DANS L’HERBIER DU SAGITTAIRE… LA SAUGE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 15-12-2013

C’est sans conteste la reine des plantes médicinales comme la rose est celle des fleurs d’agrément. Son nom est déjà une sorte de diplôme d’efficacité puisque « salvia » vient du latin « salvare » qui signifie « sauver », « guérir » ; mais elle a aussi à son actif le plus beau palmarès de citations à l’ordre de la santé qu’on puisse imaginer.

Pour les Romains, elle était « l’herbe sacrée » qui se récoltait avec un cérémonial spécial, sans l’intervention d’outils de fer, mais avec de l’or, car on sait maintenant que les sels de fer sont une substance incompatible avec la sauge. Il fallait même porter « une tunique blanche, avec les pieds nus et bien lavés », après avoir sacrifié au préalable avec du pain et du vin. Les Romains étaient persuadés que non seulement la sauge protégeait la vie mais qu’elle aidait à la donner. « Elle retient ce qui est conçu et le vivifie », disaient-ils, en foi de quoi ils la conseillaient aux femmes enceintes et à celles qui souhaitaient le devenir. Elles devaient demeurer quatre jours sans partager la couche conjugale, boire une bonne ration de jus de sauge, puis « habiter charnellement avec l’homme » et, infailliblement, elles pouvaient concevoir. A l’appui de cette recette est cité le cas d’une ville d’Egypte où les femmes furent contraintes « par ceux qui restèrent d’une grande peste qui y advint » d’ingurgiter la même potion et « par ce moyen ladite ville fut incontinent repeuplée d’enfants ».

FLEUR DE SAUGE

La belle couleur pourpre de la sauge qui orne les plates-bandes

Pendant tout le Moyen Age, elle entrait obligatoirement dans la composition des préparations aux noms évocateurs qui tenaient la vedette en pharmacopée : Eaux d’arquebusade, Eau céleste, Eau impériale, etc. et un axiome proclame : « Pourquoi mourrait-on lorsqu’on cultive la sauge, si ce n’est qu’aucune plante des jardins n’est assez forte contre la mort ». Il faut en effet savoir que les effets dus à son huile essentielle et la présence d’un œstrogène avaient déjà été observés aussi bien par les Romains que les Egyptiens. Pendant tout le Moyen Age, la sauge va rester une plante primordiale entrant dans de très nombreuses préparations.

Plus tard encore, les traités médicaux lui accorderont une place considérable. On y lit des phrases comme celles-ci : « Le désir de la sauge est de rendre l’homme immortel », ou bien « elle a tant de vertus qu’elle passe dans l’esprit de plusieurs pour une plante universelle et propre à tous les maux » ; et certains d’entre eux publient cette recette de la dernière chance : « Lorsqu’un bébé, abandonné du médecin, est perdu et que personne ne comprend la maladie qui va l’emporter, préparer une décoction de sauge et la lui faire prendre par petites cuillerées toutes les cinq minutes ; on assistera à la résurrection de l’enfant ». Enfin, plus près de nous, l’abbé Kneipp fait cette recommandation : « Aucun propriétaire de jardin n’oubliera, en le cultivant, d’y planter un pied de sauge ». En effet, la sauge ne pousse pas spontanément dans nos régions comme en Europe méridionale qui est sa zone d’origine, mais elle s’y acclimate fort bien et constitue un élément décoratif d’autant plus appréciable que ses feuilles persistent pendant l’hiver.

sauge

Pied de sauge au feuillage persistant

La sauge est originaire du pourtour méditerranéen. C’est un sous-arbuste qui fut introduit en Europe de l’Est et du Nord au Moyen Age, puis en Amérique au XVIIe siècle. On la cultive commercialement en Albanie, dans l’ex-Yougoslavie, en Turquie, en Grèce, en Italie, en France, en Angleterre et en Amérique. Elle affectionne les sites bien ensoleillés et les sols bien drainés.

La sauge officinale, salvia officinalis, fait partie de la famille des Lamiacées, souvent cultivée dans les jardins comme plante condimentaire et officinale, ou tout simplement pour la beauté de son feuillage et de ses fleurs. On l’appelle aussi « herbe sacrée », « thé d’Europe », « thé de Provence », « salel », « sauge franche ».

Cette plante sacrée qui sauve et qui protège, cette plante qui soigne, est bien en rapport avec le signe soignant et guérisseur qu’est le Sagittaire, sous la protection de Jupiter. A tel point qu’un dicton populaire affirme encore « qui a de la sauge dans son jardin, n’a pas besoin de médecin ». Ces feuilles séchées étaient un condiment employé depuis l’Antiquité et restent utilisées dans la pharmacopée moderne. En Palestine, cette plante reste quotidiennement utilisée car elle y sert à parfumer le thé.

 SALVIA OFFICINALIS - PLANCHE BOTANIQUE

Salvia officinalis – Planche botanique

La sauge était considérée comme une des plantes salvatrices du Moyen Age. Elle était également reconnue par les Chinois. Ces derniers n’hésitaient pas à échanger leurs feuilles de thé les plus précieuses contre les feuilles de sauge. Ils étaient d’ailleurs étonnés de voir les Européens venir chercher du thé dans leur pays alors qu’ils possédaient chez eux la sauge et, à cette époque de troc commercial, ils allèrent jusqu’à donner deux caisses de leur thé contre une de notre sauge. Louis XV en avait même fait sa tisane d’élection et en servait à tout propos. Avant lui, les Grecs, les Romains et les Arabes l’employaient communément comme tonique et en compresses contre les morsures de serpent. Au XVIe siècle le botaniste Jacob Tabernae-Montanus racontait que les femmes égyptiennes avaient l’habitude de boire du jus de sauge pour accroître leur fertilité.

Au XVIIIe siècle, on roulait des feuilles de sauge comme des cigarettes. Tous les asthmatiques se mettaient à fumer de la sauge dès l’apparition du premier pollen printanier. La plante était même associée à la longévité et même à l’immortalité. Certains groupes d’Amérindiens mélangeaient la sauge avec de la graisse d’ours pour guérir les problèmes de peau. On a aussi utilisé la sauge pour traiter les verrues.

Dans l’ère préhispanique et depuis l’Antiquité, les Aztèques, et avant eux les Mayas, ont cultivé une variété locale de sauge, le « chia » ou « salvia hispanica » qui a donné son nom à l’Etat mexicain du Chiapas. Les graines de chia constituaient alors la troisième source alimentaire végétale après les variétés de maïs et de blé. La culture de « chia » a ensuite presque disparu pour ne subsister qu’à l’état sauvage, pour des raisons politiques et religieuses, car la graine servait aussi de monnaie d’échange et dans des offrandes rituelles. On redécouvre aujourd’hui ses vertus en matière de nutrition, car sa petite graine ovale ou ronde, d’environ 1 mm de diamètre, généralement grise, mêlée de taches noires ou blanches, qu’on peut consommer de la même façon que le riz ou la semoule de blé, est très riche en acides gras polyinsaturés « cis », dont plus de 60 % d’oméga 3, et pratiquement exempte de tout composé toxique ou phyto-hormonal.

Par ailleurs, certaines espèces de sauges, en particulier la Salvia divinorum ou « sauge divinatoire », connue localement sous des noms divers comme « hosjas de la pastora » ou « yerba de Maria » possèdent des effets hallucinogènes qui sont encore employées dans des rites chamaniques de certaines tribus d’Indiens d’Amérique ou comme psychotrope.

ESCALOPINES DE VEAU A LA SAUGE AU JAMBON DE PARME

Escalopines de veau à la sauge et au jambon de Parme

Enfin, la sauge est également utilisée comme herbe aromatique dans des préparations comme « l’aiga bolhida ». Son goût est puissant, légèrement amer et camphré. Elle se marie bien avec le porc « arista » ou carré de porc rôti, les plats à base de volailles, mais aussi avec des pommes de terre et autres féculents. Dans les pays méridionaux, on larde de feuilles de sauge fraîche les rôtis de porc ou de veau. Ils ont ainsi une saveur exquise et sont plus légers à l’estomac. Voilà qui explique la place de la sauge parmi les condiments : elle empêche la putréfaction en luttant contre la toxine redoutable qu’est la cadavérine. Cependant « dans ce grand opéra qu’est la cuisine, la sauge représente une diva susceptible et capricieuse. Elle exige de demeurer seule ou presque en scène »… Cordons-bleus, ne commettez pas l’erreur de l’associer à d’autres plantes aromatiques telles que le persil ou le cerfeuil qui nuiraient à la pureté de sa note culinaire. Il est également recommandé de mâcher une feuille ou deux avant de déguster un mets qu’on aime mais dont on redoute les effets ultérieurs, comme par exemple des sardines à l’huile, ainsi votre régal ne comportera aucune suite désagréable.

SAUGE DE JERUSALEM

La sauge de Jérusalem

Il faut également savoir que la « sauge de Jérusalem » au nom savant de « Phlomis fruticosa » ne fait pas partie du genre « Salvia » malgré un aspect visuel comparable, surtout au niveau des feuilles. De même pour le « Teucrium scorodonia » qu’on appelle « sauge des bois ».

La sauge médicinale est un antiseptique, un antispasmodique, un antisudorale, une plante apéritive, bactéricide, calmante, céphalique, coronarienne, digestive, énergétique. Elle enraye la montée de lait, diurétique léger, emménagogue, fébrifuge, laxative, fluidifiant sanguin, tonique, elle stimule la mémoire. Par son action ostrogénique, la sauge est un régulateur hormonal qui agit sur la sphère urogénitale féminine.

La sauge a traversé les siècles et les continents aussi bien comme aliment que comme médicament. Ses propriétés souveraines pour favoriser la digestion et traiter les infections des muqueuses étaient déjà connues des pharaons, et des Grecs de l’Antiquité. Ce même usage médicinal fait également partie de la médecine ayurvédique en Inde, qui utilise à cet effet quelques espèces locales de sauge. Quant à Pline l’Ancien, il affirmait que la sauge pouvait améliorer la mémoire.

A l’époque des grandes épidémies de peste en Europe, la sauge fut l’un des composants du célèbre « vinaigre des quatre voleurs » réputé protéger contre cette maladie. Elle est, encore de nos jours, souvent associée à d’autres plantes pour la préparation de divers remèdes : sirops, décoctions, infusions et pommades.

BOUQUET DE SAUGE

Bibliographie

Nos grand-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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