DANS L’HERBIER DU LION… LE SAFRAN

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 12-08-2013

L’histoire du safran remonte à plus de 4 000 ans et il est présent dans de nombreuses cultures, civilisations et continents, utilisés aussi bien pour l’assaisonnement des plats, qu’en parfum et même dans la composition de certains médicaments, sans oublier la teinture des textiles et autres objets, la plupart d’entre eux porteurs d’une signification religieuse ou hiérarchique. Le safran serait originaire du Moyen-Orient, via le Cachemire et les Mongols.

Le mot « safran » a une origine latine « safranum » qui a donné « açafrao » en portugais, « azafran » en espagnol ou même « zafferano » en italien. « Safranum » a une origine arabe « asfar » qui signifie « jaune », ainsi que le mot « za’faran » du nom de l’épice. Cependant, on trouve des cultures de safran sur le plateau iranien et il est probable que le « safranum » latin dériverait du persan « zarparan » qui signifie « or ». On est bien dans l’univers du Lion. D’ailleurs, le safran pousse idéalement s’il est directement exposé à la lumière du soleil car il s’accommode mal de l’ombre. Les meilleurs rendements sont obtenus lorsque les plantations sont exposées face au soleil, par exemple vers le sud dans l’Hémisphère nord, maximisant l’exposition à la lumière.

LE SAFRAN 2 

Le crocus sativus, la fleur de safran

Il existe un précurseur sauvage au safran domestique dont le mot latin est « Crocus sativus », c’est le « Crocus cartwrightianus » espèce cultivée pour la production du safran en Grèce. Des fresques nous montrent également des crocus à safran à fleurs blanches. C’est pourquoi le terme « safran » était-il utilisé pour désigner l’épice et pouvait, autrefois, faire référence à un produit identique, mais issu d’espèces de crocus à safran bien différentes de celle qu’on utilise aujourd’hui. Il est probable que les cultivateurs sélectionnèrent des plantes possédant des stigmates anormalement longs. Dans la Crête de l’âge de Bronze, le crocus cartwrightianus donna le crocus sativus, plante qui fait partie de la famille des Iridacées, qui se caractérise par sa fleur couleur lilas dans laquelle ressortent le rouge intense des stigmates et le jaune des étamines. La reproduction de cette plante se fait par bulbe. Quant au nom botanique de cette plante, il vient du grec « krokos » qui signifie filament, allusion à ces longs et fins stigmates.

LANCEMENT DU DISQUE 

En Grèce, deux mythes racontent l’origine du safran. Crocos était un jeune homme très beau, amoureux de la nymphe Smilax et ami d’Hermès/Mercure, le dieu des marchands et des voleurs. Malheureusement, un jour, pendant une partie de lancer de disque, Crocos fut tué accidentellement, frappé en pleine tête par le disque lancé par Hermès. Trois gouttes de sang coulèrent de sa blessure sur le sol. C’est alors qu’une petite fleur mauve apparut qui depuis porte son nom. La fleur de safran devint alors le symbole de la vie et de la résurrection.

La romance de Crocus et de la nymphe n’est pas plus heureuse pour Crocus qui avait suivi Smilax dans un bois à proximité d’Athènes. La période d’amour idyllique fut assez courte. En effet, une fois passé le charme des avances amoureuses de Crocus, Smilax s’ennuie des attentions que le beau jeune homme lui porte. Mais Crocus insiste malgré les réticences de la belle et elle en vient à l’ensorceler, transformant le jeune Crocus en fleur de safran. Ainsi les stigmates de la fleur sont d’un rouge intense symbolisant la passion immortelle du jeune homme pour Smilax.

Quant à Zeus/Jupiter, il invitait ses conquêtes sur des couches de safran pour démultiplier sa force sexuelle et stimuler aussi ses partenaires, car cette fleur avait la réputation d’avoir des propriétés aphrodisiaques. Le jaune safran est la couleur de l’amour, du désir et de la volupté. Dans la mythologie romaine, on affirme que sur les lieux où s’aimèrent Junon et Jupiter, la semence se répandit sur le sol donnant naissance à un crocus de safran.

FRESQUE REPRESENTANT LA RECOLTE DES CROCUS SATIVUS 

Fresque représentant la récolte du safran

On trouve le safran répertorié dans un ouvrage de botanique assyrien du VIIe siècle avant Jésus-Christ, rédigé sous le règne d’Assurbanipal. Ainsi, une documentation sur l’utilisation du safran dans le traitement de près de quatre-vingt-dix maladies s’étend sur près de 4 000 ans. Celle-ci se propagea à travers l’Eurasie, pour passer en Afrique du Nord, en Amérique du Nord et même en Océanie. Quant à la France, elle a été pendant plus de 500 ans un important producteur de safran. Le Gâtinais étant la province la plus productrice et le bourg de Boynes la capitale mondiale du safran qui en a de fait régi les prix avec le marché de Pithiviers pendant 300 ans. On en produisait trente tonnes en 1789 et encore 10 tonnes en 1869. Le second Vendémiaire, correspondant au 23 septembre dans le calendrier révolutionnaire, en usage entre 1792 et 1808, s’appelait « safran » qui est en fait la date la plus fréquente pour l’apparition des premières fleurs.

LE SAFRAN

Le safran précieuse épice

De l’Antiquité à l’époque actuelle, et partout autour du monde, la plus grande partie du safran produit était et est toujours utilisé en cuisine, les traditions culinaires suivant l’expansion de sa culture. La première mention du safran dans la cuisine au vin est perse : « Le cuisinier du roi Zohac avait assaisonné le dos d’un veau avec un vin vieux, du safran et de l’eau de rose ».

D’un point de vue médical, le safran était autrefois utilisé pour traiter un large éventail de maux : de la variole à la peste bubonique ou encore les indigestions. De nos jours, plusieurs essais cliniques démontrent le potentiel du safran en tant qu’agent antioxydant et même comme anticancéreux. Les vertus du safran étaient connues dès l’Antiquité. Elles sont citées par Homère, Pline l’Ancien, Quinte-Curce et Virgile, puis Hippocrate et Avicenne. Bien avant, le papyrus d’Ebers, le plus ancien traité médical connu datant de 1550 avant Jésus-Christ, le safran apparaît, possédant son propre hiéroglyphe. La fleur de safran entrait dans plus de trente recettes médicinales. Une autre préparation, comportant un mélange de safran et de vin, était utilisée dans les théâtres romains pour en rafraîchir l’air.

LE SAFRAN - PLANCHE BOTANIQUE

Planche botanique du crocus sativus

Le safran est poétiquement appelé « Or rouge », il fut pendant des décennies l’épice la plus chère du monde. Les Egyptiens comme les Hébreux l’utilisaient à des fins culinaires, notamment au moment des fêtes. Lors des cérémonies religieuses, on brûlait du safran pour purifier les sanctuaires et attirer les bons esprits. Les bandelettes des momies étaient teintes au safran.

Enfin, certaines des puissances « magiques » du safran évoque le bonheur, l’amour, la sensualité, la longévité, la convoitise, les puissances psychiques, la force… 

fleurs de safran

Fleurs de safran

 

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