DANS L’AXE BELIER-BALANCE… ERIS ET EROS… LA HAINE ET L’AMOUR

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.1 - LES MYTHES DU BELIER ET DE MARS) par sylvietribut le 07-04-2014

Dans la mythologie grecque, Eris est la déesse de la Discorde, son pendant Eros est le dieu de l’Amour, de la puissance créatrice. Son nom a donné le mot « érotisme ». Sur le zodiaque, Eros s’apparente à la Balance, alors qu’en face, en Bélier, on trouve Eris. La Balance est gouvernée par Vénus, l’Amour, alors que le Bélier est sous la maîtrise de Mars, la Guerre.

Selon Hésiode, Eris est la fille de Nyx, la Nuit. Comme sa mère, elle donne naissance, seule, à de nombreux enfants, tous méchants et malfaisants :

–       Ponos, la Peine

–       Léthé est l’Oubli

–       Limos, la Faim

–        Phonoi et Makhai sont les Meurtres et les Combats

–       Dysnomie et Até, l’Anarchie et le Désastre

–       Algea, les Douleurs

–       Hysminai, les Mêlées

–       Androktasiai, les Tueries

–       Neikea, les Querelles

–       Amphilogiai, les Disputes

–       Pseudoi Logoi, les Mots Menteurs

–       Horkos, le Serment qui veille sans cesse sur les serments qu’il sanctionne, comme il punit sans pitié le parjure volontaire.

Eris - Antikensammlung - Berlin

Eris, la discorde

Dans l’Iliade, Eris est la sœur d’Arès/Mars, le dieu de la Guerre. Elle l’accompagne dans ses combats et tient en main l’emblème de la guerre. Cependant, Eris représente aussi l’aspect positif de l’émulation : au chant XI de l’Iliade, Zeus/Jupiter l’envoie réveiller l’ardeur au combat des chefs grecs. C’est elle également qu’Héraclès/Hercule choisit lorsqu’il rencontre deux femmes au début de ses exploits, selon Hésiode.

Eris et Arès/Mars seront à la tête des Lapithes lors de leur guerre contre les Centaures.

Le nom d’Eris a donné naissance au terme « éristique » ou l’art de la controverse.

C’Eris qui va jouer un rôle dans la légende des noces de Pélée et de Thétis. Elle était venue à la cérémonie sans avoir été invitée et avait lancé une pomme d’or au milieu de la foule, pomme qui portait l’inscription « à la plus belle ». Sur la suggestion de Zeus/Jupiter, les trois déesses qui briguaient le titre s’en remirent au jugement de Pâris. Aphrodite/Vénus avait soudoyé ce dernier en lui offrant la plus belle des mortelles, Hélène, et fut choisie ; ce fut l’origine de la guerre de Troie.

Homère décrit les agissements d’Eris sur le champ de bataille, aux côtés d’Arès/Mars, et précise qu’elle ne pouvait arrêter ce qu’elle avait mis en marche ; seuls, les gémissements des agonisants la distrayaient.

Une version différente et plus moralisatrice de la légende d’Héraclès/Hercule raconte comment le héros, au début de ses exploits, peut-être après avoir tué le lion du Cithéron, rencontre deux belles femmes à un carrefour. L’une d’elles, la Paresse, lui offrit une vie de loisirs et de luxe. Mais l’autre, à qui Héraclès/ Hercule accorda sa préférence, était la discorde ; elle lui avait offert une vie de bataille et de labeurs incessants couronnés par la gloire.

Le personnage d’Eris a été repris comme thème central du discordianisme, religion moderne humoristique apparue dans les années 1950 aux Etats-Unis. Eris est également l’antagoniste du film « Sinbad : la Légende des sept mers, sorti en 2003. Elle est tout à fait fidèle à son rôle de déesse du Chaos. En 2006, le nom « Eris » fut donnée à une planète naine, à cause de la controverse que sa découverte avait déclenchée au sujet de la définition du terme « planète ».

ANTEROS - PICCADILLY CIRCUS

Eros, l’Amour

Eros qui signifie en grec « amour charnel », était le dieu de l’Amour. Les Romains d’ailleurs le nommaient Amour ou Cupidon, le désir. Il existe plusieurs versions concernant l’origine de ce dieu dans la tradition grecque. Dans la Théogonie d’Hésiode, VIIIe siècle avant Jésus-Christ, Eros serait né au commencement des temps, de Chaos (le vide), en même temps que Tartare et Gaïa, mais aussi Nyx (la nuit) et Erèbe, l’une des cinq divinités primordiales. Eros aurait assuré l’union des éléments primordiaux, Ouranos/Uranus (le Ciel) et Gaïa (la Terre), il présidait aux mariages entre leurs descendants, les dieux, et enfin entre les hommes. Cependant, Eros est le seul qui n’engendre pas mais qui permet à Chaos et Gaïa de le faire. Il est beau et immortel. Eros, l’Amour, et Himéros, le Désir, accompagnent Aphrodite/Vénus depuis sa naissance. Dans cette tradition, Eros est simplement la personnification de la puissance génératrice qui envahit les êtres vivants et les pousse à se reproduire. Sa naissance a précédé celle d’Aphrodite/Vénus.

BOTTICELLI - LA NAISSANCE DE VENUS

La Naissance de Vénus – Botticelli

Selon certains il existerait deux Eros : le premier, est présent depuis la nuit des temps et représente l’union non sexuée. Le second, l’Eros sexué serait né de la castration d’Ouranos/Uranus par Cronos/Saturne. En effet, Cronos/Saturne a lancé le sexe de son père à la mer et de la rencontre du sperme et de l’écume de mer est née Aphrodite/Vénus. Himéros est l’Eros sexué, à l’origine de l’union entre mâles et femelles.

D’autres mythes suggèrent qu’Eros était un dieu beaucoup plus jeune, fils d’Aphrodite et de son amant, Arès/Mars. En accord avec cette tradition, l’art et la littérature classique le dépeignent comme un beau jeune homme, fort et musclé. Pendant la période classique, il était souvent considéré comme le protecteur des amours homosexuelles entre hommes et jeunes hommes, et sa statue possédait un culte à Thespies, en Béotie, et à Parion, en Mysie. Les métèques, ou résidents étrangers à Athènes, érigèrent une statue et un sanctuaire sur l’Acropole à Antéros, avatar d’Eros, signifiant « l’amour partagé », à la mémoire de deux jeunes hommes, Mélès, un Athénien, et Timagoras, un métèque. Timagoras aimait Mélès qui méprisait son amour et lui demanda, pour l’éprouver, de se jeter du haut de l’Acropole et Timagoras s’exécuta. Mélès en fut à tel point accablé de remords qu’il se tua de la même façon.

A l’époque hellénistique, l’amour prit dans l’art et la littérature un tour de plus en plus romantique et une autre conception d’Eros fit son apparition ; on le représentait comme un enfant ailé portant un carquois plein de flèches ; l’on distinguait même plusieurs Amours, les Erotes, en latin : Cupidines, car les passions qu’il personnifiait paraissaient infinies. De là vint le mythe qu’il donnait à ses flèches une pointe d’or pour inspirer un désir passionné chez ses victimes, ou une pointe de plomb pour détourner les personnes de ceux qui tombaient amoureux d’elles ; ainsi Eros pouvait inspirer l’amour aussi bien que le décevoir. On rencontre souvent cet Eros enfant chez les poètes romains. Virgile nous rapporte comment Vénus se servit d’Eros pour provoquer l’amour de Didon pour Enée. Pour le plus célèbre des mythes concernant Eros/Cupidon, il faut se souvenir de la légende de Cupidon et de Psychée que nous raconte Apulée dans les Métamorphoses, une histoire d’amour contenant de nombreux éléments populaires et féériques, que je vous raconterai une autre fois. 

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Eros et Psyché

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michel Grant et John Hazel – Marabout

 

 

 

 

 

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UN MYTHE BALANCE… EROS ET PSYCHE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 19-10-2010

La légende d’Eros et Psyché nous est contée par Apulée (125/180) dans les Métamorphoses ou l’Ane d’or. C’est une histoire d’amour contenant de nombreux éléments populaires et féériques. Il est un épisode qui nous parlent non seulement d’amour mais aussi de regard interdit.

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Qui est Eros ? C’est le dieu de l’Amour. Eros signifie en grec « amour charnel ». Les Romains l’appelaient « Amour » ou « Cupidon », le désir. Il existe plusieurs versions concernant l’origine du dieu, dans la tradition grecque. Selon Hésiode, Eros serait né au commencement des temps, de Chaos, le Vide, en même temps que le Tartare et Gaia ; il aurait assuré l’union des éléments primordiaux, Ouranos, le Ciel, et Gaia, la Terre, et présidé aux mariages entre leurs descendants, les dieux et, enfin entre les hommes. Dans cette tradition, Eros est simplement la personnification de la puissance génératrice qui envahit les êtres vivants et les pousse à se reproduire. Sa naissance précède celle d’Aphrodite, la déesse de l’amour. Selon d’autres mythes, Eros était un dieu beaucoup plus jeune, fils d’Aphrodite et de son amant, Arès/Mars. En accord avec cette tradition, l’art et la littérature classique le dépeignent comme un beau jeune homme, fort et musclé. Pendant la période classique, il était souvent considéré comme le protecteur des amours homosexuelles entre hommes et jeunes hommes, et sa statue ornait les gymnases. Comme dieu de la Fertilité, il possédait un culte à Thespies, en Béotie, et à Parion, en Mysie. Les métèques, ou résidents étrangers à Athènes, érigèrent une statue et un sanctuaire sur l’Acropole à Antéros, avatar d’Eros signifiant « amour partagé », à la mémoire de deux jeunes hommes, Mélès, un Athénien, et Timagoras, un métèque. Timagoras aimait Mélès, qui méprisait son amour et lui demanda, pour l’éprouver, de se jeter du haut de l’Acropole ; Timagoras s’exécuta, et Mélès en fut à tel point accablé de remords qu’il se tua de la même façon.

A l’époque hellénistique, l’amour prit dans l’art et la littérature un tour de plus en plus romantique et une autre conception d’Eros fit son apparition ; on le présentait come un enfant ailé portant un carquois plein de flèches ; l’on distinguait même plusieurs Amours, les Erotes ou les Cupidines en latin, car les passions qu’il personnifiait paraissaient infinies. De là vint la mythe qu’il donnait à ses flèches une pointe d’or pour inspirer un désir passionné chez ses victimes, ou une pointe de plomb pour détourner les personnes de ceux qui tombaient amoureux d’elles : ainsi Eros pouvait inspirer l’amour aussi bien que le décevoir. On rencontre souvent cet Eros enfant chez les poètes romains ; Virgile nous rapporte comment Vénus se servit de lui pour provoquer l’amour de Didon pour Enée. La pauvre Didon se jettera dans un brasier dont Enée, de loin, verra la fumée, peut-être traversé de quelques remords.

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La mort de Didon

L’histoire de Psyché semble, à cet égard, parfaitement illustrer à la fois l’amour partagé et interdit ou frappé par la malédiction portée sur la jeune fille par Aphrodite/Vénus… On retrouve là les thèmes chers à la Balance. Plusieurs auteurs, jungiens le plus souvent, se sont penchés sur « Amor et Psyché », interprétant à loisir, la mutation de Psyché, enfant obéissante vivant le plaisir avec son époux qu’elle est condamnée à ne pas voir, en femme acceptant le risque de perdre cet amour plutôt que de continuer à vivre dans ce somptueux palais vide, avec un mari invisible dont elle ignore le nom et le visage. Fût-il le dieu de l’amour, cet époux interdit à son regard ne la comble plus. Voilà qui ressemble à l’histoire d’un homme devenu aveugle et de la perte e son désir pour sa femme dont il ne distingue plus les traits. De là à conclure que le désir naît avant tout du regard ? Cependant, Apulée qui transforma volontiers Isis en sainte Vierge, nous propose de ce vieux mythe une interprétation spirituelle de l’amour, où il est question d’âme, d’évolution, d’accès à la conscience.

la-legende-de-melusineComment ne pas évoquer également l’histoire de Mélusine, où les rôles sont inversés puisque c’est le seigneur de Lusignan, son époux, qui n’a pas le droit de regarder sa femme le samedi. Comme par hasard, ce récit n’a pas inspiré aux commentateurs la même interprétation. On ne nous raconte pas que le seigneur de Lusignan devient adulte lorsqu’il se décide à surprendre sa femme.

Peu importe… Ce mythe, comme tous les autres, nous est donné pour penser, deviner ce qui se cache dans la « psyché » humaine et pour comprendre le parcours de l’héroïne amoureuse.  

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Qui est Psyché ? C’est la plus jeune des trois filles d’un roi. Elle était si belle que les habitants du pays avaient cessé d’honorer Vénus/Aphrodite pour se tourner vers la jeune fille. Mais celle-ci aurait cependant préféré qu’on lui demandât sa main plutôt que de recevoir les honneurs divins. Vénus fut saisie d’une grande colère en voyant la princesse usurper, quoique involontairement, sa place, et décida de la punir. Elle ordonna à Cupidon/Eros, son fils, d’inspirer à Psyché une passion pour l’être le plus monstrueux qu’il trouverait. Mais lorsque ce dernier l’aperçut, il tomba amoureux d’elle et ne put obéir aux ordres de sa mère. Il demanda à Apollon d’envoyer au père de Psyché un oracle qui commanderait à ce dernier de parer sa fille pour le mariage et de l’exposer, dans sa robe de mariée, sur un rocher isolé où un démon viendrait en prendre possession. Accablé de chagrin, le roi obéit. Cependant, Psyché fut enlevée par la douce brise de Zéphyr et emmenée dans une vallée inconnue où se dressait un merveilleux palais dont les portes étaient ornées de pierres précieuses et le sol pavé d’or. Elle y pénétra et fut accueillie par des serviteurs invisibles. Voilà qui n’est pas sans nous rappeler La Belle et la Bête. Un voix amicale lui fit visiter les lieux et la rassura. Lorsque vint la nuit, elle alla se coucher et fut rejointe par Cupidon qui avait pris une apparence humaine. Il déclara à Psyché qu’il était maintenant son mari et qu’elle serait la plus heureuse des femmes si seulement elle s’abstenait de chercher à savoir qui il était ou de vouloir voir son visage. Si elle transgressait cet ordre, son enfant n’acquerrait jamais l’immortalité.

Psyché se mit à aimer passionnément son mari. Mais un jour où elle se sentait seule, car elle ne voyait jamais personne, elle demanda à son mari invisible la permission de rendre visite à ses sœurs. Après maintes hésitations, il accepta de les faire venir, mais il lui recommanda de ne pas répondre aux questions qu’elles lui poseraient à son sujet. Le vent de l’ouest, le Zéphyr, les transporta jusqu’au palais dont les sœurs furent tout de suite mortellement jalouses. Lors d’une seconde visite, ces dernières découvrirent que Psyché n’avait jamais vu son mari ; elles lui firent alors croire qu’il pourrait se transformer en serpent, lequel se glisserait dans son sein et les dévorerait elle et son enfant. Tout d’abord déchirée entre les avertissements de son mari et les prières instantes de ses sœurs, Psyché céda finalement à sa curiosité et à ses craintes. Le soir, avant d’aller se coucher, elle se munit d’une lanterne et d’un poignard. Une fois Cupidon endormi, elle alluma la lampe et la dirigea vers son visage, en levant le poignard. Mais quand elle découvrit le corps harmonieux du dieu de l’Amour, elle fut si émue qu’elle laissa tomber une goutte d’huile brûlante sur son épaule et le réveilla. Comprenant que Psyché connaissait maintenant son identité e que son secret allait être révélé, Cupidon se leva et s’envola.

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Psyché, désespérée, le chercha partout, mais en vain. Lorsque ses sœurs apprirent l’identité de son mari, elles voulurent elles aussi l’épouser et, imitant leur sœur, elles sautèrent du haut du rocher en robe de mariée et s’écrasèrent au pied de la montagne. Pendant ce temps, Psyché errait à la recherche de Cupidon. Junon/Héra et Cérès/Déméter lui refusèrent leur aide, ne voulant porter secours à l’ennemie d’une autre déesse, si bien que Psyché arriva au palais de Vénus elle-même. La déesse la laissa entrer, mais fit d’elle son esclave et lui imposa des tâches impossibles à accomplir. Tout d’abord, elle lui ordonna de trier une pièce pleine de graines avant la tombée de la nuit. Une colonne de fourmis vint l’aider et divisa les graines en différents tas.

Puis Vénus dit à Psyché de lui rapporter un écheveau de laine des moutons mangeurs d’hommes ; cette fois, un roseau lui apprit comment obtenir la laine, une fois les moutons endormis. Ensuite, Psyché dut emplir une jarre de l’eau du Styx, dans les montagnes d’Arcadie ; un aigle qui avait une dette envers Cupidon se présenta à l’instant et alla chercher l’eau. Enfin, elle dut demander un flacon d’onguent de beauté à Proserpine/Perséphone. Psyché comprit qu’elle allait mourir, car Proserpine était la déesse des Enfers ; aussi elle monta en haut d’une tour et résolut de se jeter dans le vide ; mais la tour s’adressa à elle et lui donna des instructions précises pour surmonter l’épreuve. Elle pénétra aux Enfers par le gouffre du Ténare, dans le Péloponnèse, apportant avec elle deux oboles et deux galettes. Ainsi, elle put, à aller et au retour, se concilier Charon et Cerbère, et également échapper aux embûches que Vénus lui avait tendues. Proserpine lui offrit une chaise et un repas, mais Psyché s’assit sagement sur le sol et se contenta de pain. La déesse lui remit le flacon que demandait Vénus, soigneusement scellé. Cependant, Cupidon regrettait désespérément sa femme ; il s’approcha du trône de Jupiter et avoua sa désobéissance à sa mère ; puis il assura que Psyché avait été assez punie et supplia Jupiter de lui permettre de faire de la jeune fille son épouse légitime. Jupiter y consentit.

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WATERHOUSE – Psyché

Pendant ce temps, Psyché approchait du passage qui conduisait au séjour des Vivants et, dévorée de curiosité et voulant également reconquérir l’amour de Cupidon, elle ne put résister au désir d’ouvrir le flacon malgré l’interdiction que lui en avait faite la tour. Là-dessus, elle fut envahie par le sommeil mortel que contenait le flacon. Telles furent les conditions dans lesquelles Cupidon la retrouva. Il la ramena à la vie et l’enleva sur l’Olympe. Le mariage de Cupidon et Psyché fut célébré par tous les dieux. Vénus oublia sa colère et Jupiter tendit lui-même à Psyché une coupe d’ambroisie, qui la rendit immortelle. Elle donna à Cupidon une fille qu’on nomma Volupté.

Apulée évoque, dans son conte, l’allégorie de l’âme (Psyché) à la recherche de l’amour divin (Eros, l’Amour).

Cependant, voilà qui permet de penser qu’il ne s’agit pas tant d’une histoire d’âme et de rédemption que d’amour ou de bonheur. Ce bonheur, nul ne peut y atteindre sans peine, sans patience dans la vie quotidienne (l’épisode des fourmis), sans acceptation du vieillissement, la référence à l’onguent, sans prudence ni un peu d’or (les moutons dévoreurs d’hommes) et sans acceptation de la mort (l’eau du Styx).

Toutes ces épreuves imposées par la déesse de l’amour ont quelque chose à voir avec la conquête de l’amour lui-même. Psyché accepte d’avoir souffert, d’avoir été flétrie, d’avoir vieilli et peut-être perdu un peu de son éclat, d’avoir été prête à mourir et à se jeter du haut de la tour… Même si Jupiter lui fait ensuite l’extrême faveur de l’immortalité.

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CANOVA – Eros et Psyché

Ne retrouvons-nous pas ici la nature de la Balance qui a besoin de plaire, de rester toujours belle comme une « fille de Vénus », elle si vulnérable au regard de l’autre, terrifiée à l’idée qu’elle pourrait ne plus être aimée ? Psyché hésite souvent, doute, subit l’influence de ses sœurs puis celle d’Eros. Elle provoque Aphrodite/Vénus en lui avouant tout.

Elle se met en situation de rivalité avec la plus susceptible des divinités de l’Olympe ; elle veut garder son mari mais fait ce qu’il faut pour le perdre, espérant conserver cet époux divin et le voir tout à la fois mais, lorsqu’elle a perdu Eros, elle affrontera toutes les épreuves pour le retrouver. Incapable de résister à la tentation d’ouvrir le flacon qui pourrait lui rendre une beauté dont elle n’est plus sûre, elle brave absurdement un interdit de la Reine des Morts en personne. Contradiction encore… Balancements et tergiversations, fragilité de la Balance vénusienne.

Les pièges de l’amour, les rêves de beauté parfaite, de passion inaltérable se trouvent ici réunis, dans cette histoire qui nous rappelle combien il est difficile d’accéder à l’amour adulte, quels sacrifices il convient d’accepter. L’amour pour devenir adulte doit-il passer par la confrontation des regards, la reconnaissance de la réalité de l’autre, la chute du masque ? Et n’est-il pas plus difficile à la Balance qu’à d’autres de faire tomber le masque, d’accéder à son « vrai self », elle qui a tant de souci du jugement qu’on porte sur elle ? Pourtant qui blâmerait Psyché condamnée à traîner de mornes journées dans l’attente de ce mari transparent ? Qui blâmerait le Seigneur de Lusignan de vouloir guetter sa femme qui le samedi se dérobe à son regard ?

Que signifie, dans « Eros et Psyché » cette interdiction de contempler le dieu de l’amour ? L’amour, comme la mort, ne peut-il être regardé en face ?

Dans ce récit, Eros a le droit de voir Psyché mais le contraire est impossible. Tout comme dans l’histoire d’Endymion, Séléné vient regarder chaque nuit le beau jeune homme tandis qu’il est endormi.

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Que se passe-t-il dans l’affrontement des regards lorsque les deux amants ouvrent les yeux en même temps, atteignant l’âme de l’autre, lui livrant la sienne ; ce regard-là dit toute la violence du désir, instant d’absolu à jamais inoubliable auprès duquel toute rencontre amoureuse coupée de cet affrontement infiniment intime perd aussi toute magie. Et ces instants magiques, comme tout miracle, ne peuvent être reproduits à volonté. Est-ce là le sens de ces jeux de regards ? Vérité ou mensonge des yeux ? Vérité et mensonge de l’amour-passion…

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Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont                                                                                                                          

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel

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