A PROPOS DU CALENDRIER LUNAIRE

(4.1 - Les caprices de la Lune - Calendrier lunaire - Maisons lunaires) par sylvietribut le 10-07-2014

Les cultes lunaires ont disparu suite à l’évolution du calendrier. Répandu autrefois dans toute l’Europe préhistorique, le calendrier lunaire comportait 13 mois de 28 jours, c’est-à-dire la durée d’une révolution lunaire. L’année était tripartite, par analogie avec les trois phases de la Lune. Ce calcul du temps selon les rythmes lunaires était sans doute plus facile pour les peuples primitifs. La fertilité de la terre et des troupeaux était plus immédiatement, plus visiblement liée aux phases de la Lune, plus tangibles que celle du Soleil.

CANCER - BIBLIOTECA MARCIANA - VENISE

Calendrier lunaire – Bibliothèque Marciana – Venise

Dans le calendrier lunaire, la durée du mois, coïncidant avec la durée du cycle féminin, repose sur une identification étroite de la femme avec la Lune. Résumé de l’équation :

LUNE = FEMME = FECONDITE = VIE = TERRE = EAU…

L’année de 364 jours se divise exactement par 28 : c’était donc un calendrier très pratique, où les fêtes populaires s’articulaient très bien avec la Pleine Lune. Un jour supplémentaire, gagné par la Terre en tournant autour du Soleil, était ajouté à la fin du troisième mois. C’est peut-être d’ailleurs l’origine de la Chandeleur. Ce jour était consacré à une grande fête, au cours de laquelle la prêtresse de la Lune choisissait un roi, ou un chef militaire, pour l’année qui commençait.

Le grand problème fut longtemps de faire coïncider le calendrier lunaire avec le calendrier solaire : 12 mois et 4 saisons. Il semble que l’on y soit parvenu pendant le premier millénaire avant Jésus-Christ.

5.0.2

Calcul du Calendrier au Moyen Age

Pendant des siècles bien après la généralisation officielle du calendrier Julien, c’est-à-dire solaire, les paysans des régions isolées continuèrent à compter l’année en mois de 28 jours, et en 13 mois. On en trouve encore des échos dans l’Angleterre du XIIIe siècle.

Dans l’astrologie moderne, il y a une lacune, un illogisme qui frappe. C’est le rôle réservé à la Lune. Le Soleil et la Lune ont leurs disques apparents de la même grandeur. Leur influence sur la vie de notre globe dépasse largement les influences planétaires car les Luminaires règlent pour ainsi dire, la vie. Ne sont-ils pas comme on vient de le voir à la base de tous les calendriers ?

L’influence du Soleil en Astrologie se divise en trois plans : planétaire, zodiacal et terrestre, car les douze Maisons astrologiques et les douze signes du Zodiaque sont avant tout d’essence solaire, n’étant en somme que l’influence du Soleil concrétisée, ou reflétée, par l’orbite terrestre. Si les signes du Zodiaque n’étaient pas d’essence solaire, ils subiraient fatalement des changements perpétuels de leur nature, dus au déplacement des constellations. Cette division de son influence permet de mettre le Soleil au même niveau que Mercure, Vénus ou Pluton.

Mais la Lune, peut-on l’abaisser jusqu’à la force d’une planète invisible à l’œil nu comme Pluton ou Mercure, quand nous constatons à chaque instant ses effets physiques formidables, comme par exemple, son influence sur les marées et la végétation.

CALENDRIER LUNAIRE DE 1583

Calendrier lunaire – 1583

Or, l’Astrologie Antique connaissait aussi bien le Zodiaque lunaire que les Maisons d’essence lunaire, ce qui divise l’influence de l’Astre de la nuit en trois plans semblables aux plans de l’influence du Soleil. Sans cette division, la place réservée à la Lune dans le rang des planètes est tout simplement incompréhensible.

Les Anciens possédaient toute une Astrologie basée uniquement sur les rapports du Soleil et de la Lune et il nous reste encore pas mal de documents de tous les pays, y compris ceux de notre Moyen Age, au sujet des 28 Maisons et des 28 Demeures lunaires.

Chez les Chinois, par exemple, ces divisions portaient la dénomination générique de « sieou », et le caractère chinois qui les désigne et peut se prononcer « su », signifie une auberge pour la nit et peut se traduire par le verbe « se reposer ». Notre nom de « demeure »se rapproche beaucoup plus de la notion exprimée par « sieou » que tous les autres termes appliqués par divers auteurs à cette division du Ciel en 28 parties.

L’importance de cette division complètement oubliée par les astrologues modernes était dans toute l’Antiquité comparable à celle des 12 Maisons et des 12 signes zodiacaux d’essence solaire. La Coudée Sacrée ou Royale de l’Antiquité était divisée en 7 palmes consacrées aux 7 planètes et en 28 doigts qui étaient en rapport avec les 28 Demeures et Maisons lunaires. Les 28 Izeds de la religion persane, le dieu luanire Soma accompagné de ses 27 femmes chez les Hindous, les 28 lettres de l’alphabet arabe, sont les correspondances évidentes de ces 28 divisions universellement admises.

Le 28 est le nombre de la vie par excellence et, comme la même loi d’analogie gouverne l’univers sidéral et l’existence de chaque individu, le rythme lunaire se retrouve dans notre organisme : il faut 28 battements de notre cœur pour qu’un globule rouge parcoure tout le circuit de notre corps. Le Docteur Lavezzari considérait le nombre 28 comme chiffre caractéristique pour toute notre circulation. Il dit très logiquement que chaque respiration est au circuit du globule rouge comme le jour est à la semaine, tandis que le battement du cœur étant, à tout le circuit du globule rouge, comme 1 est à 28, répète les rapports du jour au mois. Comme les globules blancs se déplacent 10 à 12 fois moins vite que les globules rouges, nous retrouvons entre ces deux circuits les rapports entre le mois lunaire et l’année solaire. Le globule rouge devrait être rattaché au Zodiaque lunaire, tandis que le globule blanc représenterait dans notre corps le Zodiaque solaire.  

CADRAN LUNAIRE - COURMAYEUR VAL D'AOST - BAR LE CADRAN SOLAIRE - 118 via Roma

Cadran lunaire – Courmayeur – Val d’Aoste – Bar le Cadran – 118 via Roma

Les 28 demeures sont stables, partent de zéro degré du Bélier et se superposent en quelque sorte aux 12 signes du Zodiaque. Elles sont beaucoup plus simples que les Maisons, comme les signes solaires sont plus faciles à étudier que les 12 Maisons de l’horoscope.

Ce Zodiaque lunaire jouait dans l’ancienne Chine un rôle plus important même que le Zodiaque solaire, car il ne faut jamais perdre de vue que le système chinois est profondément original et qu’il s’est formé dans la haute Antiquité, environ 25 siècles avant Jésus-Christ, indépendamment du système babylonien, qui est le nôtre. Les anciens Chinois ont lié le Zodiaque solaire avec la planète Jupiter qui fait le tour du ciel en 12 ans, et le Zodiaque lunaire avec Saturne dont la révolution s’accomplit en 28 ans. Jupiter est plus extérieur, plus matériel que l’astre pâle de Chronos. On peut donc supposer que le Zodiaque lunaire est plus ésotérique et plus intérieur que le Zodiaque solaire. Ceci explique, par exemple, pourquoi ce Zodiaque ou, plus souvent, le nombre 28 est fréquemment lié avec l’initiation et le monde invisible.

moon-sun

Bibliographie

Le Grand Livre du Cancer – Sara Sand – Tchou

Astrologie Lunaire – A. Volguine – La Roue Céleste – Dervy Livres

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DANS L’HERBIER DU TAUREAU… LE PLANTAIN

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 12-05-2014

Au cours des siècles, les éloges n’ont pas manqué au plantain. Dioscoride, Pline et Galien ont célébré ses vertus astringentes, vulnéraires et anti-ophtalmiques. Shakespeare, dans ses pièces, a fait allusion à plusieurs reprises de son rôle cicatrisant. Les traités médicaux du Moyen Age au XVIIIe siècle, ont répété à l’envie que c’est « une herbe que personne ne doit mépriser » et l’ont classée comme atout n° 1 dans le traitement de plus de vingt maladies différentes.

PLANTAIN EN TOUFFES

Touffes de plantain

Dans la Chine ancienne, le plantain était considéré comme un symbole de fécondité, sans doute en raison du grand nombre de ses graines. La cueillette du plantain était censée favoriser les grossesses.

Dans le langage traditionnel de l’Inde, la pulpe du plantain est l’expression d’une délicatesse extrême. On lui compare notamment la Kundalini endormie dans le centre-racine.

Il existe de nombreuses variétés de plantain qui ont sensiblement les mêmes propriétés et les mêmes caractéristiques permettant une identification facile : les feuilles et les tiges florales, qui varient entre 20 et 40 cm de haut, sont réunies en une rosette basale accrochée directement sur la racine. Les feuilles sont ovales, plus ou moins pointues, avec des nervures ou côtes longitudinales nettes et saillantes. Les fleurs qui apparaissent de mai à septembre sont groupés, à l’extrémité de tiges dominant les feuilles, en épis cylindriques de longueur variable ; elles sont blanc jaunâtre, roses ou brunes, selon qu’elles appartiennent aux espèces les plus communes : grand plantain, plantain moyen et plantain lancéolé ou petit plantain, qu’on trouve partout le long des chemins, dans les prés, les champs, les lieux secs, et le plantain psyllium qui se cantonne dans le Midi.

LE PLANTAIN - FICHE BOTANIQUE

Plantain – Planche botanique

La feuille fraîche que l’on mange en salade, mêlée au pissenlit, est un excellent dépuratif de printemps, mais c’est aussi un pansement d’urgence que connaissent bien les paysans quand ils se blessent, ils la froissent entre leurs doigts et l’appliquant sur la plaie. Les feuilles fraîches, lavées dans l’eau bouillie et broyées, s’emploient également en cataplasmes sur les plaies guérissant mal, les ulcères variqueux, les dartres ; écrasées et frottées sur la peau, elles calment l’irritation des piqûres d’insectes : guêpes, abeilles, moustiques, sans doute en neutralisant le venin. On affirmait autrefois que les belettes, avant de livrer bataille aux vipères, se roulaient sur des touffes de plantain pour s’assurer une immunisation totale.

Dépurative, expectorante, astringente et reconstituante, la décoction de plantain est recommandée aux bronchiteux, coquelucheux, tuberculeux et à cous ceux qui souffrent des voies respiratoires. Elle sert également, à dose moins concentrée à faire des lavages et bains d’yeux et sur des compresses contre les inflammations des paupières : conjonctivite et blépharite. Cependant, après avoir laissé infuser quinze minutes, de passer la décoction à travers un linge fin.

PLANTAIN

Plantain en graines

Quant aux graines, qui entrent dans la composition des mélanges destinés aux oiseaux de volière, elles sont préconisées à la fois comme purgatif doux contre la constipation et comme anti-diarrhéique contre l’entérite et les diarrhées légères en raison du mucilage qu’elles contiennent. A boire au début du repas du soir ou au coucher. Les plus actives sont celles du plantain du Midi vendues en pharmacie sous le nom de « psyllium ».

Le Grand Plantain, Plantago major, ou plantain des oiseaux, est une plante herbacée vivace de la famille de Plantaginacées. Cette plante est originaire d’Europe et elle est également bien connue pour être une des premières à s’être répandes dans les colonies. De nos jours, elle est plutôt considérée comme une mauvaise herbe par les agriculteurs de différents pays.

PLANTAIN LANCEOLE 

Plantain lancéolé

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Nos Grand-mères savaient : La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul.

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UN DROLE D’ASTROLOGUE… LE FAKIR BIRMAN

(6.5 - Biographie d'Astrologues célèbres) par sylvietribut le 16-03-2014

C’était là le pseudonyme de Charles Fossez qui fut sans conteste l’astrologue le plus connu des années trente, même si, dans leur grande majorité, les astrologues sérieux mirent en doute ses connaissances astrologiques pures. Doté d’un extraordinaire sens des relations publiques et de la publicité, il fit sortir l’astrologie sur la place publique. Lorsqu’il prit sa retraite après sept années d’activité, il avait été consulté par 502 000 clients, soi un Français sur quatre-vingts.

ALMANACH DU FAKIR BIRMAN 

L’Almanach du Fakir Birman

C’est le 15 janvier 1932 que Birman s’installa dans un petit local situé dans le IXe arrondissement de Paris et consacra le reste de son petit capital à faire publier dans les journaux, sous le portrait stylisé d’un fakir enturbanné et barbu, le slogan qui allait le rendre célèbre : « Fakir Birman, 14 rue de Berne. Dans l’ennui, venez à lui ». Aujourd’hui, cela paraît banal, mais à l’époque on n’avait jamais vu d’astrologue faire de la publicité dans la presse au point que plusieurs journaux refusèrent de passer l’annonce.

Aussitôt la clientèle afflua et l’une de ses premières consultantes lui valut sa notoriété. Il s’agissait d’une femme que son mari, chef d’orchestre, trompait avec une violoniste. Birman, habile à faire parler sa cliente, lui fit part de ses doutes et fit semblant d’en trouver la confirmation dans la carte du ciel. Le mari l’apprit et, sans se soucier du ridicule, le poursuivit en justice pour « trouble de jouissance ».

LA PLAIDOIRIE DE DAUMIER 

La plaidoirie – Dessin de Daumier

L’astrologue prit comme avocat Me Théodore Valensi, un ténor du barreau, qui le fit acquitter. Les attendus du Président Massé firent rire tout Paris. Comparant le mari à Adam, « prompt au péché », l’épouse à Eve, « perpétuelle curieuse qui veut tout savoir, même ce qui est caché  aux mortels », il concluait : « Attendu que Dieu n’a pas cru devoir condamner le serpent, j’agis de même, relaxe le fakir et condamne le chef d’orchestre aux dépens ».

MES SOUVENIRS ET MES SECRETS DU FAKIR BIRMAN

Profitant de sa soudaine célébrité de premier astrologue à avoir vu ses prédictions confirmées par un arrêt de justice, Birman devint une personnalité mondaine. Invité à faire une exhibition au cours d’une vente de charité qui avait lieu salle Wagram, il eut l’idée de dresser publiquement un horoscope, enfermé dans une cage de fauves au milieu d’une centaine de rats affamés. Cependant, à la suite d’une fausse manœuvre, une trappe s’ouvrit inopinément et les rats semèrent la confusion dans le public. Le scandale fut énorme ce qui ajouta à la notoriété du fakir. Maurice Chevalier chantait : « Mois, j’suis l’fakir » au Casino de Paris, Ray Ventura « Ainsi disait le fakir » et Pierre Dac jouait un sketch intitulé « le Fakir ». Birman donna alors libre cours à son génie de la publicité. Il distribuait des primes aux coureurs des Six Jours, suivait le Tour de France cycliste, distribuant le long des routes un million d’enveloppes contenant chacune un horoscope et un billet de loterie. Son effigie se voyait partout : sur le rideau de scène du théâtre de l’Empire, sur un quart de page du Journal Gringoire, etc…

L’apogée de sa carrière fut atteint lors de l’Exposition universelle de 1937, quand les organisateurs lui concédèrent un « pavillon des sciences conjecturales » de quatre cents mètres carrés.

LES GAINES ET CORSETS DU FAKIR BIRMAN 

Au fil des années, le fakir Birman s’était enrichi. Traîné devant les tribunaux en 1939 par l’Administration des Finances, il fut condamné à de fortes amendes et, la guerre étant survenue, il abandonna ses activités, finissant ses jours comme industriel, fabricant de gaines et de corsets. Après lui, l’astrologie commerciale ne fut plus ce qu’elle avait été de son temps, cantonnée dans une semi-clandestinité. Et on peut dire que c’est à cause de lui, en particulier, que les journaux prirent l’habitude de publier des horoscopes.

A l’époque de sa gloire, des chaînes de radiodiffusion de province lui avaient demandé de faire des causeries de trois minutes sur les divers aspects des sciences occultes, ce qui donna l’idée au Poste parisien de diffuser chaque matin l’horoscope du jour, idée reprise pour la première fois dans l’Histoire de la Presse écrite par le quotidien « L’Intransigeant ».

SUICIDE DU FAKIR BIRMAN

Et tout compte fait, malgré une vie bien remplie, le Fakir Birman s’est suicidé par pendaison. Malheureusement, la suite de l’article et la page 4 ne sont pas reproduites…

ARCANE XII DU TAROT - LE PENDU

Le Pendu – Arcane XII du Tarot 

Bibliographie

Dictionnaire de l’Astrologie – Jean-Louis Brau – Editions Larousse

 

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ENTRE MARDI GRAS ET CAREME… CARNAVAL CONTRE CAREME… LICENCE CONTRE ABSTINENCE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.8 - TRADITIONS) par sylvietribut le 04-03-2014

Mardi gras marque la fin de la « semaine des sept jours gras » qu’on appelait autrefois « jours charnels », une période particulièrement festive. Mardi gras précède Mercredi des Cendres marquant le début du Carême. Mardi gras se situe donc juste avant la période de jeûne, c’est-à-dire selon l’expression ancienne avant le « carême entrant » ou le « carême prenant ». Les sept jours gras se terminent en apothéose par le « Mardi gras » et étaient l’occasion d’un défoulement collectif. L’esprit de jeûne et d’abstinence qui s’annonce est momentanément mis entre parenthèses… place au carnaval.

Mardi Gras Mask and Beads

Masques de Carnaval

La date de Mardi gras est mobile par rapport au calendrier grégorien, le calendrier usuel qui suit le mouvement du Soleil et les saisons. Elle est associée à la date de Pâques, et donc le premier dimanche qui suit la Pleine Lune et le 21 mars, toujours entre le 22 mars et le 25 avril. Ainsi Mardi Gras est toujours fixé entre le 3 février et le 9 mars, soit juste avant la période de Carême, c’est-à-dire 41 jours + 6 dimanches, soit au total 47 jours avant Pâques. Pour 2014, mardi gras se situe le 4 mars. Les deux jours précédents étaient jadis appelés « dimanche gras » et « lundi gras ». Au XVIIIe siècle, le premier jour gras était le « jeudi gras ».

Dans la tradition chrétienne, les festivités associées au carnaval précédent l’entrée dans le Carême pendant lequel le chrétien mange « maigre », en s’abstenant notamment de viande ou de mets recherchés. D’ailleurs le mot « carnaval » dérive du latin médiéval « carne levare » signifiant « enlever », « retirer la chair », c’est-à-dire concrètement supprimer sur la table durant toute la période de carême la viande ou, autrement dit, le « gras ».

CREPES 

Les crêpes de Mardi gras symbolisent le disque solaire

Mardi gras est devenu le jour où on mange des crêpes et les fameux « beignets de carnaval ». De plus, les enfants se déguisent et/ou demandent aux voisins dans les villages des œufs, du sucre, de la farine… pour confectionner des gâteaux ou des crêpes qui sont mangées en fin d’après-midi. C’est surtout le temps fort du Carnaval là où il existe. A Dunkerque, par exemple, les dimanches, lundis et mardis gras sont baptisés « les trois joyeuses ». Durant ces trois jours, le Carnaval de Dunkerque atteint son paroxysme. Toute la ville se costume et défile dans la rue. 

COMBAT DE CARNAVAL CONTRE CAREME - PIERRE BRUEGEL L'ANCIEN

Le Combat de Carnaval contre Carême – Licence contre abstinence – Pieter Brueghel l’Ancien

Le Carême est une expérience spirituelle. Le mot « Carême » provient de « quaresima », altération populaire de l’expression latine classique « quadragesima dies », soit le « quarantième jour », sous-entendu : avant Pâques. La coutume de se préparer pour l’arrivée de Pâques par un jeûne de quarante jours s’imposa dans les différentes Eglises d’Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adoptée définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était facultative.

Déjà en 653, le concile de Tolède interdit toute consommation de viande pendant toute une année à ceux qui aurait rompu le jeûne du Carême, tandis que Charlemagne, en 789, menaça de la peine capitale quiconque aurait enfreint, sans dispense spéciale, la loi du Carême.

LA TENTATION DE JESUS AU DESERT - JAMES TISSOT - Brooklyn Museum

La tentation de Jésus au désert – James Tissot – Brooklyn Museum

Cette période de quarante jours commémore la tentation de Jésus dans le désert : alors que la faim le tenaillait, il fut interpellé par le démon : « Si tu est le fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Et Jésus répondit : « Il est écrit, l’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toutes parole qui sort de la bouche de Dieu.

Le Carême, aux premiers siècles du Christianisme, était surtout une période de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevaient la nuit de Pâques, mais aussi la purification symbolique des pénitents qui, soumis en même temps à des macérations particulières, allaient recevoir, au cours de cette même nuit de rédemption, le pardon de l’Eglise.

A partir du VIIe siècle, on avança le début du Carême au mercredi des Cendres, et les trois dimanches précédents ; Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, furent inclus dans la préparation de Pâques, qui commence ainsi neuf semaines avant la grande fête de la Résurrection. Dans cette période s’aménage, à partir du XIIe siècle, le temps du carnaval dont la durée diffère aussi suivant les traditions.

Force est de constater que l’assouplissement du Carême dans l’Eglise catholique est aussi bien le résultat d’une adaptation aux mœurs modernes qu’une réponse tardive aux critiques des deux grands réformateurs, Martin Luther et Jean Calvin, concernant le Carême, dont l’observance était, à leur yeux, trop ostentatoire et pas assez intériorisée. En fait, dans la tradition protestante, la mise en cause du Carême est associée à la critique du Carnaval.

masques 

Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Bordas

 

 

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UN MYTHE SCORPION… ALCESTE OU LE SACRIFICE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 26-10-2013

Bien des histoires d’amour sacrificielles évoquent la passion du Scorpion. Celle d’Alceste est exemplaire…

Pélias avait plusieurs filles, dont la plus belle, Alceste, était souvent demandé en mariage. Pour éviter les complications diplomatiques, Pélias posa des conditions impossibles : il accorderait sa fille à l’homme qui parviendrait à atteler sous le même joug un sanglier sauvage et un lion. De plus, les bêtes ainsi attelées devraient faire le tour d’un champ de courses.

Admète s’était mis sur les rangs et il obtint, grâce à la complicité d’Apollon, qu’Hercule/Héraklès dompte les deux animaux. Il put ainsi remplir les conditions imposées par Pélias. Mais, par un coupable oubli, il ne sacrifia point à Artémis, comme l’usage le voulut. La déesse en conçut un tel ressentiment que le jour des noces d’Admète, elle fit surgir un nœud de vipères à la place de la mariée dans le lit même d’Admète. Selon une autre version, c’est sa chambre qui se remplit de serpents. C’était là le présage d’une mort imminente.

 HERCULE RENDANT ALCESTE A ADMETE - CHATEAU DE MEUDON

Hercule rendant Alceste à Admète – Château de Meudon

Apollon, une fois de plus, intercéda auprès de la susceptible déesse, adoucit la colère de sa sœur, et tout s’arrangea avec le sacrifice exigé. Artémis poussa même la bonté jusqu’à offrir à Admète qu’il puisse vivre au-delà du temps qui lui était imparti si un membre de sa famille acceptait de mourir à sa place. Ce temps vint plus vite qu’Admète ne l’eût souhaité. Apollon, qui décidément avait pour Admète toutes les sollicitudes, fit boire les Parques plus que de raison afin de retarder l’échéance fatale. Admète supplia alors ses parents très âgés : ils étaient au bout de leur vie, cela changerait peu de choses pour eux… l’un des deux pouvait bien prendre sa place… Mais ni son père, ni sa mère, ne l’entendirent de cette oreille. Ils trouvaient encore beaucoup de plaisir à cette existence et refusèrent catégoriquement de se sacrifier.

Alors, dit-on, Alceste se tua en avalant du poison, par amour pour son époux. Elle descendit au Royaume des Morts où, selon une version, Perséphone, trouvant injustifié ce sacrifice, l’incita à reprendre sa place parmi les vivants par admiration devant sa dévotion à son époux. Mais selon d’autres versions, Hercule/Héraklès, qui était l’hôte d’Admète au moment de la mort de la reine, partit à la recherche de la Mort, combattit avec elle, et gagna le retour d’Alceste. Celle-ci aurait eu ensuite deux fils : Eumélos qui prit part à la guerre de Troie et Hippasos. Puis, avec son mari, ils furent exilés à Phères.

LA MORT D'ALCESTE 

La mort d’Alceste

Une autre version nous dépeint Admède sous un jour plus lâche encore. Il se serait enfui lorsque Hadès serait venu le chercher et c’est alors qu’Alceste aurait offert de donner sa vie pour son époux, mais Hercure/Héraklès l’aurait sauvée.

D’autres encore affirment qu’Alceste donna réellement sa vie pour Admède qui, pourtant, ne le méritait guère.

On se souvient que Pélias, père d’Alceste, avait été tué par Médée. Pélias avait une peur extrême de vieillir et de mourir et Médée, pour venir en aide à Jason, avait fait semblant de redonner la vie à un vieux bélier en disant à Pélias qu’elle pouvait de la même façon et en suivant la même recette le rajeunir. Le vieux roi s’était laissé convaincre et endormir par la grande magicienne. Elle ordonna aux filles de Pélias de couper leur père en morceaux afin de le faire bouillir dans le chaudron. Seule Alceste aurait refusé d’accomplir ce geste terrible, peut-être traversée par un doute, mais ses sœurs obéirent à Médée et Pélias mourut ainsi des mains de ses enfants.

MEDEE SUR SON CHAR CONDUIT PAR DES SERPENTS

Médée sur son char conduit par des serpents

Médée fait partie des puissantes sorcières qui traversent toutes les mythologies. Elle est souvent apparentée à Perséphone ou à Hécate elle-même. Son char, dit-on, était tiré par des serpents. Et cela désigne clairement son appartenance au Royaume des Enfers en même temps qu’à la Déesse Mère.

Le serpent ne peut être séparé du signe du Scorpion, précisément par son affinité avec le monde du dessous et par la superposition fréquente entre les deux animaux, au point qu’Isis elle-même, déesse des enchantements, guérisseuse et maîtresse des poisons, est parfois représentée soit sous forme de déesse-scorpion, soit avec le corps d’un cobra ou dotée de plusieurs queues de serpent.

Perséphone, elle-même, est appelée chez les Romains Proserpine, « celle qui avance en serpentant », ou « celle qui est serpent ».

Quant au sacrifice héroïque d’Alceste, c’est le sujet d’une pièce d’Euripide qui porte son nom.

PERSEPHONE - CIMETIERE DE DORTMUND

Perséphone – Cimetière de Dortmund

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie –Michael Grant et John Hazel – Marabout

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L’ASTROLOGIE AU CHATEAU DE CHANTILLY

(6.3.1 - En France) par sylvietribut le 21-10-2013

Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe 1er, lègue en 1897 le château de Chantilly, avec l’ensemble de ses collections à l’Institut de France. Il abrite plusieurs salles aménagées en musée, ainsi que les anciens grands et petits appartements aménagés aux XVIIIe et XIXe siècle par les Princes de Condé et par le duc d’Aumale lui-même.

Chateau de Chantilly

Château de Chantilly

Le Musée Condé présente une collection de peintures anciennes qui compte parmi les plus importantes de France. Elle est principalement constituée d’œuvres italiennes et françaises, dont trois tableaux de Fra Angelico et trois de Raphaël pour la peinture italienne et cinq peintures de Nicolas Poussin, quatre d’Antoine Watteau et cinq signés Ingres, pour la France. Ce Musée de Condé abrite aussi un cabinet de 2 500 dessins et une bibliothèque comportant 1 500 manuscrits dont 200 sont enluminés. Le plus célèbre d’entre eux : les Très Riches Heures du Duc de Berry. S’y ajoutent des collections d’estampes, de portraits miniatures, de sculptures, d’antiquités, de photographies anciennes et d’arts décoratifs, meubles et porcelaine notamment.

L’ensemble de ces collections n’est visible qu’à Chantilly car le legs du duc d’Aumale interdit tout prêt des collections et aucune modification des salles d’exposition n’est par ailleurs possible. En conséquence, la muséographie n’a pratiquement pas changé depuis l’ouverture en 1898. Environ 250 000 visiteurs fréquentent le musée Condé chaque année. Quatre exposition temporaires sont organisées par an et permettent de voir une partie des œuvres conservées en réserve habituellement.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry est un livre d’heures commandé par le duc Jean 1er de Berry et actuellement conservé dans ce Musée Condé à Chantilly, sous la cote Ms.65.

Ce livre d’heures fut commandé par le duc aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à la mort des trois peintres et de leur commanditaire en 1416, le manuscrit fut probablement complété, dans certaines miniatures du calendrier, par un peintre anonyme dans les années 1440. Certains historiens de l’art y voient la main de Barthélemy d’Eyck. Mais c’est en 1485-1486 qu’il fut achevé dans son état actuel par le peintre Jean Colombe pour le compte du Duc de Savoie. Acquis par le Duc d’Aumale en 1856, il est toujours conservé dans son château de Chantilly et n’en peut sortir en raison des conditions du legs du Duc.

Après un oubli de trois siècles, les Très Riches Heures ont acquis rapidement une grande renommée au cours des XIXe et XXe siècle. Les miniatures ont contribué à façonner une image idéale du Moyen Age dans l’imaginaire collectif. C’est particulièrement le cas des images du calendrier, les plus connues, représentant à la fois des scènes paysannes, aristocratiques et des éléments d’architectures médiévales remarquables. Il s’agit de l’un des plus célèbres manuscrits enluminés.

 L'AUTOMNE - LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY

Les Très Riches Heures du Duc de Berry – Septembre-Octobre

C’est certainement le calendrier, ensemble de miniatures, le plus célèbre du livre, si ce n’est de toutes les enluminures du Moyen Age. Présent dans tous les livres d’heures, le calendrier permet au lecteur de repérer la prière correspondant au jour de l’année et à l’heure de la journée. Sont ainsi notés : le nombre de jours dans le mois solaire et lunaire, les jours et le saint qui leur correspondent, ainsi que les fêtes religieuses. De plus, la durée de chaque jour précise son nombre d’heures et de minutes.

Il prend cependant ici une importance particulière : pour la première fois, il est illustré de miniatures de pleines pages. Par ailleurs, le calendrier inclut des données astronomiques qui atteignent un degré de précision jamais atteint jusqu’alors. Est indiqué notamment un nombre d’or, pour la première fois encore, servant au calcul des dates des nouvelles et pleines lunes. C’est en effet une des premières applications de la proposition de réforme du calendrier faite par Pierre d’Ailly qui préfigure le futur calendrier grégorien. Ces détails peuvent s’expliquer par l’intérêt porté par le commanditaire à l’observation des astres et à l’astrologie.

Chaque miniature est surmontée des signes zodiacaux correspondant au mois en cours, inscrits dans un demi-cercle. Ils sont entourés d’inscriptions astrologiques inscrites dans de petites cases, au-dessus et en-dessous. Cependant, quatre des miniatures correspondant à Janvier, Avril, Mai et Août, sont vierges d’inscription. Lorsqu’elles sont présentes, ces inscriptions contiennent elles aussi des informations astronomiques très détaillées. Au centre de ce demi-cercle, est représenté à chaque fois le dieu Apollon dans son char. Cette représentation est en grande partie inspirée d’un revers d’une médaille byzantine acquise par le duc de Berry, mentionnée dans un de ses inventaires, et représentant l’empereur Héraclius dans un char semblable.

L’HOMME ANATOMIQUE

On trouve cette miniature à la fin du calendrier. Un tel thème ne se retrouve dans aucun autre livre d’heures de cette époque. Elle représente l’influence des astres sur l’homme. Il se peut qu’elle soit inspirée d’ouvrages traitant de médecine ou d’astrologie. Plusieurs manuscrits avaient déjà représenté un homme dont les différentes parties du corps sont reliées à un des douze signes du zodiaque. L’originalité tient ici dans le dédoublement de l’homme et la double mandorle qui l’entoure, dans laquelle sont reproduits à nouveau les signes du zodiaque.

ASTROLOGIE ET SANTE AU MOYEN AGE

L’Homme-zodiaque

Dans chaque coin supérieur de la miniature sont peintes les armes du Duc de Berry : « Trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur avec bordure engrêlée de gueule ». Dans chaque coin inférieur, on trouve le chiffre « VE » ou « UE » enlacés. Ces lettres ont fait l’objet d’interprétations diverses : il s’agit soit d’une allusion aux premières lettres d’une devise du duc « En Vous » ; soit d’une allusion à la première et dernière lettre du nom « Ursine ». Ce nom fait lui-même l’objet d’une double interprétation : soit Saint Ursin, le patron du duché de Berry, soit le nom d’une maîtresse que le duc aurait connu en captivité en Angleterre. Ce nom se retrouve dans les symboles héraldiques parlants qui parsèment à plusieurs reprises les marges du manuscrit : l’ours et le cygne.

Chaque coin est complété par quatre inscriptions latines décrivant les propriétés de chaque signe du zodiaque selon les quatre complexions : chaud, froid, sec ou humide ; les quatre tempéraments : colérique, mélancolique, sanguin et flegmatique et les quatre points cardinaux : « Le Bélier, le Lion et le Sagittaire sont chauds et secs, colériques, masculins, orientaux », en haut à gauche. « Le Taureau, la Vierge et le Capricorne sont froids et secs, mélancoliques, féminins, occidentaux », en haut à droite ; « Les Gémeaux, la Balance et le Verseau sont chauds et humides, masculins, sanguins, méridionaux » en bas à gauche ; « Le Cancer, le Scorpion et les Poissons sont froids et humides, flegmatiques, féminins et septentrionaux », en bas à droite.

La miniature datant d’avant 1416 est attribuée à l’un des frères de Limbourg. 

RAMPE DU CHATEAU DE CHANTILLY

Le Bélier – Rampe de l’escalier du Château de Chantilly

 

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SAINT MARTIN DE TOURS… UN SAINT SCORPION

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-11-2012

Le 11 novembre… Saint Martin… le pourvoyeur d’abondance… « Le onzième jour du onzième mois à 11 heures, l’esprit du jeûne est réveillé ».

La Saint-Martin marquait jadis le début d’un carême que les capitulaires de Charlemagne rendaient obligatoires. C’était le jour où l’on tuait le cochon pour préparer les réserves alimentaires de l’hiver et de Noël ; ailleurs on mangeait ce jour-là l’oie grasse dans une ambiance de fête, avant de se lancer dans les bals masqués.

 

Saint Martin de Tours – Eglise de Beuron – Allemagne

La date sert de prétexte pour allumer les premiers feux de la saison hivernale, pour défiler avec des lampions en forme de masques, pour former des cortèges avec des flambeaux au bout de cannes, avec des lanternes creusées dans des betteraves ou encore pour distribuer des cadeaux : toutes ces manifestations sont propres à une fin de saison et à un nouveau départ. Si les traditions purement rurales s’estompent, les célébrations urbaines de la Saint-Martin, elles, connaissent un renouveau. A Düsseldorf et à Bonn, monté sur un cheval, drapé dans on manteau rouge, coiffé d’un casque doré, Saint Martin traverse la ville en tête d’un cortège d’enfants, au son de fifres et des tambourins ou de la fanfare municipale. S’agit-il d’une réplique de la fête de Saint Nicolas, le chevalier bienfaiteur du 6 décembre ? En Allemagne et dans une partie des Pays-Bas, le carnaval s’ouvre en fait le 11 novembre, à la Saint-Martin. C’est le signe d’un changement de saison, d’un changement de cycle liturgique, d’un changement de cycle agraire. Là, débutent les réjouissances et les activités hivernales.

La Saint-Martin précède de quarante jours le solstice d’hiver, définitivement confondu avec les fêtes de Noël et de fin d’année. Suivant celles-ci à quarante jours de distance, la Chandeleur, le 2 février, lui fait pendant. Le 11 novembre ouvre la période de l’hiver : c’est la date à laquelle, selon plusieurs traditions, l’ours entame son hibernation en se retirant dans sa tanière, tandis que le 2 février marque potentiellement le retour du beau temps. C’est une date possible pour le réveil de l’ours et sa sortie de sa tanière. Elle peut également donner accès au carnaval, traditionnellement associé au Carême et à la fête de Pâques.

Dans les pays alémaniques, en automne, cette période de fin de récoltes est le moment d’ouverture des grandes foires rurales : Forêt-Noire, Bade-Würtemberg, Bavière. Dans une grande partie de l’Europe centrale, Saint Martin est considéré comme le patron des bergers, et sa fête était jadis le jour où ils résiliaient ou renouvelaient leurs contrats.

« Saint Martin boit le bon vin

Et laisse l’eau courre au moulin ».

Selon les traditions françaises et jurassiennes, c’est la date à laquelle le vin nouveau est goûté, mais aussi celle où le retour de la saison humide est vivement souhaité.

Il serait difficile de comprendre l’importance de cette fête sans évoque la figure de Saint Martin, dominante à partir du IVe siècle. D’après la tradition, jeune soldat de l’armée romaine, il rôdait aux environs d’Amiens lors d’un hiver rigoureux ; attristé de la misère du peuple transi de froid, il distribua ses vêtements, ne gardant que sa cape militaire. Alors qu’il retournait à son campement, en état d’extase, il eut une révélation et, croisant ensuit un autre malheureux, il partagea sa cape avec lui. Converti au Christianisme, évêque de Tours vers 370, il mourut en novembre 397.

Saint Martin de Tours – Eglise Saint-Germain – Auxerre

La cape de Saint Martin, du latin cappella, était une célèbre relique et son nom devint celui de l’autel où elle était conservée, et plus tard de toute structure similaire, d’où le mot « chapelle ». La cape a aussi une connotation de dissimulation.

Saint Martin devint le protecteur des Francs et de leur dynastie ; son manteau fut l’emblème de la monarchie franque depuis la conversion de Clovis. C’est parce qu’il fut considéré comme le principal artisan de la christianisation de la Gaule et de la Germanie que Saint Martin était apprécié par l’ordre des Bénédictins, héritiers des moines défricheurs du VIIe siècle, et très populaire dans de nombreuses régions de l’Europe occidentale. En France seulement, on dénombre plus de 3 000 églises qui lui sont dédiées.

Sa fête, placé au changement de saison est donc importante pour des raisons fort divergentes : pour l’Eglise et le clergé d’une part, il représente une personnalité importante à une époque cruciale de la chrétienté, celle qui vit se nouer les liens entre pouvoirs laïque et religieux, entre la politique impériale et celle de l’Eglise. D’autre part, elle coïncide avec les foires agricoles et les manifestations paysannes d’abondance, car c’est en réalité la fin d’une année rurale.

Les vigiles de Saint-Martin, occasion de ripailles, et comme telles parfois condamnées par les autorités religieuses, furent néanmoins, à partir des XIe et XIIe siècles, l’occasion de prodigalités offertes au peuple : en Angleterre et en Italie, l’usage était de dresser des échafaudages de cocagne, où l’on suspendait bœufs, porcs, moutons et volailles. Les hommes grimpaient au mât de cocagne, armés de coutelas, et découpaient les animaux vivants. Considérée comme barbare, la coutume fut abolie ; les bouchers se chargèrent de tuer et découper en quartiers les animaux destinés à la fête, laquelle disparut pendant la Réforme, absorbée ensuite dans les festivités des grandes foires d’automne.

La coutume de Gansabhauet, l’abattage de l’oie de la Saint-Martin qui subsiste encore à Sursee, en Suisse, dérive peut-être de ces traditions anciennes : désignés par tirage au sort, les concurrents, revêtus d’un manteau rouge, le visage couvert d’un masque en forme de soleil rayonnant, s’efforcent de décapiter, d’un seul coup de sabre, une oie morte depuis peu et suspendue à un fil de fer.

 

Bête à ferrer une oie

« Ce n’est pas à la Saint-Martin qu’on ferre les oies » prétend un dicton de l’est de la France ; notons par ailleurs que l’oie, associée dans une grande partie de l’Europe à la Saint-Martin, fut un symbole d’initiation, et l’oiseau consacré à Odin chez les Germains.

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

 

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