DANS LE MONDE MYTHOLOGIQUE ET LUNAIRE DU CANCER… LES TROIS PARQUES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.4 - LES MYTHES DU CANCER ET DE LA LUNE) par sylvietribut le 12-07-2014

Ces trois femmes en robe blanche, chantées par Orphée, étaient également appelées les Destinées, mais les Grecs les nommaient les Moires  et les Romains les Parques ou Fata. Elles étaient les filles de Nyx, la nuit, et devant elles, tous les vivants étaient saisis d’une terreur sacrée. Elles représentaient les puissantes forces naturelles devant lesquelles l’homme est complètement désarmé, cette fatalité du destin. Il faut préciser qu’elles étaient chargées de surveiller le destin des hommes plus encore que de le déterminer.

LES MOIRES 2

Les Moires

Dans l’épisode de la naissance de Méléagre, cependant, les Parques ou Moires joueront un rôle décisif. Cette légende suggère qu’à l’origine leur fonction aurait été de présider à la naissance des êtres humains et d’assigner à ce moment-là son lot à chacun. En effet, « Parcae » signifie « celles qui font naître l’enfant » et « Moirai », « celles qui coupent » ou « celles qui désignent ». Et c’est ainsi que sept jours après la naissance de Méléagre, les Moires apparurent à sa mère et lui prédirent que son fils mourrait à l’instant où le tison qui brûlait dans la cheminée serait consumé. Celle-ci retira le tison, l’éteignit et le cacha. Cependant, devenu adulte, Méléagre tua ses oncles. Sa mère, alors, replaça le tison dans l’âtre et Méléagre mourut.

Les Parques, ou Moires, sont des symboles lunaires. En effet, « moïra » signifie aussi « quartier » ou « phase ». Elles correspondent donc aux trois phases de la Lune. Ce mythe est, semble-t-il, très ancien, datant de l’époque préhellénique.

CLOTHO LA FILEUSE

Clotho la fileuse – Château de Chantilly

La première Parque était Clotho, la Fileuse. Elle représente la Lune croissante, la jeune parque qui tisse les événements de la vie. C’est d’ailleurs la moins terrible des trois sœurs.

LACHESIS - Puteal_de_la_Moncloa - MADRID

Lachésis – Musée National d’archéologie de Madrid

La seconde s’appelait Lachésis, la dispensatrice ou le sort. C’est elle qui mesurait le fil de la vie. Elle est l’image de la Pleine Lune. C’est elle qui, en détournant la tête, tire au sort le lot de hasard et de chance qui reviendra à tout humain, cette « Part de Fortune » est inaliénable, il peut en jouir en toute sécurité. Mais malheur au mortel qui essaie d’obtenir plus qu’il ne lui a été dévolu par le sort, car il empiète sur les prérogatives des dieux. Il se désigne ainsi la vindicte des Parques. Ce thème sera l’un des ressorts-clés de la tragédie grecque antique. Nous avons été programmés pour un destin, nous ne devons pas chercher à lui échapper, telle est la morale qui se dégage du mythe des Parques. Le nom « Lachésis » a été donné à un serpent sud-américain très venimeux dont la morsure donne la mort. Cependant, « Lachesis mutus », c’est-à-dire la dilution de ce venin, est un remède très utilisé en homéopathie.

ATROPOS

Atropos l’inévitable

Quant à la troisième, elle se nommait Atropos, l’inévitable, celle qu’on en peut contourner ; c’est la plus puissante et la plus redoutée des trois sœurs. C’est la plus petite et la plus méchante. Elle correspond à la phase descendante de la Lune, qui s’obscurcit peu à peu jusqu’à la néoménie, et que nous avons déjà vu personnifiée par la terrible Hécate. A l’heure de la naissance, Atropos grave sur une pierre l’heure de la mort. L’échéance arrivée, elle tranche inexorablement le fil de la vie et nul ne peut la faire fléchir. Cependant, il y eut des exceptions.

Le passage de la société matriarcale, préhellénique et adoratrice de la Lune, à une société grecque patriarcale, se marque dans les relations entre Zeus et les Parques. Hésiode considérait les Parques comme les filles de Zeus et de Thémis, dont le nom signifie « la Loi ». Il illustre ainsi l’ambiguïté de leur rôle : obéissaient-elles à Zeus, ou bien Zeus leur obéissait-il ? Les dieux pouvaient-ils transgresser la loi des Moires ? Nombre d’auteurs classiques les considéraient comme plus puissantes que les dieux eux-mêmes. Homère et Virgile représentent en effet, tous les deux, Zeus tenant une balance parfaitement équilibrée pour connaître les ordres du destin, plaçant sur chaque plateau les sorts respectifs des héros et voyant ainsi de quel côté la balance penchait. Sous ce jour, Zeus apparaît comme exécuteur du destin plus que comme principe déterminant. Ainsi, Zeus sait que son fils Sarpédon est destiné à mourir de la main de Patrocle, mais il ne peut pas, ou ne veut pas, transgresser les lois du destin, même pour sauver celui qu’il aime si tendrement. Tout ce qu’il est en mesure de faire est d’assurer à Sarpédon des funérailles grandioses dans son pays natal, la Lycie. Eschyle dans son « Prométhée enchaîné », nous dit que même Zeus est soumis aux lois du destin.

Cependant, dans les versions plus anciennes, les Parques avaient un pouvoir absolu sur la vie des hommes. Dans les versions plus récentes, coïncidant avec la conquête hellène et l’effacement du culte lunaire, Zeus domine les Parques. Il les informe de ses décisions, certes, mais il a aussi le pouvoir de les obliger à changer d’avis. Il intervient pour leur imposer ses décisions. Pourtant, certains disent que Zeus lui-même tremble devant les Parques. Cependant, il est dit aussi que les Parques s’inclinent devant lui. Zeus s’appelle parfois « le Maître des Parques » puisqu’il prétend au pouvoir suprême sur les destinées humaines.

HERACLES ET ALCESTE

Alceste et Héraclès combattant Hadès la Mort

Une autre légende concernant les Parques est très significative. Il s’agit de l’épisode d’Apollon venu rendre visite aux trois sœurs dans leur caverne. Il veut obtenir la grâce de son bienfaiteur et ami, le roi Admète, qui a eu la révélation de sa fin prochaine. On sent qu’il s’agit là d’un duel Soleil/Apollon et Lune/Les Parques que la mythologie règle au profit du premier. Ce qui rappelle l’effacement des cultes lunaires de la Grande-Mère au profit d’un culte solaire.

Face aux intraitables sœurs, Apollon a recours à la ruse : il leur fait boire du vin. L’ivresse aidant, elles acceptent de retarder un peu le coup de ciseau fatal qui doit trancher le fil de la vie d’Admète. Elles y mettent toutefois une condition : que l’un des proches du roi accepte de se substituer à lui, car la mort réclame son tribut. Bien sûr, personne ne veut se sacrifier. Seule Alceste, l’épouse d’Admète, s’offre par amour, à le remplacer. Après avoir fait des adieux touchants à sa famille, à son mari, à la lumière du jour, Alceste avale un poison et s’abandonne à la mort. Mais aussitôt qu’elle a rendu son dernier souffle, Admète regrette d’avoir accepté son sacrifice car, sans une telle épouse, la vie a perdu tout son sens, toute couleur, et ne vaut plus la peine d’être vécue.

Perséphone, l’épouse de Pluton et donc régnant avec lui sur le royaume des Morts, très choquée qu’une femme se sacrifie à la place de son mari, renvoie Alceste vers la lumière du jour.

Dans d’autres versions de mythe, Admète fait appel à un ami, Héraclès/Hercule. Toujours prêt à en découdre pour la bonne cause, bon prince puisque c’est un jupitérien, le héros se fait le champion d’Admète, le jour où Hadès/Pluton vient chercher Admète le jour de ses funérailles. C’est alors que survient Héraclès avec sa célèbre massue, en bois d’olivier sauvage, détail important puisque l’olivier est un bois sacré. Il s’attaque à Hadès en combat singulier et finit par en triompher, arrachant Alceste à la mort, et du même coup, Admète. Héraclès est un personnage très cancérien. Or, les cycles lunaires et cancériens sont si étroitement imbriqués les uns dans les autres qu’ils ne sont pas facilement dissociables.

Les versions successives du mythe trahissent, ici encore, l’évolution de la société : dans la version ancienne, Perséphone refuse le courageux sacrifice d’Alceste. Nous sommes encore dans une société matriarcale où Perséphone, comme la Grande Prêtresse, a tous les pouvoirs. Dans une version plus tardive, intervient Héraclès, qui incarne la volonté de Zeus ; Héraclès est un symbole jupitérien, et nous sommes cette fois dans une société patriarcale où règne Jupiter/Zeus/le Soleil, tandis que la Grande Mère lunaire est tombée dans l’oubli.

Quoi qu’il en soit, les Moires ne jouèrent pas un rôle important dans la mythologie. Elles aidèrent Zeus dans son combat contre les Géants car elles tuèrent Agrios et Thoas à l’aide d’un bâton, et contre Thyphon qu’elles persuadèrent, alors qu’il était déjà poursuivi par Zeus, de manger de la nourriture des mortels, lui assurant à tort que cela lui donnerait des forces nouvelles.

HECATE AUX TROIS TETES

 

Hécate aux trois têtes

Tout ce qui est triple, ou multiple de trois, dans les mythologies, se rattache à cette période des cultes lunaires. Triple Hécate, trois Parques, neuf têtes de l’Hydre de Lerne… en référence aux trois phases de la Lune.

Le culte lunaire de la Déesse-Mère, symbole de fertilité et de vie végétative, correspond à un stade culturel primitif de l’humanité. Si les peuples évoluent ensuite, les uns après les autres, vers un culte solaire et une société patriarcale, c’est tout à fait dans la logique de l’astrologie : le mois du Cancer, signe de la Lune et de la gestation, précède le mois du Lion, signe du Soleil et de la maturité ». Tout se passe comme s’il existait un ordre naturel et astrologique des choses, auquel les individus, tout comme les sociétés, ne peuvent échapper. On ne peut s’attarder éternellement au stade du Cancer : il est fait pour être dépassé, et chacun doit parvenir à la pleine lumière solaire, à l’autonomie, à l’affirmation de soi.

LES TROIS PHASES DE LA LUNE

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Marabout

Le Grand Livre du Cancer – Sara Sand – Tchou

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