UN MYTHE SAGITTAIRE : PEGASE LE CHEVAL AILE ET BELLEROPHON

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 09-12-2011

Dès qu’on aborde le Sagittaire surgissent des images de Centaures et des bruits de galop. Une ambiguïté subsiste à propos de ces créatures mi-hommes, mi bêtes. Une certaine tradition les veut mi-hommes, mi-boucs, alors que notre imagerie traditionnelle, celle qui subsiste dans notre mémoire, les représente presque toujours avec un corps de cheval et un buste humain. Il existe aussi une version qui pose sur la croupe du cheval deux bustes d’hommes accolés, peut-être pour renforcer encore ce qu’il y a de double dans ce signe « Mutable ».

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Comment, à propos du Sagittaire, ne pas évoquer Pégase, le cheval ailé de Zeus/Jupiter, inlassable coursier « qui passe dans l’air comme une rafale de vent »… et avec lui, le héros ambitieux, Bellérophon, dit par Homère « l’éclairé » ou « l’irréprochable »… vertus qu’il perdra avec le temps.

Pégase est né d’une goutte de sang de Méduse, cette gorgone décapitée par Persée, et peut-être de Poséidon. Il accomplissait des prodiges : d’un coup de sabot, il fit jaillir la source des poètes, Hippocrène, sur la montagne chère aux Muses. Notons au passage que Méduse, avant qu’Athéna la rendît repoussante, était belle et reine des Amazones. C’est évidemment sous la première apparence que Poséidon/Neptune la désira. D’où la colère d’Athéna, car Méduse et Neptune s’accouplèrent dans son temple, sans aucun respect pour elle.

pegasusPégase, ce magnifique cheval blanc doté de grandes ailes, servit de monture à Persée en plus d’une occasion. Mais c’est Bellérophon qui, grâce à Athéna dont on dit qu’elle éduqua le héros, put passer au cheval le mors d’argent et la bride magique, et l’enfourcher enfin, alors qu’il n’y parvenait pas auparavant. Il deviendra maître du cheval sans l’avoir combattu, sans s’être affronté à quoi que ce soit. Il oubliera trop vite que c’est à Athéna qu’il devait cette première victoire, trop facile.

Grâce à Pégase, Bellérophon, revêtu de son armure d’airain accomplira plusieurs exploits, vaincra la Chimère, monstre composite, faite d’une tête de Lion, d’un corps de chèvre et d’une queue de dragon, en l’attaquant par le haut et en plongeant dans sa gueule brûlante la pointe de plomb qui l’étouffa en fondant. Plus tard, hélas, il est d’autres chimères qu’il ne saura pas vaincre.

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Bellérophon monté sur Pégase combat la Chimère – Mosaïque romaine découverte à Autun en 1830 

Le couple que forment Pégase et Bellérophon est presque invincible. Le cheval transporte le héros où il veut, surplombe les sommets, s’enivre des hauteurs. Mais Bellérophon a tué accidentellement son frère et il doit se faire purifier, comme tout héros meurtrier. C’est pourquoi il se rend chez le roi d’Argos chargé de ce rite. Malheureusement, le roi a une épouse qu’on dit fort belle. Il arrive à Bellérophon ce qui était arrivé à Pelée et qui arrivera à Hippolyte : il sera trahi et calomnié par Antéia, l’épouse de Proetos. Comme la femme d’Acate ou comme Phèdre, Antéia fera croire à son époux que Bellérophon la courtise alors qu’apparemment le jeune homme ne s’aperçoit pas de la beauté de la dame. Elle le dévore des yeux car il est athlétique et magnifique, mais il la dédaigne. Faute impardonnable car les reines sont aussi susceptibles que les déesses. Elle dit « Puisses-tu mourir, Proetos, ou bien tue Bellérophon qui a voulu s’unir d’amour avec moi, contre ma volonté ! ». A ces paroles, la colère saisit le roi mais par scrupule religieux il ne veut pas avoir sur les mains le sang de son hôte. Alors il l’envoie à Iobatès, son beau-père, roi de Lycie, muni d’une lettre de recommandation qui disait simplement au roi « tue le porteur de cette missive ». Et le mythe de poursuivre : « Il l’envoya en Lycie et lui donna les signes funestes, traçant sur une tablette repliée maints caractères mortels qu’il l’invita à montrer à son beau-père pour sa perte ».

Mais Iobatès ne regarde pas la lettre immédiatement. Il ne le fait que neuf jours plus tard. Le temps d’accueillir le jeune homme, de le fêter, de le recevoir à sa table. En le tuant, il aurait à son tour manqué aux lois sacrées de l’hospitalité, si chères à Zeus/Jupiter. Il charge donc Bellérophon de tuer la Chimère, fille d’Echidna non moins redoutable que sa mère.  

Le mécanisme est constant : le beau héros attire la concupiscence d’une reine, la dédaigne, est victime de sa fureur et envoyé se faire tuer ailleurs par son époux. Mais son destin n’est-il pas de surmonter toutes les épreuves ? 

Bellérophon, le porteur de dards, n’échappe pas à la règle. Après avoir vaincu la Chimère, il lui sera instamment demandé d’aller se battre contre les adversaires du roi, les féroces Solymes, puis contre les Amazones.  

Iobatès, finalement, sera informé de la fourberie de sa fille et, pour se faire pardonner, il donnera à Bellérophon la main de son autre fille, Philoné, et une partie du trône de Lycie. Homère nous dit : « Alors, quand le roi reconnut qu’il était le bon rejeton d’un dieu, il le retint en son pays, lui donna sa fille, lui accorda la moitié de tous les honneurs royaux ».  

Bellérophon eut trois enfants de sa femme, dont une fille qui « coucha avec Jupiter le prudent et enfanta Sarpédon, rival des dieux, casqué de bronze » tué plus tard par Patrocle pendant la guerre de Troie. Jupiter, de fureur, fit tomber une pluie de sang. Apollon parfuma le corps du héros, le confia à Sommeil et à Mort, et le fit porter en Lycie au pied du trône de Jupiter. Homère nous conte que Bellérophon « encourut la haine des dieux ». Hélas, Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre.  

Pourquoi Bellérophon, lavé de tout soupçon, heureux époux, ne se contente-t-il pas de son sort ? Pourquoi se laisse-t-il griser par ses succès? Pourquoi veut-il, sur le dos de Pégase, voler jusqu’à l’Olympe, sans doute y prendre place et y devenir immortel ? Plus haute l’ambition, plus terrible la chute… Devant cet accès soudain de mégalomanie, Jupiter le désarçonne, garde Pégase comme monture, certains disent comme bête de trait qui portera les armes favorites du maître de l’Olympe, les éclairs, le tonnerre, la foudre, et fait tomber Bellérophon dans un buisson épineux. Il ne s’en relèvera qu’aveugle, boiteux, maudit et solitaire à jamais. « Il erra seul, rongeant son cœur, évitant les traces des hommes. Isandros son fils, Arès/Mars l’insatiable de guerre le tua tandis qu’il luttait contre les Solymes glorieux. Irritée contre Laodamie, Artémis aux rênes d’or la tua. « Hippocholos, lui, m’a engendré ; de lui je prétends être né ». Ainsi parlera Glaucos, le fils d’Hippocholos, dernier descendant de Bellérophon.

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Triste fin pour un héros qui est monté plus haut que les autres… trop haut sans doute et y ayant pris goût, ayant oublié, comme le disait Montaigne « qu’au plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ! ». Pégase a refusé de l’amener jusque chez les dieux. Désormais, il est perdu, il erre jusqu’à la fin « dévorant son âme ».

Pourtant, le guerrier Bellérophon chevauchant le cheval ailé Pégase fut adopté comme insigne par les régiments parachutistes du Royaume-Uni en 1941. L’image symbolisait clairement un guerrier arrivant du ciel et la même tactique fut employée par les soldats. L’insigne carré représentait Bellérophon et Pégase en bleu lumineux sur un fond bordeaux. Il fut dessiné par la célèbre romancière anglaise Daphné du Maurier, qui était mariée à un commandant des parachutistes anglais. Plus tard, le fond bordeaux fut reprit par la 6th Airborne Division en même temps que leur fameux béret pendant l’été 1942. Pendant la nuit du 5 ou 6 juin 1944, la 6th Airborne Division captura tous les objectifs clés avant l’assaut marin, y compris toutes les côtes et un pont près du canal de Caen, à côté d’Ouistreham. En souvenir de leur courage, ce pont est désormais connu sous le nom de Pegasus Bridge.

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Bibliographie : Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

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Pour vos cadeaux de Noël, vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique. Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

 

 

 

 

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LA LEGENDE DE PHILEMON ET BAUCIS : UN MYTHE DE LA BALANCE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 14-10-2011

UNE HISTOIRE D’HOSPITALITE, D’AMOUR CONJUGAL ET DE FIDELITE

Cette légende nous est contée par Ovide dans ses Métamorphoses.

Baucis était une femme pauvre et usée par les ans. Elle vivait avec son mari Philémon dans un village de Phrygie. En ces temps anciens, les dieux lassés de goûter au nectar de l’ambroisie de l’Olympe, de regarder danser les Muses, ou d’entendre la lyre d’Orphée, aimaient à descendre sur terre pour se mêler aux simples mortels, et y courir l’aventure. Un jour, Zeus/Jupiter, accompagné de son compagnon favori, Mercure, le plus amusant de tous les dieux, le plus sagace et le plus inventif, décide d’une excursion au pays des hommes. Leur but est bien déterminé : ils veulent tester l’hospitalité du peuple phrygien et partent déguisés en mendiants.

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Alors que partout ils ont été chassés, ils trouvent chez Philémon et Baucis un accueil digne d’eux. Les deux époux leur offrent tout ce qu’ils possèdent pour se reposer et leur proposent de partager leur modeste repas, priant leurs visiteurs de les excuser de ne pouvoir offrir davantage. Les dieux, touchés par tant de gentillesse, leur suggèrent de faire un vœu dont ils promettent la réalisation.

Philémon et Baucis formulent le souhait de ne pas connaître la douleur de survivre l’un à l’autre. Alors Zeus leur affirme qu’ils vivront encore très vieux et qu’à leur mort, ils seront à jamais tendrement enlacés.

Quand ils furent parvenus à un âge très avancé, alors qu’ils échangeaient leurs souvenirs, chacun s’aperçut que l’autre se couvrait de feuilles. Puis, une écorce les entoura. Ils n’eurent que le temps de s’écrier tendrement : « Adieu, cher compagnon ». Ces mots avaient à peine passé leurs lèvres qu’ils étaient transformés en arbres. Mais ils étaient toujours ensemble : il s’agissait d’un chêne et d’un tilleul, mais qui n’avait qu’un seul tronc. On dit que de partout on venait admirer le prodige et des guirlandes de fleurs garnissaient toujours les branches pour honorer ce couple pieux et fidèle. Cependant, dans une autre version du mythe, il s’agit de ces deux mêmes arbres prêts à se toucher.

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Veut-on nous dire à travers cette histoire qui a traversé les siècles, que l’amour heureux et durable est fait d’humilité, de patience, de tolérance mutuelle et de tendresse, d’exigences mesurées et d’acceptation paisible des limites et des épreuves apportées par la vie ? Ou encore que l’hospitalité est un devoir sacré ?

Cependant, ce que l’on constate souvent à la campagne, c’est qu’un ou deux beaux tilleuls se tiennent à proximité de la maison et parfois même un chêne et un tilleul. 

Si l’on se penche sur la symbolique de ces deux arbres, on se souvient que la longévité exceptionnelle du chêne en a fait depuis les temps les plus reculés un arbre sacré et chez les Grecs comme chez les Romains, le chêne était consacré à Zeus/Jupiter. On rendait des oracles en interprétant le bruit du vent dans son feuillage et  de celui-ci on tressait des couronnes pour récompenser les vainqueurs, sportifs ou militaires.

Quant au tilleul, dont les fleurs parfumées ont des vertus adoucissantes, il était consacré à Vénus, la déesse de l’amour. Depuis, toujours cet arbre est symbole d’amitié et d’une tendre fidélité. Par ailleurs, son nom grec est le même que celui de la mère du Centaure Chiron dont les pouvoirs de guérison, accordés également par Zeus/Jupiter, furent toujours très bénéfiques aux hommes.

Ce passage des Métamorphoses d’Ovide inspira à La Fontaine une fable et, à Gounod, un opéra.

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Pour l’astrologue, la planète Jupiter symbolise l’épanouissement affectif qui se manifeste par une chaude participation à la vie : gourmandise, optimisme, confiance, générosité, bonté, protection. Il s’agit d’une tendance qui consiste à donner de soi, à aller vers autrui, à favoriser son environnement.

Mercure, lui, est un principe de communication, de liaison, d’échanges, de mouvement. Il a la possibilité de se dédoubler, se transformer, d’où un côté ludique souvent pour qui a Mercure important dans son thème, mais aussi, parfois, une tendance à la mythomanie, tant la facilité à travestir la vérité est forte.

La planète Vénus est un principe d’attraction, de sympathie, de communion, de fusion, qui s’affirme en particulier sur le plan des sentiments. Avec Vénus, si la planète est bien configurée dans le thème, c’est le règne de la paix du cœur et du bonheur. Elle est l’aspiration à une existence facile et agréable où priment les sentiments. C’est aussi un symbole de faveurs.

Quant à Chiron, à l’image du seul centaure à visage humain auquel il est associé, c’est un astre synonyme de sagesse et de bienfaisance. La légende dit qu’il reçut de Jupiter le pouvoir de guérir les hommes. Cependant, il était estropié et ne pouvait se soigner lui-même. On dit que la position de Chiron dans notre thème astral indique le lieu de notre blessure inguérissable.

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Bibliographie : Ovide, les Métamorphoses. 

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LE DESIR DU SCORPION

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 24-10-2009

- Son graphisme 

La lettre M compose également le signe du Scorpion, mais le dernier jambage est redressé. Le serpent, symbole de la vie, du désir endormi, s’éveille et pointe à la façon d’un dard. Les forces en puissance dans le signe de la Vierge sont vivifiées dans celui du Scorpion et se transforment en acte.

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Le symbole du Scorpion pourrait exprimer le mystère de la rédemption au travers de la fécondité de l’eau : la mort par le dard et la régénérescence au travers de l’eau, qui engendre une nouvelle naissance.

- Ses symboles

C’est un animal sombre qui représente ce signe. Il fuit la lumière et vit caché. Il est pourvu d’un dard empoisonné. Cet animal évoque les tourments et les drames de la vie jusqu’au gouffre du néant, de l’absurde et de la mort. Il est capable de se donner lui-même la mort. Pourtant, il ne faut pas oublier que le signe avait autrefois pour symbole l’Aigle (c’est ainsi qu’il figure notamment dans le tarot). Dans la tradition, l’aigle, dit-on, possède un pouvoir de rajeunissement. Il s’expose ausoleil et quand son plumage est brûlant, il plonge dans une eau pure et retrouve une nouvelle jeunesse. On peut voir aussi dans ce passage par le Feu et l’Eau, l’image de toute initiation.

Huitième signe du zodiaque, le Scorpion représente la puissance souveraine du désir : le désir qui crée et qui détruit, le désir qui s’affronte à la réalité et à ses lois.

 

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Huitième signe du zodiaque, occupant le milieu du trimestre d’automne, quand le vent arrache les feuilles jaunies et que les animaux et les arbres se préparent à une existence nouvelle. Symbole à la fois de résistance, de fermentation et de mort, de dynamisme, de dureté et de luttes. 

Le Scorpion évoque la nature au temps de la Toussaint, de la chute des feuilles, du glas de la végétation, du retour au chaos de la matière brute en attendant que l’humus prépare la renaissance de la vie. 

Entre l’eau première de la source Cancer et les eaux rendues de l’océan des Poissons, ce sont les eaux profondes et silencieuses du Scorpion, eaux de la stagnation et de la macération.

Le Scorpion est placé sous la maîtrise planétaire de Mars et de Pluton, puissance mystérieuse et inexorable des ombres, de l’enfer, des ténèbres intérieures. Nous sommes au cœur du complexe sado-anal du freudisme ; mais aux valeurs psychiques de l’anus se joignent celles du sexe ; et l’on voit se camper une dialectique de la destruction et de la création, de la mort et de la renaissance, de la damnation et de la rédemption, le Scorpion étant champ d’amour sur champ de bataille ou cri de guerre en champ d’amour.

Dans un tel pays en rouge et noir, l’individu prend racine dans les convulsions de ses entraves et il n’est vraiment lui-même que secoué de la transe sauvage d’un démon intérieur qui a soif non de bien-être, mais de plus-être, jusqu’au goût âpre de l’angoisse de vivre, entre l’appel de Dieu et la tentation du diable.

Cette nature volcanique fait du type Scorpion un oiseau dont les ailes ne se déploient à l’aise qu’au milieu des tempêtes, son climat étant celui des celui des orages, son pays celui de la tragédie.

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-       Ses mythes

orion1Dans la tradition grecque, le Scorpion est le vengeur d’Artémis (Diane chez les Romains), vierge chasseresse éternellement jeune, type de la jeune fille farouche. Offensée par Orion qui tentait de lui faire violence, la déesse le fit piquer au talon par un scorpion. Pour ce service, le Scorpion fut transformé en constellation : Orion aussi fut expédié au ciel et devint constellation. On dit en conséquence qu’Orion fuit constamment le Scorpion. Le Scorpion apparaît ici comme l’instrument de la justice vindicative.

Autre mythe Scorpion, celui de Mars (Arès pour les Grecs) et Pluton (Hadès). Pluton est aussi appelé « le Prince des ténèbres », il gouverne le royaume des morts ou des enfers : pour descendre aux enfers, les morts doivent placer une pièce de monnaie sous leur langue. 

 

charon-et-psyche1Charon et Psyché

 

Ils peuvent ainsi payer Charon, le passeur qui, à l’aide de sa barque délabrée, leur fait franchir le Styx (le détesté), frontière des enfers. Ses affluents sont le Léthé (le sommeil), l’Archéron (le malheur), le Cocyte (celui qui gémit), le Phlégéton (celui qui brûle). De l’autre côté de ce fleuve maudit des enfers, se tient le redoutable Cerbère, un chien à trois têtes qui veille aux arrivées nouvelles et surveille les ombres qui essaieraient de fuir.

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Pluton a passé un accord avec le dieu Mars dont la mission est de faire mourir les hommes. Le mort, nouvel arrivant, est alors jugé par un tribunal et, selon ses actes, est envoyé au Tartare (le fleuve de la mémoire) où il subit le supplice de la répétition, en compagnie de Sisyphe et de Tantale, en guise de châtiment éternel. Mais si le verdict est ni bon ni mauvais, le mort est mené aux champs d’asphodèles. Rares sont les heureux élus dignes d’aller aux Champs Elysées où les plaisirs et les banquets sont éternels. C’est Pluton qui préside le tribunal des morts. Ceux-ci ne sont pas jugés aux actes, mais à leurs motivations.

Pluton est cruel, jaloux et invisible des hommes sur terre quand il porte son casque. Mais aux enfers, on peut le voir tel qu’il est, gardien aussi de toutes les pierres précieuses et des métaux rares cachés sous terre. On le dit riche.

Grand amoureux, Pluton manifeste des désirs violents pour les nymphes terrestres (Leucé et Menthé). Doté d’un instinct sexuel puissant, le Scorpion est attiré par l’innocence.

Mars, lui, est le dieu de la Guerre dont les attributs sont la lance et la torche. Il ne favorise jamais une ville, un parti plutôt qu’un autre : il ouvre le combat. Il ne prend jamais la peine de se justifier devant le tribunal de l’Olympe. 

Comment ne pas penser aussi à Vénus-Aphrodite/Perséphone. Perséphone, dont le nom signifie « qui amène la destruction », est la femme du dieu Pluton, roi des Enfers souterrains. Elle fut enlevée de force à sa mère Déméter, la déesse des Moissons.

persephone1 Dante Gabriel Rossetti – PERSEPHONE

 

Aux enfers, Perséphone règne sur les ombres, sans enfant, elle reste en compagnie de la magicienne Hécate. Elle eut une passion, une seule, hors mariage, pour Adonis que la déesse Aphrotite-Vénus lui avait confié. Mais un jour Aphrodite récupéra Adonis et Perséphone mit tout en oeuvre pour le reprendre. Elle s’adressa à Mars qui, sous la forme d’un sanglier, tua Adonis. Naturellement, il retourna alors dans le sombre royaume de Pluton et de Perséphone.

Autres mythes relatifs au Scorpion

~ Dédale et Cocalos : Dédale représente l’évolution qui libère la créativité. Du Taureau, où il construit la vache en bois pour la femme de Minos et le Labyrinthe, au Scorpion où il fabrique des poupées mécaniques pour les filles du roi Cocalos, Dédale suit le parcours des méandres de notre cerveau, un vrai labyrinthe. Il fait la créativité toujours plus géniale, elle est le résultat de notre maturation affective.

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~ Minos, juge des enfers : Minos symbolise la Lune en chute en Scorpion, toutes les émotions de l’enfance qu’il faut juger, et qui émanent du Taureau, signe où Minos régnait sur l ‘île de Crête. Du dédale de nos rêves au tribunal des enfers, Minos dont le nom signifie « créature de la Lune », évoque tous les rôles assumés par nos émotions.

~ Thésée et Pirithoos : ces deux amis inséparables sont allés aux enfers avec l’intention de violer Perséphone. Pluton, pour se venger, les a cloués sur la chaise de l’oubli. 

~ Dans la statuaire chrétienne et dans la tradition du Tétramorphe, Saint Jean l’évangéliste est l’aigle. On l’appelait « l’Aigle de Patmos », ce qui l’assimile aux signes Fixes et au Scorpion. Marc était le Lion, Luc le Taureau et Matthieu représentait l’homme, c’est-à-dire le Verseau.

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            - Sa psychologie

Symboliquement, le Soleil règne sur le jour et le Scorpion sur la nuit. Aussi, le Soleil en Scorpion peut-il s’interpréter comme une grande lumière éclairant des ténèbres (du subconscient ou des Enfers). Mais en Scorpion le Soleil décline rapidement : la nuit l’emporte sur le jour. Les valeurs diurnes du réel cèdent le pas aux valeurs nocturnes de l’inconscient : le Scorpion est un introverti, c’est un signe féminin. 

A mi-chemin entre la fin de l’été et le début de l’hiver, l’automne est installé et le Scorpion se réalise. C’est un signe Fixe. La fixité du signe donne un grand réalisme. Il est en prise directe avec la réalité, il a un sens aigu des possibilités, des obstacles à balayer. Ce qu’il saisit entre ses pinces, il ne le lâche jamais. Comme les autres signes fixes, il s’engage tout entier dans la réalisation de ses projets. Il ne fait rien à moitié. La peur qu’il suscite vient de cette violence martienne, de ce tonus renforcé par la fixité du signe.

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C’est un signe d’Eau. Dans la trilogie des signes d’Eau, entre l’eau cardinal du Cancer, l’eau originelle, la source, l’émotivité, et l’eau mutable des Poissons (l’eau terminale, l’océan : la spiritualité) se situe l’eau fixe du Scorpion. Dans l’eau fixe (l’eau qui travaille), les émotions pénètrent rapidement, puis fermentent lentement. La caractérologie en fait un bilieux, lymphatique, de type secondaire. Le Scorpion tire son énergie de ses pulsions inconscientes, qu’il tend à matérialiser dans le réel.

Quoi d’étonnant à ce qu’au Scorpion (l’animal enfoui), gouverné par Pluton, le maître du monde souterrain, correspondent « les parties cachées » du corps : le sexe et l’anus, qui sont moins des données anatomiques que des valeurs symboliques : le sexe représente la puissance génératrice, la fécondation. Le Scorpion est gouverné par des valeurs de vie : il tend à la création et a besoin de puissance. L’anus représente la décomposition, l’élimination. Le Scorpion est régi par des valeurs de mort : il tend à la destruction et, il est agressif. 

Le sexe et l’anus symbolisent les deux pôles, la dualité instinctive du Scorpion, partagé entre la pulsion de vie (Eros) et la pulsion de mort (Thanatos) et qui recherche en même temps à détruire et créer, le ciel et l’enfer, etc. Cette ambivalence se retrouve : 

- dans la saison : la décomposition de la nature en novembre donne naissance au prochain cycle ; 

- dans le calendrier liturgique : à la Toussaint (glorification de la vie spirituelle) succède la Fête des Morts ;

- dans le symbole : le Scorpion enfoui sous la terre (vie secrète des instincts profonds) et l’Aigle qui s’élève dans les cieux (noblesse, pouvoir d’élévation du signe, lié à sa puissance de transmutation). 

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La nature Scorpion est ambivalente : c’est la coexistence des instincts vitaux de création et de destruction qu’est issue sa riche nature. La dialectique de ces deux pôles engendre l’angoisse, mais aussi une grande énergie vitale. L’ambivalence se retrouve dans son physique : si l’apparence n’est généralement pas très robuste, la résistance est grande. 

Ancré dans sa nature, le Scorpion est un farouche individualiste. Son agressivité l’oppose souvent au milieu : il se pose en s‘opposant et s’exprime alors dans la lutte, comme un réfractaire, un résistant.  

De par son ambivalence, le Scorpion possède la force d’intuition, le jugement pénétrant, la lucidité. Ayant le pressentiment juste des causes et des rapports, il aime déchiffrer les mystères. Habité par ses profondeurs, il se tourne volontiers vers l’envers des choses : le caché, l’invisible, l’occulte, l’au-delà. Capable de voir les deux faces de la question, il possède le don d’observation. L’agressivité suscite en lui un esprit critique aigu et souvent un refus, une révolte de l’esprit.

Sous le sceau des deux pôles de vie et de mort, Eros et Thanatos, l’amour Scorpion est un amour passion, intense, qui est vécu souvent à travers un amour-combat où l’attachement des deux amants se nourrit de la souffrance qu’ils se procurent. Ancrés dans leur sexualité, l’homme Scorpion accuse sa virilité et la femme Scorpion, sa féminité. A l’extrême, la femme Scorpion devient la femme fatale représentée par le personnage de Carmen : « Si je t’aime, prends garde à toi », ou bien le mythe de la vamp au cinéma.

carmen

Et si le Scorpion était…

… un animal, ce serait loup un loup, aigle un aigle,   il-porcellino-di-firenze un sanglier, ici « il Porcellino » du marché de paille à Florence.

… un arbre, ce serait un acacia acacia-casque-rouge2 comme l’acacia casque rouge.         

… et si c’était une plante, ce serait quelque chose qui pique : raifortle raifort, epine-vinette l’épine-vinette, le houx houx

… une fleur, ce serait la belle et inquiétante orchidée orchidee_papillon, ou bien le stelitzia stelitzia, entre l’oiseau et l’arme de jet…

Si c’était un parfum, ce serait le santal santal-rouge ou le patchouli patchouli

Un condiment : poivre le poivre et piment1 le piment.

Et si c’était une pierre, ce serait hematite l’hématite, pierre noire dont le cœur est rouge, mais aussi turquoise la turquoise… Un métal : le fer. 

Une couleur : le rouge sang, le gris fer, le rouille… Sa saveur est âcre.

Si c’était un instrument de musique, il serait à percussion. percussions

Enfin, si c’était un objet de collection, ce serait les armes blanches, couteaux couteaux et poignards de toutes sortes…poignard

 

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L’AMBRE… PIERRE DU SOLEIL… PIERRE DU LION

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-08-2009

Le nom d’ambre, appelé parfois « succin », dériverait du mot arabe « anbar » qui signifie « doré ». 

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C’est Thalès qui découvrit, vers 600 ans avant Jésus-Christ, les propriétés magnétiques de l’ambre. L’ambre jaune se dit en grec « electron » d’où le nom « électricité ». Les chapelets, les amulettes d’ambre, sont comme des condensateurs de courant. En se chargeant eux-mêmes, ils déchargent de leurs propres excès ceux qui les portent ou les égrènent.

L’ambre représente le fil psychique reliant l’énergie individuelle à l’énergie cosmique, l’âme individuelle à l’âme universelle. Il symbolise l’attraction solaire, spirituelle et divine.  

La Légende de l’Ambre

Les Anciens expliquaient la naissance de l’ambre par l’histoire de Phaéton, le fils d’Hélios. Phaéton obtint un jour la permission de conduire le char du Soleil, mais dans sa maladresse, il mena son équipage trop près de la Terre, qu’il condamnait ainsi à une terrible sécheresse. Pour arrêter ces désordres, Zeus-Jupiter lança sa foudre sur le char et Phaéton tomba dans un fleuve où il trouva la mort. Les dieux eurent pitié du chagrin inconsolable de ses sœurs et les changèrent en arbre. Les larmes des jeunes filles furent autant de gouttes de résine qui devinrent de l’ambre.

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 Rubens : La chute de Phaéton (1636) – Musées royaux des Beaux Arts  de Bruxelles

Cette légende, et bien d’autres croyances attribuaient à l’ambre des pouvoirs magiques et curatifs, développèrent un artisanat actif, encore vivace aujourd’hui dans la bijouterie. Ainsi, les chevaliers teutoniques détenaient le monopole de l’ambre et diffusèrent des chapelets dans toute la chrétienté.

Chez les Celtes, Ogmios se présente dans la légende sous la forme d’un vieillard. Il attire une multitude d’hommes et les tient attachés par les oreilles à l’aide d’une chaîne d’ambre. Les captifs pourraient fuir en raison de la fragilité de leur chaîne. Ils préfèrent suivre leur guide. Le lien par l’ambre est d’ordre spirituel. Un visage d’ambre est volontiers attribué aux héros et aux saints. Il signifie un reflet du ciel en leur personne et leur force d’attraction.

Apollon versait des larmes d’ambre quand, banni par l’Olympe, il se rendait chez les Hyperboréens. Elles exprimaient la nostalgie du Paradis et le lien subtil qui l’unissait encore à l’Elysée.

Le Pseudo-Denys l’Aréopagite explique que l’ambre est attribué aux essences célestes parce que, « réunissant en lui les formes de l’or et de l’argent, il symbolise à la fois la pureté incorruptible, inépuisable, indéfectible et intangible qui appartient à l’or, et l’éclat lumineux, brillant et céleste qui appartient à l’argent ».

Selon une croyance populaire, l’homme qui conserve sur lui, en toute circonstance, un objet d’ambre ne peut être trahi par sa virilité.

Par ailleurs, l’ambre aurait de grands pouvoirs curatifs en agissant sur le système nerveux central, sur les inflammations virales. Elle aurait également des effets positifs sur les allergies ainsi que sur la gorge et la thyroïde. Enfin, chez les Gaulois, l’ambre entrait dans la composition de certains collyres.

L’ambre (succinite) n’est pas un cristal. D’origine organique, elle n’a pas de système de cristallisation, ses couleurs vont souvent du brun au jaune doré. Il existe aussi l’ambre gris, concrétions biliaires des cachalots. L’ambre gris qui réside dans le foie de l’animal (en relation avec le corps émotionnel), capte la peur et l’angoisse au moment de sa mort. Tout comme l’ivoire, il est fortement recommandé de ne pas financer les massacres inutiles des animaux pour un plaisir personnel et souvent éphémère.

Résine végétale fossile, d’un jaune plus ou moins foncé, diaphane, d’une odeur agréable. Cette résine fossile est incomparablement plus dure que n’importe quelle réside actuelle. Par ailleurs, l’ambre est souvent porteur d’inclusions de plantes ou d’insectes. Sa vibration végétale douce et solaire, c’est du « miel » solidifié.

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Selon une autre légende qui a perduré longtemps, l’ambre serait dû à une sécrétion glandulaire ou à l’urine des grands mammifères marins comme la baleine ou le cachalot. L’ambre gris est d’ailleurs bien une substance issue des sécrétions biliaires des cachalots.

Les poètes anciens supposaient que les grains d’ambre n’étaient autre chose que les larmes des sœurs de Phaéton ; mais la science, qui n’est pas du tout sentimentale, nous apprend qu’il est le produit d’une espèce de conifère le « Pinus succinifera », dont on ne rencontre plus que les graines et cônes ; ce produit a subi une transformation dans le sein de la terre et est devenu l’ambre.

L’ambre dans l’Histoire

Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Aristote, philosophe et naturaliste, classait l’ambre avec les substances végétales et en parallèle avec ces autres résines que sont la myrrhe et l’encens. Dans son œuvre, « Histoire naturelle », encyclopédie des connaissances des Anciens, Pline en a fait un classement identique. A la fin du VIIe siècle avant Jésus-Christ, Thalès découvrit que l’ambre attire les corps légers lorsqu’on le frotte fortement, l’ambre étant donc doté de propriétés électrostatiques. Quant au savant russe Lomonosov, il considérait que l’ambre était une résine fossile provenant d’un arbre, opinion confirmée en 1811 par le savant Wrede. 

Il y a quarante millions d’années, les régions du centre et du nord de l’Europe étaient couvertes de forêts au sein desquelles se trouvaient de nombreux ancêtres de nos pins et épicéas ; dix millions d’années plus tard, ces forêts furent en partie englouties par les eaux. Ceci explique que le littoral de la Baltique soit riche en ambre, une résine fossilisée dans laquelle divers insectes, arachnides, etc.… attirés par son odeur en sont restés prisonniers, comme ont pu être inclus par dépôt, des feuilles, bois, pollens, plumes, etc.…

La résine, qui est un excellent agent de fossilisation a conservé ces différentes inclusions animales et végétales. Puis, suivant un processus long, pas très bien élucidé et faisant intervenir de nombreux éléments, la résine au bout de plusieurs millions d’années se transforme en ambre. 

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L’ambre de la Baltique serait chargé de légendes et de mystères car il contient la « lumière du monde », cet ambre que les riverains de la mer Baltique surnomment encore aujourd’hui « les larmes des oiseaux de mer ». Les hommes ont toujours été fascinés par l’ambre auquel ils ont très tôt, attribué des pouvoirs magiques et quasi divins.

Dès l’âge de pierre, l’ambre fut utilisé dans un but décoratif et curatif et fit l’objet, durant l’Antiquité d’un commerce important. En Europe, on la trouve dès le Néolithique, mais il est surtout abondant à l’âge du Bronze, les sites Mycéniens de la Grèce, particulièrement les tombes à Tholos ont livré de l’ambre en abondance : notamment des perles de colliers… On en a retrouvé à Mycènes, en Grèce, en Crête, en Italie, en Irlande, dans la Péninsule Ibérique, en Allemagne… Mais aussi en Inde et en Perse. L’analyse chimique a montré que la majorité de l’ambre du monde méditerranéen provenait de la Baltique.

On a retrouvé en grande partie les Routes de l’Ambre de la Baltique qui traversaient la Pologne, l’Allemagne et la Yougoslavie. A l’autre bout du monde antique, l’ambre est mentionné dans les textes chinois à l’époque des Han deux siècles avant notre ère. Il provenait de la Baltique et passait par la Russie et le Cachemire avant d’arriver en Chine.

Que fait-on avec l’ambre ?

A l’état naturel, les modules d’ambre sont translucides, transparents même troubles avec des colorations diverses entre le brun rougeâtre et la teinte miel résultant de la quantité et du contenu des bulles qui y sont emprisonnées. Ce qui donne une infinie variété de tons et de nuances qui changent en fonction de la lumière qui les frappe. La résine fossilisée devient un minéral facile à tailler et il séduit par sa couleur et son éclat. Devant tant de beauté, l’homme se servit de l’ambre pour en faire des parures, des bijoux, des talismans divers.

Les Gaulois portaient des talismans d’ambre, les Romains en mettaient dans leurs cheveux ou portaient l’ambre autour du cou pour éloigner les mauvais esprits. Au Moyen-âge, les artisans de Bruges se rendirent célèbres par la fabrication de chapelets d’ambre diffusés par les chevaliers teutoniques. Au Maroc, les petites mains porte-bonheur d’ambre (Khansas) annihilent les actions malfaisantes des Djinns. On se servit de l’ambre pour confectionner les embouts des narguilés…

Brûlé, l’ambre dégage un parfum aimé des dieux. Les Romains, et Néron en particulier, faisaient brûler de l’ambre comme de l’encens, ce qui se fait encore de nos jours.

L’ambre avait aussi pour les Anciens des vertus thérapeutiques nombreuses et c’est en raison des bienfaits qu’elle procurait à ceux qui en portaient qu’elle fut longtemps appelée « pierre magique des temps anciens ». On l’utilisait pour activer la circulation du sang, calmer la fièvre et les infections, pour l’asthme et les voies respiratoires, donner des forces et combattre la fatigue, contre le stress et la dépression, pour agir sur les glandes endocrines, soigner la vue, contre les irritations de la peau…

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Dans les campagnes, on offrait un collier d’ambre aux nouveau-nés pour les fortifier et les aider à dormir. Cette pratique a encore cours dans certains pays méridionaux pour facilité la pousse des dents de l’enfant ou lui épargner les irritations de la peau.

L’ambre passe pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. L’ambre jeune produit des ions négatifs par frottements, ce qui favorise la circulation des énergies dans tout l’organisme. Cela enlève la fatigue due à la pollution électromagnétique.

Les études ont montré que les ions négatifs : améliorent la circulation sanguine et son Ph, le rendant plus alcalin, régulent le système nerveux, améliorent les réflexes, activent le métabolisme et combattent les inflammations. Ils freinent également l’oxydation des cellules et favorisent leur régénération… Ils sont également utilisés dans le traitement des eczémas. Des tests scientifiques effectués sur des tissus constitués à base d’apprêt d’ambre ont permis de constater la supériorité de ses propriétés électriques et électrostatiques. De plus ses propriétés augmentent après plusieurs lavages. Des tests cliniques ont aussi été réalisés sur des patients souffrant de douleurs ou tensions musculaires.

Ambre gris et Ambre blanc

Il ne faut pas confondre l’ambre jaune fossile avec l’ambre gris et l’ambre blanc.

L’ambre gris est une substance rejetée par les cachalots : concrétions intestinales constituées de morceaux de calmars. Cet ambre gris appelé « or flottant » est très recherché, est apprécié en parfumerie. L’ambre blanc, spermaceti, substance huileuse, appelée « blanc de baleine » est retiré d’une poche cérébrale du cachalot. Il est utilisé pour faire des pommades et en cosmétique.

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John Singer Sargent – Fumée d’ambre gris

Quant à l’ambre doré, avec ses couleurs changeantes, du jaune citron au brun sombre, souvent de couleur miel, est une oléorésine fossile secrétée par des conifères, entre autres utilisée dans l’industrie et pour la fabrication d’objets ornementaux. Bien que non minéralisé, il est parfois vu et utilisé comme une gemme. Il existe quatre autres gemmes organiques : les perles (la nacre), le jais, l’ivoire et le corail, en particulier le rouge et le noir). C’est la gemme la plus légère des cinq et aussi la plus tendre, par opposition au diamant qui est le plus dur. L’ambre se porte en bijou depuis l’Antiquité, tantôt sommairement serti d’un fil de fer, tantôt savamment travaillé comme pendentif.

Entre autres peuples, les Celtes l’ont beaucoup utilisé sous forme de perles, de façon plus marquée à partir du VIe siècle avant Jésus-Christ. Cette vogue disparaît à peu près deux siècles plus tard. Des pièces d’art celtique en marbre ont été léguées par les Anglo-Saxons.

Parce que l’ambre semble préserver des végétaux et des animaux, il a été associé à la jeunesse éternelle. Ainsi les anciennes Romaines en gardaient des morceaux en main, à la cour. De l’ambre a aussi été découvert dans des tombes égyptiennes.

Selon certains anciens comme Pline, Aristote ou Ovide, l’ambre serait le résultat d’une résine végétale s’écoulant de peupliers ou d’aulnes. Selon le poète Ovide, lorsque les Héliades, filles d’Hélios furent métamorphosées en aulnes et en peupliers, elles continuèrent à pleurer la mort de leur frère, Phaéton.

Leur mère tenta de les sauver et commença à arracher les écorces qui recourait leurs corps, alors qu’elles la supplièrent : « Pitié ma mère, je t’en supplie ! C’est notre corps qui, avec l’arbre est déchiré. Et maintenant adieu ! L’écorce vient étouffer leurs dernières paroles. Il en coule des pleurs, et goutte à goutte se solidifie l’ambre, né des rameaux nouveaux. Le fleuve transparent le recueille et l’emporte aux femmes latines qui s’en pareront ».

Les Slaves l’ont associé aux larmes pétrifiées des dieux. L’ambre servait de talisman de protection en général et aussi en particulier contre les enlèvements d’enfants. Il symbolisait aussi le lien éternel du mariage. 

Symbolique et croyances

Les noces d’ambre symbolisent les 34 ans de mariage dans la tradition française. Il est parfois dit que l’ambre porte en lui la mémoire.

L’ambre, dédié à Apollon, passe pour réchauffer le cœur et transmettre l’énergie solaire. Un collier d’ambre possèderait ainsi le pouvoir de réchauffer et l’on en mettait au cou des jeunes enfants. Un collier d’ambre soulagerait également les douleurs dentaires des bébés lors de la poussée dentaire.

Un anneau d’ambre, porté en permanence par un homme, permettrait de garder confiance en sa virilité. Les Chinois sculptaient dans l’ambre de petits animaux qui étaient censés favoriser la fécondité. Un anneau de poignet porté par une femme et provoquant des rougeurs, indiquerait que cette dernière est adultère.

L’ambre en poudre, aiderait à lutter contre la dépression et l’angoisse, aurait une action bénéfique sur les voies respiratoires, arrêterait les saignements de nez, permettrait d’éviter les fausses couches et limiterait les souffrances dues à la pousse des dents de laits chez les jeunes enfants. En France, au Moyen-âge, l’ambre en poudre était l’ingrédient de certains philtres d’amour, peut-être en analogie avec son pouvoir « magnétique » ou plus exactement électrique.

Attention aux contrefaçons

Du fait de la rareté de certains ambres, de nombreuses pièces contrefaites sont commercialisées. Les principaux matériaux utilisés par les faussaires sont le plastique et le copal. Le terme générique « plastique » regroupe ici : ambre naturel, ambre pressé, ambre fondu, ambroïde, polybern, bakélite, celluloïd, galalithe, plastique vrai, érinoïd, catalin, et cellon…

Les faussaires savent fabriquer à la perfection des pièces contenant une inclusion contrefaite, avec de l’ambre véritable. Cependant, leur fabrication, certes peu coûteuses, ne concernent généralement que les inclusions « spéciales » dites rares (scorpions, vertébrés, fleurs, etc.) assez rentables. Ce sont les inclusions végétales qui sont surtout difficiles à expertiser.

Ces méthodes, utilisant de l’ambre véritable, contournent presque tous les tests des vérifications (excepté la combustion). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir des connaissances pointues en biologie animale pour distinguer une inclusion animale moderne d’un fossile authentique. Le bon sens est suffisant. Et évidemment une observation attentive.

Il existe une myriade de tests assez simples permettant « d’authentifier » une pièce d’ambre véritable. Cependant, une réponse positive à un seul, ou même plusieurs, de ces tests ne suffit surtout pas à valider la qualité d’ambre véritable. On pensera alors éventuellement à la combustion, seul test fiable unique, qui peut suffire pour valider le faux du vrai :

-       Par la chaleur : on place une aiguille chauffée à blanc sur l’ambre, une pièce véritable dégage une odeur de pin, l’aiguille laisse une marque blanche qui effrite l’ambre et le copal. A l’inverse, une pièce en plastique dégage une odeur âcre. De plus, l’aiguille laisse une marque noire et colle au point de chauffe. 

-       Avec de l’acétone : on frotte l’ambre avec un coton imbibé d’acétone, ou tout simplement de dissolvant à vernir à ongles. L’ambre véritable ne se dissout pas, à l’inverse de certains plastiques utilisés pour les contrefaçons. Quant au copal, il devient collant.

-       A l’eau chaude : on plonge la pièce d’ambre dans l’eau chaude. L’ambre véritable dégage une odeur de pin brûlé. Quant à certains plastiques, utilisés pour les contrefaçons, il y a une odeur camphrée ou phénolée.

-       Avec de l’alcool : plongée dans l’alcool, l’ambre est attaquée lentement, alors qu’une pièce contrefaite est rapidement attaquée.

-       Par grattage : avec un couteau ou une aiguille, l’ambre s’effrite. Avec une pièce en plastique, l’aiguille tend à rester coincée dans la pièce.

-       Par flottaison : on plonge l’ambre dans un mélange de 25 cl d’eau et 4 cm3 de sel. L’ambre et le copal flottent alors que certains plastiques coulent.

-      Par frottement : on frotte l’ambre avec un chiffon de laine pour avoir une réaction électrostatique. L’ambre est très électrostatique ; la réaction est vérifiable sur les cheveux, de la paille ou de petits bouts de papier. Certains plastiques de contrefaçons ne provoquent qu’une faible réaction électrostatique ce qui permet de garantir qu’il ne s’agit pas d’ambre. Cependant, d’autres plastiques peuvent provoquer une forte réaction et sans laisser une odeur camphrée après le frottement.

-       Par fluorescence : on place sous une « lumière noire », c’est-à-dire une lumière composée de violet et proche de l’ultraviolet, de 360 à 250 nm environ, une pièce d’ambre authentique montre une brillance fluorescente caractéristique, qui peut varier selon les pièces en fonction de la chimie des roches encaissantes.

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Perle d’or et d’ambre – Deux symboles solaires par excellence

Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Les Pierres Précieuses et les Différents Ornements de J. Rambosson

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IL ETAIT UNE FOIS L’AQUILA

(2.2 - HOMMAGE) par sylvietribut le 10-04-2009

Comme je l’ai connue avant… Une de ces villes charmantes dont l’Italie a le secret, une capitale de province pourtant, où l’on avait l’impression que la vie y était paisible et harmonieuse… Loin de la vie chaotique des métropoles ou des cités pour tour-operators… D’ailleurs certains guides ne mentionnent même pas l’Abruzzo… Peut-être parce que s’y perdre c’est risquer d’y rencontrer des ours, des loups, des aigles…

L’Aquila, la ville de l’Aigle, voulue en 1240 par Frédéric II de Hohenstaufen dont l’oiseau était son emblème… On voit encore les remparts dont, par la suite, Charles 1er d’Anjou fit entourer la ville pour la protéger.

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L’Aquila… comme posée là dans un écrin de montagnes enneigées très longtemps encore au printemps, avec en arrière-plan les presque 3 000 mètres du Gran Sasso d’Italie… Un dicton laisse entendre qu’elle est la ville la plus froide d’Italie : « L’Aquila connaît onze mois froids et un mois frais »… Pourtant quel plaisir dans la touffeur de l’été italien de venir y flâner et d’y découvrir des monuments tout aussi remarquables que ceux des villes qu’on conseille de voir à tout prix… Ne dit-on pas que L’Aquila est la « petite Florence »… Mais combien plus facile à vivre… Elle aussi possède ses églises, ses places, grandes ou petites, ses fontaines… Peut-être abrite-t-elle beaucoup moins d’œuvres majeures, mais comme il était délicieux le camaïeu de rose et de blanc de ses monuments, de ses palais et édifices…      

laquila-une-rue1On marchait beaucoup à L’Aquila… ça montait toujours… Mais quel spectacle que ce gigantesque escalier que la cathédrale San Bernardino couronnait et puis, quelle idée magnifique que cette autre collégiale, rose et blanc, de Santa Maria di Collemaggio, comme posée sur un pré tout vert… On n’avait qu’à entrer, contourner… pousser une porte, et le cloître nous accueillait, riche de sa simplicité…

L’Aquila et ses symboles… disparus peut-être ses blasons qui ornaient bon nombre de demeures anciennes et on ne manquait pas de s’interroger quant à la signification de ce monogramme IHS qui les décorait presque toutes. Après on apprenait que cela signifiait Iesus Hominum Salvator… soit en bon français … Jésus Sauveur des Hommes. Ces blasons avaient été frappés après la prédication de Saint Bernardin, dont c’était l’emblème. On peut espérer qu’au moins ces édifices ont survécu et leurs habitants protégés.

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Basilica San Bernardino

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           Basilica Santa Maria di Collemaggio              

L’Aquila et son nombre cabalistique… 99… La légende raconte que L’Aquila surgit miraculeusement avec ses 99 rioni, c’est-à-dire ses 99 quartiers, entourant 99 châteaux, avec ses 99 places, ses 99 fontaines et ses 99 églises. Subsiste-t-elle encore la « Fontana delle 99 cannelle », la « Fontaine des 99 tuyaux »… Ces tuyaux sortent de la bouche de 99 masques qui semblent cracher l’eau dans les vasques. Les parois de cette fontaine sont revêtues elles aussi d’un damier de pierres blanches et roses… A telle survécue une nouvelle fois à cet ultime chaos ?

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Et tous les soirs, la cloche de la vieille tour du Palais de Justice tinte-t-elle encore 99 fois ?

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Dans un passé lointain, L’Aquila avait déjà connu de nombreux terremoti (tremblements de terre). Le premier remonte au 3 décembre 1315. Il y en eu un autre le 2 février 1703 qui fit 3 000 morts. Celui du 31 juillet 1786 fut plus terrible encore : 6 000 morts. La ville fut de nouveau bouleversée le 13 janvier 1915, ainsique que le 24 juin 1958. Pour finir, après cette série de désastres, en 1798, les Français envahirent la ville. Ensuite, ce fut le tour des Autrichiens, en 1819.

Mais L’Aquila c’est aussi une ville universitaire très dynamique et les étudiants paient un lourd tribut dans cette catastrophe puisque l’un de leurs foyers du centre ville s’est effondré. Et puis, L’Aquila c’est aussi une ville moderne, elle abrite l’un des plus grands laboratoires de recherche de physique des particules. C’est donc une ville qui ne vit pas seulement de son passé.

ganymedeL’Aquila… l’Aigle… Pour l’astrologue c’est une référence à Jupiter que l’oiseau symbolise. Jupiter ne se métamorphose-t-il pas à en Aigle pour enlever Ganymède et en faire son giton… Jupiter comme on le sait gouverne le Sagittaire. L’Aquila se trouverait donc être une ville Sagittaire et si on peut en douter, une petite connaissance de l’Abruzzo nous rappelle qu’un peu au sud de L’Aquila on trouve le « Gole del Sagittario ». Cette rivière sur une longueur d’environ 10 km a creusé dans la roche grise des gorges d’une profondeur impressionnante. Dans la symbolique, avec Jupiter et le Sagittaire, ce sont toujours les excès qui prédominent en toute chose. Par ailleurs, le Sagittaire, comme Jupiter, représentent entre autre la bourgeoisie et le monde de l’enseignement. Or, L’Aquila est bourgeoise et universitaire.

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Actuellement, c’est la seconde partie du second décan ainsi le troisième décan des signes Mutables, dont le Sagittaire fait partie, qui sont sous les influences très conflictuelles de Saturne d’un côté, et de Mars et Uranus de l’autre, ces trois astres s’opposant entre eux pour accentuer encore les dissonances (les autres Mutables, sont les Poissons, les Gémeaux et la Vierge). On peut donc penser que le thème de cette région de l’Abruzzo est en partie sous cette triple influence destructrice. Par ailleurs, la Nouvelle Lune du 25 mars 2009 dans le signe du Bélier, très conflictuelle, très marquée par Pluton, évoque tout autant des conflits, des émeutes, de la violence que malheureusement des catastrophes naturelles (cf. une précédente chronique ayant trait à l’entrée de Pluton dans le Capricorne parue en décembre 2008). Or, la lunaison ne fait que commencer puisque la prochaine Nouvelle Lune aura lieu seulement le 24 avril 2009, heureusement dans le signe plus placide du Taureau et en bon aspect de Pluton.

Enfin, L’Aquila se singularise sur une mode plus doux, encore qu’on lui attribuerait le malheur qui frappa Arachné. En voici la légende. Mais tout d’abord connaissez-vous la dentelle « a tombolo » ? C’est la spécialité, depuis toujours de L’Aquila.

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Est appelé « tombolo » la dentelle travaillée avec des fuseaux qui tire son nom du coussin cylindrique sur lequel on la travaille. Il y a peu de témoignages sur l’origine historique de cette production artisanale. On dit que ce serait des religieuses bénédictines de l’Abbaye de Cluny en France qui l’enseignèrent à des fillettes fréquentant le couvent au XVIe siècle car c’est de cette époque que remonte la diffusion de cette façon de faire de la dentelle, en particulier à L’Aquila. Outre le travail, les femmes de L’Aquila fournissaient le délicat fil de lin ou de soie qui, à l’époque, était utilisé. Le « tombolo » de l’Aquila est unique en Italie dans ce type de travail qui s’exécute entièrement avec les fuseaux, ce qui l’apparente à la dentelle de Bruges. La préciosité de l’ouvrage est due à la fois au travail lui-même et au fil utilisé. Il y a deux types d’ouvrage : le point antique et le nouveau point ou point commercial. Le point antique se travaille comme une toile, il a l’effet de tulle. Il permet de réaliser des figures : fleurs, volutes, papillons. Le nombre de fuseaux utilisés n’est pas prévisible au début de l’ouvrage. On continue d’en ajouter au fur et à mesure de l’avancement du travail. La symétrie et la géométrie des dessins caractérisent le nouveau point. Le nombre de fuseaux varie selon la complexité du travail, mais est défini au début de l’ouvrage.

« Quand la Reine Isabella vint à L’Aquila en 1493 pour visiter les reliques de San Bernardino, Les chroniqueurs de l’époque se souviennent que les chevaliers de la suite royale furent émerveillés par les fêtes somptueuses préparées par la ville, l’exubérante beauté des femmes de L’Aquila et l’exquise richesse des dentelles qu’elles portaient ». Orazio d’Angelo, aquilano (1904).

eventail-en-dentelle-de-laquila1On peut toujours commander un article à l’Atelier « Le Mani d’Oro » (Les Mains d’Or) à L’Aquila.

Des chercheurs passionnés ont voulu trouver les origines de la dentelle dans les antiques légendes de Rome comme celle d’Arachné (*) chantée par Ovide, ou dans les vestiges pré-chrétiens de Chine et du Japon. Quant aux guipures grecques, on voit remonter leurs origines aux temps du mythique Homère qui, dans l’Odyssée, décrit une ceinture de fils entrelacés.

Ce ne fut qu’au Moyen-âge que la dentelle fut différenciée en deux catégories bien distinctes : celle à l’aiguille et celle aux fuseaux, mais il existe aussi la dentelle « a tombolo ». Les Flandres et l’Italie s’en accordent la priorité, tout comme Venise, Milan, Gênes et L’Aquila.

Il est certain, en effet, qu’à la fin de 1371, le Royaume de Naples consentit à la commune de L’Aquila de discipliner tous les arts et métiers, dont l’artisanat de la dentelle, pour une meilleure aisance à s’affirmer et à se diffuser. Et on se souvient qu’en 1793, la Reine Isabella, épouse du Roi de Naples, en visite à L’Aquila, fut très admirative « de la beauté raffinée des dentelles dont étaient parées les femmes de L’Aquila ».

La caractéristique typiquement locale du tombolo réside dans le fil très fin, mais résistant et rigide, comme introuvable. Le fil, défini impalpable, fut considéré comme si précieux pour les Aquilini, qu’en 1557, ils en firent don au Vice-roi en visite dans l’Abruzzo. De la préciosité du fil dérive aussi celle de l’antique « tombolo aquilino » qui se distingue d’ailleurs de ceux des autres centres de la province comme Pecocostanzo, Gessoplane, Scanno et même des autres villes d’Italie ou même encore des cités étrangères. Il est sûr que le « tombolo aquilano » devait rejoindre un niveau de véritable oeuvre d’art puisque Marie-Antoinette, Reine de France, commanda à L’Aquila une pièce de dentelle, haute de 8 paumes, pour en faire don au Pape Pie VI le jour où il fut intronisé.

Mais qu’est-ce que le « tombolo aquilino » ? C’est une sorte de coussin cylindrique rempli de sciure qui supporte comme une toile d’araignée, fils de lin et épingles. Assises sur les marches des maisons dans des ruelles ombragées, quelques femmes semblent faire des tours de prestidigitateurs avec des dizaines de fuseaux légers sur ce tombolo. Tout doucement, de leurs mains sortent dentelles et trames d’une stupéfiante beauté : ce sont les dentelles et guipures réalisées au tombolo, destinées aux trousseaux des mariées, authentiques chefs-d’œuvre qui souvent demandent des mois de passion et de travail de « certisino »,  c’est-à-dire de « Chartreux » pour les Italiens, mais de « Bénédictin » pour nous. Cet art très ancien a longtemps souffert d’une certaine désaffection provoquée par l’agitation inutile de notre monde moderne ; cependant il est en train de soulever de nouveaux enthousiasmes. Réunies en coopérative, les dentelières travaillent beaucoup mais trouvent quand même le temps d’enseigner, généreusement, leurs patients secrets aux jeunes filles, mais aussi à quelques rares jeunes hommes.

arachne-et-athena(*) Quant à Arachné, c’était une jeune fille de Lydie, fille d’Idmon de Calaphon, ville réputée pour ses teintures pourpre. Elle excellait dans l’art du tissage. Elle en vint même à se vanter de l’emporter sur Athéna, fileuse accréditée de l’Olympe. La déesse releva le défi. Mais Arachné tissa une pièce d’étoffe où étaient figurées les amours des dieux olympiens avec une telle adresse qu’Athéna ne put rien y trouver à reprendre. Sa colère n’en fut pas moins vive. Elle déchira l’ouvrage de sa rivale, frappa cette dernière, tant et si bien que la malheureuse, remplie de terreur et mortifiée, se pendit à l’aide d’une corde. Athena la métamorphasa alors en araignée. Certains mythographes modernes ont émis l’hypothèse que cette légende se rapporterait à quelque rivalité entre le commerce des tissus athéniens et celui des articles textiles qui provenaient de Lydie… Concurrence commerciale qui nous occupe encore et nous occupera toujours…

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Une prochaine fois j’approfondirai ce mythe d’Arachné et tout ce qu’il symbolise.  En attendant, si votre route vous mène un jour à Rome, comme vous le savez tous les chemins y mènent, prenez le temps de quitter la ville éternelle par la via Tiburtina, qu’aujourd’hui l’autoroute A.24 longe, et allez vous perdre quelques jours dans l’Abruzzo, aller découvrir L’Aquila qu’on reconstruira, je l’espère, à l’identique… Vous en reviendrez conquis par la beauté de cette nature encore sauvage qui l’entoure, le charme des villes et villages nichés dans la montagne, la gentillesse de ses habitants, ainsi que sa rustique et savoureuse gastronomie, dont le risotto au safran ; sa fleur est une des grandes cultures de l’Abruzzo.   

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Et puis, à l’aller ou au retour, arrêtez-vous à Tivoli, pour la Villa d’Este et la Villa Adriana, ainsi qu’à Subiaco pour ses merveilleux monastères bénédictins. Enchantement garanti… Une très bonne adresse, charmante et romantique : Ristorante et B and B – BELVEDERE, via dei Monasteri, 33 – SUBIACO – www.belvederesubiaco.com – mais là on est de retour dans le Latium, aux portes de Rome.

Bibliographie :

Traité de la « Dentelle a Tombolo », artisanat noble », d’Angello Tozzi

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins – Editions Robert Laffont/Jupiter.

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