerites, mêlées de tige de blé mûr.  

Et comme condiment… la citronnelle citronnelle

Sa saveur est anisée. Son parfum est la lavande, celle des armoires bien rangées sachet-de-lavande qui sentent bon.  

Son métal est le bronze et l’aluminium. Sa couleur est le beige-marron, les couleurs de la terre et des champs.

Si la Vierge était une pierre, ce serait… malachite  la malachite…  le jaspe… jaspe ou bien l’agate agate

Si c’était un instrument de musique, ce serait un tambourin tambourin

boites-et-porcelainesEt si c’était un objet de collection : ce serait des boîtes, des assiettes anciennes, des porcelaines et… des collections de collections…

 

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LEGUME OU FRUIT DU SOLEIL… LA POMME D’OR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 08-08-2009

Chez les Aztèques, c’était un « fruit charnu ». On l’appelait la « tomalt ». Elle était plutôt petite et jaune, très répandue au Mexique et au Pérou. C’est de là-bas que les conquistadors espagnols l’ont rapportée en Europe sous forme de petites graines, « la tomata ». Adoptée pour sa consommation dès le XVIIe siècle dans le sud de la France, la tomate a longtemps été, au nord de la Loire, considérée comme une plante d’ornement. C’est en 1790, pendant les fêtes de la Révolution, que les Marseillais l’ont fait goûter et découvrir aux Parisiens.

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La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, « Historia natural y moral de las Indias », par Robert Regnault. Le mot « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou  » pomme d’or ». Le nom de la tomate figure dans les « mots sans frontières » recensés par Sergio Corrêa da Costa. On le retrouve en effet dans de nombreuses langues avec de faibles variations phonétiques et orthographiques. On a ainsi dans les langues européennes : tomato en anglais, tomate en allemand, espagnol, français et portugais, tomat en danois, norvégien, suédois et estonien, tomaat en néerlandais, à l’exception notable de l’italien, pomodoro. Quoiqu’il en soit la tomate, dont l’appartenance à la famille des Solanacées avait été reconnue par les botanistes de la Renaissance, a été classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum avec comme nom binomial Solanum lycopersicum.

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La tomate est donc bien un légume solaire, le légume du Soleil, le légume du plein été, lorsque le Soleil est le plus haut dans le ciel et où nous ressentons le mieux les bienfaits de ses rayons et de sa chaleur… Ne dit-on pas « rouge comme une tomate » quand on a pris un coup de soleil. On le dit aussi d’ailleurs quand on rougit de confusion.

Cependant, comme on vient de le voir, en Italie la tomate est appelée « pomodoro », la « pomme d’or » et cet or est une autre référence au soleil et au signe du Lion, qui correspond au milieu de l’été, signe dont on dit que le Soleil y est en domicile.  Cette pomme d’or invite à s’interroger : et si la tomate avait été connue des dieux grecs, bien avant que nous ne la découvrions chez les Aztèques. Et voilà ce mythe de la pomme de la discorde nous fait douter… Ce serait donc une tomate qui serait à l’origine de la guerre de Troie ?

Pâris était l’un des plus jeunes fils du roi Priam et de la reine Hécube, les souverains de Troie. Il avait pour frère Hector qui trouvera la mort durant la guerre de Troie et, pour sœur, Cassandre, la voyante que personne ne croyait. Un peu avant de le mettre au monde, sa mère, la reine Hécube, rêva qu’elle donnait naissance à une torche qui incendiait et détruisait toute la ville, ou bien qu’un monstre aux cent bras mettait la cité en ruine. Un devin, Aesacos, fils que Priam avait eu de la nymphe Alexirrhoé, ou bien une Sybille, avertit Priam que ce rêve était de mauvais augure et que l’enfant devait mourir ; Priam confia alors le nouveau-né à un berger, Agélaos, qui l’abandonna sur le Mont Ida. Mais cinq jours plus tard, le berger le retrouva toujours vivant, car une ourse l’avait nourri ; il eut pitié de l’enfant et l’éleva comme son propre fils. Pâris devint un jeune homme d’une beauté frappante et, le moment venu, il se réconcilia avec sa famille. En effet, Priam avait envoyé des serviteurs dans la montagne pour rapporter un taureau destiné à être le prix des jeux funèbres donnés par le roi. Le taureau choisi était l’animal favori de Pâris, et ce dernier suivit les serviteurs, bien décidé à prendre part aux jeux et à reconquérir l’animal. En effet, il remporta de si belles victoires qu’il excita la jalousie des fils de Priam et lorsque Deïphobe tira l’épée contre lui, il chercha refuge à l’autel de Zeus dans la cour du palais. Cassandre l’aperçut et reconnut en lui le fils que Priam avait perdu ; Pâris fut alors accueilli, et la vision de la reine Hécube oubliée. Auparavant, Pâris avait épousé une nymphe, Oenoné, fille du fleuve Cébren, et continua à vivre avec elle sur le Mont Ida, en gardant les troupeaux de son père avec ses camarades.

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Les Noces de Thétis et de Pelée par Cornelis Van Haarlem (1593)

C’est là qu’Hermès (Mercure), sur l’ordre de Zeus (Jupiter), conduisit Pâris auprès d’Héra (Junon), Athéna (Minerve) et Aphrodite (Vénus) qui se disputaient la pomme d’or lancée par Eris (la Discorde) lors des noces de Thétis et de Pélée : le fruit portait l’inscription « à la plus belle ». Chacune des trois déesses essaya d’acheter le beau juge : Héra lui offrit l’empire de la terre toute entière ; Athéna, la victoire dans tous les combats et Aphrodite lui offrit la plus belle femme du monde. Ce fut cette dernière proposition qui convainquit Pâris et il accorda le prix à Aphrodite. Dès lors la déesse le protégea et fit en sorte qu’il rencontre Hélène, épouse de Ménélas le roi de Sparte en Grèce.

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Le jugement de Pâris – Miniature

Priam, sans doute sous l’influence d’Aphrodite, envoya Pâris le représenter auprès du roi de Sparte. <peut-être Pâris déclara-t-il qu’il avait l’intention de ramener Hélène avec lui, car la jeune femme était célèbre pour sa beauté et avait été demandée en mariage par tous les jeunes princes de Grèce. On racontait aussi qu’Hélénos et Cassandre avaient prédit à ce moment-là que le départ de Pâris apporterait la ruine de Troie. Oenoné, la compagne de Pâris, sentant qu’il allait l’abandonner, lui demanda de revenir près d’elle sur le Mont Ida s’il était blessé, qu’elle le soignerait grâce à ses connaissances en médecine.

Lorsque Pâris arriva à Sparte, Ménélas l’accueillit avec hospitalité tandis que sa femme Hélène tombait éperdument amoureuse de lui. Neuf jours plus tard, Ménélas dut se rendre aux funérailles de son grand-père Catrée, en Crète, et Pâris s’enfuit avec Hélène, emportant avec lui les trésors magnifiques des coffres de Ménélas.

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Hélène et Pâris – Musée du Louvre – DAVID (1788)

Les traditions diffèrent sur le temps que les deux amants mirent pour atteindre Troie. Quoi qu’il en soit,  quand il se fut révélé impossible de régler le différend par la voie diplomatique, une immense armée recrutée dans la plupart des royaumes et principautés de Grèce attaqua Troie sous le commandement suprême d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Notez au passage l’enchaînement des événements qui président à un destin et toujours à partir d’un fait qui semble bien anodin. Cette pomme d’or allait en effet être à l’origine d’une guerre longue et impitoyable et la chute de Troie.

Cette pomme d’or provenait du jardin des Hespérides, qui n’étaient pas encore ces résidences médicalisées pour personnes âgées dont on voit les publicités dans les journaux. Les Hespérides étaient les filles d’Atlas et d’Hespéris. Elles vivaient dans un jardin plein de pommes d’or mais dont l’entrée était gardée par un dragon. Héraclès (Hercule) triompha du dragon et s’empara du jardin avec toutes ces richesses. Le mythe évoque l’existence d’une sorte de Paradis, objet des désirs humains, et d’une possibilité d’immortalité, que symbolise les pommes d’or ; le dragon désigne les terribles difficultés d’accès à ce Paradis et Héraclès, le héros qui triomphe de tous les obstacles. L’ensemble est un des symboles de la lutte de l’homme pour parvenir à la spiritualisation qui lui assurera l’immortalité. Atlas, dit la légende, enseigna l’astronomie à Héraclès, le dragon donna son nom à une constellation et Héraclès fut identifié au Soleil. Maintenant, en ce qui concerne ces pommes d’or si le « pomodoro » italien évoque une tomate, il y en a qui affirme que la pomme d’or de la discorde provenant du jardin des Hespérides étaient une orange… Qui le saura jamais ?

Toutefois, on peut affirmer que le bonheur est dans la tomate… Savoureuse et pleine de qualités, très revitalisante, c’est une alliée de la minceur. Avec elle, on se sent bien. En effet, ce fruit-légume a des vertus thérapeutiques reconnues, comme nous l’ont confié nos grands-mères. Une compresse imbibée du jus d’une tomate fraîche soulage les piqûres d’insectes. Coupée en rondelles, une tomate peut aussi soigner un coup de soleil. Il semblerait que ceux qui en mangent beaucoup y soient moins sujets. Essayez-la aussi en masque sur les paupières pour calmer des yeux irrités.

De même la tomate est très bonne pour la peau, grâce à ses antioxydants : elle assainit et éclaircit le teint. Pour un bon nettoyage de peau, appliquez tous les trois ou quatre jours du jus de tomate ou de la pulpe de tomates fraîches sur le visage et les mains et rincez à l’eau. Tout comme la carotte, la tomate est très riche en lycopène, elle stimule le bronzage et l’effet bonne mine.

En Crète, la tomate est l’une des composantes de la fameuse diète méditerranéenne qui permet de vivre longtemps et en bonne santé. Dégustée crue, c’est en début de repas, ou comme coupe-faim, qu’elle est idéale. Très pauvre en calories, la tomate est très riche en eau, donc rafraîchissante et hydratante. Riche en vitamines C et en magnésium, on en mange à volonté pour chasser les toxines et la fatigue. Ses anti-oxydants contenus dans le lycopène font baisser les mauvaises graisses et l’hypertension.

Enfin, au jardin, le purin de tomate, obtenu par macération de feuilles et tiges dans l’eau, serait efficace pour prévenir ou éloigner certains insectes parasites, notamment les pucerons.

Avec son arôme, son odeur, sa fraîcheur en bouche, la tomate justifie le vieux dicton provençal : « C’est la sauce tomate qui fait la bonne viande ». Avec la tomate, le rouge est multiple. Dans la famille des tomates rouges classiques, les consommateurs préfèrent d’abord les biens rondes et les charnues très goûteuses, puis celle en grappes si proches de celles du jardin. Parmi les variétés les plus prisées, la grosse cœur de bœuf, charnue et ferme, plutôt acide et très parfumée. Elle est délicieuse, tout simplement revenue à la poêle ou crue, marinée à l’huile d’olive et au jus de citron.

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Ludiques et raffinées, les grappes de petites tomates cerise avec leur léger goût sucré sont exquises à l’heure de l’apéritif ou en pique-nique. On peut aussi les confire ou les plonger dans un caramel croquant en mini pommes d’amour. Dès le mois de juin, la Marmande ronde, fruitée et généreuse, est idéalement équilibrée entre sucré et acide, chair et jus. Résultat : c’est la reine des tartares de tomates et des tomates farcies. Quant à la Roma, à la forme allongée, très ferme mais sucrée et peu juteuse, est encore meilleure à la cuisson, favorite de toutes les sauces italiennes, des soupes et des ratatouilles.

Comme officiellement il existe 14 000 variétés de tomates, il ne faut pas hésiter à goûter des raretés souvent hautes en couleurs, découvertes au hasard de petits maraîchers passionnés. Et revoilà les pommes d’or du jardin des Hespérides avec ces tomates jaunes, moelleuses et douces, les oranges juteuses et très fruitées, idéales pour les salades inventives . Pour les sauces et les potages, les tomates foncées, presque noires, ont une saveur riche avec un goût généreux et prononcé. Pour les vrais amateurs, les roses, délicates, subtilement aromatiques, s’expriment naturellement avec quelques cristaux de fleur de sel. Les zébrées se dégustent tout simplement crues, avec un filet d’huile d’olive. En fin de saison, on trouve les tomates vertes, charnues et sucrées, cuites en confitures, relevées d’une gousse de vanille et de citron.

Histoire de la tomate à travers les siècles

Elle fut introduite en Europe, au début du XVIe siècle par les Espagnols, d’abord en Espagne, puis en Italie, par Naples, alors possession de la couronne espagnole. Initialement considérée comme plante ornementale, elle est cultivée depuis le XVIIIe siècle pour son fruit, consommé comme légume. La première mention de la tomate dans la littérature européenne apparaît dans un ouvrage publié pour la première fois en 1544, les « Comentari » de Pietro Andrea Mattioli, botaniste et médecin italien, qui en donne une description sommaire au chapitre consacré aux mandragores et l’appelle « pomi d’oro » « mala aureo » : pomme d’or. La plante étant de la même famille que la belladone, ses fruits n’étaient pas considérés comme comestibles, mais utiles en médecine.

En Grande-Bretagne, John Gerard, botaniste et chirurgien anglais, fut le premier à cultiver la tomate dans les années 1590. Il représenta la plante qu’il considérait comme vénéneuse, y compris le fruit, dans son herbier « The Her all or General Historie of Plantes ». Son avis négatif prévalut en Grand-Bretagne et dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord pendant encore deux siècles.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs » : « Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grâce, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer ».

En France, à la fin du XVIIIe siècle, les qualités culinaires du fruit de la tomate sont mises en avant dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : « Le fruit de tomate étant mûr et d’un beau rouge, et il contient une pulpe fine, légère et très succulente, d’un goût aigrelet relevé et fort agréable, lorsque ce fruit est cuit dans le bouillon ou ans divers ragoûts. C’est ainsi qu’on le mange fort communément en Espagne et dans nos provinces méridionales, où on n’a jamais observé qu’il produisît de mauvais effets ». En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans « le Bon jardinier » en 1785. La diffusion de la tomate s’accéléra en France pendant la Révolution avec la montée des Provençaux à Paris pour la fête de la Fédération en 1790. Deux restaurants tenus par des Marseillais, les « Trois frères provençaux » et le « Bœuf à la mode » participèrent à la popularisation de la tomate dans la capitale.

Aux Etats-Unis, le président Jefferson qui avait séjourné en France de 1784 à 1789, fut au début du XIXe siècle un propagandiste de la tomate qu’il fit cultiver dans son domaine de Monticello en Virginie et entrer à la table présidentielle en 1806.

Les fêtes de la tomate

De nombreuses fêtes de la tomate sont organisées dans le monde, notamment aux États-Unis, en Europe et dans divers pays comme Israël, l’Argentine ou l’Australie. Ce sont souvent des « fêtes des plantes » axées sur la tomate et souvent d’autres légumes dans lesquelles sont présentées des fruits de nombreuses variétés, des concours des plus belles tomates, et qui sont l’occasion pour les passionnés d’échanger des semences ou de découvrir de nouvelles recettes.

En France, une « fête de la tomate et des légumes anciens » se tient depuis quelques années à la mi-septembre à Haverskerque (Nord). A Gunnedah (Nouvelles-Galles-du-Sud) en Australie, la « National Tomato Competition » organisée en janvier est un concours de la plus grosse tomate.

Celle qui est organisée chaque année en août à Buñol, commune espagnole de la province de Valence, la « Tomatina », se distingue par son caractère de bataille festive dans laquelle les seules munitions utilisées sont des tomates bien mûres. Une fête similaire, la « Gran Tomatina Colombiana », se déroule en Colombie dans la commune de Sutamarchán chaque année en juin depuis 2005.

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La Tomitina en Espagne

La Tomate dans l’art

Pablo Picasso peignit en août 1944 une série de neuf tableaux représentant un plant de tomate sur le rebord d’une fenêtre. Réalisées dans l’appartement de son ancienne compagne, Marie-Thérèse Walter et de sa fille Maya à Paris, où le peintre s’était réfugié pendant les combats pour la Libération de la capitale, ces peintures sont, selon Jean Sutherland Boggs, « une métaphore pittoresque et décorative de la nécessité pour l’être humain de survivre et prospérer même sous les contraintes de la guerre ».

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Picasso – Pied de tomate

En 1962, Andy Warhol produisit une œuvre intitulée « Campbell’s Soup Cans », constituée d’une série de 32 tableaux représentant une série de boîtes de soupes rouge et blanche de la société Campbell, au premier desquelles la soupe de tomate.

Les formes arrondies de la tomate ont inspiré en 1971 au designer finlandais Eero Aarnio le dessin du « fauteuil tomate » (tomato chair).

Dans un registre humoristique, Alphonse Allais intitula en 1882 un tableau abstrait uniformément rouge « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge ».

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Andy Warhol – Robe sauce tomate

Symbolisme et tomates

Chez les Bambaras, peuple d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Guinée), la tomate est un symbole de fécondité, et les couples doivent en manger avant de s’unir. La tomate est l’emblème, fruit ou légume officiel, de plusieurs États américains :

  • Arkansas (fruit et légume officiel), il s’agit d’une variété à fruits roses, la « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato »,
  • Louisiane (légume officiel), variété Creole tomato,
  • New-Jersey (légume officiel),
  • Ohio (fruit officiel),
  • Tenessee (fruit officiel).

        ·      En outre, le jus de tomate est la boisson officielle de l’Ohio.

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Le parti socialiste néerlandais a adopté comme symbole une tomate rouge qui figure dans son logo.

 

Fruit ou Légume

D’un point de vue botanique, la tomate est indiscutablement un fruit, puisqu’elle dérive, y compris ses graines, de la transformation de l’ovaire d’une plante à fleurs. Cependant, d’un point de vue culinaire, elle n’a pas le même goût sucré que les fruits consommés comme tels, le plus souvent à la fin du repas, et est généralement servie, comme légume, dans des préparations salées, en entrée ou en salade, ou en accompagnement du plat principal. L’origine de la controverse vient du fait que les tomates sont traitées comme des fruits dans les pratiques de conserve domestique. Les tomates ont en effet une acidité suffisante pour être préparées à l’eau plutôt que dans un stérilisateur à vapeur comme c’est le cas pour les « légumes ».

Cette controverse a eu des implications légales aux États-Unis. En 1887, des droits de douane appliqués aux légumes mais pas aux fruits ont fait du statut de la tomate un sujet d’importance au regard de la loi. La Cour suprême des États-Unis mit fin à la controverse le 10 mai 1893 en déclarant que la tomate était un légume, selon la définition populaire qui classe les légumes, généralement servis au cours du repas et non au dessert, en fonction de leur utilisation. La décision s’applique seulement à l’interprétation du tarif douanier du 3 mars 1883 et la Cour ne prétend pas reclasser la tomate pour d’autres considérations que celles relatives au paiement de taxes douanières.

La tomate a été choisie comme légume-emblème officiel par l’État du New Jersey. L’Arkansas en revanche n’a pas tranché entre fruit et légume en faisant de la variété « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato » à la fois le fruit-emblème et le légume-emblème de l’État, dans une décision unique citant ses usages culinaires et la classification botanique. En 2006, la chambre des représentants de l’Ohio adopta une loi qui devait déclarer la tomate comme le fruit-emblème de l’État, mais elle ne fut pas ratifiée par le Sénat et il fallu attendre avril 2009 pour qu’une nouvelle loi fasse de la tomate le fruit officiel de l’Ohio. Le jus de tomate est depuis 1965 la boisson officielle de l’Ohio. A.W. Livingston, originaire de Reynoldsburg (Ohio), a joué un grand rôle dans la popularisation de la tomate vers la fin des années 1800.

Du fait de la définition scientifique du fruit, la tomate reste considérée comme un fruit aux États-Unis dès lors qu’il ne s’agit pas de questions douanières. Ce n’est d’ailleurs pas le seul fruit botanique consommé comme légume : l’aubergine, le concombre et les courges de toutes sortes partagent la même ambiguïté.

Tomates et records

L’immense pied de tomate qui pousse dans les serres expérimentales du parc Disney d’Orlando en Floride est probablement le plus grand du monde. La plante a été reconnue par le Livre Guinness des records pour sa production de 32 000 tomates d’un poids total de 522 kg. Elle produit des milliers de tomates en même temps sur un seul pied. Yong Huang, directeur de science agricole à Epcot, a découvert ce plant unique à Pékin (Chine). Huang en rapporta des graines à Epcot et fit construire une serre spécialisée. Les tomates, qui ont la taille d’une balle de golf, sont servies dans les restaurants du parc Disney. Les visiteurs peuvent voir ce pied de tomate record en empruntant le parcours en bateau Living with the Land du parc d’Epcot.

La plus grosse tomate jamais récoltée pesait 3,51 kg. Cette tomate de la variété ‘Delicious’ fut cueillie aux États-Unis en 1986 dans sa serre à Edmond (Oklahoma) par un certain Gordon Graham.

On qualifie plutôt la tomate de légume car c’est une plante potagère qu’on utilise en quantité généreuse dans des plats plutôt salés. Pourtant, du point de vue botanique, c’est un fruit. Sur la planète, elle tient une place de choix dans notre alimentation. C’‘est d’ailleurs l’un des légumes parmi les plus consommés en France. Avec près de 15 kg par personne et par an, elle arrive en seconde position derrière la pomme de terre. Si les consommateurs la dégustent crue, en salade ou à la croque au sel, et beaucoup en jus, ils l’apprécient tout autant quand elle est farcie, confite, en sauce ou simplement sautée à la poêle. Certains en font même des confitures.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant  – Collection Bouquin –  Editions Robert Laffont/Jupiter

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Editions Marabout

 

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L’HISTOIRE DE CASSANDRE, LA PROPHETESSE QUE PERSONNE NE CROYAIT

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-06-2009

Il était une fois une princesse qui s’appelait Cassandre. Homère qui ne mentionne pas ses dons de prophéties nous rapporte qu’elle était la plus belle des filles du Roi Priam et de la Reine Hécube, les souverains de Troie. De sa beauté, le dieu Apollon était tombé amoureux et espérant la séduire, il lui offrit le don merveilleux et redoutable de prédire l’avenir. Pourtant, elle repoussa le dieu qui, terriblement offensé, la condamna à ne jamais être crue.

La malheureuse continua d’avertir les Troyens des périls qui allaient assombrir leur vie, en vain. Non seulement elle n’était pas écoutée, mais en plus on se moquait d’elle. Sa première prédiction va concerner la guerre de Troie et ses conséquences. C’est d’abord son frère Pâris qu’elle met en garde alors qu’il part pour la Grèce. Cela ne l’empêchera pas d’enlever la belle Hélène des bras de son époux Ménélas, le roi de Sparte et de la ramener à Troie causant ainsi la perte de la ville.  

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Cassandre est la seule à prédire le malheur qui va s’abattre sur Troie. Car fou de rage, Ménélas décide de ramener son épouse et de donner une bonne leçon aux suborneurs infâmes. Mais les Troyens sont subjugués par la beauté d’Hélène et n’ont cure des avertissements de Cassandre. Elle prédira également que le fameux cheval, une idée d’Ulysse, utilisé par les Grecs, est un subterfuge. Cet énorme cheval attise tant et si bien la curiosité des Troyens qu’ils ne résistèrent pas à l’envie de le faire entrer dans la ville et de le montrer à Priam. En transe, Cassandre annonce des événements terribles dans un délire qui la fait passer pour folle et, plutôt que de l’écouter, chacun la fuit. Elle supplie : « N’en faites rien, conjure-t-elle, cet animal porte la mort dans ses flancs ». Mais les Troyens haussent les épaules, accrochent des cordes au cou de la bête et sourds aux sanglots de la Princesse, le hissent jusqu’au cœur de la ville. La nuit tombée, des soldats grecs sortirent des entrailles du cheval et portèrent la mort du nord au sud, de l’est à l’ouest de la ville. Ce fut la fin de Troie.

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Cassandre implorant la vengeance de Minerve contre Ajax le Petit

Musée des Beaux-arts de Chambéry

Cassandre va aussi répandre le malheur dans les rangs des amis de Troie. Elle est si belle que ces Princes étrangers qui luttent aux côtés des Troyens la courtisent, mais ils vont tous tomber sous les coups portés par les guerriers grecs. Cassandre est donc vouée à rester seule et d’ailleurs elle ne se mariera jamais. Lors du sac de Troie, Ajax le Petit la surprend dans le temple d’Athéna, agrippée à la statue sacrée de la déesse, le Palladium. Il la traîne hors du temple et la viole. Pour expier ce sacrilège légendaire les Locriens (*) étaient condamnés à envoyer à Troie chaque année, pendant mille ans, deux vierges destinées à être esclaves dans le temple d’Athéna et si les Troyens réussissaient à s’en emparer avant qu’elles n’arrivent au temple, elles étaient mises à mort. Ce châtiment resta d’ailleurs en vigueur jusqu’au IIe siècle avant J.C.

Après le sac de Troie, Cassandre est offerte en butin au Roi d’Athènes, Agamemnon qui en fit sa concubine et dont elle eût deux fils. Cassandre le supplia de ne pas retourner auprès de sa femme Clytemnestre. En ne l’écoutant pas, le Roi signa son arrêt de mort et celui de Cassandre. Tous deux périrent assassinés sous les coups de Clytemnestre et de son amant Egisthe.

Tel fut le dramatique destin de Cassandre, la voyante que personne ne croyait. Aujourd’hui son prénom est devenu un nom commun. On dit une cassandre, comme on dit un frigidaire, un Bic… Magnifique revanche du vocabulaire sur l’incrédulité humaine !

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 (*) La Locride était une ancienne région de Grèce centrale. D’après l’Iliade, les Locriens étaient commandés par Ajax, fils d’Oïlée, pendant la guerre de Troie.

  

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