QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 20-01-2012

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, la divination perd son caractère mystico-religieux pour devenir une discipline pratique et populaire, exercée avec succès par une pléthore de cartomanciennes, chiromanciennes et oniromanciennes. En même temps que la science progresse et que Colbert chasse avec fracas les astrologues de l’Université, de ravissantes devineresses s’exercent à manier aussi bien les cartes que l’arsenic. C’est l’époque des empoisonneuses, dont les plus célèbres furent la Voisin et la Brinvilliers. Leurs talents consistaient non seulement à prévoir le destin, mais à lui donner un petit coup de pouce à l’aide d’une pincée de sulfure rouge ou d’un bouquet de roses parfumées à l’arsenic.

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La Voisin

Alors qu’elle vient d’être arrêtée à la sortie d’une messe noire, le 12 mars 1679, la Voisin fit au lieutenant général de police La Reynie une intéressante déclaration sur ses très nobles clientes : «  Les unes demandaient si elles ne deviendraient pas bientôt veuves, parce qu’elles en épouseraient quelque autre et presque toutes demandent et n’y viennent que pour cela. Quand ceux qui viennent se faire regarder dans la main demandent quelque chose autre, ce n’est néanmoins que pour venir à ce point et pour être délivrés de quelqu’un ».

Au cours de sa fructueuse carrière de voyante assassine, la Voisin fit passer pas moins de 2 350 personnes de vie à trépas. Elle fut décapitée et brûlée le 22 février 1680, après avoir refusé la confession et le crucifix, ce qui tout compte fait était plutôt honnête de sa part.

Les empoisonneuses ne détellent pas pour autant et Colbert doit, pour mettre fin à leurs criminelles activités, faire signer au Roi, en 1682, une ordonnance contre les devins, sorciers, magiciens et empoisonneurs.

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La Marquise de Brinvilliers

Au XVIIIe siècle, la voyance acquiert peu à peu la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Les cartomanciens deviennent des professionnels comme les autres, exerçant en cabinet, se faisant connaître par la publicité et le bouche-à-oreille. C’est le début de la voyance commerciale, tarifée et rassurante.  

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Aliette dit Etteila

Certains y font fortune, tel Aliette, plus connu sous le nom d’Etteila, pseudonyme formé par l’anagramme d’Aliette. Ancien coiffeur, vivant chichement de leçons d’arithmétique et de géométrie, Aliette préfère se recycler dans une astrologie vaguement assaisonnée d’alchimie et de chiromancie. Il devient célèbre en commercialisant, en 1757, un jeu de tarots, immortalisé sous l’appellation « Tarots d’Etteila », accompagné d’une méthode pratique sur l’art de tirer les cartes. Il prétend avoir exhumé la symbolique du jeu d’un livre sacré de l’antique Egypte, le livre de Thot, miraculeusement sauvé de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Bien qu’écrit dans un français épouvantable et criblé de fautes d’orthographe, le traité d’Etteila devient un tel best-seller que son auteur ouvre bientôt un cabinet dans un quartier chic de Paris où il pratique, comme il se doit, des tarifs rédhibitoires. L’histoire de l’obscur coiffeur devenu millionnaire est exemplaire et étonnamment moderne. Combien de gagne-petit connaissent aujourd’hui la fortune pour avoir troqué la machine à écrire ou l’outil de l’ouvrier contre la boule de cristal ?

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Le tarot d’Etteila

A suivre

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