LES ORIGINES MYTHIQUES DE PARIS
(6.2 - Paris Insolite - Paris Mystérieux - Paris Esotérique) par sylvietribut le 20-11-2009
Un fleuve dont les bras enserrent un chapelet d’îles refuges, un marécage protecteur, des forêts généreuses tout autour : voilà le site primitif de Paris, sa raison d’être. Sans cela les hommes auraient peut-être passé leur chemin. Mais non, ils s’arrêtèrent, et cela dès le IVe millénaire avant Jésus-Christ.
Quelques milliers de siècles plus tard, au IIIe siècle avant notre ère, une tribu celte au nom riant de Parisii s’installe sur la future île de la Cité et y fonde son « chef-lieu » : Lutecia. Ce n’est pas encore une ville, mais un oppidum, lieu de défense, de culte, de commerce, bref, de pouvoir. Jules César est le premier à le désigner par écrit dans la Guerre des Gaules. Même s’il n’a pas assisté en personne aux combats, il raconte comment Labienus, son lieutenant, a conquis Lutecia. Dans la plaine de Grenelle, les Gaulois ont combattu jusqu’à la mort de leur chef, Camulogène. Les Romains reconstruisent la ville, elle atteindra son apogée au IIIe siècle pour subir, ensuite, les attaques des Barbares.
Les Arènes de Lutèce - Entrée 49 rue Monge ou rue des Arènes et square René Capitan PARIS Ve

Mais revenons à l’étymologie de Lutèce. Selon Gilles Corrozet, un certain Lucus (ou Luce) descendant de… Noé ( !) serait devenu roi des Celtes et aurait fondé une ville : Lutèce ou Lucotece. Pour certains, Lutèce viendrait de « luto » qui signifie « boue » ou « fange », car le site était alors bordé au nord de marécages. Pour d’autres, elle tirerait son nom du grec « leuxos », « blanc », car l’assiette de la ville est totalement blanche avec d’un côté ses carrières et de l’autre ses plâtrières. On se régale de l’interprétation qu’en fait Rabelais qui nomme la ville « Blanchette, pour les blanches cuisses des dames dudit lieu ».
On ne sait dater exactement quand Lutèce devient Paris. Vers le IIIe siècle, « Lutèce » se perd au profit de « cité des Parisii ». Les Historiens s’accordent à dire que « Paris » vient du nom de cette tribu gauloise. Trop simple, trop modeste pour une Ville lumière qui se doit d’avoir un mythe fondateur. Alors pour surpasser Rome, elle s’en invente plusieurs.
PARIS
Raoul de Presle nous renvoie l’écho de la croyance la plus en vogue au XVe siècle. Celle du Paris aux origines troyennes. Francion, fils d’Hector, petit-fils de Priam, fuit Troie après la guerre légendaire. Il s’arrête en Hongrie pour y fonder Sicambre. Mais la croissance de la population est telle qu’au bout de deux siècles, la Hongrie ne suffit plus aux Troyens. Conduits par un chef nommé Iboz, ils traversent la Germanie et le Rhin pour s’établir sur une île de la Seine « et pour ce qu’ils le virent gras, abondant, délectable, plantureux et bien assis pour y habiter, y firent et fondèrent une cité laquelle ils appelèrent Lutèce, a luto, c’est-à-dire boue ou graisse de terre, pour ce que la dicte isle estoit remplie de toute fertilité ». Ils s’appelèrent Parisiens, pour Pâris, fils du roi Priam, et c’est en son honneur que plus tard le nom de Lutèce sera changé pour celui de Paris.
Un autre mythe rattache la fondation de Paris au passage du demi-dieu Héraclès sur ses terres. Pour accomplir le onzième des douze travaux commandés par Eurysthée, Hercule doit se rendre en Espagne pour y cueillir les pommes d’or du jardin des Hespérides. Mais avant d’aller combattre le dragon espagnol, Hercule fait une halte sur une île, l’actuelle île de la Cité. Il prend tant de plaisir à cette pause qu’il décide de la prolonger, commence à bâtir quelques maisons. « Puis voulant passer outre pour parfaire ses entreprises et ses conquestes, laissa en la dicte isle une bende et compagnie de ses gens darmes et vassaulx qui Parrisient estoient nommez selon le nom de leur pays, qui est en Grece du coste de l’Asie Parasia nommee ».
D’autres enfin lient Paris au culte d’Isis, déesse égyptienne et lunaire, qui aurait été adorée à Lutèce. « Paris » ou « Para Isis », c’est-à-dire proche du temple d’Isis sur les ruines duquel s’élève, dit-on, l’église Saint-Germain-des-Prés, l’église la plus ancienne de Paris. L’abbé du Breul, en 1612, reprend cette idée : « Au lieu où le roy Childebert fit construire l’église Saint-Vincent, à présent dite de Saint-Germain, et à laquelle il donna son fief d’Issy, la commune opinion est, qu’il y avoit le Temple d’Isis, la femme d’Osiris, autrement dit Jupiter le Juste, et que d’icelle le village d’Issy a pris son nom ».
Isis a-t-elle vraiment reçu un culte en Gaule ? La question est toujours débattue. Isis, déesse de la fécondité bienveillante et garante de bonne fortune, a peut-être rassuré les hommes en période trouble. La légende de son attachement à Paris se diffuse au XIVe siècle, moment où la ville en rupture avec son roi a besoin de s’ancrer dans un passé plus ancien. Mais c’est au XVIIe siècle qu’elle est la plus populaire : les plans de la ville ne manquent plus de mentionner les temples d’Isis. Chaque statue de femme trouvée est identifiée comme une statue de la déesse égyptienne, elle est la tête de bronze découverte dans le jardin de Saint-Eustache, en réalité la déesse Diane, qui ouvrira une polémique qui restera vive durant des siècles et des siècles. Cependant, Diane est elle-même une déesse lunaire, elle personnifie même la Nouvelle Lune, tout comme Isis.
Bibliographie : Légendes et récits de Paris – Nathalie Tournillon – Editions Ouest France Rennes
