UN MYTHE SAGITTAIRE : PEGASE LE CHEVAL AILE ET BELLEROPHON
(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 09-12-2011
Dès qu’on aborde le Sagittaire surgissent des images de Centaures et des bruits de galop. Une ambiguïté subsiste à propos de ces créatures mi-hommes, mi bêtes. Une certaine tradition les veut mi-hommes, mi-boucs, alors que notre imagerie traditionnelle, celle qui subsiste dans notre mémoire, les représente presque toujours avec un corps de cheval et un buste humain. Il existe aussi une version qui pose sur la croupe du cheval deux bustes d’hommes accolés, peut-être pour renforcer encore ce qu’il y a de double dans ce signe « Mutable ».
Comment, à propos du Sagittaire, ne pas évoquer Pégase, le cheval ailé de Zeus/Jupiter, inlassable coursier « qui passe dans l’air comme une rafale de vent »… et avec lui, le héros ambitieux, Bellérophon, dit par Homère « l’éclairé » ou « l’irréprochable »… vertus qu’il perdra avec le temps.
Pégase est né d’une goutte de sang de Méduse, cette gorgone décapitée par Persée, et peut-être de Poséidon. Il accomplissait des prodiges : d’un coup de sabot, il fit jaillir la source des poètes, Hippocrène, sur la montagne chère aux Muses. Notons au passage que Méduse, avant qu’Athéna la rendît repoussante, était belle et reine des Amazones. C’est évidemment sous la première apparence que Poséidon/Neptune la désira. D’où la colère d’Athéna, car Méduse et Neptune s’accouplèrent dans son temple, sans aucun respect pour elle.
Pégase, ce magnifique cheval blanc doté de grandes ailes, servit de monture à Persée en plus d’une occasion. Mais c’est Bellérophon qui, grâce à Athéna dont on dit qu’elle éduqua le héros, put passer au cheval le mors d’argent et la bride magique, et l’enfourcher enfin, alors qu’il n’y parvenait pas auparavant. Il deviendra maître du cheval sans l’avoir combattu, sans s’être affronté à quoi que ce soit. Il oubliera trop vite que c’est à Athéna qu’il devait cette première victoire, trop facile.
Grâce à Pégase, Bellérophon, revêtu de son armure d’airain accomplira plusieurs exploits, vaincra la Chimère, monstre composite, faite d’une tête de Lion, d’un corps de chèvre et d’une queue de dragon, en l’attaquant par le haut et en plongeant dans sa gueule brûlante la pointe de plomb qui l’étouffa en fondant. Plus tard, hélas, il est d’autres chimères qu’il ne saura pas vaincre.

Bellérophon monté sur Pégase combat la Chimère – Mosaïque romaine découverte à Autun en 1830
Le couple que forment Pégase et Bellérophon est presque invincible. Le cheval transporte le héros où il veut, surplombe les sommets, s’enivre des hauteurs. Mais Bellérophon a tué accidentellement son frère et il doit se faire purifier, comme tout héros meurtrier. C’est pourquoi il se rend chez le roi d’Argos chargé de ce rite. Malheureusement, le roi a une épouse qu’on dit fort belle. Il arrive à Bellérophon ce qui était arrivé à Pelée et qui arrivera à Hippolyte : il sera trahi et calomnié par Antéia, l’épouse de Proetos. Comme la femme d’Acate ou comme Phèdre, Antéia fera croire à son époux que Bellérophon la courtise alors qu’apparemment le jeune homme ne s’aperçoit pas de la beauté de la dame. Elle le dévore des yeux car il est athlétique et magnifique, mais il la dédaigne. Faute impardonnable car les reines sont aussi susceptibles que les déesses. Elle dit « Puisses-tu mourir, Proetos, ou bien tue Bellérophon qui a voulu s’unir d’amour avec moi, contre ma volonté ! ». A ces paroles, la colère saisit le roi mais par scrupule religieux il ne veut pas avoir sur les mains le sang de son hôte. Alors il l’envoie à Iobatès, son beau-père, roi de Lycie, muni d’une lettre de recommandation qui disait simplement au roi « tue le porteur de cette missive ». Et le mythe de poursuivre : « Il l’envoya en Lycie et lui donna les signes funestes, traçant sur une tablette repliée maints caractères mortels qu’il l’invita à montrer à son beau-père pour sa perte ».
Mais Iobatès ne regarde pas la lettre immédiatement. Il ne le fait que neuf jours plus tard. Le temps d’accueillir le jeune homme, de le fêter, de le recevoir à sa table. En le tuant, il aurait à son tour manqué aux lois sacrées de l’hospitalité, si chères à Zeus/Jupiter. Il charge donc Bellérophon de tuer la Chimère, fille d’Echidna non moins redoutable que sa mère.
Le mécanisme est constant : le beau héros attire la concupiscence d’une reine, la dédaigne, est victime de sa fureur et envoyé se faire tuer ailleurs par son époux. Mais son destin n’est-il pas de surmonter toutes les épreuves ?
Bellérophon, le porteur de dards, n’échappe pas à la règle. Après avoir vaincu la Chimère, il lui sera instamment demandé d’aller se battre contre les adversaires du roi, les féroces Solymes, puis contre les Amazones.
Iobatès, finalement, sera informé de la fourberie de sa fille et, pour se faire pardonner, il donnera à Bellérophon la main de son autre fille, Philoné, et une partie du trône de Lycie. Homère nous dit : « Alors, quand le roi reconnut qu’il était le bon rejeton d’un dieu, il le retint en son pays, lui donna sa fille, lui accorda la moitié de tous les honneurs royaux ».
Bellérophon eut trois enfants de sa femme, dont une fille qui « coucha avec Jupiter le prudent et enfanta Sarpédon, rival des dieux, casqué de bronze » tué plus tard par Patrocle pendant la guerre de Troie. Jupiter, de fureur, fit tomber une pluie de sang. Apollon parfuma le corps du héros, le confia à Sommeil et à Mort, et le fit porter en Lycie au pied du trône de Jupiter. Homère nous conte que Bellérophon « encourut la haine des dieux ». Hélas, Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre.
Pourquoi Bellérophon, lavé de tout soupçon, heureux époux, ne se contente-t-il pas de son sort ? Pourquoi se laisse-t-il griser par ses succès? Pourquoi veut-il, sur le dos de Pégase, voler jusqu’à l’Olympe, sans doute y prendre place et y devenir immortel ? Plus haute l’ambition, plus terrible la chute… Devant cet accès soudain de mégalomanie, Jupiter le désarçonne, garde Pégase comme monture, certains disent comme bête de trait qui portera les armes favorites du maître de l’Olympe, les éclairs, le tonnerre, la foudre, et fait tomber Bellérophon dans un buisson épineux. Il ne s’en relèvera qu’aveugle, boiteux, maudit et solitaire à jamais. « Il erra seul, rongeant son cœur, évitant les traces des hommes. Isandros son fils, Arès/Mars l’insatiable de guerre le tua tandis qu’il luttait contre les Solymes glorieux. Irritée contre Laodamie, Artémis aux rênes d’or la tua. « Hippocholos, lui, m’a engendré ; de lui je prétends être né ». Ainsi parlera Glaucos, le fils d’Hippocholos, dernier descendant de Bellérophon.
Triste fin pour un héros qui est monté plus haut que les autres… trop haut sans doute et y ayant pris goût, ayant oublié, comme le disait Montaigne « qu’au plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ! ». Pégase a refusé de l’amener jusque chez les dieux. Désormais, il est perdu, il erre jusqu’à la fin « dévorant son âme ».
Pourtant, le guerrier Bellérophon chevauchant le cheval ailé Pégase fut adopté comme insigne par les régiments parachutistes du Royaume-Uni en 1941. L’image symbolisait clairement un guerrier arrivant du ciel et la même tactique fut employée par les soldats. L’insigne carré représentait Bellérophon et Pégase en bleu lumineux sur un fond bordeaux. Il fut dessiné par la célèbre romancière anglaise Daphné du Maurier, qui était mariée à un commandant des parachutistes anglais. Plus tard, le fond bordeaux fut reprit par la 6th Airborne Division en même temps que leur fameux béret pendant l’été 1942. Pendant la nuit du 5 ou 6 juin 1944, la 6th Airborne Division captura tous les objectifs clés avant l’assaut marin, y compris toutes les côtes et un pont près du canal de Caen, à côté d’Ouistreham. En souvenir de leur courage, ce pont est désormais connu sous le nom de Pegasus Bridge.

Bibliographie : Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont
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Une tourterelle, symbole de la fidélité conjugale dans la tradition chrétienne…
le chantre de l’amour
qui vole en couple et qui est, pour les Chinois, symbole de fidélité et de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, ils opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité des oiseaux bavards.
de la glycine.


ou le nard



des tableaux,
des oiseaux peints
des meubles Louis XV
comme un dos d’âne…
