DANS LE BESTIAIRE DU CAPRICORNE… LA CHEVRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-01-2012

De la chèvre vorace au bouc émissaire

Le couple chèvre/bouc, hautement symbolique dans les traditions anciennes, semble s’être appauvri, ou c’est chargé de connotations neutres ou négatives avec le temps, surtout sous l’impact du christianisme.  

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On ne la connaît maintenant guère que par son agilité, son goût de la liberté, d’une liberté primesautière, qui fait que le nom de chèvre « capris » a été donné au « caprice », et on a occulté son ancien symbolisme qui persiste encore dans les traditions populaires. Dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale en effet, la Chèvre est le déguisement zoomorphe le plus significatif dans le cycle des fêtes d’hiver. Maigres, lugubres, munies d’une longue tête en bois, les Schnabelgeissen « les chèvres au long bec », envahissent les rues des villages de Suisse centrale, à Ottenbach, dans les nuits qui précèdent Noël. Avec les claquements sinistres de leur gueule, et les hurlements qu’elles produisent, elles sont la terreur des âmes sensibles ou protectrices des hommes pendant ces nuits propres à la magie et aux mystères du solstice.

Cette tradition, qui a repris vie à partir des années cinquante, donne lieu actuellement à un événement qui dure tout le mois de décembre. Les chèvres sont embellies, et les cortèges se produisent désormais devant les auberges ou dans les maisons privées, avec des mimiques et des farces qui expriment peut-être une adaptation moderne, conforme aux besoins et aux mœurs de la société actuelle, d’une célébration ancienne.

La « Koza », la Chèvre, des différentes traditions slaves, est le personnage principal des déguisements rituels des sviatki, les douze « jours bénis ». C’est la chèvre qui mène les cortèges des chanteurs annonçant la bonne nouvelle de Noël, ou l’arrivée du Nouvel an. C’est toujours le plus agile, le plus futé, qui fait la Chèvre, revêtu de peaux de moutons retournées, de housses en drap blanc, le visage dissimulé par un masque découpé dans une peau de chèvre, ou sculpté en bois et muni d’une mâchoire intérieure mobile.

Loin d’être un pur amusement de la jeunesse, la Chèvre et son cortège manifestent la continuité, peut-être inconsciente, de conceptions archaïques. Dans la tradition lointaine de l’Inde, la chèvre, dont le nom signifie également « non-née », est le symbole de la substance primordiale non manifestée. Elle est la Mère du monde.

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Amalthée – Musée du Louvre

Dans la mythologie grecque ancienne, Zeus/Jupiter, le futur Père des hommes, tétait le lait de la chèvre Amalthée, qui fut par la suite transformée en déesse nourricière, en fille du Soleil, étoile de la constellation du Cocher, annonçant l’orage et la pluie. L’idée d’associer la chèvre à la manifestation du dieu est très ancienne. D’après Diodore de Sicile, des chèvres auraient guidé l’attention des hommes de Delphes vers le lieu où des fumées sortaient des entrailles de la terre. Prises de vertiges, elles dansaient. Intrigués par ces danses, des hommes comprirent le sens des vapeurs émanant de la terre : il leur fallait interpréter cette théophanie ; ils instituèrent un oracle.

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Constellation du Cocher

Enfin, chez les Grecs, la chèvre symbolise l’éclair et l’étoile de la Chèvre, dans la constellation du Cocher, annonce l’orage et la pluie. Alors que certaines peuplades de Chine mettent la chèvre en rapport avec le dieu de la foudre : la tête de la chèvre sacrifiée lui sert d’enclume. La même relation entre la foudre et la chèvre est attestée au Tibet. Elle figure en somme un instrument de l’activité céleste au bénéfice de la terre, et même plus précisément de l’agriculture et de l’élevage. Nous sommes bien dans le monde de Saturne. Notez aussi l’importance de Jupiter dans la symbolique du Capricorne. Voilà qui est tout à fait logique puisque le Capricorne est le lieu de chute de Jupiter.

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Jupiter en chute en Capricorne – Miniature in Liber Astrologiae XIIIe siècle – Palazzo di Sichelgaïta

Dans la Bible, Yahvé s’était manifesté à Moïse au mont Sinaï au milieu des éclairs et du tonnerre. En souvenir de cette manifestation, la couverture couvrant le tabernacle était composée de poils de chèvre : la foudre, c’est Jupiter, mais la chèvre c’est le Capricorne…

Un vêtement, nommé « cilicium », tissé de poils de chèvre, était porté par certains Romains, et par des Syriens, au moment de la prière, pour symboliser leur union avec la divinité. Chez les Chrétiens, le port ascétique du cilice prend le même sens, avec une intention de mortifier la chair par pénitence et de libérer ainsi l’âme vivifiée qui veut se donner pleinement à son Dieu. Ce qui n’est pas sans évoquer la robe de bure des moines.

Notons à ce propos que le mot « soufi » viendrait, selon la tradition la plus admise en Orient, de « souf », terme sous lequel on désigne le feutre de poil de chèvre dont était rituellement faite la robe des derviches de certaines confréries mystiques musulmanes particulièrement sévères dans leurs règlements intérieurs.

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Dionysos

Les Orphiques comparent l’âme initiée à un chevreau tombé dans le lait, c’est-à-dire vivant de la nourriture des néophytes, pour accéder à l’immortalité d’une vie divine. Dans les orgies dionysiaques, la peau des chevreaux égorgés revêtait les Bacchantes. Le chevreau désigne parfois Dionysos en transe mystique.

Dans la mythologie germanique, la chèvre Heidrun paît dans le feuillage du frêne sacré et son lait sert de nourriture providentielle aux guerriers du dieu Odin.

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La chèvre Heidrun – Manuscrit islandais du XVIIIe siècle

Dans le climat aride de la Méditerranée orientale, la chèvre, grande consommatrice de jeunes pousses, friande de verdure fraîche, est considérée comme la personnification même de la voracité, tandis que, dans le climat plus humide et tempéré des plaines russes et ukrainiennes, elle est un signe qui annonce, accélère et multiplie la production céréalière comme en témoigne un couplet chanté par la suite de la Chèvre :

Là où passe la Chèvre, pousse le blé.

A chaque coup de sa queue, voilà une gerbe toute prête,

A chaque coup de son pied, se dresse une fière moyette,

Chaque coup de ses cornes, c’est déjà une meule de faite,

Tantôt de ce côté-ci, tantôt de ce côté-là.

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Bouc

Le bouc, symbole de la puissance génésique, de la fécondité et de la force vitale, est l’animal indissociable des pulsions sexuelles, à la libido insatiable, en langage psy. Pourtant, le bouc est à l’origine de la tragédie et du théâtre, si l’on songe au mot « « tragos » qui signifie « bouc » en grec. C’est dans le contexte dionysiaque que les divinités mineures de la nature et de la fertilité : Silène, Pan, les Satyres, mi-boucs, mi-humains, sont passés des mimes, des gesticulations et des libertinages sexuels, propres aux cérémonies hivernales de la fécondité, aux compétitions et aux présentations théâtres d’une société en plein éveil culturel et spirituel : il s’agit de la société athénienne du Ve siècle avant Jésus-Christ qui a transformé le bouc fécondateur de terres en acteur de la fécondité de l’esprit.

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Pan et sa flûte

En frappant la sexualité de toute sorte d’interdits, on a attribué au bouc l’image même de la luxure : le bouc lascif, libidineux, de la tradition romaine, comme si la libido s’identifiait à la violence de la puissance sexuelle, aux débordements moraux. Dans cette perspective, achevée dans les traditions des sociétés médiévales, le bouc est l’animal puant, symbole d’abomination, signe de malédiction, personnification des démons dangereux, du Diable lui-même. C’est l’image qui déshonore son grand âge par des copulations effrénées. Le bouc, comme le balai, sert de monture aux sorcières dans leurs errances et il est présent lors des sabbats.

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La Befana italienne, sorcière à cheval sur son balai – Girouette

C’est le Satan à la tête de bouc des traditions chrétiennes qui remplace l’image positive de l’animal fécondateur des traditions anciennes. Pourtant, l’ampleur des tabous sexuels prévalant en Europe à la suite du Moyen Age n’a pas pu éliminer complètement les qualités positives du bouc, conservées dans plusieurs traditions populaires. Dans plusieurs villages du Sud-est européen, un bouc en pleine force est considéré comme protecteur se chargeant de tous les malheurs qui menacent la société. C’est un animal que l’on soigne, que l’on salue avec beaucoup de circonspection. Il n’est pas seulement le bouc fécondateur des chèvres mais aussi l’animal qui intercepte et canalise le mal hors des frontières de la commune. Dans cette perspective, l’utilisation largement répandue de peau et de cornes de caprins, pour la fabrication de masques et de costumes pendant les déguisements d’hivers et plus tard pour le carnaval, prend une toute autre perspective. Elle se rapproche de l‘usage du poil de chèvre, commun dans les traditions anciennes, pour la fabrication de vêtements rituels, qui protégeaient l’officiant contre le pouvoir surnaturel des théophanies, les « apparitions du dieu ».

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Masque satyrique de Silène

Dans les pratiques religieuses de plusieurs cultures, le bouc est, avec le Taureau, un animal par excellence sacrificiel. Mais la particularité du bouc est de servir aussi d’animal expiatoire des fautes, des impuretés, des péchés humains selon la loi de Moïse. Le bouc émissaire devient ainsi l’animal par excellence bénéfique à l’homme. Suivant le récit de la Bible, lors de la fête de l’Expiation, le grand prêtre recevait, en plus d’un bœuf, deux boucs. L’un, selon un tirage au sort, était immolé en l’honneur de Dieu ; les aspersions faites avec le sang des animaux assuraient la purification. L’autre, chargé symboliquement du poids des fautes du peuple, conduit dans le désert, retrouvait sa liberté. Ainsi se referme la bouche symbolique qui fait du couple chèvre/bouc des animaux bienfaiteurs de l’homme, et qui « chassent au loin les ténèbres », selon la tradition védique.

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Bibliographie :

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas                            

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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UNE FLEUR DE MAI… UNE FLEUR TAUREAU… L’AUBEPINE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 09-05-2011

Que l’on nomme aussi « poire d’oiseaux », « épine blanche », ou encore « bois de mai », « sennellier », et en Camargue « perrette ».

« Aubépine » est un mot féminin : on dit « une aubépine », qui vient du nom du latin « alba spina », « épine blanche », en raison de sa fleur blanche, du type de la rose, et des épines à la base. Son origine est européenne. Cependant, cette espèce est menacée de disparition en Europe, du fait d’une maladie appelée « feu bactérien » qui jaunit les feuilles. Une des plus vieilles aubépines de France est estimée millénaire. Elle se situe à Saint-Mars-sur-la-Futaie, dans le département de la Mayenne (53). Elle a une hauteur de 9 mètres. 

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Dans la mythologie romaine, l’aubépine était dédiée à Maïa, mère de Mercure (Hermès), fêtée en Mai. Mai était le mois de Maïa. Et en général, c’est en mai que fleurissent les aubépines. Mai est devenu le mois de Marie, la Vierge, par identification. Mai est le mois du renouveau.

Poètes et romanciers ont célébré l’aubépine qui forme des haies « comme une suite de chapelles qui disparaissent sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoirs » (Marcel Proust). En fait, d’un bout de l’Europe à l’autre, l’aubépine, « Crataegus oxyacantha », au bois dur et aux aiguillons courts mais piquants, est la plante protectrice des jeunes filles et des jeunes mariés.

A Athènes, dans l’Antiquité, chaque convive portait pour le repas de noces une branche d’aubépine, gage du bonheur et de la prospérité du jeune couple. A Rome, le marié conduisait la jeune femme dans la chambre nuptiale en agitant un rameau d’aubépine. L’importance de la plante dans les rites fut une tradition conservée très longtemps sous forme de flambeaux éclairant la chambre nuptiale tandis que l’on attachait ses branches au berceau des nouveau-nés pour les mettre à l’abri des maladies et des influences maléfiques.

L’aubépine est présente sous un aspect différent dans les traditions religieuses du Proche-Orient : le célèbre buisson ardent, « Crataegus pyracantha », près duquel Moïse eut son premier entretien avec Dieu sur le Mont Horeb, est de la même famille ; et, suivant les croyances chrétiennes, la couronne de la Passion était faite de branches d’aubépine. 

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Le buisson ardent de Moïse sur le Mont Horeb

Pendant le Moyen Age, l’aubépine a la réputation d’accroître la fidélité dans tous les domaines, de conserver la chasteté et de prolonger le célibat, vertus mises à l’épreuve par les longues absences des chevaliers partant pour de lointaines expéditions, puis pour les croisades. Avant leur départ, ils offraient à leurs dames des rameaux d’aubépine fleurie liés d’un ruban incarnat pour signifier l’espoir des retrouvailles et la pérennité de leur amour dans la chasteté. Même de nos jours, on croit ferme dans les campagnes que si l’on glisse un fagot d’aubépine sous le lit d’une femme, elle refusera les propositions de l’amant le plus habile.

Dans plusieurs régions d’Europe, on tresse des couronnes d’aubépine à l’intention des fées et des anges qui, au mois de mai, par les nuits de pleine lune, viennent danser autour de cet arbuste. On espère ainsi s’attirer leurs faveurs en échange de couronnes parfumées. De ses vertus magiques il n’en reste des traces qu’en Kabylie seulement, où les femmes croient que cette aubépine apaise les crises d’autorité du mari et lui adressent l’invocation suivante : « Les hommes t’ont appelée ‘‘aubépine ’’, moi je l’appelle ‘’le caïd qui commande’’ ; fais que mon mari ne me batte plus et change-le en âne à qui je ferai porter la paille… ».

Toutefois, en Normandie, aujourd’hui encore, on affirme que la foudre épargne l’aubépine, ou la maison qui en est ornée, car la foudre est l’œuvre du Diable et qu’elle ne peut frapper une plante qui a touché le front du fils de Dieu, croyance partagée par la Bretagne pour qui elle est l’arbre des sorcières et qui la complète par une vénération particulière pour le rouge-gorge, car dit-on, c’est en cassant avec son bec une épine de la couronne de Jésus qu’un peu de sang a taché sa poitrine.

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L’aubépine fait partie de la famille des rosacées. C’est un arbrisseau épineux  poussant dans les buissons, les bois, les haies. On la trouve dans toute l’Europe, ainsi qu’en Afrique du Nord. En France, elle est très répandue.

planche-de-laubepine1Si l’on passe maintenant aux propriétés thérapeutiques de l’aubépine, on constate qu’elles rivalisent avec ses pouvoirs magiques. Les Anciens l’utilisaient contre la goutte, la pleurésie. La science moderne a confirmé que ses composants chimiques sont effectivement antispasmodiques, calmants, diurétiques et surtout constituent un remarquable régulateur de la tension artérielle en même temps qu’un précieux tonicardiaque ayant d’excellents effets sédatifs sur le système cardio-vasculaire, dont les palpitations, l’angine de poitrine, les troubles circulatoires consécutifs, ou non, à la ménopause. D’ailleurs, bien avant qu’elle n’entre dans la pharmacopée classique, bien qu’elle existait déjà en homéopathie sous le nom de « crataegus oxyacantha », on avait qualifié l’aubépine de « valériane du cœur ». Sur le plan médical, l’aubépine est souveraine contre les palpitations, l’hypertension, les vertiges, les insomnies, les angoisses. Antispasmodique et calmante, la plante, utilisée comme panacée des troubles de la cinquantaine, est bénéfique aux hommes comme aux femmes. On peut aussi l’utiliser en gargarisme en cas d’angine, ou encore pour les soins du visage en cas de rougeurs et de couperose, en lotion ou en compresse : pour ½ litre d’eau, 20 grammes de fleurs et de fruits, laisser bouillir trois minutes.

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Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Nos grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont.

« Petit Rouge-Gorge de Bretagne » – Photo du Macaron – http://lesecritsdumacaron.hautetfort.com

 

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LEGUME OU FRUIT DU SOLEIL… LA POMME D’OR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 08-08-2009

Chez les Aztèques, c’était un « fruit charnu ». On l’appelait la « tomalt ». Elle était plutôt petite et jaune, très répandue au Mexique et au Pérou. C’est de là-bas que les conquistadors espagnols l’ont rapportée en Europe sous forme de petites graines, « la tomata ». Adoptée pour sa consommation dès le XVIIe siècle dans le sud de la France, la tomate a longtemps été, au nord de la Loire, considérée comme une plante d’ornement. C’est en 1790, pendant les fêtes de la Révolution, que les Marseillais l’ont fait goûter et découvrir aux Parisiens.

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La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, « Historia natural y moral de las Indias », par Robert Regnault. Le mot « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou  » pomme d’or ». Le nom de la tomate figure dans les « mots sans frontières » recensés par Sergio Corrêa da Costa. On le retrouve en effet dans de nombreuses langues avec de faibles variations phonétiques et orthographiques. On a ainsi dans les langues européennes : tomato en anglais, tomate en allemand, espagnol, français et portugais, tomat en danois, norvégien, suédois et estonien, tomaat en néerlandais, à l’exception notable de l’italien, pomodoro. Quoiqu’il en soit la tomate, dont l’appartenance à la famille des Solanacées avait été reconnue par les botanistes de la Renaissance, a été classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum avec comme nom binomial Solanum lycopersicum.

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La tomate est donc bien un légume solaire, le légume du Soleil, le légume du plein été, lorsque le Soleil est le plus haut dans le ciel et où nous ressentons le mieux les bienfaits de ses rayons et de sa chaleur… Ne dit-on pas « rouge comme une tomate » quand on a pris un coup de soleil. On le dit aussi d’ailleurs quand on rougit de confusion.

Cependant, comme on vient de le voir, en Italie la tomate est appelée « pomodoro », la « pomme d’or » et cet or est une autre référence au soleil et au signe du Lion, qui correspond au milieu de l’été, signe dont on dit que le Soleil y est en domicile.  Cette pomme d’or invite à s’interroger : et si la tomate avait été connue des dieux grecs, bien avant que nous ne la découvrions chez les Aztèques. Et voilà ce mythe de la pomme de la discorde nous fait douter… Ce serait donc une tomate qui serait à l’origine de la guerre de Troie ?

Pâris était l’un des plus jeunes fils du roi Priam et de la reine Hécube, les souverains de Troie. Il avait pour frère Hector qui trouvera la mort durant la guerre de Troie et, pour sœur, Cassandre, la voyante que personne ne croyait. Un peu avant de le mettre au monde, sa mère, la reine Hécube, rêva qu’elle donnait naissance à une torche qui incendiait et détruisait toute la ville, ou bien qu’un monstre aux cent bras mettait la cité en ruine. Un devin, Aesacos, fils que Priam avait eu de la nymphe Alexirrhoé, ou bien une Sybille, avertit Priam que ce rêve était de mauvais augure et que l’enfant devait mourir ; Priam confia alors le nouveau-né à un berger, Agélaos, qui l’abandonna sur le Mont Ida. Mais cinq jours plus tard, le berger le retrouva toujours vivant, car une ourse l’avait nourri ; il eut pitié de l’enfant et l’éleva comme son propre fils. Pâris devint un jeune homme d’une beauté frappante et, le moment venu, il se réconcilia avec sa famille. En effet, Priam avait envoyé des serviteurs dans la montagne pour rapporter un taureau destiné à être le prix des jeux funèbres donnés par le roi. Le taureau choisi était l’animal favori de Pâris, et ce dernier suivit les serviteurs, bien décidé à prendre part aux jeux et à reconquérir l’animal. En effet, il remporta de si belles victoires qu’il excita la jalousie des fils de Priam et lorsque Deïphobe tira l’épée contre lui, il chercha refuge à l’autel de Zeus dans la cour du palais. Cassandre l’aperçut et reconnut en lui le fils que Priam avait perdu ; Pâris fut alors accueilli, et la vision de la reine Hécube oubliée. Auparavant, Pâris avait épousé une nymphe, Oenoné, fille du fleuve Cébren, et continua à vivre avec elle sur le Mont Ida, en gardant les troupeaux de son père avec ses camarades.

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Les Noces de Thétis et de Pelée par Cornelis Van Haarlem (1593)

C’est là qu’Hermès (Mercure), sur l’ordre de Zeus (Jupiter), conduisit Pâris auprès d’Héra (Junon), Athéna (Minerve) et Aphrodite (Vénus) qui se disputaient la pomme d’or lancée par Eris (la Discorde) lors des noces de Thétis et de Pélée : le fruit portait l’inscription « à la plus belle ». Chacune des trois déesses essaya d’acheter le beau juge : Héra lui offrit l’empire de la terre toute entière ; Athéna, la victoire dans tous les combats et Aphrodite lui offrit la plus belle femme du monde. Ce fut cette dernière proposition qui convainquit Pâris et il accorda le prix à Aphrodite. Dès lors la déesse le protégea et fit en sorte qu’il rencontre Hélène, épouse de Ménélas le roi de Sparte en Grèce.

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Le jugement de Pâris – Miniature

Priam, sans doute sous l’influence d’Aphrodite, envoya Pâris le représenter auprès du roi de Sparte. <peut-être Pâris déclara-t-il qu’il avait l’intention de ramener Hélène avec lui, car la jeune femme était célèbre pour sa beauté et avait été demandée en mariage par tous les jeunes princes de Grèce. On racontait aussi qu’Hélénos et Cassandre avaient prédit à ce moment-là que le départ de Pâris apporterait la ruine de Troie. Oenoné, la compagne de Pâris, sentant qu’il allait l’abandonner, lui demanda de revenir près d’elle sur le Mont Ida s’il était blessé, qu’elle le soignerait grâce à ses connaissances en médecine.

Lorsque Pâris arriva à Sparte, Ménélas l’accueillit avec hospitalité tandis que sa femme Hélène tombait éperdument amoureuse de lui. Neuf jours plus tard, Ménélas dut se rendre aux funérailles de son grand-père Catrée, en Crète, et Pâris s’enfuit avec Hélène, emportant avec lui les trésors magnifiques des coffres de Ménélas.

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Hélène et Pâris – Musée du Louvre – DAVID (1788)

Les traditions diffèrent sur le temps que les deux amants mirent pour atteindre Troie. Quoi qu’il en soit,  quand il se fut révélé impossible de régler le différend par la voie diplomatique, une immense armée recrutée dans la plupart des royaumes et principautés de Grèce attaqua Troie sous le commandement suprême d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Notez au passage l’enchaînement des événements qui président à un destin et toujours à partir d’un fait qui semble bien anodin. Cette pomme d’or allait en effet être à l’origine d’une guerre longue et impitoyable et la chute de Troie.

Cette pomme d’or provenait du jardin des Hespérides, qui n’étaient pas encore ces résidences médicalisées pour personnes âgées dont on voit les publicités dans les journaux. Les Hespérides étaient les filles d’Atlas et d’Hespéris. Elles vivaient dans un jardin plein de pommes d’or mais dont l’entrée était gardée par un dragon. Héraclès (Hercule) triompha du dragon et s’empara du jardin avec toutes ces richesses. Le mythe évoque l’existence d’une sorte de Paradis, objet des désirs humains, et d’une possibilité d’immortalité, que symbolise les pommes d’or ; le dragon désigne les terribles difficultés d’accès à ce Paradis et Héraclès, le héros qui triomphe de tous les obstacles. L’ensemble est un des symboles de la lutte de l’homme pour parvenir à la spiritualisation qui lui assurera l’immortalité. Atlas, dit la légende, enseigna l’astronomie à Héraclès, le dragon donna son nom à une constellation et Héraclès fut identifié au Soleil. Maintenant, en ce qui concerne ces pommes d’or si le « pomodoro » italien évoque une tomate, il y en a qui affirme que la pomme d’or de la discorde provenant du jardin des Hespérides étaient une orange… Qui le saura jamais ?

Toutefois, on peut affirmer que le bonheur est dans la tomate… Savoureuse et pleine de qualités, très revitalisante, c’est une alliée de la minceur. Avec elle, on se sent bien. En effet, ce fruit-légume a des vertus thérapeutiques reconnues, comme nous l’ont confié nos grands-mères. Une compresse imbibée du jus d’une tomate fraîche soulage les piqûres d’insectes. Coupée en rondelles, une tomate peut aussi soigner un coup de soleil. Il semblerait que ceux qui en mangent beaucoup y soient moins sujets. Essayez-la aussi en masque sur les paupières pour calmer des yeux irrités.

De même la tomate est très bonne pour la peau, grâce à ses antioxydants : elle assainit et éclaircit le teint. Pour un bon nettoyage de peau, appliquez tous les trois ou quatre jours du jus de tomate ou de la pulpe de tomates fraîches sur le visage et les mains et rincez à l’eau. Tout comme la carotte, la tomate est très riche en lycopène, elle stimule le bronzage et l’effet bonne mine.

En Crète, la tomate est l’une des composantes de la fameuse diète méditerranéenne qui permet de vivre longtemps et en bonne santé. Dégustée crue, c’est en début de repas, ou comme coupe-faim, qu’elle est idéale. Très pauvre en calories, la tomate est très riche en eau, donc rafraîchissante et hydratante. Riche en vitamines C et en magnésium, on en mange à volonté pour chasser les toxines et la fatigue. Ses anti-oxydants contenus dans le lycopène font baisser les mauvaises graisses et l’hypertension.

Enfin, au jardin, le purin de tomate, obtenu par macération de feuilles et tiges dans l’eau, serait efficace pour prévenir ou éloigner certains insectes parasites, notamment les pucerons.

Avec son arôme, son odeur, sa fraîcheur en bouche, la tomate justifie le vieux dicton provençal : « C’est la sauce tomate qui fait la bonne viande ». Avec la tomate, le rouge est multiple. Dans la famille des tomates rouges classiques, les consommateurs préfèrent d’abord les biens rondes et les charnues très goûteuses, puis celle en grappes si proches de celles du jardin. Parmi les variétés les plus prisées, la grosse cœur de bœuf, charnue et ferme, plutôt acide et très parfumée. Elle est délicieuse, tout simplement revenue à la poêle ou crue, marinée à l’huile d’olive et au jus de citron.

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Ludiques et raffinées, les grappes de petites tomates cerise avec leur léger goût sucré sont exquises à l’heure de l’apéritif ou en pique-nique. On peut aussi les confire ou les plonger dans un caramel croquant en mini pommes d’amour. Dès le mois de juin, la Marmande ronde, fruitée et généreuse, est idéalement équilibrée entre sucré et acide, chair et jus. Résultat : c’est la reine des tartares de tomates et des tomates farcies. Quant à la Roma, à la forme allongée, très ferme mais sucrée et peu juteuse, est encore meilleure à la cuisson, favorite de toutes les sauces italiennes, des soupes et des ratatouilles.

Comme officiellement il existe 14 000 variétés de tomates, il ne faut pas hésiter à goûter des raretés souvent hautes en couleurs, découvertes au hasard de petits maraîchers passionnés. Et revoilà les pommes d’or du jardin des Hespérides avec ces tomates jaunes, moelleuses et douces, les oranges juteuses et très fruitées, idéales pour les salades inventives . Pour les sauces et les potages, les tomates foncées, presque noires, ont une saveur riche avec un goût généreux et prononcé. Pour les vrais amateurs, les roses, délicates, subtilement aromatiques, s’expriment naturellement avec quelques cristaux de fleur de sel. Les zébrées se dégustent tout simplement crues, avec un filet d’huile d’olive. En fin de saison, on trouve les tomates vertes, charnues et sucrées, cuites en confitures, relevées d’une gousse de vanille et de citron.

Histoire de la tomate à travers les siècles

Elle fut introduite en Europe, au début du XVIe siècle par les Espagnols, d’abord en Espagne, puis en Italie, par Naples, alors possession de la couronne espagnole. Initialement considérée comme plante ornementale, elle est cultivée depuis le XVIIIe siècle pour son fruit, consommé comme légume. La première mention de la tomate dans la littérature européenne apparaît dans un ouvrage publié pour la première fois en 1544, les « Comentari » de Pietro Andrea Mattioli, botaniste et médecin italien, qui en donne une description sommaire au chapitre consacré aux mandragores et l’appelle « pomi d’oro » « mala aureo » : pomme d’or. La plante étant de la même famille que la belladone, ses fruits n’étaient pas considérés comme comestibles, mais utiles en médecine.

En Grande-Bretagne, John Gerard, botaniste et chirurgien anglais, fut le premier à cultiver la tomate dans les années 1590. Il représenta la plante qu’il considérait comme vénéneuse, y compris le fruit, dans son herbier « The Her all or General Historie of Plantes ». Son avis négatif prévalut en Grand-Bretagne et dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord pendant encore deux siècles.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs » : « Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grâce, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer ».

En France, à la fin du XVIIIe siècle, les qualités culinaires du fruit de la tomate sont mises en avant dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : « Le fruit de tomate étant mûr et d’un beau rouge, et il contient une pulpe fine, légère et très succulente, d’un goût aigrelet relevé et fort agréable, lorsque ce fruit est cuit dans le bouillon ou ans divers ragoûts. C’est ainsi qu’on le mange fort communément en Espagne et dans nos provinces méridionales, où on n’a jamais observé qu’il produisît de mauvais effets ». En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans « le Bon jardinier » en 1785. La diffusion de la tomate s’accéléra en France pendant la Révolution avec la montée des Provençaux à Paris pour la fête de la Fédération en 1790. Deux restaurants tenus par des Marseillais, les « Trois frères provençaux » et le « Bœuf à la mode » participèrent à la popularisation de la tomate dans la capitale.

Aux Etats-Unis, le président Jefferson qui avait séjourné en France de 1784 à 1789, fut au début du XIXe siècle un propagandiste de la tomate qu’il fit cultiver dans son domaine de Monticello en Virginie et entrer à la table présidentielle en 1806.

Les fêtes de la tomate

De nombreuses fêtes de la tomate sont organisées dans le monde, notamment aux États-Unis, en Europe et dans divers pays comme Israël, l’Argentine ou l’Australie. Ce sont souvent des « fêtes des plantes » axées sur la tomate et souvent d’autres légumes dans lesquelles sont présentées des fruits de nombreuses variétés, des concours des plus belles tomates, et qui sont l’occasion pour les passionnés d’échanger des semences ou de découvrir de nouvelles recettes.

En France, une « fête de la tomate et des légumes anciens » se tient depuis quelques années à la mi-septembre à Haverskerque (Nord). A Gunnedah (Nouvelles-Galles-du-Sud) en Australie, la « National Tomato Competition » organisée en janvier est un concours de la plus grosse tomate.

Celle qui est organisée chaque année en août à Buñol, commune espagnole de la province de Valence, la « Tomatina », se distingue par son caractère de bataille festive dans laquelle les seules munitions utilisées sont des tomates bien mûres. Une fête similaire, la « Gran Tomatina Colombiana », se déroule en Colombie dans la commune de Sutamarchán chaque année en juin depuis 2005.

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La Tomitina en Espagne

La Tomate dans l’art

Pablo Picasso peignit en août 1944 une série de neuf tableaux représentant un plant de tomate sur le rebord d’une fenêtre. Réalisées dans l’appartement de son ancienne compagne, Marie-Thérèse Walter et de sa fille Maya à Paris, où le peintre s’était réfugié pendant les combats pour la Libération de la capitale, ces peintures sont, selon Jean Sutherland Boggs, « une métaphore pittoresque et décorative de la nécessité pour l’être humain de survivre et prospérer même sous les contraintes de la guerre ».

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Picasso – Pied de tomate

En 1962, Andy Warhol produisit une œuvre intitulée « Campbell’s Soup Cans », constituée d’une série de 32 tableaux représentant une série de boîtes de soupes rouge et blanche de la société Campbell, au premier desquelles la soupe de tomate.

Les formes arrondies de la tomate ont inspiré en 1971 au designer finlandais Eero Aarnio le dessin du « fauteuil tomate » (tomato chair).

Dans un registre humoristique, Alphonse Allais intitula en 1882 un tableau abstrait uniformément rouge « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge ».

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Andy Warhol – Robe sauce tomate

Symbolisme et tomates

Chez les Bambaras, peuple d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Guinée), la tomate est un symbole de fécondité, et les couples doivent en manger avant de s’unir. La tomate est l’emblème, fruit ou légume officiel, de plusieurs États américains :

  • Arkansas (fruit et légume officiel), il s’agit d’une variété à fruits roses, la « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato »,
  • Louisiane (légume officiel), variété Creole tomato,
  • New-Jersey (légume officiel),
  • Ohio (fruit officiel),
  • Tenessee (fruit officiel).

        ·      En outre, le jus de tomate est la boisson officielle de l’Ohio.

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Le parti socialiste néerlandais a adopté comme symbole une tomate rouge qui figure dans son logo.

 

Fruit ou Légume

D’un point de vue botanique, la tomate est indiscutablement un fruit, puisqu’elle dérive, y compris ses graines, de la transformation de l’ovaire d’une plante à fleurs. Cependant, d’un point de vue culinaire, elle n’a pas le même goût sucré que les fruits consommés comme tels, le plus souvent à la fin du repas, et est généralement servie, comme légume, dans des préparations salées, en entrée ou en salade, ou en accompagnement du plat principal. L’origine de la controverse vient du fait que les tomates sont traitées comme des fruits dans les pratiques de conserve domestique. Les tomates ont en effet une acidité suffisante pour être préparées à l’eau plutôt que dans un stérilisateur à vapeur comme c’est le cas pour les « légumes ».

Cette controverse a eu des implications légales aux États-Unis. En 1887, des droits de douane appliqués aux légumes mais pas aux fruits ont fait du statut de la tomate un sujet d’importance au regard de la loi. La Cour suprême des États-Unis mit fin à la controverse le 10 mai 1893 en déclarant que la tomate était un légume, selon la définition populaire qui classe les légumes, généralement servis au cours du repas et non au dessert, en fonction de leur utilisation. La décision s’applique seulement à l’interprétation du tarif douanier du 3 mars 1883 et la Cour ne prétend pas reclasser la tomate pour d’autres considérations que celles relatives au paiement de taxes douanières.

La tomate a été choisie comme légume-emblème officiel par l’État du New Jersey. L’Arkansas en revanche n’a pas tranché entre fruit et légume en faisant de la variété « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato » à la fois le fruit-emblème et le légume-emblème de l’État, dans une décision unique citant ses usages culinaires et la classification botanique. En 2006, la chambre des représentants de l’Ohio adopta une loi qui devait déclarer la tomate comme le fruit-emblème de l’État, mais elle ne fut pas ratifiée par le Sénat et il fallu attendre avril 2009 pour qu’une nouvelle loi fasse de la tomate le fruit officiel de l’Ohio. Le jus de tomate est depuis 1965 la boisson officielle de l’Ohio. A.W. Livingston, originaire de Reynoldsburg (Ohio), a joué un grand rôle dans la popularisation de la tomate vers la fin des années 1800.

Du fait de la définition scientifique du fruit, la tomate reste considérée comme un fruit aux États-Unis dès lors qu’il ne s’agit pas de questions douanières. Ce n’est d’ailleurs pas le seul fruit botanique consommé comme légume : l’aubergine, le concombre et les courges de toutes sortes partagent la même ambiguïté.

Tomates et records

L’immense pied de tomate qui pousse dans les serres expérimentales du parc Disney d’Orlando en Floride est probablement le plus grand du monde. La plante a été reconnue par le Livre Guinness des records pour sa production de 32 000 tomates d’un poids total de 522 kg. Elle produit des milliers de tomates en même temps sur un seul pied. Yong Huang, directeur de science agricole à Epcot, a découvert ce plant unique à Pékin (Chine). Huang en rapporta des graines à Epcot et fit construire une serre spécialisée. Les tomates, qui ont la taille d’une balle de golf, sont servies dans les restaurants du parc Disney. Les visiteurs peuvent voir ce pied de tomate record en empruntant le parcours en bateau Living with the Land du parc d’Epcot.

La plus grosse tomate jamais récoltée pesait 3,51 kg. Cette tomate de la variété ‘Delicious’ fut cueillie aux États-Unis en 1986 dans sa serre à Edmond (Oklahoma) par un certain Gordon Graham.

On qualifie plutôt la tomate de légume car c’est une plante potagère qu’on utilise en quantité généreuse dans des plats plutôt salés. Pourtant, du point de vue botanique, c’est un fruit. Sur la planète, elle tient une place de choix dans notre alimentation. C’‘est d’ailleurs l’un des légumes parmi les plus consommés en France. Avec près de 15 kg par personne et par an, elle arrive en seconde position derrière la pomme de terre. Si les consommateurs la dégustent crue, en salade ou à la croque au sel, et beaucoup en jus, ils l’apprécient tout autant quand elle est farcie, confite, en sauce ou simplement sautée à la poêle. Certains en font même des confitures.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant  - Collection Bouquin –  Editions Robert Laffont/Jupiter

Dictionnaire de la Mythologie - Michael Grant et John Hazel – Editions Marabout

 

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