ORIGINE ASTRONOMIQUE DES EXPRESSIONS POPULAIRES

(6.1 - Etymologie) par sylvietribut le 14-10-2009

Bien que peu utilisée, vous connaissez sans doute l’expression « être ravi au septième ciel », mais savez vous exactement de quoi il en retourne ?

Les astronomes-astrologues, les scientifiques de l’époque, avaient organisé l’univers à leur convenance, ou plutôt du mieux qu’ils le pouvaient. Ils avaient placé la Terre au centre du monde, et le reste autour, avec une logique parfaitement simple dont il faut bien reconnaître que tout concourait à l’étayer, les textes religieux comme l’observation directe.

Pour le mouvement des astres et le logement des dieux, ils avaient inventé un système de sphères de cristal, absolument transparentes et concentriques, qui tournaient autour de la Terre harmonieusement, chacune portant sa planète dans une joyeuse et discrète musique sidérale.

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Chaque sphère était un ciel. Il y avait donc sept ciels, superposés, un par planète, dans l’ordre exact de leur distances ; le ciel de la Lune d’abord, la plus près… le ciel de Mercure… de Vénus… puis celui du Soleil, « Le Soleil est de trois épicycles, c’est-à-dire ou estages, au-dessus de la Lune », expliquait A. Paré. Venaient ensuite le ciel de Mars, de Jupiter et de Saturne. Au-delà était une dernière sphère, plus solide, qui portait toutes les étoiles ensemble, et qu’on appelait le firmament ou bien encore empyrée. Derrière cet ultime écran se tenait Dieu, en majesté, coiffant l’ensemble depuis qu’il avait séparé par cette enveloppe, le premier jour de sa création, les eaux d’en bas d’avec les eaux d’en haut.

« Etre ravi au ciel » était littéralement être arraché au sol, soit par la main divine comme le fut saint Paul, soit dans un immense transport de joie. On pouvait monter plus ou moins haut naturellement, selon l’intensité du plaisir. On a beaucoup parlé, d’abord d’être « ravi au troisième ciel », parce que c’était celui de Vénus, déesse de l’Amour.

« Il est ravy trop plus hault qu’aux tiers cieulx

Et prend pour soy toujours la chose aux mieulx »

 

dit Alain Chartier au XVe siècle. Depuis il y a eu de l’escalade et la jouissance extrême vous transporte carrément au septième ciel !

C’était bien confortable, cette Terre logée au chaud, tranquille, protégée au milieu de ses globes rassurants, comme une matrice, avec Dieu tout autour, noyant le tout dans sa grande pisse, les « eaux d’en haut »… On peut juger si Copernic le chanoine et après lui Képler et Galilée firent une fâcheuse impression au XVIe siècle, avec leur théorie nouvelle ! On comprend que ces astronomes qui venaient mettre en morceaux ces jolies sphères de cristal millénaires aient été reçus comme des bœufs dans un magasin de porcelaine.

On n’en voulait pas du système d’orbites mathématiques, dans lequel la Terre n’était plus le centre de rien, tournant toute seule sur elle-même, comme une vieille folle courant après son soleil perdu dans les immensités galactiques. Ce fut de l’humanité le premier veuvage, ce firmament réduit en miettes, en étoiles froides du diable vauvert. Il faut comprendre les Anciens : il ne leur restait que la lune pour pleurer… Alors, ils gardèrent dans le langage les « cieux », tout de même au pluriel, et ce septième ciel des ravissements.

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Bibliographie : La puce à l’oreille – Anthologie des expressions populaires avec leur origine – Claude Duneton – Le Livre de Poche

 

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LA BALANCE : UNE HISTOIRE DE COUPLE

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 25-09-2009

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 Son graphisme                

 La Balance ouvre un second cycle zodiacal. Son graphisme est double, comme celui du Cancer qui ouvrait le cycle précédent. A la différence du Cancer, les deux traits sont horizontaux. Le trait inférieur représente un principe matériel, le trait supérieur, un principe spirituel. Les deux plateaux et le fléau président à la destinée de l’homme qui doit harmoniser ces deux tendances pour trouver son équilibre. Le graphisme de la Balance rappelle celui du signe mathématique  » à peu près égal.

A l’origine le signe de la Balance faisait partie de la constellation du  Cancer et ce sont les pinces du Cancer qui forment maintenant les plateaux de la Balance. Septième signe du Zodiaque, la Balance représente l’ouverture de la personnalité sur le monde extérieur : une promesse de l’Autre. N’est pas Balance qui s’imagine seul.

La Balance, c’est comme la hifi, un problème de répartition des énergies. En réalité quand le Soleil est en Balance, la durée des jours est sensiblement égale à la durée des nuits. La Balance est ainsi un signe d’indifférence et de justice : équilibre délicat de la sensibilité et de la raison, du jugement et de la décision. 

La Balance est connue en tant que symbole de la justice, de la mesure, de la prudence, de l’équilibre parce que sa fonction correspond précisément à la pesée des actes. Associée à l’épée, la Balance est doublée de la vérité.

 

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Avec la Balance, on aborde l’équinoxe d’automne. Les mouvements des plateaux de la balance, comme ceux du Soleil dans le cycle annuel, correspondent au poids relatif du yin et du yang, de l’obscur et de la lumière. La flèche, lorsque les plateaux sont en équilibre (équinoxe), ou l’épée qui s’identifie à elle, est le symbole de l’invariable milieu. L’axe polaire qui les représente aboutit à la Grande Ourse que la Chine ancienne nommait Balance de Jade. Parfois cependant les  deux plateaux de la balance céleste étaient figurés par la Grande et par la Petite Ourse.

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D’après le Livre des Morts égyptien, on imagine la psychotasie, une pesée des âmes : dans les plateaux de la balance, d’un côté un vase, signifiant le cœur du mort, et de l’autre la plume d’autruche signifiant la justice et la vérité.

La Balance symbolise la justice : le poids comparé des actes et des obligations. Elle est gouvernée par Vénus-Aphrodite : la beauté, l’harmonie, l’amour qui a inspiré nombre d’artistes.

       Ses mythes

La  Balance comme symbole de jugement n’est qu’une extension de l’acceptation de la justice divine. Dans l’Egypte ancienne, Osiris pesait les âmes des morts.

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Dans l’iconographie chrétienne, la balance est tenue par Saint Michel, l’archange du Jugement. Cette balance du Jugement est aussi évoquée dans le Coran.

Au Tibet, les plateaux de la balance destinée à la pesée des bonnes et des mauvaises actions des hommes sont respectivement chargées de cailloux blancs et de cailloux noirs.

En Perse, l’ange Rashnu, placé près de Mithra, pèse les esprits sur le pont du destin. Un vase grec représente Hermès pesant les âmes d’Achille et de Patrocle.

Recouvrant les notions de justice, de mesure et d’ordre, la Balance, chez les Grecs, est représentée par Thémis qui régit le monde selon une loi universelle. D’après Hésiode, elle est fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaïa (la Terre) et donc de la matière et de l’esprit, du visible et de l’invisible. Elle apparaît dans l’Iliade  comme symbole du destin comme en témoigne le combat d’Achille et d’Hector.

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Thémis, la déesse de la Justice

La notion de destin entraînant celle du temps vécu, on comprendra que la Balance soit également l’emblème de Saturne ou de Chronos.

Mais c’est d’abord Vénus qui a son domicile dans le signe de la Balance. Vénus est née de l’écume de la mer qui s’amassa autour des organes génitaux d’Ouranos lorsque Saturne les jeta dans les flots. Ouranos est le dieu qui engendra le monde. Vénus est donc la fille du Ciel. Elle surgit nue, chevauchant une conque, dans une eau qui lui faisait miroir. Tous s’accordaient à dire qu’elle volait dans les airs, accompagnée de colombes et de moineaux.  

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Botticelli – La naissance de Vénus – Galerie des Offices à Florence

Les Parques avaient assigné à Vénus un unique devoir divin : aimer. Elle portait une ceinture magique qui rendait tout le monde amoureux d’elle, mais elle ne la prêtait pas facilement aux autres déesses. Elle avait une conduite assez légère, elle eut beaucoup d’amants : Mars, Dionysos, Poséidon, Hermès, Anchise, Adonis.

Autre mythe Balance, c’est la légende de Psyché qui l’illustre : cette histoire de la conquête de l’amour d’Eros par la belle Psyché, à travers toute une série d’épreuves. C’est encore Orphée qui perdit son Eurydice.

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Orphée et Eurydice

C’est Antéros, fils de Mars et de Vénus, enfant de l’amour, enfant d’un couple adultère et passionné. C’est Pyrame et Thysbé, ou la première version de Roméo et Juliette.

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C’est ce vieux couple, Philémon et Baucis, qui ne désirent qu’une chose ne pas connaître la douleur d’être le survivant de l’autre. Jupiter et Mercure exauceront leurs vœux, ils seront changés en arbre à un seul tronc et seront à jamais tendrement enlacés.

Un autre mythe peut être retenu comme évocateur du signe, Pygmalion et Galatée, le sculpteur et sa statue.

 

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                                               Il Bronzino – Pygmalion et Galatée

          Sa psychologie

Signe Positif, c’est un signe d’extraversion. Mais parce que c’est le signe de l’équinoxe, la nature s’équilibre entre l’introversion et l’extraversion. Parfois, la personne penchera vers des valeurs intérieures. Introvertie, elle cherchera à faire profiter les autres de son équilibre interne. Sa nature se manifestera par un certain détachement pour elle-même, elle pourra être portée à la méditation. Soit, elle penchera vers des valeurs extérieures ; extravertie, elle se manifestera auprès des autres dans la spontanéité et l’appel de la vie. Mais quelque soit l’expression de son comportement, elle cherchera toujours le juste milieu pour la concorde et la paix.

Pesant le pour et le contre des idées, elle raisonne par intuition et marque une certaine indépendance d’esprit dans le secteur intellectuel. Quand le fléau est au point médian, chaque plateau a le même poids que l’autre : l’être sait se mettre à la place de l’autre pour le comprendre. La Balance, c’est l’intelligence du cœur.

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Signe Cardinal : la Balance inaugure une nouvelle saison, l’automne, comme le Bélier inaugure le printemps. Opposés sur le zodiaque, ils n’en sont pas moins complémentaires.

Le cercle zodiacal est une entité dont les parties ne s’excluent pas les unes les autres, bien au contraire, elles correspondent entre elles, n’étant chacune que l’application d’un même principe énergétique sous une forme symbolique différente. Chaque partie ne se comprend que par rapport aux autres, cela est d’autant plus éloquent entre deux signes dits opposés.

Cardinaux tous les deux car ils inaugurent une saison, ils sont animés par une même énergie qui est celle de l’élan ou d’un mouvement en avant :

– l’élément Feu se traduira chez le Bélier dans l’action : comme l’élan vers de nouvelles entreprises ;

– l’élément Air se traduira chez la Balance dans les échanges : comme l’élan vers de nouveaux contacts.

Aux valeurs d’engagement symbolisées par la tête chez le Bélier correspondent des valeurs d’équilibre, symbolisées par les reins, chez la Balance.

Le Feu et Mars poussent le Bélier vers des impulsivités qui peuvent être parfois brutales, l’Air et Vénus donnent à la Balance l’art des compensations harmonieuses. Leurs énergies polaires sont complémentaires et nécessaires au cycle de la vie : le Bélier fonce et rompt, la Balance rétablit l’équilibre rompu. 

L’Air est l’élément de la Balance : élément d’échanges, de mobilité et de diffusion. Il se particularise en Balance. Entre l’Air mutable des Gémeaux (le vent, les échanges par la pensée, le lien par la camaraderie) et l’Air fixe du Verseau (le ciel limpide de l’hiver : le lieu de l’âme, l’aboutissement fraternel) se situe l’Air cardinal de la Balance où l’être a plutôt tendance à juger au travers de ses sentiments.

L’Air de la  Balance ressemble à ce ciel où les nuages s’attirent les uns vers les autres, poussés par le vent d’automne : la Balance éprouve un irrésistible élan vers les autres qui peuvent influencer son orientation. Sa fonction psychologique principale est le sentiment. Elle peut manquer de sens discriminatoire, par une trop grande adaptation au groupe, au milieu dans lequel elle évolue. Ses émotions sont d’ordre esthétique, elles ne reposent pas sur un jugement rigoureux mais sur le beau ou le bien du moment.

La caractérologie en fait un primaire actif sanguin (si Vénus domine le thème) ou un nerveux (si Saturne est dominant) : suivant les cas, le sanguin sera extraverti, le nerveux sera introverti.

La partie du corps correspondant à la Balance sont les reins. Ce sont deux glandes qui, par l’élimination, assurent l’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur. 

Si la Balance était

Un animal, ce serait une biche biche-faon qui symbolise la qualité d’âme opposée à l’agressivité dominatrice… tourterelle-turque Une tourterelle, symbole de la fidélité conjugale dans la tradition chrétienne…  

 

Et si c’était un oiseau… Ce serait un rossignol, rossignol_philomele05le chantre de l’amour, mais aussi le martin-pêcheur martin-pecheur qui vole en couple et qui est, pour les Chinois, symbole de fidélité et de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, ils opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité des oiseaux bavards.  

Si c’était un arbre… palmier ce serait un palmier.  Une plante…  glycine de la glycine.

Une fleur… reseda_white_mignonette le réséda, le camélia camelia et bien sûr…          la rose rose-rouge et ses messages d’amour.

Si la Balance était un parfum, ce serait le jasmin jasmin ou le nard  le-nard qui entre dans la composition du Paradis où s’épanouit l’amour, comme l’évoque le Cantique des Pères de l’Eglise.

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 Si c’était un condiment… ce serait de l’estragon

 

Si c’était un métal… ce serait du cuivre pepite-de-cuivre  ou du platine pepites-de-platine

Sa saveur est suave.

Ses couleurs sont : le rose, le bleu pervenche, le vert Nil et le turquoise. 

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Sa pierre est le saphir bleu des bagues de fiançailles.

Et si c’était un instrument de musique… ce serait un violon violon2

Un objet de collection … des instruments anciens, merlante_base_santorini_nott des tableaux,  

des objets en écaille peigne-en-ecaille  des oiseaux peints oiseau-peint des meubles Louis XV  dos-dane-louis-xvcomme un dos d’âne…

 

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FEE… FATA… FATUM… FATALITE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-09-2009

De la Fée Bleue à la Fée Carabosse 

 

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Maîtresse de la magie, la fée symbolise les pouvoirs paranormaux de l’esprit ou les capacités prestigieuses de l’imagination. Elle opère les extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l’homme de construire en imagination les projets qu’il n’a pas pu réaliser. 

La fée irlandaise est par essence la « banshee », dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l’Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d’un oiseau, d’un cygne de préférence. Mais cette qualité n’a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l’élu de son cœur. La « banshee » est par définition un être doué de magie. Elle n’est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu’elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu’elle appelle et, quand elle s’éloigne provisoirement, l’élu tombe en langueur.

la-bansheeLa Banshee 

Shakespeare a merveilleusement montré avec la Reine Mab, l’ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière : 

« Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C’est l’accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu’une pierre d’agate

A l’index d’un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes…

… C’est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C’est la sorcière… »

 En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s’évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d’une illusion. Ils se situent dans l’évolution psychique parmi les processus de l’adaptation au réel et de l’acceptation de soi, avec ses limites personnelles. Ou on recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme. Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l’origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même « Fata », les Destinées, le prouve. D’après P. Grimal :

 « Les trois Parques étaient représentées sur le forum par trois statues.  Que l’on appelait couramment les trois fées, les tria fata ».

Elles portent encore aujourd’hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l’imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.  

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Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l’enroulent sur le rouet et le coupent, l’heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l’origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l’astrologie fera : évolution, culmination, involution.

Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d’un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendues propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants mort-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, au-delà des Parques et des Moires, remonter aux Kéres, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s’emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l’issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telles que nous venons de l’indiquer montre qu’elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l’histoire, selon un mécanisme ascensionnel, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d’une grotte, d’un abîme, d’une cheminée des fées, ou encore près d’un fleuve mugissant ou au bord d’une source ou d’une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu’elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s’épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l’hiver, temps de silence, de mort.

 

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Si l’on examine de très près légendes et contes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n’a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C’est le temps de rupture, où l’épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, parce que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu’en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu’elle n’apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. 

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Les Parques ou les Moires : C’étaient trois fileuses qui travaillaient jour et nuit. On les a représentées, parfois, comme d’affreuses vieilles, ailleurs elles sont belles et implacables. Leur nom venait du verbe latin « parcere », qui signifie « épargner ». Ce nom était ironique car elles n’épargnaient jamais personne ; ce qu’elles filaient ainsi sans trêve, c’était le fil de la vie humaine… Clotho tenait la quenouille, Lachésis le fuseau et la dernière, Atropos, donnait le coup de ciseau final… Par une extension facile à comprendre, la Parque signifie : la Destinée.

La symbolique du fuseau est d’ailleurs intéressante. Pour Platon, « le fuseau de la nécessité » représente la nécessité qui règne au cœur de l’univers. Le fuseau tourne d’un mouvement uniforme et entraîne la rotation de l’ensemble cosmique. Il indique une sorte d’automatisme dans le système planétaire : la loi de l’éternel retour. On peut à ce titre le rapprocher du symbolisme lunaire. Les filles de la Nécessité, les Moires, chantent avec les Sirènes, en faisant tourner les fuseaux : Lachésis pour le passé, Clotho est le présent, Atropos représente l’avenir. Elles règlent la vie de chaque être vivant à l’aide d’un fil que l’une file, que l’autre enroule, que la troisième coupe.

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Ce symbolisme indique le caractère irréductible du destin : sans pitié, les Parques filent et défilent le temps de la vie. Le double aspect de la vie se manifeste : la nécessité du mouvement, de la naissance à la mort, révèle la contingence des êtres. La nécessité de la mort réside dans la non-nécessité de la vie. Le fuseau, instrument et attribut des Parques, symbolisera la mort.

melusina1La fée Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C’est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montrent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu’elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait d’ailleurs en dire autant des manifestations de l’inconscient. 

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Mélusine est une fée bâtisseuse qui a laissé son empreinte dans maints et maints édifices religieux et civils du Poitou. Ayant infligé une punition à son père Mélusine est condamnée par sa mère à devenir serpent dès le nombril tous les samedis. Alors qu’elle erre dans la forêt non loin de Coulombiers, elle rencontre Raymondin. Elle consent à l’épouser, à la seule condition qu’il la laisse seule chaque samedi, sans chercher à connaître son occupation. Dix garçons, dont certains portent la marque de leur origine féérique, naissent de cette union. Mais, un samedi, rongé par la curiosité, Raymondin trahit son serment et découvre le secret de sa femme. C’est ainsi que Mélusine disparaît après avoir tournoyé dans le ciel de Lusignan. A l’image de leur mère légendaire, les seigneurs de Lusignan, rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, originaires du Poitou, se sont avérés être au Moyen Age des constructeurs notables de châteaux : une vingtaine de sites aurait été édifiée, fortifiée ou embellie par cette famille.

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Selon la légende, le château de Lusignan fut construit par Mélusine. La Fée bâtisseuse, transportant les pierres dans sa dorne et les assemblant de trois goulées d’air en trois nuits, aurait été aidée par des ouvriers tirés du néant pour la circonstance. Aujourd’hui, les vestiges de cette forteresse : la Tour de Mélusine et la Poterne, s’inscrivent au cœur d’un jardin à la française aménagé au XVIIIe siècle par l’Intendant du Poitou, Blossac. A l’intérieur d’une des anciennes parties du château, une exposition présente l’épopée tumultueuse du château et de ses seigneurs, au travers de leur mère légendaire.

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Les étranges métamorphoses de cette fée ne sont pas sans évoquer le Scorpion, alors que le secret qu’elle garde jalousement ainsi que cette vie double, comme son corps de sirène, font penser à la symbolique du signe des Poissons.

Avec Roussalka la sirène on reste dans l’univers aquatique. Dans le monde païen, la Roussalka avait le statut de déesse de la rivière, propriétaire de trésors et magicienne. Depuis la christianisation de la Russie, elle passe pour être plutôt mélancolique ainsi que  peu favorable aux humains. Suivant une croyance populaire, les Roussalki sont des nouveau-nés de sexe féminin, morts sans baptême ou encore des femmes noyées. Elles possèdent jeunesse et beauté éternelles. Le samedi précédant la Trinité, elles courent en tous sens dans les champs de seigle. A partir du jeudi suivant, la fête du Semik, elles résident dans les bois où leurs appels répétés égarent les voyageurs en chemin. Pendant la Roussalnaïa, huitième semaine après Pâques, et également la veille de la Saint-Jean, elles se montrent dangereuses et il est alors fort imprudent de se baigner.  

la-roussalkaDans une variante populaire du conte, la Roussalka est la nymphe des eaux, la fille favorite des esprits du lac. Toute sa vie, elle se désole de sa condition et, éprise d’un jeune prince, elle souhaite devenir femme pour pouvoir communiquer chaleur et amour humain. Elle confesse ce désir à son père qui se désespère, convaincu que cette métamorphose lui portera malheur. Mais, constatant son impuissance à la persuader de renoncer à ce désir, il lui conseille d’aller consulter la Jézi-Baba. Cette sorcière promet à la Roussalka de l’aider à prendre forme humaine, mais à deux conditions : ne jamais pouvoir parler à son prince, et, au cas où il la tromperait, être damnée. A son retour, son prince, qu’une mystérieuse force a fait venir à sa rencontre, la prend dans ses bras et la conduit au palais où sont réunis pour la noce un grand nombre d’invités. Bouleversé par la beauté silencieuse de la Roussalka, le jeune prince porte son regard sur une autre belle femme venue assister au mariage. Depuis, la Roussalka gémit sur son sort, et guette les hommes qui voyagent dans la forêt.

Cette belle légende fait penser à l’histoire de Lorelei ainsi qu’à celle de la petite sirène, mais ni l’une ni l’autre n’étaient des fées. La petite sirène a toutefois recourt à une sorcière car comme la Roussalka elle veut devenir une vraie femme pour conquérir le jeune prince qu’elle a sauvé de la noyade. Elle y perdra sa voix en perdant sa queue de sirène pour des jambes et une silhouette de rêve. La Roussalka inspira Antonin Dvorak qui l’immortalisa dans un opéra.

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La fée Viviane appartient à la célèbre légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, un ensemble de récits datant du Moyen Age. C’était la fille d’un seigneur de Bretagne, du château de Comper, au nord de la forêt de Brocéliande qui n’est autre que le nom mythique de l’actuelle forêt de Paimpont, au sud-ouest de Rennes, dans le Morbihan. C’est dans cette forêt que le roi Arthur somma aux chevaliers de trouver le Graal. Merlin l’Enchanteur, ami et conseiller du jeune roi, fût l’hôte privilégié de Brocéliande. Et c’est à la fontaine de Barenton qu’il rencontra Viviane pour la première fois… Qui de la fée ou du magicien enchanta l’autre ? A découvrir ou à redécouvrir… Mais avec Viviane apparaît là une autre fée des Eaux, on l’appelait d’ailleurs la Dame du Lac. Son histoire évoque assez le signe des Poissons.

La fée Morgane est une magicienne faisant elle aussi partie de la Légende du Roi Arthur. Elle est souvent représentée comme une adversaire du Roi, de sa femme Guenièvre, ainsi que des Chevaliers de la Table Ronde. C’est une disciple de la fée Viviane et Merlin est son maître.

la-fee-morgane1La fée Morgane peintre par John William Waterhouse

Elle est présentée comme une séductrice maléfique, mais aussi parfois comme un personnage positif incarnant un pouvoir féminin désapprouvé par la société médiévale. Le personnage de Morgane pourrait avoir une de ses sources dans la déesse Modron, inspirée de la Dea Matrona gauloise, telle qu’elle apparait dans la littérature galloise médiévale. Le nom de Morgane la lie peut-être aux morgan/morgen, fées des eaux, séductrices et dangereuses, du folklore britannique. La transcription de son nom en « morgue » la lie parfois à la Mort. Son histoire évoque le Scorpion et surtout Vénus en Scorpion, à moins que ce ne soit Lilith, la Lune Noire.

la-fee-clochette1La fée clochette est un personnage créé par J.M. Barrie dans son roman Peter Pan. Clochette est amoureuse de Peter Pan. Elle ne supporte pas que celui-ci porte son regard sur un sujet féminin, et encore moins qu’il s’y intéresse. Or Peter Pan, qui est un séducteur, passe son temps à essayer d’épater Wendy, ce qui énerve très profondément Clochette. James Barrie indique que comme toutes les fées, Clochette est parfois gentille, parfois méchante et elle est tellement petite qu’elle n’a de place que pour un seul sentiment à la fois. Cependant, Clochette est apte à jouer des tours. Elle est fragile et sensible, se déplace très rapidement et, grâce à sa poudre, elle permet à Peter, aux enfants Darling et aux Garçons Perdus de voler. Par son côté espiègle et sa manière de voler, elle n’est pas sans rappeler Mercure aux pieds ailés. C’est certainement une fée Gémeaux.

La fée bleue est un être magique. Ravissante jeune femme blonde capable d’apparaître par enchantement depuis une étoile, c’est elle qui donne vie au pantin de bois Pinocchio, après le souhait de Geppetto le menuisier qui a construit la marionnette d’avoir un vrai petit garçon. Elle confie au grillon Jiminy Cricket  le soin d’être la conscience de Pinocchio et de le guider vers le droit chemin. Pinocchio doit en échange prouver qu’il est toujours brave, loyal, franc et obéissant. Cette belle et bonne fée n’est pas sans évoquer la douce et belle Vénus. Alors que Jiminy Cricket s’apparenterait à Saturne.

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Toutefois, avant d’être le célèbre film de Disney, Pinocchio est un personnage de fiction, héros d’un conte de fées moderne, chef-d’œuvre universel de la littérature enfantine :  » Le aventure di Pinocchio ». Storia di un burattino » (Les aventures de Pinocchio, Histoire d’un pantin), d’un certain Carlo Collodi. En fait, Collodi est un village de Toscane, entre Pistoia et Lucca, qui servit de pseudonyme à un journaliste et écrivain italien qui s’appelait en fait Carlo Lorenzini. Ce bourg tout en longueur se termine par la grande villa Garzoni, reconstruite en 1600 sur les ruines d’un château médiéval. Dans le parc, tout en terrasse, on peut voir un monument représentant Pinocchio et la Fée Bleue. La villa Garzoni et son jardin dominent toute la vallée. La mère de Carlo Lorenzini travaillait là. C’était la fille du fermier de la villa et l’on dit que c’est dans la cuisine que Carlo Lorenzini, dit Collodi, commença le récit des aventures du fameux pantin. Carlo Collodi vécut entre 1826 et 1890.

villa-garzoniVilla Garzoni – Collodi – Italie

C’est le conte de fées par excellence, immortel et universel, duquel ont été tirées une multitude de versions : littéraires, théâtrales, chorégraphiques, télévisées, cinématographiques et bandes dessinées, sans compter les centaines de traductions, de versions illustrées ainsi que les mises en musique et en chanson. Il faut revoir le très vieux film en noir et blanc « Les aventures de Pinocchio » de Luigi Comencini, avec le génial Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et la belle Gina Lollobrigida dans celui de la Fée Bleue.

On reconnait aux « Aventures de Pinocchio » une prérogative qui n’appartient qu’aux grands chefs-d’œuvre, celle d’être hors du temps. Pour les 100 ans de Pinocchio, en 1981, Italo Calvino écrivait ainsi : « Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio ». Les « Aventures de Pinocchio » a été le deuxième livre le plus vendu en Italie au XXe siècle avec le tirage de 9 à 10 millions d’exemplaires, juste derrière la Divine Comédie de Dante Alighieri  (11 à 12 millions d’exemplaires).

cendrillon-et-sa-marraine La fée marraine de Cendrillon est un personnage récurrent des contes : il s’agit d’une fée qui met ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou de sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle protecteur ou de mentor, comme on peut l’attendre d’une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l’esprit pour Riquet à la houppe, on pense tout de suite à Mercure ; grâce et beauté pour la Belle au Bois dormant… voici Vénus ; ou encore elle assiste et protège à l’adolescence d’un père abusif dans Peau d’Ane, ou d’une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles dans Cendrillon, ou d’un sort lancé par une méchante fée dans la Belle au bois dormant. On songe alors à quelques fées jupitériennes, bienveillantes et protectrices à l’image de Jupiter, d’autant qu’elles ont déjà un certain âge et représentent la maturité et la sagesse.

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La Belle au Bois Dormant dans ce conte, elles sont sept fées à être conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée : « On donna pour marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pût trouver dans le Pays. Il s’en trouva sept. Ainsi chacune d’elle lui faisant un don, comme c’était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu’elle serait la plus belle du monde, celle d’après qu’elle aurait de l’esprit comme un Ange, la troisième qu’elle aurait une grâce admirable à tout ce qu’elle ferait, la quatrième qu’elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu’elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu’elle jouerait de toutes sortes d’instruments à la perfection ».

Les Frères Grimm dans leur adaptation du conte porteront à treize le nombre de fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

L’astrologue a tendance à penser que ces chiffres sont en rapport avec le zodiaque : les trois fées représentant les trois phases visibles de la Lune et les trois déesses lunaires : Artémis ou Diane, la jeune fille qui représente la Lune croissante, Séléné est la femme mûre ainsi que la Pleine Lune. Enfin, Hécate est la vieille femme, la Lune décroissante.

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Le chiffre 7 représente les sept astres visibles et que tout le monde connaissait jusqu’à au XVIIe siècle : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Saturne et Jupiter. Seulement ensuite apparaîtront Uranus, Neptune et Pluton. 

Quant au nombre 13, plusieurs hypothèses se profilent :

. La phobie du 13 qui pourrait provenir de l’Antiquité. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Philippe II de Macédoine eût l’idée d’ajouter sa statue à celle des douze dieux. Malheureusement pour lui, il fut assassiné peu de temps après.

. Le 13 suit le nombre 12, nombre symbolisant accomplissement et cycle achevé et très symbolique dans la mythologie chrétienne où c’est un nombre « saint » et dans la tradition astrologique puisqu’il y a douze mois dans l’année, 12 heures le jour et 12 heures la nuit, douze signes du zodiaque, douze dieux dans l’Olympe, douze travaux d’Hercule, douze tribus d’Israël et douze apôtres accompagnant Jésus. Et puis, 12 ans c’est le cycle de Jupiter, le temps qu’il lui faut pour parcourir le zodiaque. Le nombre est divisible par 2, 3, 4 ou 6 alors que 13 n’est divisible que par 1 ou par lui-même seulement. Treize est plutôt source de déséquilibre et tombe dans une portion opposée du divin, et marque une évolution fatale vers la mort, vers l’achèvement d’une puissance et d’un accomplissement.

. L’origine de la superstition du Vendredi 13 aurait pour origine une légende nordique. Vendredi était le nom de Frigga, la déesse de l’amour et de la fertilité. Lorsque les tribus nordiques et germaniques se convertirent au Christianisme, Frigga fut bannie et envoyée au sommet d’une montagne et considérée comme une sorcière. Depuis, chaque vendredi, la déesse pleine de rancune convoquerait onze sorcières et le diable, ce qui fait 13 en la comptant, pour comploter de mauvais tours à jouer au cours de la semaine suivante. Reste que, dans l’Antiquité, le vendredi était un jour consacré à la déesse de l’amour, qu’elle s’appelle Aphrodite, Vénus ou Frigga. Ce  jour était donc considéré comme le plus gai de la semaine.

frigga-filant-les-nuagesFrigga filant les nuages

Aujourd’hui encore le vendredi semble être un jour de chance pour certains peuples ou communautés religieuses. Enfin, selon certains biblistes, ce serait aussi un vendredi qu’Eve et Adam auraient croqué dans la pomme interdite, célébrant ainsi Vénus.

la-fee-dragee2Tchaïkovski nous offre, avec Casse-noisette, une très belle et très gentille Fée Dragée, dans un merveilleux ballet « la danse de la Fée Dragée ». La petite Clara, son frère Fritz, la Fée Dragée, les petites souris et les soldats de plomb continuent de nous émerveiller de génération en génération, initiant petits et grands au monde de la danse, bercés par la musique de Tchaïkovski. Le conte nous le devons à l’écrivain et compositeur allemand Ernst Theodor Wilhelm Hoffman (1776-1822). A voir ou à revoir, ne serait-ce que pour retomber en enfance l’espace d’une soirée.

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La fée Carabosse est l’opposé des belles et bonnes fées, marraines des princesses de contes pour enfants sages. La fée Carabosse est très vieille, très laide et très méchante. Son nom vient du fait qu’elle est bossue. Si son apparition dans les contes est rare, elle n’en demeure pas moins célèbre pour être à l’origine de la malédiction qui frappe la princesse dans la Belle au Bois dormant.

La princesse Aurore naît sous de bons auspices. Ses parents sont roi et reine et ses marraines sont des fées. Elles sont au nombre de sept ou de douze, selon les versions, qui la comblent de dons. La fée Carabosse, fâchée de n’avoir pas été invitée, se présente à la surprise de tous et gâche la fête en lui lançant un mauvais sort. Celui-ci ne peut malheureusement être entièrement annulé par l’une des marraines mais il sera néanmoins atténué : la princesse se piquera bien le doigt à un fuseau à l’âge de 15 ans comme l’avait prédit Carabosse, mais la mort consécutive promise aussi par la méchante fée se commuera en un sommeil de 100 ans qui prendra fin le jour où le Prince arrivera jusqu’à elle et lui donnera un baiser. Malgré ses efforts, le roi reste impuissant à empêcher la réalisation de la malédiction. Il tente de faire interdire l’usage des fuseaux mais une vieille sourde, n’ayant pas entendu l’édit, garde le sien, responsable de l’accomplissement de la malédiction. Dans des versions plus anciennes, la vieille sourde est de bonne foi et agit par pure ignorance. Dans le ballet de Tchaïkovski, il s’agit de Carabosse elle-même, s’assurant ainsi que s’accompliront malédiction et vengeance.

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La Belle au Bois Dormant représentée par John William Waterhouse                                                                       

« On vit entrer une vieille Fée qu’on n’avait point priée parce qu’il y avait plus de cinquante ans qu’elle n’était sortie d’une tour et qu’on la croyait morte ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n’y eut pas moyen de lui donner un étui d’or massif, comme aux autres, parce que l’on n’en avait fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crut qu’on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents… Le rang de la vieille Fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d’un fuseau et qu’elle mourrait ». Charles Perrault

Toutefois, en faisant peser sa malédiction sur la petite fille au berceau, la Fée symbolisait par là la transmission continue et ancestrale des changements physiologiques qui interviennent à l’adolescence.

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 Quant au portrait de Carabosse, il évoque Saturne tant dans la description physique que de par le comportement. Toutefois, on peut aussi rapprocher Carabosse d’Eris qui, dans la mythologie grecque, est la déesse de la Discorde. Cette dernière non plus n’a pas été invitée aux noces de Thétis et Pélée. Pour s’en venger, elle jette une pomme d’or sur la table, au milieu des déesses, portant l’inscription « pour la plus belle ».

eris-deesse-de-la-discordeEris, déesse de la Discorde

Ce geste est à l’origine du déclenchement de la Guerre de Troie et de la mort d’Achille survenue malgré la précaution de sa mère, Thétis, pour le rendre invincible en le plongeant dans les eaux du Styx. Malheureusement, elle le tenait par le talon et cette partie du corps, restée vulnérable, fut touchée par une flèche de Pâris dont la main était guidée par Apollon.

Circé dans la mythologie grecque, c’est une magicienne très puissante, particulièrement versée dans les empoisonnements et les métamorphoses. Elle est la fille d’Hélios, le Soleil et de Perseis, une Océanide. Les grands poètes Homère, Hésiode et Cicéron la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière.

                                                                                           circe-offrant-la-coupe-a-ulysse1 

John William Waterhouse – Circé offrant le cycéon à Ulysse

Elle apparaît dans l’Odyssée. Elle habite dans une île, dans un palais situé au milieu d’une clairière, entourée de loups et de lions qu’elle a apprivoisés. C’est là qu’elle a recueilli et purifié Jason et Médée après le meurtre du père de Médée. Quand Ulysse et ses compagnons abordent l’île, vingt-deux d’entre eux, conduit par Euryloque, se laissent attirer jusqu’au palais par une voix harmonieuse. La magicienne les accueille et leur offre un breuvage composé de gruau d’orge, de miel et de lait caillé. Dès qu’ils ont bu, elle les transforme d’un coup de baguette en pourceaux. Euryloque, resté dehors, court avertir Ulysse, qui part à la recherche de Circé. Hermès lui apparaît alors sous la forme d’un beau jeune homme tenant un roseau d’or. Le dieu Hermès à la baguette d’or lui remet l’herbe « moly » et lui donne des conseils pour triompher de Circé. Quand il arrive chez la magicienne, celle-ci lui offre le cycéon, ce breuvage qu’ont absorbé ses compagnons, mais elle échoue à le transformer d’un coup de baguette. Ulysse tire son épée ; apeurée, Circé lui offre de partager son lit. Là encore, Ulysse, suivant les recommandations d’Hermès, demande à la magicienne de jurer par « le grand serment des bienheureux » qu’elle ne cherchera plus à lui faire de mal. Ceci fait, Ulysse et Circé s’unissent, puis elle rend aux compagnons leur apparence humaine. Elle aide enfin le héros et son équipage à préparer leur départ.

Le poète romain Denys de Milet fait de Circé plutôt la fille d’Eétès et d’Hécate, la déesse lunaire de la sorcellerie. Toujours selon lui, elle épouse le roi des Sarmates qu’elle empoisonne. Chassée une première fois par ses sujets, elle fuit dans une île déserte, ou selon d’autres, vers l’Italie où elle fonde Circeii, dans le Latium, entre Rome et Naples, ou l’on peut voir encore la grotte qu’elle habitait sur une plage, au pied du Monte Circeo. Elle s’y est d’ailleurs distinguée par de nombreuses actions malfaisantes, transformant Scylla en monstre, par pure jalousie, ou encore le roi Picus en pivert parce qu’il l’avait repoussée. 

monte-circeoMonte Circeo

Au Moyen Age, on la retrouve dans les légendes populaires d’Italie, mêlée à la figure d’Hérodiade, sous le nom d’Aradia, fille de Diane (la Lune) et de Lucifer (le diable). Pour l’astrologue, cette femme fatale évoque le Scorpion.

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La Fée Electricité est une peinture de Raoul Dufy. Commencée en avril 1936 et terminée en 1937, cette peinture fut réalisée pour le Pavillon de l’Electricité de l’Exposition Internationale, la plus grande peinture existant au monde sur un support indépendant : la Fée Electricité est d’une superficie de 624 m². La peinture est formée de 250 panneaux de contreplaqué de 2 mètres de haut sur 1,20 de largeur sur lesquels il peint avec une peinture à l’huile très légère, conçue par le chimiste Jacques Maroger, donnant une illusion de gouache et séchant très rapidement. Les personnages dessinés à l’encre de chine puis les couleurs sont replacées par-dessus.  Ce tableau a été longtemps le plus grand tableau du monde mais il a été détrôné depuis.

 « Mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », tel était l’objectif de la commande passée à Dufy par la Compagnie parisienne de distribution d’électricité.

la-fee-electricite-raoul-dufy1La fée électricité – Raoul Dufy – Musée d’Art Moderne – Paris

En 1954, EDF en fait don à la ville de Paris. Cette peinture est aujourd’hui visible dans une salle du Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Soit dit en passant, l’électricité est vraiment une belle et bonne fée, l’interrupteur ayant remplacé la baguette. Pourtant, elle peut aussi passer pour une sorcière, trop présente la nuit dans le ciel des villes, elle nous empêche de voir les étoiles filantes… Quant à sa planète fétiche, c’est bien sûr du côté d’Uranus et du Verseau qu’il faut aller regarder.

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Trésors des expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Le Français retrouvé – Editions Belin

 Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes – Vienne – Guide du Pays des Six Vallées

 Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

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MAIS QUI EST LILITH ?

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 31-08-2009

Lilith fait partie de la mythologie judéo-chrétienne. Pratiquement absente de la Bible, Lilith n’en est pas moins la première femme d’Adam, créée en même temps que lui. Mais elle fut chassée pour mauvaise conduite et reléguée aux enfers, au monde des ténèbres, à l’inconscient.

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 NOTRE-DAME-DE-PARIS – Lilith dans la fourche de l’arbre de la Tentation entre Adam et Eve

L’origine de Lilith remonte au panthéon de la mythologie suméro-babylonienne qui mentionne une certaine démone du nom de Lamashtu, chassée des cieux à cause de sa méchanceté. Mais Lilith se rapproche surtout d’Ardat Lili ou Lilitû, commère du démon mâle Lilû dans la tradition sumérienne. Elle représente un esprit de licence et de lascivité, une ravisseuse nocturne venant séduire les hommes dans leur sommeil, une voleuse et une dévoreuse d’enfants.

Le nom de Lilith a vraisemblablement été effacé de la Bible. Pourtant, on trouve son histoire, vue par la tradition juive, dans le Zohar :

« Lorsque Jéhovah créa Adam, il créa en même temps une femme, Lilith, comme lui tirée de la terre.

Et elle fut donnée à Adam comme épouse. Mais il survint de la brouille dans le ménage, pour une question

qui, devant les tribunaux ne pourrait se débattre qu’à huit clos. Elle prononça le nom ineffable de

Jéhovah et s’enfuit par les airs, laissant là son mari… ».

Bien entendu, on se demande de quelle question il pouvait bien s’agir pour nécessiter autant de mystère. Un ouvrage cabalistique écrit vers le XIe siècle répond à cette interrogation. Selon ce texte, le conflit entre Adam et Lilith surgit lorsque l’homme voulut imposer à sa femme de s’allonger sous lui, lors de l’acte sexuel : manière de revendiquer la position de chef de famille, qui fut contestée par Lilith, dans la mesure où elle estimait disposer des mêmes droits que son mari, ayant été créée avant lui et tirée de la même terre que lui. Le ton monta entre les deux partenaires, leur histoire se solda par un échec et par la fuite de Lilith.

Quels que soient les exégètes, Lilith est toujours décrite ou perçue comme une maîtresse femme qui a un fort ascendant sur Adam et un appétit sexuel insatiable. Toutefois, il existe plusieurs versions hébraïques de ce mythe et voici les différentes raisons qui auraient incité Adam à demander à Dieu de pouvoir répudier Lilith et de lui donner une autre épouse. Cependant, toutes ces bonnes raisons sont toujours d’ordre sexuel :

Lilith qui refusait de voir son corps déformé par les grossesses pratiquait la contraception, et sans doute avait recours à l’avortement, ce qui, par la suite, irait à l’encontre du Commandement formulé par la Bible « Croissez et multipliez-vous ».

Adam soupçonnait Lilith, l’insatiable, de forniquer avec les incubes, cette sorte de démons mâles. Elle contrevenait ainsi au futur Commandement biblique : « Tu n’auras d’autres époux que ton époux ». Comme pour tous les jaloux, dont Adam faisait partie, son fantasme de voir sa femme jouir d’un autre était devenu réalité.

Quant au goût d’Adam pour la position du missionnaire et au rejet par Lilith des postures les plus classiques qui donnaient la supériorité à Adam dans l’acte sexuel et la mettait en position inférieure, on peut y voir la revendication claire et nette par Lilith de son statut de « paire », ou d’égale d’Adam.

Finalement, pour toutes ces bonnes raisons, Lilith lasse de subir reproches, scènes et exigences de la part d’Adam, se révolta ouvertement et prit la fuite. Quant à Adam, sous le coup de la colère, voulant faire une nouvelle fois preuve d’autorité, il la chassa du paradis terrestre. Yahvé, prévenu, envoie trois anges pour essayer de la raisonner. Mais Lilith refuse d’obtempérer aux demandes du Divin, ce qui est l’un de ses traits de caractère. Finalement, chassée par l’homme du Paradis, Lilith, éperdue, fuit droit devant elle, jusqu’aux abords de la Mer Rouge. Là, elle cherche des humains mais ne trouve que des animaux et des démons. Chassée de l’Humanité, elle se jette dans la « diablerie » et commence, ou continue, à entretenir des relations avec le grand démon mais aussi avec nombre de démons et démones succubes.

Selon une autre tradition, Lilith serait également la première Eve : Caïn et Abel se seraient disputés la possession de cette Eve, créée indépendamment d’Adam et donc pas parente avec eux. Certains voient ici des traces de l‘androgynie du premier homme et de l’inceste des premiers couples.

Physiquement, d’après la tradition talmudique, Lilith serait rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé : « Je suis noire, mais je suis belle », lui fait-on dire. Eve serait châtain, voire blonde, au teint et aux yeux clairs : « Je suis Eve, la claire » s’enorgueillit-elle.

Lilith deviendra l’ennemie d’Eve, l’instigatrice des amours illégitimes, la perturbatrice du lit conjugal. Son domicile sera fixé dans les profondeurs de la mer et des objurgations tendent à l’y maintenir pour l’empêcher de troubler la vie des hommes et des femmes sur terre.      

                          

lilith-par-john-collier Lilith dans l’œuvre de John Collier (1892)

Mais revenons au Zohar qui poursuit sa narration sur la faiblesse d’Adam qui réclama sa moitié. Dieu envoya trois anges à la poursuite de Lilith. Ils la trouvèrent sur la mer Rouge. Mais Lilith fit la sourde oreille. Les anges l’avertirent que si elle ne rentrait pas tout de suite au domicile conjugal, elle perdrait chaque jour cent de ses enfants. Elle accepta le marché et les anges lui laissèrent la vie sauve, à condition de ne jamais faire de mal à un nouveau-né là où elle verrait son nom écrit.

« Jéhovah donna Lilith à Sammaël (Satan), et ce fut la première des quatre femmes du diable… ».

Des variantes à cette légende ne font pas de Lilith un cadeau de Jéhovah. Elle aurait rencontré Satan, au cours de ses errances, qui tomba amoureux d’elle. Ils accordèrent leurs violons sur la question de l’égalité des sexes : ce serait chacun son tour, l’un dessus, l’autre dessous… Une allusion à l’androgynat, thème présent dans une interprétation de la légende de Lilith, qui fait d’elle le premier être créé par Yahvé, double, qui aurait donné naissance à Adam, pour l’épouser ensuite.

Lilith n’est mentionnée qu’une fois dans la Bible, dans Isaïe :

« Les chats sauvages rencontreront les hyènes et les satyres s’y appelleront. Là aussi se tapira Lilith pour y trouver le calme ».  

Les traducteurs de la Bible de Jérusalem on introduit son nom dans Job :

« On arrache le méchant de l’abri de sa tente pour le traîner vers le roi des Frayeurs. Lilith s’y installe à demeure et l’on répand du souffle sur son bercail ».

Cependant, la tradition rabbinique conteste cette version, signalant que le mot Lilith sert de métaphore pour signifier « des gens indésirables et hors la loi ». Dans la tradition chrétienne, on ne parle pas de Lilith : elle est la tentation personnifiée par le démon de midi :

 « Tu ne craindras pas les terreurs de la nuit,

 ni la flèche qui vole pendant le jour,

 ni la peste qui rôde dans les ténèbres,

 ni les attaques du démon de midi ». (Psaume91)

 

lamia-par-john-winterhouseEn latin, on la nomme Lamia. Dans la tradition grecque, les Lamies étaient des monstres nocturnes, voraces, qui apparaissaient souvent sous forme d’oiseaux. Comme eux, Lilith inspire terreur et répulsion. Elle est désignée en tant que démon, et représentée par un visage de femme aux longs cheveux, des ailes, un corps de serpent, des griffes. Symbolisant la puissance féminine contrecarrée par l’ordre établi, mais toujours dangereuse, elle devint collective et prit une multitude de noms.

 « La Fille de Satan, la grande femme d’ombre, cette Lilith qu’on nomme Isis au bout du Nil » écrivait Victor Hugo, qui l’associait à Isis, déesse-mère et grande magicienne des anciens Egyptiens. Il est bien plus logique de la rapprocher des filles des eaux, Loreleï et autres Mélusine qui, comme elle, vivent dans la douleur. Car la grande maudite, toujours cachée, latente, souffre de sa condition. Après tout, elle n’est sans doute pas si mauvaise.

 

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Loreleï

Enfin, Lilith est comparée à la Lune noire, à l’ombre de l’inconscient, aux obscures pulsions. Elle dévore les nouveau-nés, dévorée elle-même par la jalousie, non d’une rivale, mais de son incapacité à se soumettre.

On fait de Lilith la première féministe car il s’agit peut-être du plus ancien mythe de la féminité contradictoire. C’est aussi la représentation symbolique du matriarcat préexistant au patriarcat, mais finalement supplanté par l’avènement de celui-ci.

Les Féministes ont voulu voir en Lilith leur représentante, celle qui refusa de se soumettre à la domination masculine d’Adam et qui se vengea cruellement de son exclusion en trompant sa nouvelle compagne. Dans les années 1970, certaines militantes du groupuscule la « Cause des Femmes » avaient repris Lilith et son image comme porte-flambeau de leur lutte. En effet, contrairement à Eve, que la Bible présente comme ayant été conçue à partir d’une côte d’Adam afin qu’elle lui soit dépendante et donc soumise, Lilith aurait été formée à partir d’argile, comme Adam, et serait donc son « égale ». Ce qui placerait la femme dans un statut, non plus de subordination, mais de parité-égalité face à l’homme.

Un autre courant féministe, moins radical, se base lui sur l’existence dans les sociétés du paléolithique d’un courant matriarcal d’abord prédominant mais évincé, peu à peu, par le triomphe du patriarcat dans les sociétés néolithiques. Il s’agit du passage d’une société de chasseurs-cueilleurs à celui d’une société de pré-agriculteurs, où l’homme jusqu’alors nomadisant reste fixé dans un « village » qu’il maîtrise. Dans un article de Mary Daly, intitulé « Si Dieu était une femme », une théologie toute puissante représente un Dieu masculin, tout puissant, lui faisant dire : « Si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu ». C’est d’autant plus fort qu’ainsi camouflé et prétendument pratiqué « au nom de Dieu », le pouvoir religieux de type patriarcal cache une violence radicale vis-à-vis des femmes : il impose et justifie l’expérience masculine comme norme, ainsi que les stéréotypes sans fondement théologique sérieux sur le masculin et le féminin. Et Mary Daly de poursuivre : « Dans l’Eglise, le pouvoir de décision appartient à des hommes célibataires dont la légitimité est, dans les faits, celle qu’ils s’octroient mutuellement. Cela signifie que non seulement l’ensemble des femmes, mais aussi la plupart des hommes subissent cette violence. Cela signifie aussi que l’institution se prive d’une part importante de l’humanité et d’une image de Dieu apportée par les femmes.

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L’arbre de la Tentation : Adam, Eve et Lilith dans l’œuvre de Michel-Ange 

« Quoiqu’il en soit, il faut bien convenir que Lilith, femme de l’essentiel, ne pourra jamais vivre à la démesure de son désir. Elle rencontrera toujours la peur et la fuite d’Adam. Car pour Lilith, il ne peut être question de séparer le désir de l’absolu de l’amour. Découvrant que cet absolu est condamné, elle se replie sous sa tente fleurie, comme la Dame à la Licorne, elle épousera sa solitude ; le refus, la distance deviennent ses compagnons. Elle admettra sa défaite et choisira la hauteur, la sublimation, la verticalité, le silence. Elle est incapable d’apprivoiser le relatif. Avec le refus, l’absence, l’inaccessibilité, le mot distance devient inséparable du regard. Et en effet, Lilith se sert de son regard pour tenir Adam à distance, comme elle se sert de son silence. Par le regard, elle le foudroie sans ciller, sans rien montrer pour autant. Ce regard de Lilith ne se contente pas de regarder. Il voit. Il transperce. Il perçoit impitoyablement les faiblesses, les enfantillages, les petits mensonges, les pauvres dérobades. Lilith ne veut pas de ces concessions dont on survit. En refusant de répondre lorsque la question est mal posée, en fustigeant la vacuité de la parole de l’autre par une absence chargée à balles, elle transforme le silence en arme et le regard en cri. Trop orgueilleuse pour s’abaisser à expliquer ses propres évidences, trop rigoureuse pour ne pas tout dire si elle commence à parler, elle n’a pas d’autre ressource que le silence devant l’impossible dialogue. Plus Adam suppliera dès qu’il commence à comprendre à quoi ce silence le condamne et en quoi il le condamne, plus Lilith lui opposera un silence de plomb. Car dès lors qu’elle voudrait parler, elle ne le pourrait plus. Piégée elle-même par son refus d’être refusée, elle est renvoyée à sa pesanteur, à sa propre castration, elle qui castre Adam en dressant devant lui ce mur de verre. Elle se tait mais ne peut s’empêcher de le regarder et ce regard ajoute encore à la distance inexorable qui les sépare ». Bien des Lilith d’aujourd’hui peuvent encore se reconnaître dans ce beau texte de Joëlle de Gravelaine.

La Lune Noire en Astrologie

La Lune Noire est un point fictif dans le ciel, dont l’importance s’avère capitale dans le thème astrologique. Elle représente le deuxième foyer de l’orbite lunaire. Elle est le champ d’influences occultes de la Lune qui, dans son mouvement elliptique autour de la Terre, forme un axe dont les deux extrémités se nomment : l’une, le périgée, point de son orbite où elle se trouve le plus près de la Terre ; et l’autre, qui est son opposé, l’apogée, point de son orbite où elle se trouve le plus éloignée. Le périgée n’est pas fixe et son déplacement est d’environ 40° par an. Son pas journalier se calcule sur 6 à 7’ d’arc. Sa révolution se fait en 3 232 jours, soit environ 8 ans, 10 mois et quelques jours.

glyphe-de-la-lune-noireSon hiéroglyphe est figuré par une faucille barrée ou par deux croissants de lune formant un soleil central ponctué d’un point : l’œil même de la licorne, lieu métaphysique s’il en est.

Cette Lune Noire qu’on associe à Lilith, la première femme d’Adam, dont le sexe s’ouvrait dans le cerveau, est liée essentiellement à des notions d’intangible, d’inaccessible, de présence démesurée de l’absence (et l’inverse), d’hyper lucidité douloureuse à force d’intensité. Plus qu’un centre répulsif occulte, la Lune Noire incarne la solitude vertigineuse, le Vide absolu qui n’est autre que le Plein par Densité.

Selon l’emplacement de la Lune Noire dans le thème, en signe, en maison et les aspects qu’elle forme avec les planètes, l’interprétation variera sensiblement.

Parce qu’elle véhicule des valeurs radicales, parfois instantanées comme l’Insight (°) en psychanalyse ou le passage à l’acte suicidaire, elle peut être dans le thème synonyme du meilleur ou du pire : l’initiation verticale et féconde, le rôle médiateur par excellence ou bien armer le bras du criminel, parfois retourner contre soi le « couteau du sacrifice ». Elle peut marquer l’ambivalence du désir et du refus, l’accès fulgurant à l’inconscient ou l’aveugle résistance de l’inconscient.

Avant toute chose, il convient d’éviter toute confusion possible avec Saturne et avec Pluton, bien que la Lune Noire ait un rapport sensible avec ces planètes. Mais avec Saturne, nous connaissons la frustration et la culpabilité, tout ce qui est de l’ordre du manque et du deuil, mais nous n’avons pas la « sanction-guillotine », ni un processus sacrificiel.

Avec Pluton, nous connaissons l’expiation, le Tribunal des Enfers, l’angoisse, la mutation, la transformation, mais là encore il s’agit d’un processus lent, aussi lent que la progression de la plus lente des planètes du système solaire. Avec Pluton, pas d’événement immédiat.

Saturne fait éprouver la culpabilité qui conduira au châtiment plutonien, mais la Lune Noire armera le bras du bourreau et exécutera la sentence. Par ailleurs, s’il y a quelque chose de sacrificiel dans la nature de Saturne et de Pluton, ni l’un, ni l’autre n’ont quoi que ce soit à voir avec la transgression ou la désobéissance.

Autre action-clef de la Lune Noire : elle marque la remise en question qui peut aller jusqu’au changement radical, le rejet définitif, la prise de conscience illuminatrice, selon bien sûr, les planètes et les secteurs touchés, en transit sur le thème natal. Là où se trouve la Lune Noire dans le thème, surtout en Maisons angulaires, fortement aspectée ou liée au Soleil ou à la Lune, elle laisse une signature significative.

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 (°) Insight : Terme anglais, sans équivalent en français, sinon le mot « intuition » réservé à la psychologie humaine. Compréhension soudaine d’une situation déterminée. Brusque découverte de la solution d’un problème, la structure d’une figure ou d’un objet perçu.

 

dames-aux-licornes-gustave-moreau La Dame à la Licorne – Gustave Moreau

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melusine

Mélusine 

Bibliographie :

FEMMES de Sabrina Mervin et Carol Prunhuber – Editions Hermé

LE RETOUR DE LILITH – LA LUNE NOIRE – Joëlle de Gravelaine – Editions L’Espace Bleu

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Bouquins

        

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LES PLANETES DANS LES ETAPES DE LA VIE

(5.1 - Généralités) par sylvietribut le 15-05-2009

La doctrine des âges planétaires, qui remonte historiquement aux Grecs, varie beaucoup selon les auteurs. Firmicus Maternus, astrologue sicilien du IVe siècle, en donne des exemples dans son livre II, au chapitre 29. Il semble qu’il y ait dans ces données éparses et incomplètes une confusion entre la doctrine des âges planétaires, selon les chronocrates, c’est-à-dire la doctrine de la maîtrise successive de chaque planète sur un laps de temps déterminé ou sur l’une des phases de la vie humaine, et la théorie des cycles planétaires.

les fees

Les douze mois de Jupiter, par exemple, font penser aux douze ans durant lesquels cet astre fait le tour du zodiaque ; les huit mois de Vénus reflètent, en plus petit, son cycle de 8 ans…Ainsi, chaque planète symbolise en astrologie un âge déterminé :

– La Lune gouverne les années de l’enfance, jusqu’à 5/7 ans. Ce sont les années de la nutrition, et se rapportent à la dépendance à la mère.

– Mercure, son âge, c’est la période qui va de l’âge de raison, 7 ans, jusqu’à la puberté. Mercure reste d’ailleurs très actif dans toute la période des études. Mercure c’est avant tout apprendre et échanger.

– Vénus, c’est la planète de l’adolescence, la période qui va de 14 à 23 ans : la première sollicitation des sens et la découverte de l’amour.

– Le Soleil, c’est la jeunesse et l’affirmation de la valeur personnelle. Sa période : 23 à 33 ans.

– Mars domine à 33 ans, la planète est le symbole même de la conquête et de l’autorité. Son âge planétaire s’étend jusqu’à 56 ans.

glyphe-venus-et-mars Vénus et Mars agissent plutôt ensemble : Vénus pour les femmes et Mars pour les hommes, pour lesquels Mars représente la lutte et la virilité.

– Jupiter correspond à l’âge mûr. C’est à 56 ans que commence la période jupitérienne souvent marquée par les responsabilités et cela jusqu’à environ 68 ans. Toutefois, un très ancien astrologue, Junctin de Florence, affirmait que Jupiter représentait aussi la vieillesse.

– De ce fait, l’âge de Saturne commençait à 68 ans. La planète correspondait à l’âge de la décripitude. Il faudrait sans doute, aujourd’hui, reculer d’une quinzaine d’années l’âge de Saturne. De toutes façons, Saturne est sans influence bénéfique avant la maturité. Saturne est même l’ennemi de l’enfance.

– A l’extrême fin de la vie, sans doute de nos jours après 80 ans, la Lune recommence à jouer de son influence puisqu’il existe un gros risque de retomber en enfance.

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Dans la statuaire antique, les statues d’Apollon, le dieu solaire, sont toujours imberbes, comme celles de Mercure, alors que Jupiter est représenté par un homme en pleine force de l’âge, alors que Saturne c’est le vieillard.

Les astrologues d’aujourd’hui semblent se désintéresser du symbolisme de ces âges planétaires, tout en interprétant dans leurs travaux Mercure comme un enfant ou un adolescent, Vénus comme une jeune fille, Jupiter comme un homme adulte et Saturne comme un vieillard.

apollon

Apollon

Enfin, dans le cycle des saisons qui sont à l’image de la vie humaine, le printemps correspond à la jeunesse, l’été à l’âge adulte, la maturité est l’automne, alors que la vieillesse et la mort sont assimilées à l’hiver. Il en va de même pour le cours d’une journée : l’aube est la naissance et l’enfance ; midi correspond à l’âge adulte, alors que le soir représente la maturité, la nuit évoquant la vieillesse et la mort.

lezard 

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