ROSA… ROSA… ROSAM… FLEUR DE LA BALANCE ET MESSAGE D’AMOUR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-10-2009

La longue histoire de la « Reine des Fleurs » se mêle étroitement à celle de l’humanité. On pense qu’elle est la première fleur que l’homme ait cultivée. Elle est associée à la plupart des religions, des anciens rites sacrés de l’Inde au christianisme en passant par les Grecs, les Romains et même les Gaulois, lesquels pour montrer leur mépris du trépas allaient souvent au combat sans autre casque qu’une couronne de roses… Doit-on y voir là l’origine de l’expression « la fleur au fusil » ?

Elle ne reste étrangère ni à la politique, témoin la guerre des Deux-Roses qui déchira l’Angleterre au XVe siècle, ni à la gastronomie puisque dans la Rome de la décadence on mangeait des gâteaux de rose, de la confiture de roses, des plats assaisonnés d’extrait de roses broyées au pilon ; on buvait du vin dans lequel avaient macéré des sachets de rose, ou même à la cosmétologie puisque les « beautés » et les éphèbes de l’Antiquité, après le bain, se frottaient le corps avec de la poudre de rose, se mettaient de l’huile de rose pour faire briller leurs paupières et pour avoir, déjà, l’haleine fraîche, croquaient des pastilles faites de myrrhe et de pétales de roses broyées avec du miel.

rose

Les premiers à utiliser la rose en thérapeutique furent des médecins arabes qui en faisaient le remède de la tuberculose et des affections pulmonaires. Avicenne rapporte qu’une phtisique, dont on avait déjà préparé les funérailles, recouvra la santé grâce à de la conserve de roses, qu’on appelait aussi Djelendjoubin. Matthiole dit que les boutons de roses « aident ceux qui crachent le sang » et plusieurs traités font état de la guérison spectaculaire de la femme d’un vice-roi du Portugal qui fut non seulement sauvée en sept mois par une consommation massive de conserve de roses,  mais y gagna une beauté nouvelle du fait « qu’on voyait se refléter sur son visage le vif éclat des roses ». Sous l’Empire, les médecins-majors de l’armée impériale venait à Provins se ravitailler en pétales séchés et préparés. C’est à Provins en effet qu’on cultivait alors les roses.

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Toutefois, on raconte aussi que Néron faisait périr ses invités au cours de festins en les noyant dans des pétales de roses. Les plafonds s’ouvraient sur un signe du tyran et des milliards de pétales tombaient, ensevelissant puis étouffant les invités qui mouraient sous les pétales meurtriers.

Appréciée pour sa beauté, célébrée depuis l’Antiquité par de nombreux poètes et écrivains, pour ses couleurs qui vont du blanc le plus pur au pourpre le plus foncé, en passant par le jaune franc et toutes les nuances intermédiaires, et puis pour son parfum, c’est ainsi que la rose est devenue cette Reine des Fleurs. C’est d’ailleurs la fleur la plus cultivée au monde, sans oublier les rosiers sauvages, dont le plus connu en Europe est l’églantier, aux fleurs simples à cinq pétales, devenues à la mode depuis quelques temps sous le nom de « rose botanique ». Cependant, les rosiers cultivés sont le résultat de plusieurs siècles de transformations, d’abord empiriques, puis, dès la fin du XVIIIe siècle, méthodiques, en particulier par l’hybridation. Les variétés de rosiers sont innombrables, on estime à plus de 3 000 le nombre de cultivars disponibles actuellement dans le monde.

rosier-de-monet-a-giverny Les Rosiers de Monet à Giverny

Le mot « rose », daté en français du début du XIIe siècle, est dérivé du latin « rosa, rosae », substantif féminin, qui désignait aussi bien la fleur que le rosier lui-même. Ce terme, apparenté au grec « rhodon » aurait été emprunté à une langue orientale. Il est tentant de rapprocher « rose » de « rosée ». Pourtant cette rencontre, source d’inspiration inépuisable pour les poètes, est fortuite en français. En effet « rosée » dérive, par l’intermédiaire du bas-latin « rosata », du latin « ros, roris », peut-être apparenté au grec « drosos », venant d’une autre racine indo-européenne. La rose est l’une des très rares fleurs ayant un nom dédié, différent des noms donnés à la plante elle-même : la rose est la fleur du rosier.

Les roses sont cultivées en Chine et en Perse depuis 5 000 ans et en Grèce depuis l’âge de bronze. Hérodote a rapporté que le roi Midas, au VIe siècle avant Jésus-Christ, quand il a été chassé de Lydie par les armées perses, a emporté ses roses dans son exil en Macédoine. Et le naturaliste grec, Théophraste, décrit une rose à nombreux pétales, une forme de « rosa canina », cultivée dans les jardins. Il décrit des roses rouges, roses et blanches, et note l’intensité du parfum de la rose de Cyrène.

rosa-canina Rosa Canina

La « fresque à l’oiseau bleu » découverte en 1900 dans les vestiges du palais de Cnossos en Crète, construit vers l’an 2000 avant Jésus-Christ, représente des rosiers fleuris. C’est la première représentation connue de roses peintes. On ne sait s’il s’agit de roses sauvages ou cultivées, ni à quelle espèce les attribuer, d’autant que la fresque a été restaurée et toutes les roses repeintes avec six couleurs sont de couleur jaune. Une seule, à cinq pétales rose doré au centre orange, semble être originale. Le botaniste C.C. Hurst l’avait identifiée à Rosa Richardii, la rose sainte d’Abyssinie. Des pièces de monnaie portant une rose gravée ont été retrouvées à Rhodes. Elles datent de 500 ans avant Jésus-Christ environ. Le nom de cette île serait celui de la nymphe Rhodé, épouse d’Hélios, le Soleil, et dont le symbole était la rose.

cnossos-fresque-de-loiseau-bleuL’oiseau bleu de Cnossos

Pline l’Ancien dans son « Histoire naturelle » décrit 20 sortes de rosiers nommés par le nom de leur lieu de provenance. Ainsi, du VIe siècle avant Jésus-Christ au IIe siècle, durant toute cette période de domination grecque puis latine, les roses ont circulé de Perse en Angleterre, de Grèce en Egypte.

rose-gallique Rose Gallique

Sur le Moyen Age, il y a peu d’information : au VIe siècle, les couvents cultivaient des roses. Le roi Childebert 1er avait une roseraie, des roses de Paradis d’après l’évêque Fortunat, dans son domaine vers Saint-Germain-des-Prés. Et au VIIIe siècle dans son Capitulaire De Villis, Charlemagne cite les roses parmi les plantes à cultiver. Au XIIe siècle, à la veille des croisades, Albert le Grand cite pas moins de quatre rosiers cultivés. Cependant, la culture de cette fleur débuta véritablement au XIIIe siècle lorsque Thibaut IV ramena de croisades la rose gallique, puis avec Robert de Brie qui rapporta la rose de Damas.

  rose-de-damas Rose de Damas

Une broderie de roses « Persan Yellow » du XVIIe siècle a été retrouvée à Ispahan. Toutefois, les roses n’ont jamais cessé d’être un motif décoratif des tapisseries, broderies et tissages du Moyen-Orient comme en Europe.

Pourtant, ce sont les roses de Chine qui ont une importance des plus capitales dans l’histoire de la rose puisque des spécimens remontants, rapportés par des botanistes anglais à la fin du XIXe siècle, sont à l’origine de la plus grande partie des roses remontantes modernes.

C’est surtout par sa valeur symbolique que la rose a laissé son parfum dans l’Histoire. Voici quelques exemples :

. Suzanne dans l’Ancien Testament signifie étymologiquement la rose.

. Chez les Grecs, la rose est la fleur d’Aphrodite, déesse de l’amour et d’Aurora, la déesse aux doigts de roses.

la-deesse-aurore La déesse Aurore

. Les Romains rattachent la rose à Vénus. La légende affirme que la rose aurait été blanche au départ, mais rougie accidentellement quand Cupidon renversa son verre de vin sur elle.

. Il paraît que la première nuit d’amour entre Cléopâtre et Marc Antoine se serait déroulée sur un lit de pétales de roses de 45 cm d’épaisseur.

. Dans le Cantique des cantiques, la rose symbolise Israël et dans le livre des Parsis, la rose naît sans épines et n’en est armée qu’après l’apparition du génie du mal sur terre.

. Vers l’an 400, Rosa alba devient l’emblème de la Vierge, ce qui est à l’origine de la dévotion catholique du Rosaire.

. Quand Saladin, en 1187, reprend Jérusalem aux Croisés, il fait purifier la mosquée d’Omar par de l’eau de rose amenée par une caravane de 500 chameaux. Et en 1453, Mehmed II purifia aussi à l’eau de rose l’église byzantine de Constantinople avant de la convertir en mosquée.

. La guerre des Deux-Roses, de 1453 à 1485, opposa la Rosa alba, rose blanche de la Maison d’York et la Rosa gallica, rose rouge de la Maison de Lancaster, d’où après le mariage d’Henri VII Tudor et d’Elisabeth d’York, l’emblème de la rose Tudor rouge à cœur blanc et plus tard la création du rosier York et Lancaster. La rose est aujourd’hui la fleur symbolique de l’Angleterre. 

. Les rosières, jeunes filles vertueuses et pures, étaient à l’origine couronnées de roses.

. Les Rose-Croix est une société secrète mystique ayant pour emblème une rose rouge fixée au centre d’une croix.

rose-blanche 

. La rose blanche de Finlande, est un ordre national finlandais, créé en 1919, pour récompenser les services rendus au pays. 

. La Rose blanche était un mouvement d’opposition à Hitler dont les fondateurs furent guillotinés en 1943.

rose-socialiste. Le sigle de l’Internationale socialiste est un poing serrant une rose. La rose rouge, a été associée par François Mitterand au Parti Socialiste français. Ce symbole a également été adopté par d’autres partis politiques européens comme le parti travailliste au Royaume-Uni, le PSOE en Espagne, les partis sociaux-démocrates nordiques et le PSE.

. En novembre 2003, la rose est le symbole du mouvement non-violent de la « Révolution des Roses » en Géorgie.

. Et puis, il y a la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry qui l’oblige a quitté sa planète et à visiter la galaxie.

bouquet-de-roses 

Dans le langage des fleurs, la rose rouge est la fleur des amoureux. Elle symbolise l’amour et les noces de roses symbolisent les 17 ans de mariage dans le folklore français. En plus de sa couleur, la quantité exprime une symbolique. Pour un nombre de roses inférieur à dix, il est coutume d’offrir des roses par nombre impair surtout à des fins esthétiques. Au-delà et suivant le nombre, le bouquet de roses peut porter un message particulier : 

. Une rose permet de dévoiler son amour en toute simplicité,

. Douze roses permettent de remercier sa bien-aimée,

. Vingt-quatre roses pour être galant,

. Trente-six roses pour déclarer son amour, c’est le bouquet de fiançailles,

. 101 roses peuvent s’offrir pour exprimer la passion et l’amour sans retenue.

Pour un bouquet de fiançailles, il est d’usage et raffiné de sélectionner des roses ayant les têtes légèrement courbée. 

La rose est la fleur nationale de plusieurs pays : l’Angleterre (rose Tudor), la Bulgarie, les Etats-Unis, la Finlande où il s’agit d’une rose blanche, mais aussi l’Irak, les Maldives et la Roumanie. 

La rose a également été choisie comme emblème officiel par plusieurs états des Etats-Unis : Géorgie, Iowa, New York, Dakota du Nord et Oklahoma.

Rose est aussi un prénom très répandu en Europe et en Amérique latine avec Rosa et Rosita, ainsi que ses dérivés : Rosalie, Roseline, Roselise, Rosemonde, Rose-Marie et Marie-Rose. Il existe même deux saintes Rose, Rose de Lima qui est la patronne de l’Amérique latine, et Rose de Viterbo, jolie ville du Latium un peu au nord de Rome qui est d’ailleurs une région riche en jardins botaniques riches en roses de toutes sortes, ainsi que de pivoines.

Plusieurs expressions parfument notre langue :

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. « Etre frais comme une rose » qui signifie avoir un joli teint, l’air reposé.

. « Ne pas sentir la rose » : sentir mauvais.

. « Envoyer sur les roses » : éconduire,

. « Découvrir le pot aux roses » ; découvrir la vérité,

. « Une histoire à l’eau de rose » : une histoire mièvre,

. « Il n’y a pas de rose sans épines » : tout plaisir comporte sa part de peine.

. « Jeter des roses (à quelqu’un) : complimenter.

Cependant si la rose est symbole d’amour et de passion, elle peut aussi être synonyme de trahison. En effet, si la rose rouge évoque la passion, la rose rose incarne la joie, la rose orange symbolise le désir, la rose blanche couronne la pureté des sentiments, la rose jaune se teinte de tristesse puisqu’elle dénonce l’infidélité de l’être aimé. 

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Enfin, tout le monde se souvient du célèbre sonnet de Pierre de Ronsard : « Mignonne allons voir si la rose… » ou même les « Stances à Du Périer » de François Malherbe, ce monsieur venait de perdre sa fille : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Une œuvre célèbre du Moyen Age s’intitule le « Roman de la Rose » qui décrit la tentative d’un poète amoureux pour s’emparer de l’aimée, représentée par une rose. Dante conclut La Divine Comédie par une vision de rose blanche mystique.  

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Bibliographie : Nos grands-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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