L’HISTOIRE DES CONSTELLATIONS EST AUSSI CELLE DES HOMMES
(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 25-01-2011
ENTRE VERSEAU ET POISSONS
La onzième constellation, le Verseau ou Aquarius, culmine à minuit en août et en septembre. Elle se trouve au sud-ouest du Carré de Pégase. Le Verseau est représenté sous la forme d’un homme inclinant une cruche d’eau d’où jaillit un flot portant le nom de « fluvius Aquarii », la « Rivière du Verseau ». Ce flot éclabousse l’écliptique et dessine vers le Sud une grande courbe qui passe sous les pieds du porteur d’eau ; le Poisson austral y nage à contre-courant, marqué par la très brillante étoile Fomalhaut, de magnitude 1,16. Malgré ce repère, la constellation du Verseau est assez difficile à observer, car elle ne compte que des étoiles dont la magnitude est comprise entre 3 et 4. Il faut donc faire preuve de quelque imagination pour « voir » cette constellation qui, néanmoins, a depuis toujours fasciné l’homme

L’image que nous avons est à peu près celle qui est gravée dans les pierres de l’époque babylonienne : le porteur d’eau se trouve dans une position incommode, incliné en arrière, avec un bras allongé vers le Capricorne. Il pourrait être lié au Déluge, mentionné dans la Bible, mais aussi dans des textes de la haute époque babylonienne (IIe millénaire avant J. C.). En effet, durant cette période, le onzième mois, correspondant au Verseau, était appelée la « malédiction de la pluie ».
Le poète grec Pindare (v. 518-438 av. J. C.) évoque l’ancienne croyance selon laquelle la constellation du Verseau symbolisait l’esprit de la source du Nil, qui donne la vie à la Terre entière. Pour les anciens Egyptiens, ce fleuve était le dieu Hâpy, et il résidait près de la source primordiale, d’où il versait l’eau de ses urnes dans la Terre et dans le ciel.
Dans la mythologie grecque, le Verseau a les traits de Ganymède, beau prince troyen fils de Tros, fondateur de Troie. Jupiter, séduit par la beauté du jeune homme, prit la forme d’un aigle et l’enleva pour l’installer sur le mont Olympe, où il devint l’échanson des dieux.
Le Verseau, symbole d’humanité, est aujourd’hui à la mode à travers la théorie du New Age, ou âge du Verseau, qui correspondrait à un stade supérieur dans l’évolution spirituelle, et qui est liée au millénarisme. Mais étant donné la lenteur du mouvement des précessions, il faudra attendre trois siècles pour que l’équinoxe de printemps vienne dans l’alignement de la partie la plus à l’Est du Verseau. Celui-ci pourra alors déverser ses eaux de renouveau sur le monde.
Il faut aussi un peu d’imagination pour identifier la douzième constellation, les Poissons, voisine du Verseau. Il s’agit en effet d’un ensemble d’étoiles peu brillantes, qui occupe un large espace entre Pégase, situé au Sud, et le Bélier. Les queues des deux Poissons sont reliées par une corde qui passe par l’étoile Al Rischa (Alpha Piscium). Le poisson situé le plus au nord semble vouloir s’échapper vers Andromède, tandis que l’autre paraît se diriger vers l’Ouest, le long de l’écliptique, sous le Carré de Pégase. Les Poissons culminent à minuit en septembre et en octobre. Les Babyloniens donnaient déjà à cette constellation la forme de deux poissons reliés par un ruban, mais cette figure s’est précisée au cours des siècles.
Al-Biruni, astronome et astrologue arabe du XIe siècle, a sans doute raison quand il affirme que le groupe d’étoiles originel ne formait qu’un seul Poisson et non deux. Cela correspond aux dires de l’astronome, mathématicien et géographe Eratosthène (v. 276-v. 195 av. J. C.), qui assimile la constellation à la déesse syrienne Derketô (nommée Atargatis par les Grecs), un énorme poisson à tête de femme. Les Grecs ont enrichi la légende en rapprochant la déesse Artagatis de cette divinité syrienne, elle-même associée à Aphrodite (Astarté) – d’où le lien entre les Poissons et l’histoire d’Aphrodite-Astarté et de son fils Eros (Vénus et Cupidon pour les Romains). Le monstre Typhon, créé par la déesse Gaia, surprit un jour Aphrodite et son fils. Mais ces derniers, sachant qu’ils pourraient s’échapper par la voie des eaux, se changèrent en poissons et plongèrent dans la mer. Pour éviter de se perdre, ils se lièrent l’un à l’autre par la queue à l’aide d’une longue corde. Dans la version romaine de la légende, deux poissons sauvent Vénus et Cupidon en les transportant.
L’astronome Julius Stahl souligne la relation, souvent citée, existant entre le thème du poisson et celui du trésor, et évoque à ce propos un conte germanique. Un couple pauvre, vivant dans une cabane près de la mer, n’avait qu’une barque pour toute fortune. Un jour, l’homme, Antenteh, pêcha un poisson enchanté, qui lui offrit de satisfaire ses vœux à condition qu’il consente à lui rendre sa liberté. Antenteh était humble et ne souhaitait rien pour lui-même, mais sa femme désirait une belle maison avec de beaux meubles, et ce souhait fut exaucé sur-le-champ. Puis elle exigea de devenir reine, et enfin déesse. Rendu furieux par ces prétentions qu’il jugeait excessives, le poisson refusa d’accéder à sa demande et renvoya Antenteh et sa femme à leur cabane et à leur barque. Celle-ci a la forme du Carré de Pégase, tandis que les Poissons représentent le poisson enchanté.
Bibliographie : Le langage secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux
